le grdc persiste, NE SIGNE PAS ET SE REPETE…

Notre objectif n'est pas de décourager ceux qui œuvrent, depuis longtemps maintenant, à la résolution de la crise comorienne, mais bien de dire et de rappeler, parce qu'il le faut au nom de l'Histoire et par respect pour les Comoriens eux-mêmes, un certain nombre de vérités qui semblent dangereusement oubliées aujourd'hui.

Il est vrai qu'après plus de trois ans de crise séparatiste et institutionnelle, face au désordre général, et à la déliquescence de la nation, face aux conséquences dommageables de cette situation pour tout le peuple comorien, on peut être lassé et accepter, comme un moindre mal, tout ce qui pourrait donner le sentiment d'ouvrir la porte au retour à une certaine forme de normalité.

C'est un peu l'impression que donnent aujourd'hui certaines organisations internationales et la classe politique comorienne tandis que la population dans son ensemble suppute sans projet sur les motivations des uns et des autres tout en voulant croire à une sortie de crise. Il faudrait en finir et ceux qui n'accepteraient pas d'apporter leur pierre à l'édifice de la "réconciliation" pourraient bien être taxés de trouble fête. Et bien prenons le risque et disons clairement que nous ne fondons aucun espoir sur les négociations en cours autour de l'accord cadre proposé par l'O.U.A. !

Lorsqu'en avril 99, le GRDC s'était rendu à Antananarivo en tant qu'observateur, il avait défendu le principe d'une redéfinition de l'Etat comorien sur la base d'un état unitaire décentralisé. Dans le contexte du moment, cette proposition était irrecevable pour tous, même si d'aucuns s'accordaient en coulisses à lui reconnaître bien du bon sens . Un juriste nous avouait qu'il y voyait là  une solution, mais que lorsqu'on l'avait chargé de préparer la conférence en expliquant les différentes formes d'organisations étatiques possibles on lui avait tout demandé sauf celle là. Il fallait à l'époque ménager les susceptibilités des séparatistes,  tout faire pour que la conférence n'échoue pas. Et finalement chacun s'était appliqué à introduire une dose de "séparatisme" au sein de son projet, allant jusqu'à gommer toute référence à la nation. Déjà les positions séparatistes dures avaient leurs émules dans toutes les îles. Chacun sait comment l'histoire de cette conférence s'est terminée, comment l'Accord d'Antananarivo pourtant dénoncé par le GRDC et d'autres formations de la société civile comme un mauvais accord, a fini signé de tous, à l'exception des responsables de la crise eux-mêmes, les séparatistes anjouanais qui s'étaient permis de terminer leur comédie, lors de cette conférence, par la pirouette de l'explication "pédagogique" à la population.

Avant la conférence, nous avions demandé que la réflexion sur les Comores se fasse après une démilitarisation de l'île d'Anjouan, après un travail d'explication à la population, dans un contexte de liberté totale d'expression. Nous n'avions pas été entendus. Traitant avec les séparatistes, les différentes parties signataires se retrouvèrent leurs otages et toute l'énergie et les dépenses engagées dans la Conférence d'Antanarivo furent vaines.

 

Peut-on dire que les choses ont changé aujourd'hui ?

 

Deux ans plus tard, le front séparatiste s'est multiplié par trois. Il faut maintenant compter avec la personne d'Azali, lequel n'est pas prêt plus que son alter ego de l'île d'Anjouan à laisser sa place, et l'on ne peut oublier Mohéli l'incertaine prête à faire le jeu des uns et des autres.

Deux ans plus tard, la liberté d'expression n'existe toujours pas à Anjouan tandis qu'elle est plus qu'entravée dans les deux autres îles.

Deux ans plus tard, tous les politiques écartés du pouvoir piaffent d'impatience et souhaitent revenir aux affaires.

Deux ans plus tard, un nouvel accord est en discussion sans avoir plus de chance d'être agréé par les principaux signataires, sans avoir plus de qualités que celui d'Antananarivo. En fait, ses mérites se déterminent par rapport à la Déclaration de Fomboni laquelle fait figure, les mémoires sont courtes, de référent repoussoir.

Deux ans plus tard, ce sont encore les séparatistes qui mènent le jeu tandis que l'opposition nationale doit se battre pour faire accepter quelques amendements.

Ainsi, deux ans plus tard, la pensée de l'avenir des Comores est toujours et plus que jamais conditionnée par l'idéologie séparatiste. Sous des dehors marqués par des convulsions, des dégradations, des péripéties de personnalités, des rémissions, la situation des Comores en profondeur s'est appliquée à rester la même, voire à empirer. Le séparatisme est là et il a maintenant très clairement acquis droit de cité !

On nous parle beaucoup de "réconciliation" sans que personne ne s'attache à mesurer vraiment le sens de ce mot. Ainsi, pour certains, il serait nécessaire de procéder à une "réconciliation entre les îles". Pourtant chacun sait bien en fait que ce sont les factions, où qu'elles soient, qui se sont arrogées le droit de parler au nom d'une île. S'il l'on a connu des débordements de violence verbale, voire physique à quelques rares occasions, on n'a jamais vu pour autant d'affrontements organisés entre les ressortissants des différentes îles. Faudrait-il comprendre alors qu'il s'agit d'une réconciliation entre les hommes, entre les "chefs" ? Que représentent-ils en réalité ? Sans doute bien peu de chose en dehors d'eux-mêmes et des quelques individus que les uns et les autres s'appliquent à entraîner dans leur sillage. L'étrange dans tout cela reste que le peuple est absent. On parle de ci de là en son nom mais, comme par le passé, il reste l'éternel oublié, l'éternel manipulé parce que dans les esprits de tous "il ne peut pas comprendre" ! Pourtant, s'il faut penser la réconciliation, c'est bien de cela qu'il s'agit ! Il est temps de créer les conditions d'une vraie communication entre tous les Comoriens, d'une communication fondée sur le respect et le parler vrai.

Or, il est certain que nous sommes actuellement très loin du compte. Entre les revirements de certains chefs et les négociations menées dans la plus grande confusion à quelque niveau que ce soit, les principaux intéressés, ceux qui vivent et vivront aux Comores demain, sont  bien incapables d'y voir clair. La seule idée qui s'impose c'est qu'il faut changer l'Etat en donnant leur autonomie aux îles, "autonomie certaine" ou "certaine autonomie" suivant les cas. Peu importe que le projet soit viable et porteur d'espoir pour le pays, l'essentiel est que l'on fasse le jeu des uns et des autres pour parvenir à un "règlement".

Le GRDC a toujours vu dans les sombres événements qui se sont succédés depuis juin 97 un immense danger pour l'avenir du pays et de son peuple, particulièrement à l'aube du 3ème millénaire ; mais il a aussi voulu y lire une formidable occasion de poser les vrais problèmes des Comores et de créer les conditions d'une réelle construction de la nation dans un esprit de progrès et mieux être.

C'est au nom de cet espoir que le GRDC a demandé que ceux qui ont été et qui sont à l'origine des troubles soient jugés afin que lumière soit faite sur les manipulations et les exactions. L'idée n'est pas fondamentalement de punir mais de comprendre et de montrer qu'il existe des limites à ne pas franchir. Le principe de la réconciliation ne trouve de sens que s'il est fondé sur la reconnaissance des torts et sur la volonté de faire toute la lumière sur des actes, des courants, des comportements. C'est à travers de tels moments qu'une nation se construit et que tous ses membres trouvent l'occasion de contribuer à l'Histoire et de la comprendre. Ce n'est qu'après cela que l'on peut commencer à revivre vraiment autrement.

Malheureusement, quand Charly, Fundi ou Chamasse changent d'opinion, si tant est d'ailleurs que ce soit vrai, rien ne crée les conditions d'une vraie prise de conscience, rien ne modifie la situation. Quand les visages changent pour défendre les mêmes logiques il est bien évident que rien ne change vraiment. Les Comoriens qui ont été abusés et que l'on continue à mépriser en les tenant à l'écart d'explications et d'aveux indispensables, restent indifférents : le mal est toujours là.

C'est pour cette raison que nous continuons à considérer que tous les fauteurs de troubles, les chefs les plus importants, mais aussi tous ceux qui ont favorisé la mise à mort de la nation comorienne, doivent être jugés. Ils doivent reconnaître leurs actes, révéler les manipulations dont ils ont pu faire l'objet afin que l'Histoire fasse son œuvre et que le temps du pardon et de la reconstruction commence. Faute de cette épreuve, la vie politique comorienne restera pour longtemps affaire de personnes, loin du peuple et forcément vouée à la suspicion.

Pour cette même raison, il importe que l'on voit apparaître des hommes neufs, soucieux du bien des Comores, riches d'idées réalistes et fortes. Et pour le cas, difficile à croire, où de tels hommes ne seraient pas encore nés, il est inutile alors de faire semblant et de laisser croire que la dynamique d'un réel renouveau comorien pourra se créer. On regrettera à l'occasion que certains jeunes intellectuels, dynamiques et forts d'idées modernes se soient aussi facilement laissés glisser dans le moule de la vie politicienne comorienne au point de jouer la stratégie de mauvaises alliances qui ont à jamais cassé leur crédibilité. Il est urgent donc que les conditions d'une réelle expression, d'une rencontre entre les intellectuels et le peuple soit créées de sorte qu'enfin, le paysage et les pratiques politiques changent.

C'est pour cette raison que le GRDC continue à réclamer l'intervention d'une force de paix, à Anjouan particulièrement, mais aussi dans les autres îles . Il est essentiel que les radios puissent véhiculer à travers les campagnes d'autres messages que ceux de la propagande insidieuse ou manifeste qui est diffusée aujourd'hui. Il est essentiel que la liberté d'expression ne soit plus un vain mot dans les médias comme sur les places publiques.

Peut-on penser un seul instant que les hommes au pouvoir aujourd'hui seront en mesure de garantir cette ouverture au vent de l'esprit ? Qui croira que ceux qui ont usurpé le pouvoir, que ceux qui ont menti et qui mentent encore, comprendront même ce message ?  Il reste clair pour le GRDC que rien ne saurait être fait, ni espéré, avec les hommes en place actuellement, que ce soit à la Grande Comore, à Anjouan ou à Mohéli . Sortir de la crise qui règne depuis 1997 et même avant si l'on souhaite parler de mauvaise gouvernance, c'est tourner résolument le dos à ceux qui en sont responsables. En conséquence, toute forme d'accord se fondant sur le maintien au pouvoir des hommes qui y sont aujourd'hui consiste en une supercherie qui prend en otage la construction de l'avenir du pays. Le GRDC n'est donc pas prêt à ce compromis, il en est incapable. Il répète, comme il y a deux ans, qu'il sera impossible d'aller de l'avant en accordant crédit et droit à négocier à des menteurs, des manipulés et des incapables.

Enfin, il faut bien en arriver là, en défendant un état unitaire décentralisé lors de la Conférence d' Antananarivo, le GRDC avait fait le choix d'un système qui lui paraissait, non seulement viable économiquement, mais surtout de nature à créer les conditions qui permettraient à tous les Comoriens de se sentir chez eux dans quelque île qu'ils soient. L'expérience mahoraise était là pour conforter ce point de vue,  Mayotte étant devenue, lentement mais sûrement, un espace d'intolérance empesté de rancœurs et de haines schizophrènes de nature à empêcher toute forme de progrès réel et de mieux être, il importait de s'écarter autant que possible de ce modèle. Il avait paru alors indispensable de créer les vraies solidarités entre régions riches et régions pauvres, de favoriser la libre installation des personnes sur l'ensemble des terres comoriennes loin de tout réflexe de repli insulaire. Les projets actuels, comme l'Accord d'Antanarivo, ne vont pas du tout en ce sens bien au contraire et continuent à laisser entendre que la gestion insulaire est salutaire. Pourtant, après Mayotte, Anjouan vient de faire brillamment la preuve au cours de ces trois ans et demi passés que la vie politique à l'échelle d'une île ne vaut guère mieux qu'à l'échelle de l'Archipel et que l'économie insulaire est une fiction évidente. Les îles ont besoin d'espace et d'ouverture, plus que jamais la mer doit devenir lien et non frontière. Non, les Anjouanais n'ont rien gagné en prétendant s'administrer seuls : luttes de pouvoir, guerres intestines, gabegie et fraude permanente restent le lot quotidien.

Dans ces conditions, notre opinion ne peut qu'être confortée et nous persistons à penser que les Comores doivent se construire sur de nouvelles bases, loin de toute manipulation et dans la sérénité. Malheureusement, ce ne sont pas les conditions de la discussion actuelle.

Nous avons eu souvent à dénoncer les manœuvres de la France au cours de cette crise avec laquelle on aimerait la voir prendre davantage ses distances. Nous nous souvenons des pressions qui avaient été exercées pour attribuer la co-présidence de la Conférence d'Antanarivo à M. Rocard, nous n'avons pas oublié la prise de pouvoir par le Colonel Azali au lendemain de cette même conférence, nos archives regorgent de faits troublants qui, tous, laissent penser que la disparition de l'Etat comorien et le triomphe de la conception insulaire  sont loin de déplaire à l'ancienne puissance coloniale. Et les faits sont là : aujourd'hui la France trône sous trois visages au sein de la commission : France, Francophonie et Union Européenne ; voilà bien des manières d'influer sur le cours des choses et rien ne semble pouvoir résister à ce rouleau compresseur qui ne néglige aucun détail. Gageons que pour rencontrer le sinistre Ba Goulam, lequel hisse plus que jamais le drapeau français, M. Lajaunie portait, ce jour là, la casquette de l'Ambassade de France. Ainsi la France trône au sein des discussions et ne ménage pas ses efforts : cette omniprésence donne aux séparatistes de tous bords une assurance inégalée, certains pensant même accomplir une véritable mission en s'appliquant à suivre les conseils.

Dans ces conditions, l'O.U.A, si tant est qu'elle en ait réellement la volonté, à fort à faire pour imposer la défense de l'unité et de l'intégrité territoriale des Comores dans les frontières reconnues par l'O.N.U. en 1975. Mais ne nous trompons pas : c'est aux forces civiles ou politiques comoriennes, encore attachées à ce principe, que nous devons la présence de cette mention au sein du second projet d'accord cadre proposé par l'O.U.A. Et il se pourrait bien que cette référence minimale visant à préserver la nation comorienne déplaise au point de mettre en péril un processus pourtant séparatiste dans l'âme. On comprend alors les véritables enjeux des négociations en cours.

Du même coup, nous regrettons fort de voir l'O.U.A. reproduire les erreurs commises à Antanarivo en associant frilosité et manque de discernement au point de se trouver en position d'être bafouée et ridiculisée voire écartée par des individus qui ne représentent qu'eux-mêmes. Que penser lorsque le "pouvoir anjouanais" présente sa propre "opposition insulaire" et parvient à l'imposer au sein d'une commission de "réconciliation" ? Qu'attendre d'une rencontre où ceux qui pensent autrement depuis le début de la crise ne se trouvent pas représentés à parité ? L'optimisme de M. Madeira nous a toujours paru stupéfiant particulièrement lorsqu'il présentait le Colonel Abeid comme un homme "concerné par le bien-être de la population d'Anjouan" ; M. Madeira acceptera-t-il aujourd'hui de voir à qui il a réellement affaire ?

Les manœuvres et les coups bas continuent et la nouvelle comédie qui se joue au Palais du Peuple pourrait bien se terminer comme les précédentes. N'importe qui pouvait le prévoir, mais aux Comores aujourd'hui, on dirait bien qu'il faut jouer, faire croire et faire semblant de croire, jusqu'à ce qu'enfin le séparatisme triomphe totalement, satisfaisant ainsi les principaux intéressés.

Voilà bien le vrai sens que les séparatistes et leurs partisans donnent au mot "réconciliation"  !

Vous avez parlé de l'avenir des Comores ?

Une seule question s'impose : qui se répète ?

Le GRDC ou l'Histoire ?

 

L e GRDC. 13/02/01