SAIT-ON BIEN A QUOI ON JOUE ICI ?

 

LES FAITS

 Cette synthèse est réalisée à partir des informations diffusées sur RFO Mayotte et dans l'hebdomadaire Kwezi mais aussi de ce dont nous avons été nous-mêmes témoins.

Ce samedi 1er octobre dernier, le 1er magistrat de la commune de Sada, M.Saïd Chanfi, a annoncé au cours d'une réunion municipale organisée à la demande des habitants de sa commune qu'il demanderait dès lundi à ses gardes champêtres de procéder à un recensement des domiciles hébergeant des "clandestins" et ceci dans la perspective de la mise en place d'une ordonnance qui ne devrait en réalité entrer en vigueur qu'en mai 2001.

Cette prochaine ordonnance prévoit  la condamnation des ressortissants français qui hébergeraient des "clandestins". Cette annonce a déclenché un vent de panique dans la commune, jetant à la rue près de 1000 "clandestins"selon les dires de la presse. Ces gens, des hommes mais aussi des femmes, des enfants et des vieillards lassés par les vexations qu'ils subissent et terrorisés à l'idée de ce qui pourrait leur arriver ( en 1998 des rafles musclées avaient été perpétrées par les jeunes de Sada ) ont ainsi été poussés à choisir le retour sur Anjouan ou la Grande Comore. Le 03/10 au matin, les femmes et les enfants ont quitté la Grande Terre pour se rendre en Petite Terre où une partie aurait embarqué à bord des vedettes qui assurent le transport vers Anjouan. Dans le même temps, des hommes, parmi les plus jeunes, sont partis à pied depuis Sada, parcourant plus de 30 kilomètres pour rejoindre Mamoudzou. Ce sont environ deux cents personnes qui sont arrivées hier soir 3/10 à l'embarcadère de Mamoudzou. Alors qu'ils s'apprêtaient à monter dans la barge réquisitionnée à leur intention, Chamou Maanfou ressortissant français originaire d'Anjouan  et fervent acteur du mouvement séparatiste anjouanais, les a harangués.  Il a demandé aux marcheurs présents de ne pas partir dans ces conditions mais d’appeler tous les Anjouanais "clandestins" des autres communes de Mayotte à les rejoindre pour un départ massif  à destination d'Anjouan   et à exiger la mise en place par la France d'une liaison militaire aérienne ou maritime. Un moment de flottement s'en est suivi.

Finalement, il semble que tous les "clandestins" de Sada sur le départ se soient retrouvés en Petite Terre dans la soirée. D'après les informations diffusées ce matin, 134 femmes et enfants ont passé la nuit au centre de rétention qui a largement dépassé sa capacité d'accueil tandis que les hommes sont restés à dormir à la belle étoile. Il était question que les rotations des vedettes battant pavillon comorien commencent dans la matinée.

 REACTIONS :

 Le Préfet est intervenu sur les ondes de RFO condamnant le procédé employé, tout ce qui relève de la chasse à l'homme, de l'intimidation et du moyen de ne pas payer ses dettes mais rappelant la fermeté de la politique française en matière d'immigration clandestine qui impose la reconduite aux frontières de ceux qui sont entrés illégalement sur le territoire. Le Préfet a parlé de 400 personnes ayant demandé à partir. Il n'annonce rien d'autre qu'une gestion du problème.

Le GRDC a lancé le communiqué que vous avez pu trouver dès hier soir sur Habari et qui a été lu (à l'exception de sa dernière phrase) au journal de 20h de RFO. Ce communiqué a été adressé à la Préfecture de Mayotte, à l'Ambassade de France aux Comores et au bureau de liaison de l'OUA à Moroni. Il a été transmis aussi à la presse régionale. D'autres actions sont envisagées.

L'Association de Défense des Droits de l'Homme, en la personne de Hassane M'Fougoulié est intervenue en direct sur le plateau du journal télévisé de RFO hier soir aussi. Elle condamne bien sûr ce qui fait penser au départ des juifs et transforme les "clandestins" en "gitans de l'Océan Indien". Cette association envisage une action en justice contre les responsables de la situation.

Le SNES (Syndicat National des Enseignants du Second degré) a sorti ce matin un communiqué s'indignant de ce qui venait de se passer ( c'est ce que RFO a diffusé).

Le Comité de Liaison et de Soutien d'Anjouan, antenne du séparatisme anjouanais à Mayotte, annonce qu'il va se porter partie civile pour obtenir le paiement des salaires des "clandestins" en partance. Une liste des employeurs concernés aurait été remise à la Préfecture. Les habitants de Sada interrogés par RFO soutiennent le processus engagé par le maire tout en déplorant, pour certains, qu'un délai n'ait pas été accordé afin que les gens règlent leurs affaires et touchent leurs salaires
avant de partir. Un certain nombre de métropolitains s'émeuvent de telles pratiques et l'expriment.

 COMMENTAIRES :

 Sans entrer dans trop de détails ici, il est à craindre que cette prise de position du maire de Sada, que l'on voudra bientôt faire passer pour une bavure, ne relève d'un plan plus largement prémédité et qui de toute façon risque fort de faire tache d'huile. Des réunions ont déjà eu lieu dans d'autres communes notamment Labattoir et Pamandzi .

Ainsi, l'affaire de Sada pourrait être une sorte de ballon d'essai destiné à tester la réaction.

Il faut noter aussi que les victimes de cette xénophobie qui ne se cache pas sont elles-mêmes prisonnières des logiques insulaires exaltées par les Mahorais mais aussi, aujourd'hui, par les séparatistes anjouanais. En effet, le réflexe n'est pas de dire "notre présence est légitime ici et nous ne partirons pas" mais de gérer la situation de l'instant et donc de négocier des conditions de départ, quitte à revenir plus tard.

La situation est extrêmement compliquée, explosive et malsaine car la manipulation est à craindre à tous les niveaux. Enfin nous terminerons sur cette image : au moment où le groupe de marcheurs essentiellement composé de jeunes hommes épuisés est arrivé à l'embarcadère de Mamoudzou, un témoin de la scène, un comorien rescapé des terribles événements de Majunga, pleurait silencieusement...

 SAIT-ON BIEN A QUOI ON JOUE ICI ?

 Sources habari le 4/10/00

GRDC.

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Plus de 300 comoriens plantés devant la mairie de Sada, en attendant un moyen de transport pour se rendre à Mamoudzou.- source photo journal Kwezi -

 

 

 

 

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