QUE VIVE LES COMORES UNIES.

 

Dieu tout puissant, mais que se passe-t-il aux Comores? Les îles aux mille parfums, où il faisait si bon vivre. Les îles à l'histoire fabuleuse où il est question du roi Salomon et de la reine de Saba sur notre beau Kartala, de la lune, du feu volcanique, de la joie de vivre. Tout à coup, les idéologues et les petits aventuriers de tous poils ont débarqué. Les premiers, du lointain, de la Réunion, de Nancy, de Paris, de Kigali et d'ailleurs, échafaudent des complots où la théorie ambiante voudrait nous faire croire que la naissance sur une même île équivaut à des liens fraternels et indestructibles. Mais ils se refusent à commenter, à proposer de ce qui se passe à Anjouan, les tortures, les viols, les vols, les intimidations, les humiliations qui sont monnaie courante dans le petit enfer (le paradis pour eux) que leurs geôliers ont transformé en camp de concentration. Car à Anjouan ou les autres, ceux qui ne pensent pas comme eux, sont interdits de séjour, il n'y a plus que des anjouannais, n'est ce pas? Alors qui torture et viole a Anjouan? Le Mohélien? Le Mahorais? Le Grand Comorien? Quel ennemi! Ce sont les bourreaux de cette île qui, il n'y as pas si longtemps, respirait la joie de vivre. Où les mariages étaient couleur locale et sentaient bon le enfou et le mkadi.

Oui, mais qui règne dans cette île somalisée où la terreur est visible à chaque coin de rue? Des étrangers? Non! Des Anjouannais.

En effet, pendant que les pseudo-idéologues, qui traînent leurs frustrations multiples au loin, distillent leur venin à distance, sur place les ratés de l'armée française prennent leur revanche, car jamais ils n'ont pu accéder au grade qu'ils espéraient dans les camps de Tamatave, de Diego Suarez, ou d'Antsirabe. Ces tristes sires qui n'ont jamais tiré une balle durant une vraie guerre, et qui s'exerçaient à la carabine coloniale à Betainomby ou ailleurs sur la grande île sœur de Madagascar, ont trouvé un terrain où leurs expériences de tyranneaux consistent à arrêter des innocents, à museler les libertés, à violer nos sœurs, à piller les biens communs et ceux d'autrui. Les Abeid, les Chamasse, les Baha Goulam, se reconnaîtront.

Mais ils ne sont pas seuls. Les mini-frustrés de la fonction publique comorienne, aujourd'hui ont des titres ronflants de président d'une assemblée locale fantôme, ou conseiller d'une marionnette qui se dit Président, et rêve la nuit qu'il sert la main de Chirac d'égal à égal. Triste spectacle.

Et les idéologues au loin, y compris ceux dont le métier est de promouvoir la bonne gouvernance et les droits de l'homme, ne disent mot sur la situation alarmante qui prévaut à Anjouan. Non! Ils ont tort, mais ils continueront à prôner la haine et la mesquinerie, pour ne pas se le dire. Leurs enfants sont à l'école française ou internationale, et à Anjouan, il n'y a plus d'école, plus de diplôme, plus rien. Le seul Etat qui a reconnu Anjouan est la République Lepenisto-Royaliste des bas-fonds de France. Triste sort pour un petit paradis où l'Ylang sentait bon la vie, et le Clou de Girofle rappelait la gloire zanzibarite de beaucoup de nos ancêtres.

Dieu tout puissant, mais où est la raison, si le cœur de ces fous de la haine et du mensonge a été remplacé par la dure lave d'un volcan qui ne veut pas s'éteindre. Mais revenons à la politique, car c'est l'alpha et l'Omega de toute cette histoire. Le pouvoir corrompt, absolument. Les intérêts guident les décisions de ceux qui se sont mis en tête que le pouvoir est leur, et qu'il est sans partage.

D'abord regrettons toute cette mascarade de la réunion de Mohéli. Oh, je sais que je vais me faire des ennemis en disant encore que Azali, notre frère Azali, a encore le temps de revenir sur cette décision malheureuse où Abeid a humilié les Comores. On se souvient que Taki avait été très mal conseillé, et que les décisions malheureuses qu'il a prises, ont accéléré le mouvement de déliquescence de l'Etat Comorien, que le régime de Djohar (et d'autres avant lui), avait enclenché. Alors, Azali est mal conseillé. Il faut que ceux qui ont le pouvoir à Moroni, comprennent que le chemin choisi, celui de l’acceptation de l'éclatement de notre pays, est mauvais. Tous les chemins ne mènent pas à Rome, car sur certains de ces chemins, on peut y trouver l'humiliation et la désolation. Il faut que notre frère Azali dénonce ces accords, tout de suite, et il sortira grandi d'une telle position. On ne négocie pas avec un mercenaire comme Abeid, sur des bases fausses. Non! Abeid et ses sbires, ont les combats, politiquement.

L'embargo! Non! Sauf à trouver comment affamer les vrais coupables à Anjouan (y compris à suspendre leurs retraites françaises à certains), et à épargner le peuple, celui qui n'est pas armé et qui souffre.

Alors que faire? Ici le réalisme de ceux qui était à Antananarivo doit prévaloir. Je répète ici que l'accord qui y avait été signé ne me plait pas beaucoup, en tant que comorien, en tant qu'anjouannais, et en tant qu'économiste. Mais c'était un dénominateur commun qui permettait de sauvegarder la nation comorienne, qui permettait de prendre au mot ceux qui prônaient une décentralisation large pour les îles. On pouvait bâtir sur ce socle quelque chose de nouveau. Peut être de solide. Avec de la bonne volonté, le respect (à défaut d'amour) du prochain, et des idées nouvelles.

Car les Comores de demain se dessinent déjà à travers les débats sur Internet. Oh oui, on peut déplorer ce qui se dit sur le Net, quand il s'agit d'excès, de lamentables propos racistes. Il faut accepter le débat, et nos amis de France et de Navarre, et d'ailleurs, devraient être les bienvenus sur les sites du dialogue. Ces jeunes comoriens feront les Comores de demain, et je leur fais confiance pour bâtir du neuf sur cet accord qui est le bon, car (je l'ai dit ailleurs), personne ne le trouve parfait. C'est un accord de consensus. Et c'est cela qui compte. Bâtissons notre avenir sur ce qui nous unit, c'est à dire la sauvegarde de la nation comorienne. Avec réalisme.

Sans haine du prochain. Oh! Les bourreaux qui violent rendront des comptes.

Ceux qui se sont mis hors jeu eux-mêmes. Mais à Anjouan, la majorité des gens aspirent non pas à être gouvernés par un petit caporal frustré, mais à une école libre, à un hôpital fourni, à des routes entretenues, à une liberté qui ne se négocie pas. Jamais je n'oublierai ce pauvre Charikane, qui est en partie responsable de la situation anjouanaise. Aujourd’hui il a compris, et on le torture pour cela, et nos intellectuels séparatistes ne disent pas un mot. Quel dégoût!

Alors reprenons le combat. Pour cela les efforts de tous sont nécessaires.

Azali doit comprendre que ceux qui lui ont dit que signer des accords humiliants permet de contourner l'OUA, le trompent. Azali doit dénoncer ces accords. Maintenant.

 L'opposition comorienne doit continuer une lutte commune, et un grand congres pacifique devrait se réunir à Moroni (et Azali devrait le parrainer) pour re-affirmer notre volonté de ne jamais accepter le dépècement de notre petit et beau pays. Ensuite, une démarche de tous (gouvernement, opposition, diaspora, société civile) auprès du gouvernement français, devra être entreprise pour que la France adopte une attitude sans ambiguïté sur l'intégrité du territoire (y compris un retour futur de Mayotte, lorsque les conditions seront réunies), et la mise en quarantaine (interdiction de circuler à Mayotte et à la Réunion) des pseudo-retraités mi-galonnés que sont les Abeid et les Chamasse. Une autre démarche doit se faire en direction de l'OUA pour qu'elle prenne ses responsabilités.

Plus le temps passe, plus les haines se cristallisent. Un Mandela (après le Burundi) devrait être affecté à la cause comorienne (ce qu'il avait déjà accepté à Ouagadougou en tant que président de l'Afrique Du Sud alors). Il faut enfin mobilier le monde arabo-musulman pour un nouveau départ de la reconstruction nationale. Il faudra des ressources financières pour démarrer la machine comorienne vers la route du progrès. Les institutions de Bretton Woods n'y suffiront pas au départ, compte tenu de leur mode de fonctionnement. Mais tôt ou tard, la réunification nous obligera à négocier des programmes durs avec les bailleurs de fonds, pour se re-insérer dans le concert des nations. Pour tout cela, il faut accepter l'autre, sa différence. Il faut que le comorien respecte son frère comorien (sauf les "tortureurs").

Ensemble jeune, vieux, civil, militaire, de telle ou telle île, homme, femme, enfant, donnons-nous la main sur le chemin de la réconciliation. Pour bâtir   Du Neuf.

Que vive les Comores Unies.

ALI BOURHANE  - Septembre 2000

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