EDITION ELECTRONIQUE : LGDC édition n°110 du 22 mars 2002

 


 

ACTUALITE

Présidentielles : des résultats énigmatiques

Le tiercé sorti des primaires de la présidence de l'Union est dans l'ordre : Azali, Mradabi et Kémal. C'est parmi ces trois candidats qu'émergera le premier président du Nouvel Ensemble Comorien. Mais il est vraisemblable, au vu des résultats que cet homme appelé à tenir les rênes de l'Union des Comores sera le colonel Azali à moins d'un miracle.

Avec près de 40% de vote en sa faveur, l'homme du 30 avril 1999 est sans doute en phase d'être légitimé dans le fauteuil qu'il occupe depuis son Coup d'Etat. Ce score impressionnant qui frise l'insolence laisse perplexe de nombreux Comoriens… Beaucoup se demandent d'où vient ce ras de marée en faveur d'un candidat dont les tournées électorales étaient émaillées d'incidents dans de nombreuses localités. Les huit candidats de l’opposition dénoncent "des fraudes massives et des falsifications des procès verbaux".

Il est certain que le colonel possédait tous les atouts pour gagner cette élection. Sa démission n'était que virtuelle. De chez-lui, il continuait à avoir la haute main sur l'appareil de l'Etat. Avant sa fausse sortie, le colonel avait pris soin de placer son homme de confiance, Hamada Madi Boléro, à la tête du pays, en tant que Premier ministre et chef de l’Etat par intérim. Les finances publiques, les Sociétés d'Etat, les Projets, l'Armée étaient tous mobilisés pour faire gagner le candidat Azali.

Par ailleurs, le cafouillage incroyable constaté dans la préparation et l'organisation de ces élections ne plaide pas pour la transparence des résultats de ce scrutin.

Le Non au référendum sur la constitution de Ngazidja vient conforter un peu plus cette idée d'un processus électoral bâclé. Comment pouvait-on imposer aux électeurs une constitution rédigée en catimini en l'absence de tout débat démocratique ? En refusant d'avaliser le diktat de certains en connivence avec une certaine communauté internationale, les Grand-Comoriens ont eu un sursaut d'orgueil de dernière minute. Pour avoir voulu aller plus vite que la musique, le processus électoral va sans doute connaître des nouveaux traquenards. Le calendrier des élections va certainement être chamboulé à nouveau.

Déjà les candidats à la présidence de l'île refusent que le 2ème tour de l'élection du président de l'Union se fasse avant le scrutin du président de Ngazidja. Ils ont la crainte qu'une fois élu, le Chef de l'Union n'ait la main mise sur la désignation du président de l'exécutif de l'île.

Mradabi et Kémal, deux des trois candidats en lice pour le second tour de la présidentielle de l'Union prévu théoriquement pour le 14 avril prochain, sont du même avis.

Une réunion du comité de suivi élargie aux candidats à l'exécutif de l'île de Ngazidja, examinera cette question lundi et mardi prochain. Il est probable que le référendum sur la constitution de Ngazidja ait lieu le 7 avril, le premier et le deuxième tour de l'exécutif de l'île le 14 et le 21 avril et le deuxième tour des présidentielles de l’Union le 28 avril.

Comme disait l'autre, rien ne sert de courir...!

Le candidat Azali n’avait pas sa carte d’électeur

 

Dimanche 17 mars. Nous sommes dans un bureau de vote à Mitsoudjé, le village natal du colonel candidat, Azali Assoumani. Un jeune homme, ''rêveur'', qui se fait beaucoup de soucis pour installer des règles de droit devant être les règles de conduite pour tout le monde dans ce pays se trouve être président du bureau de vote n°072 en question. Ce n'est pas n'importe lequel car il s'agit de celui où vote le candidat Azali.

Celui-ci, non muni de sa carte d'électeur égarée, se présente quand même pour accomplir son devoir de citoyen.

Le jeune président ne s'y oppose pas mais dans un cas pareil, il y a des procédures à suivre. Il les édicte. Mal lui en prit. Manifestement, l'intéressé n'a pas pris la chose de très haut et aurait pris le fait pour bien normal. Il a voté et repris son chemin sous les youyous des femmes et des applaudissements des hommes qui l'escortaient.

Dans les minutes qui ont suivi, la CNEIH s'amène. Le vice-président de cette dernière, Mohamed Ibrahim vient remanier le bureau. Exit le président irrespectueux. Sur-le-champ. Ça lui apprendra à ne jamais être tatillon vis-à-vis d'un électeur-candidat.

''L'insolence'' du jeune Nabahane, pour ne pas le nommer, qui a manqué respect à un ancien et promis futur chef de l'Etat, mérite bien une sanction.

Comme il n'y a jamais deux sans trois et qu'un malheur n'arrive jamais seul, Nabahane, jeune journaliste à Al-Watwan, aura la sanction qu'il mérite pour ce crime lèse-majesté : une mise à pied sans solde d'une semaine ''pour manquement professionnel grave'', écrit son dirlo qui se veut être l'un des piliers de la dictature qui s'installe à petit pas...

L'on ne demande qu'à savoir de quel ''manquement professionnel'', Nabahane est-il coupable.

Avant de devenir ce qu’il fut, Hitler avait été élu

 

Constitution de Ngazidja : Copie à revoir

 

 

58,89 % de Non. C'est la réponse faite mardi dernier par les Grand-comoriens au projet de constitution soumis à leur sanction. Un résultat contrastant avec les 40 % de suffrages recueillis par Azali Assoumani l'avant-veille lors du scrutin pour les primaires tenues le dimanche 17 mars.

A la Place du building, les débats au cours de ces derniers jours tournent essentiellement autour de l'échec du ''oui'' interprété comme un échec des initiateurs du projet, le colonel Azali en tête.

Il faut dire que le rejet du projet de constitution se lisait bien avant le déroulement même du scrutin. Mais Azali et les siens n'en avaient cure. Si leur préoccupation était ailleurs, ce ne fut pas pour autant qu'ils croyaient en l'adoption de la loi fondamentale pour parachever l'œuvre de destruction nationale dont le vote des Grand-comoriens vient constituer une épine au pied de ces fossoyeurs de la nation comorienne.

Il va de soi que les électeurs ne connaissaient pas le projet. Mais cela n'explique pas tout. La grande leçon que d'aucuns ne manquent de tirer est le refus de se laisser découper en morceaux. C'est aussi un avertissement des Grand-comoriens aux maîtres-chanteurs qu'ils ne sont prêts à avaler n'importe quoi.

Il est clair maintenant que les Grand-comoriens ne veulent pas de la constitution que certains ont préparée pour eux. Ceci remet plusieurs choses en question à la fois. D'abord les élections du président de l'île fixées au 31 mars. Qu'en pense les candidats ? Personne, pour le moment ne s'est exprimé là-dessus. Que pense surtout la communauté internationale qui voulait en finir vite avec ce processus quitte à bâcler pourvu qu'un rapport puisse être fait et remis à qui de droit ?

La seule certitude pour le moment est que la copie, jugée très peu conforme, est renvoyée à son auteur. En attendant qu'elle soit revue et corrigée, Mohéli et Anjouan auront voté leurs présidents. Pour se mettre à coopérer avec qui vous le savez. En attendant le prochain épisode.

 

 

Elections primaires : Le piège

La classe politique et particulièrement l'opposition est tombée naïvement dans le piège que leur ont  tendu les membres de la communauté internationale : légitimer vaille que vaille le régime issu du coup d'Etat du 30 avril 1999, acte qui pourrait être qualifié de crime contre la paix dans la mesure où il violait un accord international.

Parmi les autres buts poursuivis : ''écarter de la vie politique'' ce qu'on appelle les dinosaures pour atteindre, enfin, l'objectif  final :  la balkanisation des Comores.

Pour assouvir ce dernier objectif, un seul homme pourrait accepter d'exécuter ce travail, le colonel Azali. Le seul.

Aux yeux des initiateurs de cette politique, Azali Assoumani est et sera manipulable. Seulement, certains dirigeants de l'opposition sont, malheureusement eux aussi, manipulés pour la réalisation de ce dessein : la destruction de notre pays en passant par l'installation du colonel Azali au pouvoir. ''Il faut que d'ici avril, au plus tard, il y ait un pouvoir légitime à Moroni. Car dans le cas contraire, nous ne pourrons pas vous aider…''  ne cesse-t-on de ressasser dans certaines chancelleries et bureaux d'organisations internationales. Des chefs de l'opposition ont glissé sur ce terrain en se laissant amuser par des ''chers amis'' et des tutoiements et sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis en avalisant le bâclage et le remplissage.

Les responsables de l'opposition ont commis l'erreur fatale d'accepter que Ahamada Madi Boléro, le Premier ministre nommé auparavant par le colonel Azali et qui symbolise son système, dirige le gouvernement d'union nationale de transition (GUNT). Or, conformément à l'accord de Fomboni, le chef du GUNT devrait être choisi d'une manière consensuelle par les parties signataires de l'accord-cadre.

La réaction des membres de la communauté internationale sensés veiller au respect de cet accord, ''c'est une affaire comorienne''. En revanche, quand l'opposition, dans son ensemble, demandait que les listes électorales subissent un toilettage pour garantir un scrutin sincère et sans tâche, les mêmes membres de la communauté internationale ont été les premiers à monter au créneau  sans fard et au premier rang desquels : les agents du PNUD, l'ambassadeur de France et le chargé d'affaires de l'Union Européenne,  pour s'opposer à cette proposition.

Résultat : le colonel Azali réalise un score de ''40%'' aux primaires. Du jamais vu dans les annales de la politique comorienne. Même feu Mohamed Taki, malgré son aura, n'avait recueilli au premier tour des présidentielles de 1996 et au niveau de la Grande-Comore que 29 % et 21% sur le plan national. Le non à 58 % contre  la constitution de la Grande-Comore contraste d'ailleurs avec les 40% de la veille sachant que seuls les partisans du colonel Azali ont appelé à voter le oui.

Les leaders de l'opposition n'ont jamais cru, malgré les mises en garde qui leur ont été faites ici et là, que les membres de la communauté internationale se servaient d'eux, en leur ''caressant la peau dans le sens du poil'', comme escabeaux  pour permettre au colonel Azali de faire son hold-up électoral.

Certains sont allés jusqu'à menacer de nouer, si le scrutin ne se tenait pas dans le bref délai, des accords de coopération séparément avec Mohéli et Anjouan. La position de l'OUA dans ces manœuvres visant à atomiser notre pays : elle se contente de faire du suivisme dans la gestion de la crise comorienne.

Les dirigeants de l'opposition doivent se ressaisir. Ils ont une lourde responsabilité face à l'Histoire. Celle qui consiste à sauvegarder l'unité et l'intégrité du territoire. Il n'est jamais tard pour mieux faire.

La solution serait de se retirer du processus et exiger la mise en place des conditions valables et acceptables par tous et non l'humiliation et le déshonneur.

Penser un instant qu'ils pourront battre le colonel Azali est illusoire : il a l'appareil de l'Etat à sa dévotion pour exercer toute forme de pression. Il bénéficie du silence complice de la communauté internationale et il a beaucoup, beaucoup et beaucoup d'argent. 

En tous cas, une chose est certaine, le nouvel ensemble comorien, une confédération composée des îles de la Grande-Comore et de Mohéli auquel s'est associé un Etat indépendant, Anjouan, est un projet  mort-né. Nous serons obligés de recommencer et peut  être de revenir dans la constitution de 1978.

Celle-ci répondait aux attentes institutionnelles des Comoriens. Et pourtant la charpente de la constitution de 1978 a été l'œuvre d'un éminent constitutionaliste, français, maître Alliot-Marie et d'un membre du conseil d'Eta, deux Français mandatés par le pouvoir français de l'époque dirigé alors par Valérie Giscard d'Estaing. Il est vrai que c'était la droite et que par rapport aux socialo-communistes, elle a une politique comorienne cohérente et lisible.

Hadji Hassanali

journaliste

 

 

Coopération Régionale ; La CRF offre un kit choléra au Croissant-Rouge Comorien

Le jeudi 14 mars le Croissant Rouge-Moroni a reçu un kit Choléra d'une capacité de traitement de 1000 personnes, qui lui a été remis par le docteur Bernard Gaüzère, médecin urgentiste du Centre Hospitalier Départemental de Saint-Denis de La Réunion.

Ce kit composé de 184 colis contenant de médicaments et d'équipements a été obtenu à la suite d'une demande formulée par le ministère de la santé auprès du Croissant-Rouge Comorien dans le cadre du  plan de lutte contre le choléra. Le CRC a ensuite soumis la requête auprès du Bureau Régionale pour l'Océan Indien du Croix-Rouge qui lui a répondu favorablement.

Cette action de la PIROI (Plate-forme d'Intervention Régionale de l'Océan Indien) s'inscrit dans le cadre de la coopération régionale entre les Sociétés Nationales Croix-Rouge et Croissant-Rouge, signataires des accords de Saint-Denis du 4 avril 2000, et du programme de préparation et 'intervention aux désastres mené par la CRF dans l'Océan Indien.

Cette mission est en outre, venue appuyer techniquement les équipes du Centre Hospitalier Régional El-Maarouf de Moroni et du Croissant-Rouge des Comores qui sont confrontées tous les jours à l'épidémie du choléra.

L'intervention du Dr Gaüzère a permis non seulement de mieux accompagner les efforts des volontaires nationaux sur le terrain mais aussi à mieux maîtriser la gestion du kit mis à leur disposition.

Il faut noter que 48 volontaires du Croissant-Rouge travaillent aux côtés des services sanitaires repartis dans les services du CHR de Moroni, dans les foyers contaminés ainsi que dans les tournées de sensibilisation et d'assainissement.

L'objectif de la mission selon Dr Gaüzère est entre autres, de travailler sur le protocole de prise en charge signé par les différents partenaires cités ci-haut. Il consiste notamment à sensibiliser tout le monde sur les gestes simples d'hygiène. Il doit palier également au manque des moyens et surtout pouvoir mettre à la disposition des structures de santé un stock suffisant de médicaments.

Elle envisage de réduire immédiatement le taux de mortalité anormalement élevé. A ce jour, 505 cas sont enregistrés et 21 personnes sont décédées.

Notons au passage que cette mission a été soutenue par le service de coopération de l'Ambassade de France à Moroni.

La bruyante visite de ses clients d’Iconi

La Ma-Mwe a fait parler d'elle encore mercredi dernier. La raison ? Toujours la même : la fourniture d'électricité qui ne se fait plus au compteur mais plutôt au forceps. De nombreux éléments de l'escadron de gendarmerie étaient là, heureusement, pour empêcher les mécontents d'Iconi, de Moindzaza, de Malé, Chinidi etc. de pénétrer dans l'enceinte de l'établissement pour y déposer du poisson pourri.

Les habitants de ces villages qui ont rendu visite à la Ma-Mwe dernièrement avait de bonnes raisons de le faire. En s'exprimant bruyamment ce mercredi, ils entendaient faire savoir aux responsables de la société d'électricité leur colère mais aussi leur désarroi suite à la pourriture, dans la chambre froide d'Iconi, de leurs poissons dont le nombre, selon Le Matin des Comores d'hier, est estimé à 300. Une pourriture intervenue à la suite de la rupture de contrat de fourniture d'électricité par la société. 

Car en réalité, il s'agit de rupture de contrat. Des jours durant, la société reste incapable de fournir de l'électricité à ses clients. A Iconi, il en fut le cas tout au long des quatre jours qui ont précédé leur visite à la Ma-Mwe. Résiultat : les 300 poissons pourris évoqués plus haut.

Il faudrait noter que ce n'est pas les seuls pêcheurs qui sont lésés par la Ma-Mwe. Plusieurs entreprises se dirigent lentement mais sûrement vers la faillite. L'on se rappelle comment, sous le règne de Mohamed Taki, presque tous les entrepreneurs ont fermé boutique.

Au point où la situation de la société d'eau et d'électricité se trouve, l'on est en droit d'être seulement pessimiste. La preuve : la démission récente du chef d'exploitation de la centrale de Voidjou. Ceci ne présage rien de bon.

La Ma-Mwe serait-elle agonisante au point de désespérer ses médecins qui commencent, l'un après l'autre, à rendre le tablier ?

Le nouvel an musulman

 

Le nouvel an musulman, l'an 1423, a été célébré le 16 mars 2002 sur l'ensemble du territoire comorien.

Contrairement aux années passées, les festivités et animations qui marquent cet évènement n'étaient ni grandioses, ni nombreuses. La participation des associations musulmanes et écoles coraniques était moindre, les débats qui se tenaient la veille sur l'Islam et les parades paramilitaires des élèves des écoles coraniques n'ont pas eu lieu comme par le passé.

Après la cérémonie de prière dans l'ancienne mosquée de vendredi, le Grand Cadi de Moroni, Saïd Mohamed Djelane, s'adressant aux fidèles, a dénoncé l'implication de ''certaines autorités religieuses dans les affaires qui ne relèvent pas de leurs compétences et le manque de culture d'une partie du personnel de la radio nationale qui ignore jusqu'aux dates mémorables de l'islam''.

Muhammad Bin Abdillah Bin Abdul Muttalib (saw) est né à la Mecque en l'an 569 pour mourir à Médine en 632 de l'ère chrétienne et fut le dernier des messagers de Dieu.

Le premier jour de l'An I de l'ère musulmane remonte au 16 juillet 622, jour où le Prophète Muhammad a décidé de fuir l'hostilité des dirigeants mecquois, les persécutions dont il était la cible et les menaces émanant d'une partie de la bourgeoisie de cette ville, préférant émigrer à Médine à la recherche d'une autre ville d'accueil en compagnie de ses proches. Ce n'est que huit ans plus tard que le Prophète Muhammad reviendra en vainqueur à la Mecque vers l'an 630 à la suite d'une guerre défensive et convertir toute la population à l'Islam avant de mourir deux ans après. (voir LGDC n°77)

Dans son message, le grand cadi Saïd Mohamed Djelane a formulé le vœu que l'an 1423 de l'ère musulmane puisse apporter au peuple comorien ''un président convenable, digne des aspirations de la population…''. 

Intervenant brièvement lors des festivités marquant la journée, Abbi Koudra a eu à l'absence totale des autorités publiques qui se refusent toujours à accorder à cette journée une quelconque importance contrairement à ce qu'ils font le premier jour de l'an de l'ère chrétienne.

 

 

 

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