EDITION ELECTRONIQUE N°184
Saïd Larifou
libéré sous caution
L'assignation
à résidence de Saïd Larifou a été levée hier par la
juge d'instruction en charge du dossier contre une caution de trois millions de
francs comoriens. Le président du Ridja va pouvoir
quitter sa chambre de l'hôpital El-Maarouf pour aller
se faire soigner à La Réunion. Cette mesure intervient après le départ pour La
Réunion, la veille, de Philippe Verdon et fait suite à une demande de son
défenseur, Maître Harimia Kassim.
A son arrivée dans l'île française où le mouvement de solidarité avec Larifou a été extrêmement fort ces derniers jours, plus
d'un millier de personnes a participé dimanche à Saint-Denis à un après-midi de
solidarité, Philippe Verdon a fait une conférence de presse, au cours de
laquelle il a chargé le président du Ridja.
Lire les
interview du procureur de la République et de la défenseure
de Larifou réalisées avant le rendu de la décision de
la juge d’instruction.
Idi Bazia, procureur de la
République ''Verdon n'est pas un témoin.
Il est inculpé au même titre que Larifou''
Dans
l'affaire Larifou, la Justice s'explique. Idi Bazia, procureur de la République, considère qu'il ne
s'agit pas d'une affaire politique ; que le départ de Verdon pour la France
"ne peut en aucun cas porter préjudice au déroulement de cette
affaire" ; que "l'autorisation
de sortie accordée à ce dernier n'est donc absolument pas liée à toute mesure
que pourrait prendre le juge d'instruction en faveur de Larifou"
LGDC : Philippe Verdon, incarcéré pour déstabilisation, est libre
depuis lundi 12 janvier sous caution et a quitté le territoire comorien. Cette
libération ne risque-t-elle pas de porter préjudice au bon déroulement de
l'affaire Larifou ?
Idi Bazia : Cette libération ne
peut en aucun cas porter préjudice au déroulement de cette affaire,
contrairement à ce que pensent certaines personnes qui considèrent cette
affaire comme une affaire politique. Le magistrat instructeur a pris cette
décision en son âme et conscience.
A
titre de rappel, cette libération ne date pas d'hier, mais plutôt à plus de
deux semaines. Ce qui est nouveau, c'est l'autorisation de sortie qui lui a été
accordé hier, suite au dépôt d'une caution de 3 millions de francs comoriens
devant assurer sa représentation en justice.
LGDC : Après deux mois de détention, Verdon s'est rétracté. Il est
revenu sur sa première déposition en affirmant que Larifou
était au courant de sa rencontre avec Combo. Certains y voient une manoeuvre de
diversion. Qu'en est-il exactement ?
I. B : Comme dans toutes les procédures, qu'elles soient
correctionnelles ou criminelles, tout inculpé peut se rétracter après quelques
jours ou quelques mois de détention. Cette rétractation confirme que le parquet
n'a pas fait de poursuites aveugles. A cet égard, le magistrat instructeur a
procédé à une confrontation entre les deux inculpés. Les présomptions du
parquet deviennent irréfragables. Des charges commencent à apparaître contre
Verdon et Larifou au cours de l'instruction. Le
parquet est satisfait des enquêtes menées avec sérénité par madame la juge
d'instruction. Certains ont voulu politiser cette affaire. D'autres ont même
menacé les magistrats et les institutions judiciaires. Aujourd'hui, il
apparaît, avec la progression des enquêtes, que c'est une infraction de droit
commun, et les inculpés seront jugés devant les juridictions compétentes.
LGDC : Le témoin numéro un de l'affaire Larifou
est libre de ses mouvements. Se dirige-t-on vers une libération imminente de
Saïd Larifou ?
I.
B : Nous précisons que Verdon n'est pas un témoin. Il est inculpé au même titre
que Larifou. Il faut rappeler que c'est Larifou qui, de son propre chef, a invité Verdon à venir
dans ce pays. Larifou présentait Verdon comme étant
son conseiller en communication. Larifou a bénéficié
d'une liberté provisoire depuis bientôt trois mois. Pendant ce temps, Verdon
croupissait en prison. L'autorisation de sortie accordée à ce dernier n'est
donc absolument pas liée à toute mesure que pourrait prendre le juge
d'instruction au faveur de Larifou.
LGDC : Quelles sont les dispositions prises par la justice suite à la
détérioration de l'état de santé de Larifou ?
I. B : La justice a une procédure qui est en cours. Une demande
d'autorisation de sortie a été déposée par Larifou
pour aller se soigner à l'extérieur. Le juge d'instruction décidera de la suite
à donner à cette requête suivant son contenu.
LGDC : Tantely Andrianarivo,
ancien premier ministre de Didier Ratsiraka condammné
à 12 ans de prison, est autorisé à aller se faire soigner en France. Ce cas de
figure ne doit-il pas faire école dans l'affaire dite Larifou
?
I. B : Pas nécessairement car chaque pays a sa propre justice. Notre
justice est indépendante. Les décisions sont prises après étude de chaque
dossier.
Propos
recueillis par
Saïd Maoulana
Harimia Kassim,
avocate de Saïd Larifou "Verdon est revenu totalement sur sa
déclaration dans l'intention de nuire aux intérêts de Larifou…"
Après
avoir recueilli les propos du procureur de la République nous donnons la parole
à Harimia Kassim, avocate
de Saïd Larifou. Cette dernière note : "Le
départ de Verdon constitue un signe positif pour l'évolution du dossier de mon
client…"
Les
événements s'enchaînent dans l'affaire Larifou. Après
avoir recueilli les propos d'Idi Bazia, procureur de
la République et rendu compte des déclarations de Verdon à La Réunion, nous
donnons la parole à Harimia Kassim,
avocate de Saïd Larifou. Cette dernière note :
"Le départ de Verdon constitue un signe positif pour l'évolution du
dossier de mon client…"
LGDC : La semaine dernière, une confrontation entre Verdon et Larifou a été organisée par la juge d'instruction.
Aujourd'hui Verdon est libéré sous caution. Etiez-vous informée de cette
décision ?
Harimia Kassim : Je l'ai appris
comme le commun des mortels par la presse réunionnaise qui était la première à
diffuser la nouvelle. Le départ de Verdon constitue un signe positif pour
l'évolution du dossier de mon client puisque nous avions déposé une demande
d'évacuation de Larifou le 7 janvier 2004 et que nous
attendions justement une réponse du juge d'instruction le 12 janvier 2004 (Ndlr : jour de libération de Verdon )
.
LGDC : Après son incarcération, Verdon est revenu sur sa première
déposition. Selon vous, existe-t-il un
lien entre cette deuxième déposition et la libération de ce dernier ?
H. K : Je ne peux pas affirmer cela. Ce qui est sûr c'est que Verdon
est revenu totalement sur sa déclaration dans l'intention de nuire aux intérêts
de Larifou. La preuve, il a menti effrontément en
disant, je cite : ''Larifou a reconnu devant le juge
qu'il m'a trahi ''. Ce qui est totalement faux, Larifou
ayant persisté sur sa déclaration initiale tant à la gendarmerie que devant le
juge d'instruction à savoir qu'''il n'a jamais donné
une instruction à Verdon de rencontrer des militaires ''.
LGDC : Lors d'un interview à RFI, Verdon n'a
pas ménagé Larifou en l'accusant de fuir ses
responsabilités. N'est-ce pas un coup de plus pour enfoncer votre client ?
H. K : Encore une fois je constate que Verdon fait preuve d'une
mauvaise foi inqualifiable. Il sait pertinemment que Larifou
ne peut pas faire de déclaration à la presse en raison de son contrôle
judiciaire. Verdon profite de la
situation pour porter des accusations graves contre lui et tente de ternir son
image de marque. Je tiens seulement à dire ici que personne n'est dupe et que Larifou a les moyens de se défendre
malgré la proportion d'agressivité atteint par Verdon.
LGDC : L'état de santé de votre client préoccupe le monde médical à
commencer par le seul cardiologue de la place. Où en est-on exactement ?
H.K. : L'état de santé de Larifou reste
préoccupant dans la mesure où les moyens techniques dont dispose notre hôpital
de référence n'ont pas permis à son médecin traitant de réaliser les
explorations nécessaires et préalables à tout traitement à prescrire à un
patient, s'agissant notamment de problèmes cardiaques. L'évacuation sanitaire
de mon client à la Réunion permettra certainement de pallier cette situation.
Je lui souhaite de tout coeur un prompt rétablissement.
Propos
recueillis par
Saïd Maoulana
Football : Bras de fer entre la ligue et
le ministère de la Jeunesse et des Sports
Le
conflit entre la Ligue de football de Ngazidja et la Fédération comorienne de
Football rebondit et c'est le ministère de la Jeunesse et des Sports de l'île
autonome de Ngazidja qui vient de dissoudre la ligue. Réactions.
La
Fédération Comorienne de Football (FCF) avait infligé une amende de 170.000
francs comoriens à l'équipe du Brésil, pour des incidents qui avaient éclatés
entre supporters. La Ligue de Football de Ngazidja avait été au-delà de cette
décision et avait exclu Brésil de toutes les compétitions (voir notre article
du mercredi 7 janvier 2004).
La
FCF délègue certains de ses pouvoirs aux ligues régionales, notamment
l'organisation des championnats des Comores, et toute autre activité sportive
au niveau régional. Les ligues dépendent donc, jusqu'à preuve du contraire, de
la FCF. Cette dernière a la latitude de
casser les décisions des ligues, si elle le juge nécessaire. Par contre,
l'inverse est inconcevable et inimaginable.
Aujourd'hui,
l'imbroglio a pris une tournure alarmante. Par une décision du 5 janvier 2004, Abdouraouf Ahamada, chef de
division de la Jeunesse et des Sports de Ngazidja, a suspendu le Comité
directeur de la Ligue de Football de Ngazidja et arrêté les compétitions
sportives officielles dans toute l'île. Une décision qui a suscité de réactions
diverses.
Razida Mchangama,
président de la ligue dissoute, est déconcerté. "Je ne reconnais pas
l'autorité de la direction régionale des sports de Ngazidja. C'est une décision
insensée.
C'est
un abus de pouvoir. Seule l'assemblée générale des équipes est compétente pour
décider d'une mesure de suspension ou de dissolution. Ce serait, alors, un
geste légitime. La ligue de Ngazidja reste, et je continue à gérer le
championnat inter-districts. C'est une basse manœuvre ourdie par Abdouraouf, parce que son équipe est la lanterne rouge du
classement général. Elle est condamnée à la rétrogradation en division
inférieure. Pour lui, c'est un déshonneur. Quelle honte!."
Madi Sûreté, membre du District du centre salue
cette décision "sage et constructive". Il réagit autrement. “Cette
décision est tombée au bon moment. La ligue commence à déraper. Elle fait, dans
l'impunité, la pluie et le beau temps, sans tenir compte des appréciations de
la FCF. Pour l'intérêt du football de Ngazidja, Razida
Mchangama doit s'assagir."
Abdouraouf Ahmada, auteur de
la décision qui a suspendu la ligue s'estime "serein". Il note que,
"les constitutions de l'Union et de l'île
l’autorisent à prendre en main les destinées des activités sportives de
l’île. L'article 15 des statuts de la FCF me permet aussi de suspendre les
ligues. Je mets donc fin au dérapage et au laisser-aller destructifs de la
Ligue de Ngazidja. Elle a été élue dans la confusion depuis 2000. Or, son
mandat est limité à deux ans.
Nous
sommes en 2004. Une ligue doit organiser un championnat par an. Celui qui est
en cours a commencé depuis 2001.
Il
risque, pour incompétence, de ne se terminer qu'en 2005. Je dois agir pour
sauver le sport grand-comorien, et promouvoir toutes les disciplines sportives
régionales. Je suis en train de reconstituer d'autres ligues à Ngazidja. C'est
la décentralisation. C'est mon devoir, et j'assume."
B.M.
Gondet
Habari za Udunga :
Marche sur la tête
Nous
connaissions un vieux de notre quartier. Il avait le don de nous asséner des
vérités qui étaient toutes bonnes à dire. Il avait une carrure imposante, mais
savait se rendre attachant par sa façon de vous raconter les péripéties de sa
vie. Il avait bourlingué à droite et à gauche et il avait eu à guerroyer pour
l' “amère” patrie dont vous connaissez bien sûr le nom. Il savait plus qu'aucun
autre le sens du sacrifice.
Chaque
fois qu'il y avait un coup de l'oncle Bob, il nous disait d'être à l'écoute de
ce que diraient les blancs. Il avait perdu toute confiance dans nos îles de la
lune où tout le monde marchait tête en bas.
Combien
de fois avez-vous eu envie de laisser tout tomber et de vous réfugier dans
une... île déserte? Combien de fois
avez-vous eu envie de vous boucher les oreilles pour ne pas écouter des
inepties? Combien de fois avons-nous eu envie de fermer les yeux pour refuser
de voir une terrible réalité?
Le
problème est que lorsque vous ouvrez les yeux vous êtes toujours là, dans cette
situation tsinfi tsinyama, ya nyama yantsingo. Vous êtes
toujours dans les îles de la lune en train de vous grattez la tête sans savoir
pourquoi, vous vous reposez toujours les mêmes questions et vous avez toujours
les mêmes réponses. Eh oui, rien n'est simple en ce bas monde où il faut se
battre au jour le jour pour gagner honnêtement son mhogo.
Pourtant,
tout n'est pas morose. Et chacun devra mettre un peu du sien pour essayer de
rattraper le temps perdu dans des combats inutiles... Il y a des raisons
d'espérer. Si nous aidons notre jeunesse à faire bon usage de ce pays que nous
aimons tous.
Hachime Abdérémane