EDITION ELECTRONIQUE N°237
Résultats des législatives. Mdjidjengo : 41, Union : 12 - La commission d'homologation
confirme la prédominance des exécutifs autonomes sur les parlements des trois
îles
Après trois jours d'attente, la Commission d'homologation
a rendu public, hier en début de soirée, les résultats définitifs des
législatives des îles. A Ngazidja, ces résultats sont quelque peu nuancés par
rapport aux pronostics même si la tendance mdjidjengo
l'emporte assez largement. La capitale, Moroni, reste aux mains du mdjidengo. La Commission d'homologation, confirme
l'élection de Fundi Maoulida
et Moegné Ahmed dans la première et la deuxième
circonscription. Dans cette île, ces résultats officiels donnent treize élus
pour Mdjidjengo, sept pour l'Union sur un total de
vingt sièges.
A Mwali, la commission confirme
les résultats sortis des urnes en accordant neuf sièges à la mouvance autour du
président Fazul et seulement un siège pour les
partisans de l'Union.
L'écart entre la tendance de l'exécutif de l'île autonome
et celle du président de l'Union est tout aussi important à Ndzuwani.
Sur les vingt-cinq sièges à pourvoir, dix-neuf reviennent à la tendance du
président Mohamed Bacar, quatre à celle de l'Union.
A Ndzuwani, deux
circonscriptions doivent se rendre aux urnes la semaine prochaine pour cause
d'annulation du scrutin. Il s'agit des 14ème et 22 ème.
Au total, treize bureaux de vote ont été annulés dont
sept à Ngazidja et six à Mwali.
Nous reviendrons longuement sur les enseignements de ces
élections dans notre prochaine édition.
Votre Journal : La directeur de
''La Gazette des Comores'' a été arrêté, hier
Allaoui Saïd Omar a passé la nuit dans
la ''cellule de sécurité'' de la Brigade judiciaire de Moroni. On lui reproche
des propos que le ministre de l'Intérieur de Ngazidja a tenus dans une
interview que Younoussa Assoumani
a accordé à La Gazette et dans lesquels le ministre de Ngazidja parlait du
procureur de la République.
Le directeur de La Gazette des Comores a été interpellé,
dans la matinée d'hier et conduit à la brigade judiciaire de Moroni. L'ordre
d'interpellation de Said Omar Allaoui,
directeur fondateur de votre journal, est venu du procureur de la République de
Moroni, Idi Bazia.
Peu avant cette interpellation, le procureur a convoqué
le directeur du journal à partir d'un coup de fil au journal.
Alors même que le directeur était au téléphone, deux
gendarmes se sont présentés pour exécuter l'ordre. Le directeur leur a promis
de se rendre de lui-même au lieu de la convocation. Alors que le directeur se
préparait à quitter le journal, un autre coup de fil lui somme de se rendre à
la convocation. Ce que ce dernier fera quelque temps après.
Après un bref instant à la brigade de recherche de la
gendarmerie de Moroni, il sera rapidement transféré à la Brigade judiciaire,
toujours sur ordre du procureur de la République.
Selon des sources de la gendarmerie de Moroni, Saïd Omar Allaoui, ''sera déféré devant le procureur, ce matin vers 9
heures''.
Selon les mêmes sources, le directeur de La Gazette des
Comores a été arrêté pour des propos du ministre de l'Intérieur par Intérim de
Ngazidja contenus dans une interview que Younoussa Assoumani nous accordé en première page de notre édition
numéro 235 du mardi 23 mars dans lesquels le ministre, parlant du procureur de
la République, Idi Bazia,
disait : ''Je saisis cette occasion pour déplorer l'attitude du procureur de la
République qui a renvoyé les gendarmes des bureaux de vote de Fumbuni et empêchait les gens d'accomplir leur de voir du
vote''. (Nous vous proposons, ci-après, l'intégralité de l'interview du
ministre de l'Intérieur).
Enseignement supérieur : L'Université de l'Océan indien appuie la nouvelle Université
des Comores
L'Université de l'Océan Indien
(UOI.) a organisé du 8 au 18 mars 2004, avec l'appui
de l'UNESCO, une formation destinée aux enseignants de l'Université des Comores.
Cette formation est la seconde organisée par l'UOI au
bénéfice des enseignants comoriens. Selon l'animateur principal de cette
formation de l'Université de la Réunion, les Comores ont accumulé un grand
retard et qu'elles devraient fournir les efforts nécessaires pour rattraper le
retard pris''.
Les objectifs de la formation, qui a lieu dans les locaux
de l'Ecole de Santé, sont les suivants :
Apporter aux enseignants les connaissances et les moyens
de bien utiliser les ressources qu'offrent les technologies nouvelles en
matière de micro-informatique, familiariser les enseignants à l'utilisation des
Technologies de l'information et de la communication (TIC) et de manière
progressive à leur intégration dans les formations disciplinaires.
En effet, les TIC offrent un large spectre de
possibilités qui peut conduire à des formes très diverses d'intégration dans
les activités de formation et pourraient même induire des changements dans les
processus éducatifs.
Par ailleurs, dans un pays où l'accès à la communication
est limité (coût du livre prohibitif), l'accès aux ressources documentaires en
ligne pourrait constituer une bonne opportunité.
Ainsi, l'acquisition des connaissances par le traitement
de l'information et sur la formation de l'image est une compétence à acquérir
par les enseignants.
Par les TIC, la nouvelle Université des Comores pourrait
s'inscrire dans une nouvelle vision de l'enseignement et de l'apprentissage.
Même si l'intégration des TIC n'est pas la panacée pour pallier au
dysfonctionnement du système éducatif et notamment au système de formation
supérieur, il est sûr que les enseignants doivent acquérir des compétences de
base qui pourront contribuer aux changements pédagogiques nécessaires et à une
nouvelle culture de l'apprentissage.
Un interlocuteur aux Comores désormais
Pour rentrer dans cette nouvelle culture de
l'apprentissage et afin de renforcer les capacités de notre système de
formation, les Comores devraient avoir accès à un réseau rapide de communication
et à faible coût.
L'animateur principal de cette formation Guy ANCEL, de
l'Université de la Réunion, coordonnateur du réseau TIC-UOI
s'est déclaré satisfait de cete échange d'expérience.
À une question sur le retard pris par notre pays sur le développement des
nouvelles technologies de l'information et de la communication par, il nous a
affirmé que, dans la région, les Comores ont accumulé un grand retard et
qu'elles devraient fournir les efforts nécessaires pour rattraper le retard
pris. L'Union Européenne et la coopération française
peuvent les accompagner. Il estime ailleurs que même si les Comores ne
disposent pas encore d'enseignants qualifiés dans plusieurs domaines, le fait
d'avoir ouvert l'université est une bonne chose. Les Universités de la région
pourront maintenant trouver un interlocuteur aux Comores. Ce qui facilitera
beaucoup de chose dans la coopération inter universitaire.
L’Interview du
ministre Younoussa Assoumani :
Le ministre de l'Intérieur, Y. Assoumani, se félicite
de l'esprit de maturité de Ngazidja
LGDC : Quels commentaires faites-vous de cette victoire
de Mdjidjengo?
Y.A. : Il convient d'abord
d'exprimer la satisfaction quant au bon déroulement du scrutin, dans
l'ensemble. Nous devons souligner le rôle positif joué par la gendarmerie dans
la sécurisation et pour la neutralité dont elle a fait preuve dans
l'accomplissement de sa délicate mission.
Il faut féliciter l'ensemble de ce corps qui a retrouvé
l'esprit républicain qui avait toujours fait la fierté et l'honneur des
gendarmes. La Commission nationale électorale indépendante (CNEI) et la
communauté internationale ont également joué un rôle positif dans la réussite
du scrutin.
Je voudrais également et surtout féliciter la population
de Ngazidja pour l'esprit de
responsabilité et de maturité qu'elle a manifesté au cours de cette élection.
Malgré la volonté de sabotage du CRC, elle a su garder son calme et n'a pas
cédé aux provocations.
LGDC : Quelle est votre réaction face à ces coupures
d'électricité et du téléphone les dimanches d'élections?
Y.A. : Ce sont
des actes très graves et qui n'honorent pas notre pays. Les auteurs n'ont aucun
crédit, c'est un mépris à l'égard de la population et de la démocratie. Une
plainte a été déposée.
Pour les prochaines élections nous allons demander à la
Communauté internationale de nous aider à sécuriser l'électricité et les moyens
de communication pendant le scrutin.
D'ailleurs nous demandons que la présence des observateurs militaires et civils
ne soient plus symbolique.
Au cours de la prochaine élection, elle doit être renforcée et plus présente. Je saisis cette
occasion pour déplorer l'attitude du procureur de la République qui a renvoyé
les gendarmes des bureaux de vote de Fumbuni et
empêchait les gens d'accomplir leur de voir du vote.
LGDC : Quels enseignements tirez vous de cette élection
Y.A. : Beaucoup d'espoir pour
l'avenir du pays. Avec l'émergence d'une nouvelle génération d'hommes
politiques porteurs d'espérance, il y a lieu d'être optimiste. Cette victoire
nous réconforte et nous encourage à aller de l'avant..
Habari za udungza
Les choix des uns et des autres ou
comment éviter l'enfermement sur soi?
Qui est ce qui détermine un (e) électeur (trice) à voter pour un candidat ou pour un autre ? Cette
question, certains analystes se la posent sans pouvoir trouver de réponse
satisfaisante. En effet, dans le contexte qui est le nôtre, vivant dans un
espace restreint pour ne pas dire exiguë, les rapports sociaux peuvent être
flexibles ou tendus suivant le degré des liens qui lient nos compatriotes entre
eux. On peut donc être amené à porter son dévolu sur quelqu'un parce que c'est
un membre de la famille (Mbe kali mbe)
ou bien qu'il vient du même village que soi (Opvwamdru
ko pvwayi) ou on est de la
même promotion ou génération (Ufa beyani
harusi). Et c'est en dernier ressort que l'on
retrouve l'appartenance politique, puisque nous avons établi que la politique
c'est le mensonge les coups bas et les inévitables peaux de banane (Politiki ndrabo na makri). Et cette appartenance politique se réduit, la plupart
du temps, au soutien que l'on apporte au leader plus qu'au parti qu'il est
censé représenter. Les exemples sont légions.
Lors des derniers scrutins, un nouvel élément est venu
s'ajouter aux autres paramètres. Il s'agit du vote insulaire ou ''mdjidjengoiste''. Dans ce camp, on affirme tout d'abord son
appartenance insulaire avant toute autre considération (Ngaridjowuwona
halafu). Il faut dire que cela limite
considérablement le débat. Dans l'autre camp, celui de l'Union, des efforts de
clarifications et d'explications sont très loin des réelles préoccupations des
responsables. Le porte-parole du gouvernement de l'Union l'a reconnu
explicitement dans nos colonnes. Il faudrait donc cesser de part et d'autre de
vouloir noyer le poisson et instaurer un vrai débat démocratique entre les deux
camps et cela sans faux-fuyants et autres amalgames. Car on se contente de
survoler les problèmes et de se focaliser sur des questions subalternes.
Aujourd'hui l'on constate une désaffection de la population envers l'intelligentsia
accusée - à tort ou à raison- d'avoir dilapidé le capital de confiance placé en
elle. C'est un sujet qui mérite notre attention à toutes et à tous car elle
porte en elle les ferments des blocages à venir.
Mais, pendant ce temps, c'est la terrible loi de la
proximité ("Otes-toi de là que je m'y mette ") qui s'applique. Les
îles de la lune n'ont pas fini d'enterrer leurs vieux démons : les débats sans
fond ni fin et qui font les beaux jours du griotisme
électoral dans nos bangwe.
Le chemin sera long nous disent les optimistes. Et les
pessimistes nous disent que, pour le moment, il n'y a pas de chemin et que
celui-ci se trace en marchant. Mwewenda hapbapvi tsiyirewe!
Hachime Abdérémane