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EDITION ELECTRONIQUE N°264

 

Célébration de la fête du 1er mai : ''Ce qui fait la différence entre un travailleur et un esclave, c'est le salaire''

 

A un moment où les employés de l'Etat accumulent les arrières de salaires (trois pour la seule année en cours), les travailleurs réunis au sein de l'Union des syndicats des travailleurs comoriens (Usatac) ont célébré la fête du travail au cours d'un défilé qui a rassemblé quelque deux cents participants. C'est à la place de l'indépendance, en face d'un des buildings administratifs de la place de l'indépendance que les orateurs ont pris la parole pour faire le bilan des ''luttes menées durant l'année écoulée'' et pour essayer de tracer quelques pistes d'action pour les combats futurs. ''Ce qui fait la différence entre un travailleur et un esclave c'est le salaire'' a lancé le secrétaire général du syndicat des instituteurs qui sont actuellement en grève, pour… réclamer le paiement du salaire de février.

 

La plupart des intervenants se sont appesantis sur les arriérés de salaire qui constituent un véritable boulet que les travailleurs traînent à longueur d'années. Un responsable de Usukani wa masiwa a parlé de la lutte que mène leur syndicat pour la réhabilitation de l'infrastructure routière et a rappelé que ''l'état des routes révèle souvent l'état économique d'un pays''. Il a insisté aussi sur les tracasseries policières dont sont victimes les chauffeurs.

 

Faible mobilisation

 

Quant au responsable du syndicat des instituteurs, il s'est appesanti sur les charges familiales des travailleurs en particulier sur les coûts en matière de santé. Il a déclaré que ''ce qui fait la différence entre un travailleur et un esclave c'est le salaire''.

Un orateur du syndicat des finances a rappelé que ''face à la multiplication des structures en ce qui concerne la nouvelle superstructure politique, il est à craindre que la liste des mois d'arriérés ne s'allonge indéfiniment''. Il a appelé les travailleurs à ''plus de vigilance et à ne pas se focaliser sur des questions purement politiques qui annihilent les efforts des travailleurs pour la défense de leurs droits''.

Les intervenants ont eu aussi, à relever la faible mobilisation à la manifestation. Cela a amené certains à se poser des questions sur la capacité actuelle des syndicats à mobiliser les travailleurs. Il se pose un réel problème dans la mesure où en l'absence d'autres structures pour défendre leurs intérêts, les syndicats restent la seule alternative pour les travailleurs. D'ailleurs, dans une brève intervention, le plus célèbre des syndicalistes comoriens, Ibouroi Ali Tabibou, a tenu a insister sur le rôle primordial que joue les syndicats ''qui constituent l'interface indispensable entre l'Etat et les autres structures patronales''.

Il a été proposé de mettre sur pied un comité pour l'organisation de la fête du 1er mai pour qu'elle constitue un grand moment de mobilisation populaire et soit le reflet d'une grande unité de tous les travailleurs. Il reste que se pose, de plus en plus, la question de l'encadrement dans les différentes structures syndicales. C'est une question qui mérite d'être prise en considération si l'on veut éviter de sombrer dans le chacun pour soi.

Avant de clôturer la rencontre un fatiha a été lu en mémoire des victimes du Samson parmi lesquels figuraient sept enseignants.

Et la lutte continue…

 

 

Hachime Abdérémane

Habari za udungza

 

Dans les îles de la lune, nous avons acquis cette faculté inouïe de nous créer des mondes pleins de paradoxes pour éviter de faire face à nos vrais problèmes. Avec l'avènement de cette histoire d'Union et de Mdjidjengo, nous sommes largement servis. Elle nous offre l'occasion, une fois de plus, de nous enfermer dans ce monde des paradoxes. Les échéances passées ont été l'occasion pour nos compatriotes de se partager en deux camps qui semblaient antagoniques au vue de la férocité dont faisaient preuve certains durant la campagne. Si personne ne nie la lutte d'intérêts qui est au centre de cette bataille pour s'accaparer des attributs de l'architecture institutionnelle, on peut raisonnablement se demander si les uns et les autres ont une claire conscience d'où va ce pays. Pour certains, Union et Mdjidjengo c'est blanc bonnet et bonnet blanc tant la frontière entre certains tenants de deux bords est difficile à tracer. Vous trouverez des gens étiquetés ''Union'' et qui ont une vision purement séparatiste et des Mdjidjnego qui aspirent à une union sincère entre les îles. En fait, tout dépend de la situation où vous vous trouvez en un temps x.

Il appartient donc aux nouveaux élus de prendre la mesure du temps déjà perdu et s'atteler à l'élaboration des textes devant régir les changements souhaités par nos concitoyens. Comme le dit si bien Mark Malloch Brown, l'administrateur du Programme des Nations-Unies pour le Développement : ''Il est vital d'améliorer la qualité des institutions et des mécanismes démocratiques ; ils donnent, en effet, à la société les moyens de discuter, approuver, critiquer, remettre en question et même modifier le tracé du développement si la majorité en décide ainsi''.

 

''Yalima mdroni,

tsovuna madji”

 

Nos législateurs vont travailler dans un contexte qui requiert de leur part du pragmatisme et surtout un grand esprit d'ouverture des uns par rapport aux autres. Ils ont sur leurs épaules des espoirs tant de fois déçus. Mettre en place des institutions et des mécanismes en ce sens constitue un grand défi mais qui peut être relevé tant la détermination est grande de la part des nouveaux élus. Sans être des chambres d'enregistrement, nos assemblées se doivent d'avoir à cœur le souci de travailler en ayant à l'esprit le retard considérable accumulé depuis vingt-sept ans d'indépendance et, plus particulièrement, depuis la crise séparatiste de 1997. Avoir surtout à l'esprit l'intérêt général au détriment d'intérêts partisans porteurs comme toujours d'une régression économique et sociale. Les habitants des îles de la lune nous rappellent de temps en temps que : ''Yalima mdroni, tsovuna madji''. Un adage à garder à l'esprit pour rester lucide et confiant en nos capacités à faire face aux turbulences du moment et qui ne doivent pas empêcher le pays d'avancer dans la bonne gouvernance.

 

 

Hachime Abdérémane

 

Le vice-président

de la CNEI

''Inciter le Comorien à devenir un citoyen actif et responsable''

 

Près d'une semaine après la proclamation des résultats de la dernière élection du processus en cours, nous nous sommes entretenus avec le vice-président de la CNEI, Oukacha Jaffar El-Amdjade. Il donne son avis sur les prestations de la commision, des lacunes et les performances constatées dans le déroulement de l’ensemble des opérations lors des deux scrutins législatifs.

Enfin, il propose quelques pistes qui, selon lui, permettraient de mieux organiser les élections avenir et, de manière générale, de consolider les acquis démocratiques du pays en matière électorale. Il estime ''indispensable de mener une campagne de sensibilisation permanente pour inciter les Comoriens à aller s'inscrire sur les listes électorales, à accomplir leur devoir civique le jour du vote, à se prémunir de la corruption et, donc, à devenir des citoyens actifs et responsables''.

 

LGDC : Quel bilan faites-vous des élections des assemblées qui viennent d'avoir lieu?

O.J : Globalement les élections se sont passées dans la sérénité malgré des imperfections qui peuvent être relevées ça et là. Nous noterons, par exemple, le non-respect du code électoral dans le domaine de la campagne radiodiffusée. Malgré les diverses interpellations de la CNEI, les radios d'Etat n'ont jamais voulu donner la parole aux différents candidats.

Nous avions établi comme à l’acoutumée une grille de temps d'antenne pour chaque candidat, mais les responsables de ces stations ont refusé de s'y soumettre. Un autre exemple nous n'a pas pu empêcher certaines autorités d'utiliser les moyens de l'Etat pour faire leur campagne électorale. De même, la CNEI n'a pas été en mesure de faire en sorte pour que les candidats disposent de panneaux d'affichage officiels.

LGDC : Tout de même on a constaté des défaillances au niveau des listes électorales. Beaucoup d'électeurs n'ont pu voter parce qu'ils n'y figuraient pas. Comment expliquez-vous ces lacunes?

O.J :  Il faut dire que la CNEI ne disposait pas de suffisamment de temps pour faire un recensement et réactualiser les listes. La dernière actualisation des listes a été faite en 2001. Il aurait fallu inscrire ceux qui ont atteint l'âge légal de voter, supprimer les morts etc… Malheureusement, nous ne disposions pas du temps nécessaire pour réaliser ces opérations. Il a été convenu de faire tout juste un toilettage des listes. Ce qui a été fait.

LGDC : Pourquoi avoir refusé d'utiliser les listes-mères comme l'exigeaient certains candidats?

O.J. : Les fameuses listes-mère en question n'étaient pas fiables. Elles présentaient plus d'erreurs que les listes toilettées. Il aurait été ridicule de dépenser 34 millions pour effectuer un toilettage de ces listes et revenir en arrière pour utiliser ces listes mère. A la demande du Comité de suivi nous avions néanmoins ouvert la possibilité à des électeurs qui avaient voté aux présidentielles qui n'auraient pas figuré sur les listes toilettées de se faire inscrire à nouveau. A notre surprise et malgré le tapage qui était fait autour des listes mère, il n'y a eu que sept personnes qui ont pu apporter les justificatifs demandés et par conséquent qui ont pu être rajoutées sur les listes… alors que des centaines de gens se sont présentés à la Cnei pour s'y inscrire!  Les listes-mère auraient ouvert la voie à beaucoup d'irrégularités, des gens auraient pu voter deux fois dans des localités différentes, par exemple.

LGDC : Il y a eu des contestations dans les résultats proclamés par la Commission d'homologation. qu'en pensez-vous?

O J : En ma qualité de vice-président de la CNEI, je n'ai pas de commentaire à faire. Je dirais simplement que la CNEI avait pour mission d'organiser les élections, de centraliser et publier les résultats sortis des urnes et il revenait à la Commission d'homologation de les homologuer et proclamer les résultats définitifs.

LGDC : Quels enseignements tirez-vous du déroulement de l'ensemble des opérations électorales?

O J : J'ai constaté que de nombreux candidats ignorent les règles qui régissent une élection, le code électoral, notamment. Il faudrait dans l'avenir sortir un guide électoral qui serait remis à tous les candidats pour leur permettre de cerner l'ensemble des questions touchant à une élection. Une campagne de sensibilisation des citoyens doit être menée d'une manière permanente pour les inciter à aller s'inscrire sur les listes électorales, à aller accomplir leur devoir civique le jour du vote, à se prémunir contre la corruption. Bref à devenir un citoyen actif et responsable.

LGDC : Quelle est le devenir de la CNEI?

O.J. : S'il y a pérennisation de la CNEI, je proposerais que les membres de cette institution soient choisis en dehors des partis politiques. Ils devraient être des gens qui seront choisis sur des critères d'honnêteté et de sérieux et de crédibilité. De même les présidents et les membres des bureaux de vote ne doivent pas êtres proposés par les partis politiques. La CNEI doit assurer en permanence l'établissement des listes électorales en collaboration avec les administrations locales.

Nous avons un mois pour clore les comptes et remettre notre rapport. Je saisis cette occasion pour souligner que c'est grâce à l'appui de la communauté internationale qui a financé l'ensemble des opérations, que ce travail d'organisation des élections a pu se faire dans les meilleures conditions possibles.

 

“Il faut dire que la CNEI ne disposait pas de suffisamment de temps pour faire un recensement et réactualiser les listes. La dernière actualisation des listes a été faite en 2001. Il aurait fallu inscrire ceux qui ont atteint l'âge légal de voter, supprimer les morts etc… Malheureusement, nous ne disposions pas du temps nécessaire pour réaliser ces opérations. Il a été convenu de faire tout juste un toilettage des listes. Ce qui a été fait”.

 

Visite éclaire d'un prince saoudien

 

Le mercredi 28 avril, Walid Ben Talal Ben Abdoul'anziz, membre de la famille royale d'Arabie Saoudite, a effectué une visite éclaire dans notre pays. Il s'agissait d'une visite de courtoisie qui entre dans le cadre d'une tournée que le prince effectue dans la région. Accompagné par une délégation à bord de deux avions privés, Walid Ben Talal est un important homme d'affaires, propriétaire de la ''King dom'', la direction générale d'une centaine de sociétés en sa possession. Il s'agit de sociétés d'hôtelleries, mais aussi de banques, de compagnies aériennes.

On estime que Walid Ben Talal Ben Abdoul'anziz possède la quatrième plus grande fortune du monde.

Le prince a été accueilli en grande pompe à l'aéroport Prince Said Ibrahim de Hahaya à 20 heures 30, par le vice-président de l'Union des Comores, Caabi El-Yachourtu, plusieurs membres du gouvernement de l'Union, du corps diplomatique et de la notabilité comorienne.

Le prince saoudien a passé trois heures sur le sol comorien. Il a eu un entretien avec le chef de l'Etat sur d'éventuels investissements dans le tourisme. Certains projets lui ont, d'ailleurs étaient soumis.

Décoré de l'Etoile d'Anjouan avant de quitter notre sol, le milliardaire a fait un don d'un million de dollars à l'Etat comorien. Une aide destinée au secteur énergétique.

 

 

Ahmed Bourguiba

 

Extraits du ''Projet de rapport du président de la commission de l'UA

''Si rien n'est fait, on s'achemine petit à petit vers une nouvelle crise séparatiste et institutionnelle aux Comores''

 

Le représentant de l'Union africaine aux Comores a, dans un projet de rapport interne datant du 26 Avril 2004, évalué l'évolution du climat politique du mois d'avril dans notre pays. Ce document de onze pages s'est rabattu sur le relevé des conclusions du Comité de suivi du 12 au 14 Avril. Il a permis au représentant de l'Union africaine de tirer ses observations, souvent accablant pour le gouvernement de l'Union des Comores. ''Il existe un grand risque que l'Union fasse recours à tous les moyens en sa possession pour bloquer le processus électoral actuel et par voie de conséquence le processus de réconciliation nationale aux Comores'', écrit entre autre le projet..

Ce rapport pointe du doigt les agissements de l'Union des Comores en matière de ''sécurisation des recettes et des dépenses et du non-respect en général des décisions du Comité d'harmonisation et du comité de suivi''.

Pour le président de la commission, ''il existe un grand risque que l'Union fasse recours à tous les moyens en sa possession pour bloquer le processus électoral actuel et par voie de conséquence le processus de réconciliation nationale aux Comores''. Cette inquiétude est ''sérieuse'' car l'Union des Comores a déjà  ''refusé de débloquer les salaires destinés aux agents publics de l'île de Mohéli, violé la législation en vigueur en matière électorale par une campagne musclée et provocatrice effectuée par un ministre candidat député du gouvernement de l'Union''.

En ce qui concerne le ''non-respect'' du processus électoral en cours par l'Union, le président de la commission de l'Union africaine est formel  : ''Toutes ces manœuvres de la part de l'Union visaient sans aucun doute à saboter le processus en cours''. Le président tire, à travers son rapport, sur la sonnette d'alarme car pour lui ''si rien n'est fait, on s'achemine petit à petit vers une nouvelle crise séparatiste et institutionnelle aux Comores''.

Ce rapport qui sera examiné, aujourd'hui, dans le cadre d'une réunion, à Addis Abeba, du conseil de paix et de sécurité permettra à cette institution d'apprécier l'évolution du processus de réconciliation national aux Comores et de formuler par conséquence ses recommandations. Pour le président de la commission, ''le conseil de paix et de sécurité pourrait exhorter les parties comoriennes, plus particulièrement l'Union des Comores, à respecter scrupuleusement les engagements pris et à s'abstenir de tout acte ou démarche susceptible de fragiliser le processus actuel''.

Dans son mot de la fin, le représentant a ''remercié'' l'ensemble des partenaires internationaux qui ont concouru pour la bonne réussite de l'accord de transition aux Comores.

 

Compte rendu de

Saïd  Maoulana

Source : ''Projet de rapport du président de la commission de l'UA sur la situation aux Comores''