EDITION ELECTRONIQUE N°269
Séance ordinaire de l'assemblée de Ngazidja :
Le blocage risque de perdurer
Les divergences demeurent au sein de
l'assemblée de Ngazidja. Les deux camps
restent figés, chacun, sur ses positions. On assiste à des séances
plénières houleuses ou les travaux sont toujours bloqués. Le débat sur l'étude
du projet de loi sur la désignation des cinq représentants de l'île à
l'assemblée de l'Union, déposée par le camp Mdjidjengo,
n'a pu être engagé. L'opposition, représentée par la CRC, exige la remise en
cause de tous les travaux effectués jusqu'ici. Ils sont rejoints, en cela par
des parlementaires qui, pourtant, avaient participés aux dits travaux et pris
part à l'adoption du règlement intérieur et du bureau de l'assemblée. Hier
encore, aucun consensus ne se profilait à l'horizon et les risques de blocage
de l'assemblée étaient réels.
Après plusieurs levées de séance dans les
journées du mercredi et jeudi, pour des concertations en coulisse, ''dans le
but de rapprocher les positions'', les députés ne sont pas parvenus à un
consensus. Ils ont dû suspendre la séance et l'ont remise pour aujourd'hui,
samedi. Mais rien n'indique que ce consensus pourrait être obtenu au cours de
la séance qui reprend ce matin. En effet, chaque camp affiche ''sa ferme
détermination de ne pas céder''. Un député de la CRC, parmi les dix
parlementaires qui ont signé la résolution évoquant ''l'inconstitutionnalité''
du règlement intérieur de l'assemblée et de son bureau, souligne que lui et ses
collègues ''défendent'' la loi et les constitutions de l'Union et de l'île.
''Nous sommes élus pour défendre et appliquer la loi, rien que la loi'', a-t-il
dit.
Notons que la résolution, déposée le 6 mai
dernier devant le bureau de l'assemblée de l'île évoque trois questions :
''l'inconstitutionnalité du règlement intérieur et celle du bureau élu, la
justesse et le bien fondé de la position du Comité-ad hoc et du Comité de
suivi, inscrivant la définition des modalités de désignation des cinq députés,
prévus aux articles 19 et 20 de la constitution de l'Union et 81 de la loi
fondamentale de Ngazidja dans le domaine consensuel, et rejet de tout projet de
loi ou proposition de loi et encore moins de la délibération, toute initiative
ou manœuvre, visant à enfreindre aux règlements aux règles par la constitution
de l'Union et de la loi fondamentale de l'île''. La résolution souligne : ''en
attendant la mise en place du bureau dûment constitué, exigeons le retour du
bureau provisoire présidé par le doyen d'âge, ainsi que celui de la Commission
ad hoc''.
A ces dix députés signataires est venu
s'ajouter un onzième qui, dans une déclaration faite au cours la séance du 6
mai a estimé qu'on ''fait fi de la loi fondamentale de l'île de Ngazidja et de l'Union'.
Le député a dit avoir attiré l'attention de
l'assemblée sur ''des risques graves, la non constitutionnalité des ses délibérations
et, donc, sur le danger de discréditer l'institution'' et a, en fin, demandé
''l'application des recommandations du Comité de suivi, en attendant la mise en
place de la cour constitutionnelle''.
Rappelons que le règlement intérieur et le
bureau contestés par l'opposition représentée par la CRC du colonel Azali, ont été adoptés à la majorité des députés lors d'une
précédente séance boudée par les députés de la CRC et qu'une partie des députés
qui les ont contestés mercredi et jeudi, avaient pris part au vote.
De son côté, le député Mdjidjengo,
Youssouf Said, a rejeté en bloc le contenu de la résolution et celle de la
déclaration. Il a rappelé que les recommandations du Comité de suivi ''n'ont
jamais été admis'' et que, ''jusqu'ici, les travaux à l'assemblée se sont
déroulées en parfaite accord avec les lois fondamentales et suivant les usages
parlementaires aux Comores''. On se rappelle, en effet, que lesdites
recommandations du Comité de suivi ont été refusées par les chefs des exécutifs
des îles.
Youssouf Saïd a soutenu ''qu'il n'est pas
question d'instaurer un organe non prévu des lors que les institutions sont en
place.'' Selon lui, le règlement intérieur est bien constitutionnel et le
bureau de l'assemblée est légal parce qu'il est désigné dans les normes''.
Selon toute évidence le dialogue de sourd
risque de continuer au palais de Mapvinguni, ce qui
risque de bloquer, pour longtemps les travaux.
Mmadi Moindjié
Grève des enseignants du primaire public :
Le mois d'arriéré de salaire réclamé par les instituteurs pourrait être versé
la semaine prochaine
La grève des instituteurs se prolonge. Selon
le chef des divisions des enseignements du ministère de l'Education de l'île
autonome de Ngazidja ''des pourparlers entre le syndicat des instituteurs, le
ministère de l'Education, l'Union africaine, le Comité d'harmonisation et le
Comité de suivi, sont en cours''. Réitérant son refus de devoir assister à une
année blanche dans le primaire, le chef des division
assure que ''que d'ici la semaine prochaine l'arriéré de salaire réclamé par
les instituteurs pour le mois de février sera versé''.
Selon lui, le non paiement des instituteurs
est dû au non approvisionnement du ''compte spécial''. ''En effet, la Banque
centrale fait, selon les procédures, un versement mensuel au trésor public,
dans un compte spécial. C'est avec ce versement qu'on devait régulariser les
salaires des enseignants''.
Selon Radio Comores, l'organe du gouvernement
de l'Union, ce dernier a versé une somme importante, destinée à payer les
arriérés de salaires des instituteurs, au gouvernement de l'île autonome de
Ngazidja''. De son côté, le ministre des Finances de l'île, que nous avons
interrogé, a nié cette information. ‘‘Je ne suis pas au courant d’une telle
opération’’, a-t-il insisté.
Ahmed Bourguiba
Lire également en page 3, l’article de Mmadi Moindjié
Libre Opinion : “Il est urgent d' amender cette constitution pour répondre aux aspirations
réelles du peuple comorien”
Ahmed Mohamed Thabit,
ancien diplomate comorien, l'un de ceux qui avaient forgé et créé le ministère
des Affaires étrangères et de la Coopération au lendemain de l'indépendance, a
quitté son pays malgré lui pour rejoindre l'ONU, fin 1979 à cause de la
présence, des agissements, du pouvoir et de l'influence des mercenaires dans
l'appareil de l'Etat. Il a travaillé à Addis Abeba, Ethiopie à la Commission économique de l'ONU pour
l'Afrique, CEA, d'abord comme secrétaire adjoint de la Commission et ensuite
comme chargé des ressources humaines. Il a pris sa retraite anticipée en août
dernier et se retrouve actuellement aux Comores. Il nous livre ici quelques
réflexions sur la situation qui prévaut dans le pays.
Cette réflexion se fait sous forme de libre
opinion d'un simple citoyen comorien, soucieux de l'unité, de l'intégrité et du
développement socio-économique de son pays. Je voudrais aussi confirmer que je
n'ai jamais été coupé de la réalité de notre pays pendant tout mon séjour à Addis Abeba. De retour au pays,
fin août dernier, j'ai essayé de comprendre la situation de blocage entre le
pouvoir central et le pouvoir des îles en discutant des amis appartenant aux
deux camps. Je me suis vite rendu compte que l'unité du pays est en danger.
Ceci est confirmé par le débat et les déclarations au cours des dernières campagnes
électorales pour les élections législatives au niveau des îles et au niveau de
l'Union.
Un coupable :
la constitution
A écouter les uns et les autres, on a
l'impression que certains orateurs au niveau des îles veulent faire avaler aux
Comoriens l'esprit du séparatisme en mettant l'accent uniquement sur le
développement de l'île dont on est originaire tout en oubliant de parler de
l'unité nationale. Au niveau du gouvernement central représenté par la CRC, on
disserte sur une unité dont on voit mal les contours et on ne fait rien pour la
consolider au niveau des trois îles.
Nous avons en présence deux camps qui
s'opposent. On me fait comprendre que ceux qui mettent l'accent sur le pouvoir
de chaque île ont pour objectif d'asseoir une base solide pour le développement
économique de chaque île. J'espère qu'ils n'ont pas oublié que le développement
économique du pays doit être un développement intégré et non séparé d'où la
nécessité pour le gouvernement central et le gouvernement des îles de
travailler ensemble et de se mettre d'accord sur un plan de développement du
pays.
Pourquoi est-on arrivé à cette situation?
C'est notre constitution actuelle qui est en train de parachever la
balkanisation de notre pays commencée déjà en 1975 avec l'imputation de Maore de son ensemble naturel.
Maintenant il n' y a plus de doute, cette
constitution qui donne à notre pays quatre présidences est impraticable. Le
pays est au bord d'une balkanisation définitive et si on ne se ressaisit pas
tout de suite. Cette balkanisation, il faut se rappeler a pour source la crise
séparatiste de 1997 suivie par la crise
institutionnelle d'avril 1999.
Quels sont les acteurs de cette situation et
que font-ils pour sortir le pays de l'impasse? Il s'agit des gouvernements des
îles les ''Mdjidjengo'' et le gouvernement central de
la CRC. Le Mdjidjengo de Ngazidja se bat et s'efforce
de répondre aux aspirations de la population mais les moyens financiers lui
manquent. A ma connaissance, il n'a pas une politique claire. Quant au Mdjidjengo de Ndzuwani non
seulement il n'a pas une politique sur l'unité du pays mais on a l'impression
qu'il existe toujours à Ndzuwani des velléités
séparatistes et que ses dirigeants n'ont pas encore abandonné le séparatisme.
Le Mdjidjengo de Mwali se
trouve dans la confusion, il est déboussolé, il se recherche. Quant au
gouvernement de la CRC, il ne fait rien pour aider les gouvernements de Mdjidjengo à s'autogérer oubliant qu'il est la cheville
ouvrière de cette constitution bizarre. Il refusait de partager les compétences
dévolues à chaque île dans la constitution en insistant sur la nécessité
d'avoir des lois organiques qui devraient résoudre ce problème. Ces lois
organiques, bien sur, devraient être adoptées par l'assemblée de l'Union qui
n'existait pas. Chose faite, l'assemblée est élue et on attend maintenant
l'adoption des lois organiques. Que faire?
Impliquer la population
Il est urgent d' amender
cette constitution pour répondre aux aspirations réelles du peuple comorien. Ça
doit être l'une des premières tâches du nouveau parlement. Mais la population
doit être impliquée. Pour se faire, je crois qu'on doit organiser une
conférence nationale sur la constitution à laquelle tous les partis politiques
et la société civile y compris la diaspora comorienne sera conviés.
Cette conférence doit étudier la constitution et y apporter les amendements et
soumettre leurs propositions à l'assemblée nationale.
L'adoption de la constitution par l'assemblée
ne peut pas mettre fin à la crise actuelle qui est une crise profonde dans
laquelle beaucoup de Comoriens et peut-être des étrangers sont impliqués. La
récente crise séparatiste et la crise institutionnelle sont la racine de la
situation actuelle. Pour tourner la page et s'atteler au développement de notre
pays, il faut qu'on se dise la vérité, il faut qu'on laisse parler nos cœurs.
Il ne faut pas qu'on fasse les mêmes erreurs.
Le forum que je préconise pour nous
réconcilier n'est que l'organisation d'une conférence nationale de vérité et
réconciliation. Tous ceux qui sont de près ou de loin impliqués dans ces deux
crises doivent y prendre part avec ceux qui peuvent apporter une contribution
positive. C'est avec l'amendement de l'actuelle constitution et une
réconciliation réelle que notre pays pourrait s'acheminer vers l'unité
nationale, la paix, l'entente, le progrès et le développement socio-économique.
Pour finir, je rends un hommage mérité à la
Communauté internationale notamment l'UA, l'ONU, l'UE, l'OIF et nos partenaires
bilatéraux qui nous accompagnent pendant toute cette période difficile. Un
remerciement spécial pour le président Thabo Mbeki et ses collègues, au Représentant du Secrétaire
Générale de l'ONU, Amadou Kane, à la famille du feu Oumarou,
diplomate nigérien de talent et Représentant de l'UA aux Comores. Il a tout
fait dans tous les forums dans lesquels on discutait des problèmes des Comores
pour défendre l'Unité et l'Intégrité de notre pays. Paix à son âme.
M. Thabit
Arriérés de salaire des agents de l'Etat
Les syndicats de l'Education s'inquiètent et
menacent…
Selon le rapport d'un consultant français sur
''les arriérés de salaire ordonnancés'' et selon une source du trésor public,
l'Etat doit aux fonctionnaires et autres agents de l'Etat sur l'île de Ngazidja
entre 1995 et 2000, plus de 6 milliards 100 millions d'arriérés de salaire.
L'inquiétude des syndicats de l'Education qui ''veulent savoir qui - entre
l'Etat et l'île autonome de Ngazidja-, prendra en charge leurs droits''
menaceraient de déclencher un mouvement de grève générale s'il estime que ''les
intérêts et les droits des travailleurs sont menacés''.
Après plus d'un mois de grève, les
instituteurs des établissements primaires publics de Ngazidja n'envisagent
toujours pas de reprendre le travail. Les enseignants campent sur leur position
: ils exigent le versement de deux mois d'arriérés de salaire avant de
reprendre les cours. Cela, à moins d'un mois de la fin de l'année scolaire.
''Ce sont les autorités qui doivent avoir
pitié des enfants. Elles doivent penser à nous et se soucier de notre condition
de vie pour que nous ayons la force et la volonté de travailler'', a déclaré,
hier, un responsable du Syndicat des instituteurs (SNIC) de Ngazidja.
Mais en cette veille de l'entrée en vigueur
des nouvelles institutions du pays pour l'attention des autorités et même
d'autres agents de l'Etat semblent tournée vers d'autres préoccupations. Ce
qui, selon un dirigeant de la SNIC, a amené les enseignements à allonger la
liste de leurs revendications. Ils demanderaient, désormais, à savoir ''qui
prendra la charge de leur verser les arriérés de salaires de plus de trente
mois, depuis 1995''.
Pour cette raison, les dirigeants de
l'intersyndical, notamment ceux du corps enseignant et du personnel de la
santé, s'étaient donnés rendez-vous, hier, au lycée de Moroni pour débattre de
la question et ''adopter une résolution''.
Selon le rapport d'un consultant français,
Jean Claude Le Gay, sur ''les arriérés de salaire ordonnancés'' et selon une
source du trésor public, l'Etat doit au fonctionnaires
sur l'île de Ngazidja entre 1995 et 2000, plus de 6 milliards 100 millions
d'arriérés de salaire. Ces arriérés seraient réparties comme suit : plus de 700
millions pour 1995 (octobre, novembre, décembre), plus d'1 milliards 600 en
1996 (janvier, février, mars, juillet, octobre, novembre, décembre), plus de 2
milliards 100 millions en 1998 ( janvier, février,
mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre) et plus de
1 milliard 200 millions en 2000 (septembre, novembre, octobre, décembre). Cela
sans compter les arriérés accumulés entre 2001 et 2004 qui seraient
comptabilisées à plus de 2 milliards.
Les responsables de l'intersyndical se
montrent ''inquiets et craignent de voir ces arriérés effacés à jamais''. Ni
l'autorité de l'Union ni celle de l'île de Ngazidja ne se montrent prêtes à
supporter cette charge. La Communauté internationale, qui a déclaré son
intention d'appuyer les ''nouvelles Comores'' pour son décollage économique, ne
se montrent pas disposer à mettre la main dans la poche pour le paiement de la
dette intérieure du pays. Elle demande aux autorités comoriennes de se
''débrouiller''. D'où l'inquiétude de l'intersyndical qui menacerait de
déclencher un mouvement de grève générale s'il estime que ''les intérêts et les
droits des travailleurs pourraient être bafoués.''
M. Moindjié