abonnez-vous à la Gazette

 

EDITION ELECTRONIQUE N°330

 

 

Le ministre de l'Education Mohamed Ismaël “ Le fait de déclarer une grève illimité traduit un sentiment de ras le bol et de désespoir des enseignants”

 

 

LGDC : Les élèves viennent de descendre dans la rue, ils veulent qu'on prenne en compte les revendications des enseignants pour qu'ils puissent reprendre les cours. Que faites-vous ?

 

Comme vous le savez le rôle du ministère de l'éducation de l'île est très limité quand il s'agit de problème de salaire. Nous gérons les enseignants, mais ce sont d'autres qui les paient. Jusqu'à ce jour c'est l'Union qui détient les cordons de la bourse. J'ai reçu les responsables syndicaux, je les ai écoutés malheureusement je n'ai pas pu leur faire des propositions dans la mesure où leurs revendications sont d'ordre salarial et que cela me dépasse. Je dirais comme l'autre que je suis responsable mais pas coupable.

 

Lgdc : Avez-vous rencontré les autorités de l'Union pour essayer de trouver des solutions pour que les cours puissent reprendre ?

 

M.I :  Je ne les ai pas rencontrés dans la mesure où le problème qui est posé est connu par tous. Nous espérons que la loi sur les quotes parts sera mise en œuvre dans le cadre du budget 2005 voté la semaine dernière et à ce moment-là nous prendrons nos responsabilités. Avec une bonne gestion, on peut payer les enseignants. Les audits sans lendemain malheureusement ont montré qu'il y a des milliards qui se volatilisent tous les ans. La mauvaise gestion n'est pas seulement du côté d'Azali, elle existe partout. Tous les Comoriens sont responsables, c'est un changement de comportement qu'il faut à ce pays. Il faut l'exigence de transparence dans l'utilisation de l'argent de l'Etat. le ministre des finances de l'île autonome de Ngazidja réfléchit sur un système qui permettra de garantir une totale transparence dans les dépenses des finances publiques. Il faut que les Comoriens sachent au jour le jour comment est utilisé leur argent.

 

La loi organique sur les quotes part a mis en place un mécanisme qui instaure la transparence du partage quotidien des recettes entre les entités. Le gouverneur de la Banque centrale a reçu les pleins pouvoirs pour garantir la répartition journalière des recettes entre l'Union et les îles, cela évitera les conflits et les abus entre les entités. Nous espérons nous en inspirer au niveau de la répartition du budget de notre île.

 

Lgdc : Certains accusent les autorités de Ngazidja et d'une façon générale des îles de recruter sans mesure. Comment comptez-vous avec de telles pratiques instaurer la rigueur et la transparence ?

 

M.I :C'est faux. Dans mon ministère c'est la pénurie en matière de personnel. J'ai trois personnes dans mon cabinet, le département de l'enseignement professionnel très important n'a personne en ce moment. Celui de la jeunesse et sport en a trois ainsi que celui de la culture. Allez voir chez mes collègues de l'Union.

 

Lgdc : Comment faites-vous alors pour gérer les enseignements primaires et secondaires dont vous avez la charge ?

 

M.I : Je rends hommage aux quelques cadres dévoués qui sont restés dans ce ministère et qui bossent sans relâchent pour que nos écoles puissent continuer à fonctionner malgré tout et pour que les examens puissent se tenir . Beaucoup ont été débauchés par les gens de l'Union. Ils sont sous employés alors qu'ici on a un besoin urgent de cadres.  Comme c'est l'Union qui a l'argent, il n'est pas difficile de comprendre. Ce ministère n'a pas de téléfaxe, il a une seule ligne téléphonique pour communiquer sans parler de l'absence de véhicules et de carburant. Les inspecteurs et les conseillers pédagogiques ne peuvent pas se déplacer dans les établissements scolaires, faute ce véhicule ou de carburant. Comment voulez-vous que le niveau de l'enseignement ne baisse pas ?

 

Lgdc : Comment fonctionne le ministère de l'Education s'il n'y a pas d'harmonisation entre l'Union et les îles ?

 

M.I :Difficilement. L'année dernière par exemple, mon ministère avait préparé l'organisation des examens : l'affectation du jury et autre mais le ministre de l'enseignement de l'Union qui venait d'être nommé a tout chamboulé au dernier moment. Anjouan veut par exemple qu'on supprime les oraux du premier groupe comme ils l'ont fait là-bas mais cela doit se préparer, ça ne s'improvise pas, même si c'est une bonne mesure. Il n'existe à l'heure actuelle aucune harmonisation avec Anjouan. Que propose l'Union ?

 

Lgdc :Comment s'organisent les examens ?

 

M.I : Il existe une office nationale des examens et concours qui est chargé de superviser la gestion des examens. Pour l'instant sur Ngazidja et Mwali uniquement. C'est cet organisme qui détermine les sujets du Bac par exemple. Dans les îles, il existe la même structure qui prépare l'organisation des examens. C'est elle qui reçoit les dossiers des candidats et encaisse les droits d'examen pour les verser dans un compte à la banque centrale qui est gérée par l'Union. C'est comme ça que ça fonctionne à l'heure actuelle en attendant le transfert des compétences.

 

 

Lgdc : qui recrute les enseignants ?

 

M.I : jusqu'à maintenant c'est l'Union. D'ailleurs il se fait d'une manière anarchique et massive. N'étant pas au courant des besoins réel en matières d'enseignants, on se retrouve souvent avec une pléthore d " enseignants dans certaines matières pendant que dans d'autres il y a un manque de professeurs. Comment expliquer un tel comportement. On nous a confié la gestion des enseignants, mais nous ne maîtrisons pas le choix et le recrutement. Nous avons instauré un système strict de contrôle des diplômes pour veiller au bon recrutement des enseignants malheureusement on ne peut pas le mettre totalement en application dans la mesure où beaucoup de recrutement échappent à notre contrôle

 

Lgdc: Que peut faire le ministre de l’éducation que vous êtes pour que les profs reprennent leurs cours?

 

 Mohamed Ismaël : Le fait de déclarer une grève illimité traduit un sentiment de ras le bol et de désespoir chez les enseignants. Le spectre de l'année blanche hante les esprits des élèves et des familles. Cela nous rappelle les années blanches que nous avions connues dans le passé. Il faut faire tout ce qui est possible pour payer les deux ou trois mois de salaire de 2004. Les enseignants  sont des gens raisonnables. Ils aiment leur métier.

 

Propos recueillis par  Lgdc

 

 

Education : Les lycéens dans la rue

 

 

Lund 24 janvier les élèves du public soutenu par ceux de plusieurs écoles privées ont organisé une manifestation pacifique. Parti du lycée Said Mohamed Cheikh, le cortège qui regroupait plusieurs centaines de lycéens a emprunté l'artère Caltex, vieux marché, avenue du Karthala, Coulée, et s'est dirigé vers la présidence de l'Union. Arrivée au rond point Beït-salam, la marche fut brusquement arrêtée par les forces de l'ordre qui ont commencé à disperser violemment la manifestation. Des heurts s'en sont suivis : lancements de pierres contre des grenades.

 

Les élèves sont repartis par petits groupes et très vite des barricades de pierres sont levées un peu partout dans la ville et s'en est suivi une course-poursuite à travers les rues de Moroni. Une centaine de lycéens s'est regroupée devant le ministère de l'Education et tente d'improviser un réunion, mais très vite ils ont été dispersés par les forces de l'ordre qui ont procédé à des arrestations. Des lycées se sont rendus à la brigade de la gendarmerie en solidarité avec leurs camarades arrêtés. Ils ont été rejoints plus tard par des parents d'élèves.

 

Très tôt dans la matinée du mardi, les habitants de la capitale ont été réveillés par des tirs de grenades. Les élèves avaient érigé plusieurs barricades dans les principales artères de la capitale. On a assisté durant toute la matinée à une course-poursuite entre forces de l'ordre et lycéens. Les manifestants continuaient de harceler les gendarmes en érigeant des barricades çà et là pendant que ces derniers lançaient des grenades lacrymogènes.

 

Des barricades de pierres, obstacles divers et pneus enflammés obstruaient encore  jeudi matin plusieurs artères du sud de la ville.

 

Des détonations avaient éclaté à l'aube, sans qu'on en connaisse la provenance, et si les incidents avaient fait des victimes. Les forces de l'ordre auraient dispersé des groupes de jeunes gens, selon des témoins.

 

" Nous voulons la réouverture de nos écoles. Nous demandons que les salaires des enseignants soient payés pour que les cours reprennent. Nous continuerons de bloquer la circulation jusqu'à ce que les conditions de la reprise des cours soient remplies", a déclaré déclaré  un  manifestant  à la sortie de la manif mardi matin.

 

Le secrétaire général du Syndicat national des professeurs comoriens (SNPC), Ibouroi Ali Toibibou, a déclaré que la grève continuerait tant que les arriérées  de salaire ne seraient pas payés.

 

Le ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche de l'Union des Comores, Yahaya Mohamed Elyas, a déclaré dimanche que l'Union s'employait à payer les salaires des enseignants, au cours d'une conférence. Il a également  affirmé que la grève des enseignants constituait une "manipulation politique" à l'approche  de la visite officielle en France du président de Azali.

 

 

HSO

 

Inauguration du Centre médico -chirurgical de Mitsamiouli Un hôpital de tous les superlatifs

 

 

Après quatre années de travaux, l'hôpital de Mitsamiouli s'est fait une santé avec des équipements de qualité qui n'ont rien à envier aux autres hôpitaux de L'archipel. Du coup Mitsamiouli devient un pôle de santé régionale digne de ce nom. Le secrétaire général de la vice-présidence de l'Union, Mohamed Ahamada, a remis devant la notabilité de Mboudé-Mitsamiouli et les invités et au nom du vice président en charge de la santé, la clé de l'établisement au président Mzé Soulé EL-Bak.

 

L'hôpital de Mitsamiouli qui a toujours rayonné dans l'Archipel par la qualité de ses soins et l'efficacité de ses médecins a été inauguré, le lundi 24 janvier, en présence de plusieurs membres de la notabilité de la région Mboudé-Mitsamiouli, et des autorités de l'île, de l'Union et notamment du président de l'île autonome de Ngazidja, Mzé Soulé EL-bak. Le corps diplomatique et consulaire était aussi présent à la cérémonie. L'hôpital de Mitsamiouli change de nom et devient un centre médico-chirurgical. Un hôpital de touts les superlatifs.  

 

Construit dans les années soixante, l'hôpital de Mitsamiouli, Mitsamiouli ville natale de Said Mohamed Cheik, premier médecin comorien, a toujours fait parler de lui, à cause de la qualité de ses médecins et le docteur Chanfi président du conseil d'administration de l'hôpital, docteur Chanfi, une des chevilles ouvrières de la réhabilitation et de la rénovation du nouveau centre médico -chirurgical, a énuméré quelques-uns de ces illustres praticiens qui ont toujours fait la réputation de cet hôpital : docteurs Youssouf, Mtara Maecha, Mouktar Ahmed Chariff, Djoussouf Dada, Durando et l'équipe du docteur Barnett. " La rénovation et la réhabilitation de l'hôpital a nécessité quatre années de travaux et 640 millions Fc d'engagements financiers : 500 millions Fc proviennent du projet santé III et les communautés villageoises de la région Mboudé-Mitsamiouli ont contribué à hauteur de 140 millions Fc", a souligné le docteur Chanfi dans son discours à travers lequel il a salué " les pionniers de cette grandes réalisations et notamment les membres de l'Association pour le développement de la culture et de la science (ADCS). La réfection de l'établissement avait mobilisé toutes les énergies de la région : " Nous avions même instauré un impôt sur toutes les manifestations concernant grands mariages, mœurs et coutumes pour aider à la réhabilitation de cet hôpital ", a ajouté M Djanbaé Achraf conseiller pour la sécurité du président EL-Bak et en même temps notable de la région. 

 

Le nouveau centre est équipé d'un service de chirurgie générale; d'un service d'ophtalmologie ; d'un cabinet-dentaire ; d'une radiologie et de cabinet de consultation pour la médecine générale. Ce qui place Mitsamiouli en tête des pôles de santé les mieux équipés de l'Archipel et par conséquent capable de répondre aux attentes de la population dans le domaine des soins de santé., Le nouveau patron du centre médico-chirurgical de Mitsamiouli a été désigné, il s'agit de Assim Salim, un ancien fonctionnaire de l'Aviation civile française à la retraite et originaire de Mitsamiouli. 

 

 

Hadji Hassanali

 

Visite d'Azali en France : Ne pas décevoir les Comores !

 

 

Le président Azali effectuera un voyage officiel à Paris la semaine prochaine. Il sera accompagné d'une forte délégation composée d'hommes politiques, de techniciens et d'hommes d'affaires. Le chef de l'Etat s'entretiendra avec les autorités françaises et sera reçu par le président J. Chirac.

 

Arrivé au pouvoir à la suite d'un coup d'état, le colonel Azali a eu du mal faire reconnaître sa légitimité par la France officielle. La coopération franco-comorienne civile comme militaire est à l'heure actuelle somnolente.

 

Les autorités comoriennes fondent beaucoup d'espoirs sur ce voyage du président de l'Union, elles espèrent que l'ancienne puissance coloniale accordera une aide conséquente à notre pays pour l'aider à se relever de la situation de crise séparatiste, économique et financière à laquelle il succombe depuis plusieurs années. Le gouvernement français devrait faire un geste significatif sur la dette comorienne. Encore faut-il que la bonne gouvernance quitte le domaine du discours pour devenir enfin une réalité au quotidien !

 

Le contentieux douloureux qui existe entre les Comores et la France depuis 1975 en ce qui concerne l'île comorienne de Mayotte connaît une accalmie depuis l'arrivée au pouvoir du colonel Azali. Le fait accompli semble avoir triomphé ! " La question de l'île comorienne de Mayotte " n'est plus à l'ordre du jour de l'Assemblée Générale des Nations Unies comme c'était le cas auparavant. Il faut dire qu'avec la déstabilisation de notre pays et la crise séparatiste, il n'est pas aisé de parler de Mayotte.

 

Il reste à espérer que les questions du  terrorisme de l'intégrisme et de"  l'immigration clandestine " qui préoccupent davantage nos partenaires n'évacueront pas les réelles difficultés que connaissent les Comores, difficultés qui s'appellent absence d'infrastructures économiques adéquates, dette, pauvreté, enseignement et santé.  C'est de la suite que donneront les autorités françaises à ces réels problèmes que nous jugerons de l'utilité de ce voyage tellement attendu et tant crié et non du poignet de main chaleureux que se donneront sur le perron de l'Elysée Azali et Chirac.

 

SOA

 

En bref,…

 

 

Appui de la France à la gendarmerie

 

La France vient de remettre un lot d'équipement de matériel informatique et électronique d'un montant de 22 millions de francs comoriens à la gendarmerie comorienne. Selon la déclaration de la partie militaire française cet appui à la gendarmerie est destiné à améliorer les instruments dont dispose la sécurité comorienne pour qu'elle puisse " lutter efficacement contre le terrorisme et l'immigration clandestine ".

 

Des religieux emprisonnés

 

Des religieux qui avaient célébré la fête de l'Id El-kabir le jeudi au lieu du vendredi comme tous les comoriens ont été arrêtés et emprisonnés. Ces derniers seraient proches des wahabits, une tendance de l'islam intégriste. Rappelons qu'il y a quelques mois un rassemblement islamique a été interdit à Anjouan et de nombreux fidèles avaient été arrêtés et certains ont même vu leur barbe coupé ! Est ce ainsi qu'on luttera contre l'intolérance ?

 

Job succède à Lajaunie.

 

Le 14 février prochain, Jean Pierre Lajaunie quitte définitivement Moroni et cessera ainsi de représenter son pays, la France, auprès de l'Union des Comores. M. Lajaunie aura passer plus de quatre ans aux Comores. Aucun ambassadeur de France n'a fait une telle longévité. M. Lajaunie sera succédé par Christian Job, préfet et actuellement en poste à Wallis-Futuna comme gouverneur générale de ce territoire français d'outre-mer. Christian Job est un ex militaire et ancien colonel de la gendarmerie un préfet et appartient au corps préfectoral, un préfet.

 

 

CULTURE : Coin cinéphiles

Antagonisme : Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, Platform de Jia Zhangke

 

 

Il s'agit de deux films qui réagissent dans l'urgence de leur contexte. De deux œuvres, qui traitent de politiques.

 

Fahrenheit 9/11 (2004) est un pamphlet sur la politique de George Bush, qui utilise le pouvoir des médias et crée un rapport direct aux images de " l'actualité ".

 

Platform (2002) est une fiction qui adopte un argument historique : La vie d'une troupe de spectacle durant les années 80 dans une province de la chine populaire. La troupe au cours du récit abandonne les opéras à la gloire du régime, pour crée des spectacles plus frivoles. 

 

Les deux films s'axent sur un contexte précis, ils cherchent à agir dans leur actualité. Les procédés qu'ils emploient sont cependant antagonistes.

 

Fahrenheit 9/11 affiche clairement son objectif : C'est un pamphlet, qui mise sur l'efficacité de ses procédés pour convaincre son spectateur. Michael Moore exprime son aversion pour le président George Bush. Il aimerait qu'il ne soit pas réélu.

 

 Jia Zhangke a contrario ne dénonce rien ouvertement, sa mise en scène vise d'abord à accumuler des détails du monde qu'il donne à voir. Il ne démontre rien en surface. Sa caméra s'attarde sur les lieux : On entend des émissions radios, des parents reprochent à leurs enfants de s'habiller comme des voyous, un chef de chantier demande à un jeune homme si son pantalon à patte d'éléphant n'est pas gênant pour travailler. La caméra reste à distance. Les personnages sont d'abord des sujets avant d'être des corps dans lesquels se projète le spectateur. Il n'y a pas de complaisance.

 

 On apprend par exemple à un moment du film, lors d'une discussion entre deux jeunes filles, l'exécution d'une personne par les autorités. L'une des deux jeunes filles, après avoir écouter la description d'une mise à mort faite par son interlocutrice, exprime d'abord son dégoût avant de conclure que le condamné l'avait peut-être mérité. Rien dans la mise en scène ne semble posé un jugement moral.

 

 À l'opposé Michael Moore pour connoter la dimension pathétique de certaines images n'hésite pas à utiliser une musique de type hollywoodienne.

 

 Lorsqu'un " personnage " s'exprime, le réalisateur souligne soit son ridicule (le parallèle entre une réplique de George Bush et des scènes de westerns), soit sa grandeur d'âme (la femme qui déploie le drapeau américain dans son jardin). Le spectateur n'a pas le choix, le bien et le mal sont déjà parfaitement définis.

 

 Paradoxalement donc, l'œuvre de Michael Moore n'est pas plus un documentaire que celle de Jia Zhangke. L'Américain se base sur l'efficacité de son procédé pendant que le cinéaste chinois traite son sujet. Fahrenheit 9/11 malgré l'ampleur de ses thèmes ne se déploie jamais. Il s'agit plus d'une œuvre populaire et divertissante qui fonctionne un peu à la manière du zapping de Canal plus. Les rapports d'images provoquent l'étonnement, le rire, ou l'indignation.

 

L'attitude du spectateur y est télécommandée à l'opposé de Platform qui demande un investissement personnel.

 

 Un plan de Michael Moore ne fonctionne que dans un sens, à l'image d'une campagne de propagande. Le réalisateur n'interroge rien, il use des mêmes armes que ceux qu'il dénonce.

 

 Il s'agit d'une guerre des images dont l'efficacité n'est plus à prouver.

 

 Dans notre société, les images sont devenue un monde dessinait par les médias.

 

L'opinion née autant d'un rapport à l'espace social, que d'un rapport aux images. Pour l'être politique, leur contrôle est primordial.

 

 Le film de Michael Moore est plus un objet politique qu'une œuvre de cinéma. Il utilise l'état actuel des rapports d'images.

 

 Jia Zhangke a un autre positionnement. Il est hors de ce mode de pensée, l'opinion n'est pas son problème, il cherche un autre territoire. C'est un cinéaste.

 

De nombreuses scènes des deux films décalent des points de vue appartenant à l'origine aux idéaux des pouvoirs dénoncés. Michael Moore, on l'a vu plus haut, utilise des procédés très visibles. Dans le film de Jia Zhangke à plusieurs reprise la radio se fait entendre, des manifestants chantant le bien fait de la politique de natalité passent dans le champ de la caméra, des parents réprimandent leurs enfants qui se comportent, soi-disant, comme des voyous capitalistes…

 

 Ces éléments, éparpillés dans la durée du film, ne fonctionnent pas d'une manière dramatique. Ils pèsent juste sur le destin des principaux protagonistes mais sans violence apparente.

 

 Jia Zhangke pour dénoncer ce régime aurait pu choisir des vies moins communes, des périodes plus violentes, ou des personnages aux destins pathétiques qui feraient face à la cruauté de leur monde en permettant aux spectateurs occidentaux de se complaire. Un peu à l'image du très joli film de Chen Kaige, " Adieu ma concubine ", qui a reçu la palme d'or à Cannes.

 

  Mais il semble que par nécessité, ou pour être plus exact, par réalisme le cinéaste traite de choses apparemment bénignes. Sa vision de l'histoire n'est pas le fait d'individus exceptionnels, mais d'un rapport entre des gens communs et le pouvoir.

 

 Pour dénoncer George Bush, Michael Moore montre des crimes. Ils seront évidemment condamnés. Jia Zhangke aussi aurait pu montrer des morts. Il évoque d'ailleurs une exécution, mais elle ne semble pas avoir de répercussions immédiates. Un peu plus tard dans le film, l'un des personnages disparaît, ses amis ignorent pourquoi.

 

 Ce monde à l'opposé de celui de Michael Moore ne fait pas du sensationnel. La mise en scène est rigoureuse, il n'y a aucun désir d'insolite pour attirer l'attention. Le spectateur doit chercher à comprendre le contenu des longs plans séquences qui jalonnent ce film, qu'il serait trop facile de qualifier d'ennuyeux.

 

 Platform est un espace, une étendue, Fahrenheit 9/11 un fil qu'il est facile de suivre.

 

 Mounir Allaoui

 

Lire... relire :  Musique et Société aux Comores

 

Par Damir ben Ali

 

" Au fil des siècles, ils [les Comoriens] ont exprimé leur pensée, transmis leurs expériences de la vie de génération en génération, exercé leur imagination et leurs talents artistiques et littéraires, presque exclusivement par le chant et la danse ". Le chant en l'occurrence a permis de couler la mémoire collective dans du béton depuis des siècles, bien que tout ne soit pas écrit.

 

" Tous les événements saillants de l'histoire nationale et locale ". La fondation d'une dynastie, le couronnement d'un sultan, une éruption volcanique ou encore un coup d'Etat… le chant est le lieu par excellence où s'exprime le vécu et où se réinvente le monde dans cette société insulaire. Au départ dit-on fut le verbe. Chanté, celui-ci emporte avec lui sa " charge de poésie, de mythe et de légende " pour les générations à venir.

 

Chant et danse supportent aux Comores une musique aux influences éclatées, venues du monde entier. De l'Afrique à l'Asie surtout, en passant par l'Europe. Le tout fait corps et mobilise hommes et femmes, séparément ou non, dans une volonté de renforcer les lien sociaux. C'est en musique que s'effectue la " célébration communautaire ". Profane ou sacrée, celle-ci influe sur les échanges entre les individus, les accompagne de la vie à la mort, va jusqu'à façonner l'espace de vie commune ou encore ramène l'égaré vers Dieu.

 

Damir Ben Ali, l'auteur, nous livre là un travail de longue haleine, dont s'inspireront sans doute les nombreux artistes de la scène comorienne actuelle pour réinventer leur forme d'expressions, leurs chants, leurs mélodies et leurs rythmes.