abonnez-vous à la Gazette

 

EDITION ELECTRONIQUE N°331

 

La vérité sur l’affaire des impôts d’Amine Kalfane

 

 

Droit de réponse

 

Nous publions ci-dessous un droit de réponse émanant de monsieur Amine Kalafane suite à notre article " deux gros exportateurs de vanille escroquent le fisc d'un milliard et demi de francs " paru dans notre édition du 14 janvier 2005

 

Monsieur le Directeur,

 

De retour d'un séjour à l'étranger, j'ai eu l'occasion de lire l'article diffusé dans votre parution du 14 janvier 2005, intitulé " Deux gros exportateurs de vanille escroquent un milliard et demi de francs ".

 

J'ai eu la très désagréable surprise d'apprendre dès la deuxième phrase de votre article, que j'étais l'un de ces escrocs, en ma qualité de gérant de la société AGK.

 

Au-delà des nombreuses inexactitudes contenues dans votre article, qu'il m'est malheureusement impossible de rectifier dans le cadre strict d'un droit de réponse, permettrez-moi de réagir en tant que simple citoyen devant un comportement que je trouve à la fois indigne et dangereux

 

J'imagine que vous savez que l'escroquerie est un délit rigoureusement réprimé par les lois de notre pays.

 

J'espère que vous avez compris que je n'ai fait l'objet d'aucune poursuite judiciaire pour escroquerie. Dés lors, en insinuant que je suis un escroc, vous devez convenir que vous commettez une  diffamation grave à mon endroit, m'accusant d'un délit que je n'ai pas commis et qu'aucun élément sérieux ne vous permet de qualifier.

 

J'espère aussi que vous savez que dans un état de droit, lorsqu'une accusation est portée contre une personne d'avoir commis un délit, la dite personne bénéficie d'une présomption d'innocence jusqu'à ce que la preuve dudit délit soit rapportée, avec des éléments à charge sérieusement réunis.

 

En lisant votre article, je constate que vous évoquez un redressement fiscal dont la société AGK a fait l'objet, au titre de l'impôt sur les bénéfices divers  de la campagne vanillière 2003.

 

Il est très regrettable qu'un journal comme le vôtre, qui devrait être une référence en matière de qualité de l'information dans notre pays, cède ainsi à la bassesse et à la grossièreté en faisant des amalgames aussi dangereux.

 

Il est particulièrement dommageable pour le sens civique, que vous puissiez considérer qu'une entreprise en état de redressement fiscal commet nécessairement une escroquerie.

 

S'agissant du redressement fiscal que vous évoquez, sachez qu'il s'agit d'un acte administratif tout à fait ordinaire dans un état de droit, et, à ce titre, susceptible de contentieux.

 

Dès lors, ce n'est pas le lieu ni le moment de commenter cette décision administrative, puisque je réserve mes arguments aux autorités compétentes pour examiner les recours en la matière ; toutefois, puisque vos indiscrétions vous ont permis d'apprendre qu'un contentieux oppose la société AGK à la société ZINK, je vous demanderai d'avoir la patience de connaître le dénouement de ce contentieux, et alors vous apprendre que tout ce que vous avez affirmé de la façon hâtive et confuse dans votre article, est totalement  faux.

 

Il est particulièrement inquiétant pour notre jeune démocratie, que les journalistes se transforment en procureurs, en accusant les citoyens de délits totalement imaginaires,

Dans l'intérêt très obscure de faire sensation.

 

Je constate avec regret, que tout les efforts continuels que font les pouvoirs publics pour faire de notre pays un état de droit, sont ruinés jour après jour par l'incivisme et la médiocrité de gens qui ne méritent pas la qualité de journalistes, puisque celui qui a écrit l'article n'a même pas le courage de le signer de son nom.

 

Je remarque aussi les informations que vous semblez détenir émanent des pièces d'une procédure administrative qui normalement n'est pas publique, mais que des agents irresponsables, partageant avec vous les même valeurs d'incivisme et de démagogie, ont cru devoir vous remettre pour commettre votre bassesse.

 

La plus grande victime de votre comportement, c'est malheureusement l'état de droit, et c'est la raison pour laquelle la société AGK et moi-même nous réservons le droit de saisir la justice pour vous rappeler à vos devoirs de citoyen.

 

Sachez pour en finir, que la société AGK a de bonnes raisons de penser qu'elle est l'un des contribuables les plus assidus et plus conséquents de notre pays, ce dont elle est fière, et revendique la dignité de pays à l'Etat ce qu'elle lui doit.

 

Amine KALFANE

 

 

Le point de vue de la Rédaction

 

 

Nous publions ci-dessus un droit de réponse émanant de monsieur Amine Kalafane suite à notre article " deux gros exportateurs de vanille escroquent le fisc d'un milliard et demi de francs " paru dans notre édition du 14 janvier 2005.

 

Nous nous abstiendrons de répondre aux insultes " d' incivisme, de médiocrité, d'irresponsabilité et de bassesse… " qu'a proféré à notre endroit monsieur Kalfane. Nous nous contenterons de lui rappeler simplement que le premier acte de civisme d'un citoyen consiste à payer ses impôts convenablement. Nous persistons et signons : La société AGK de Monsieur Amine Kalfane ne s'est pas acquittée de ses devoirs de citoyen envers l'Etat comorien, devoirs qui consistent à payer normalement ses impôts. Il a escroqué le fisc de beaucoup d'argent. Ce que l'intéressé reconnaît lui -même dans son droit de réponse, même s'il considère que frauder l'Etat est"  un acte normal dans un Etat de droit ".

 

Dans l' article incriminé, nous nous sommes contentés de prendre en compte les chiffres qui figurent sur la déclaration de revenu de l'AGK, données qui sont très loin de la réalité du chiffre d'affaires que réalise la société de monsieur Kalfane . En plus de la vanille, elle exporte du girofle, de l'ylang  et a le monopole de l'importation des cigarettes Benson, de la bière Castel, importe du rhum de Madagascar, du vin d'Afrique du Sud, de France et d'Espagne ; il commercialise également des boissons hygiéniques, du coca cola, du sucre et d'autres produits de première nécessité.

 

Mais restons sur la déclaration de monsieur Amine Kalfane de 2003 sur la vanille.

 

Il reconnaît avoir exporté 24,725 tonnes de vanille d'origine comorienne (car il achète aussi de la vanille malgache) en janvier 2004. Si on se base sur les cours mondiaux de la vanille à cette date et sur le contrat de vente qu'a passé l'AGK avec ZINK, le prix moyen convenu est de 500 $ le kilo. En prenant le dollar à 1,10 euros au moment de l'exportation de la marchandise,( et non aujourd'hui à 1,35$ pour 1'euro, comme veut le prétendre Amine Kalfane), on obtient un chiffre d'affaires de plus de cinq milliards (5 068 0625 000 exactement). C'est seulement le contrat avec Zink alors que l'AGK vend aussi en Europe, au Japon…

 

Il n'est pas impossible que monsieur Amine Kalfane réalise sur toutes ses activités entre huit et dix milliards de chiffres d'affaire ! Sa déclaration de deux milliards et quelques poussières est loin de refléter la réalité !

 

Si les services des impôts faisaient leur travail correctement, ils se seraient aperçus que le citoyen modèle qu'est Amine Kalfane dissimule au fisc plusieurs milliards.

 

 C'est peut-être la raison qui a poussé les pouvoirs publics à confier le travail de contrôle à une commission ad hoc.   Un député a d'ailleurs demandé la création d'une commission d'enquête parlementaire sur cette affaire.

 

 Espérons qu'elle verra le jour à la prochaine session de l'assemblée.

 

Relevons que dans son droit de réponse monsieur Amine Kalfane a pour seul argument son procès avec ZINK qui refuserait de lui payer le prix convenu dans le contrat de vente. Mais pourquoi l'AGK ne s'est pas conformé à la loi qui veut que toute exportation ait astreint à une domiciliation à la BIC ? On n'exporte pas une marchandise de plusieurs milliards sans s'entourer d'un maximum de garanties !

 

Notons au passage que dans son droit de réponse, monsieur Kalfane ne tarit pas d'éloges pour " les efforts continuels que font les pouvoirs publics pour faire de notre pays un  Etat de droit ". 

 

Pour mieux illustrer le fait qu'Amine Kalfane ne paie pas ses impôts convenablement, prenons une entreprise comme la BIC qui fait sensiblement le même chiffre d'affaires ( le chiffre d'affaires de la BIC est calculé uniquement sur les commissions et taxes) que l'AGK, plus de deux milliards de francs comoriens par an (de déclarés).

 

Peut-on expliquer comment ça se fait que la Banque de l'Industrie et du Commerce paie en moyenne 500 millions par an d'IBD pendant que l'AGK n'a jamais dépassé les 50 ou 70 millions ?

 

 La BIC a une marge bruite moyenne estimée à 9 ou10 % alors que celle de la société d'Amine Kalfane dépasse largement les 30 %. Ceci s'explique évidemment par le fait que les charges de la BIC sont infiniment plus élevées. Une masse salariale plus importante (la direction de la BIC est composée presque essentiellement d'expatriés, et le personnel local composé en majorité de cadres moyens est mieux rémunéré). Ella a en outre des provisions de risques et d'investissements plus élevées et paie en plus des frais de siège.

 

Ce qui n'est pas le cas pour l'AGK dont le salaire de la plupart de ses employés (ce sont pour la plupart des ouvriers) ne dépasse pas les 40 000 FC. La société d'Amine Kalfane a des provisions de risques et d'investissements moindres et ne paie pas de frais de siège.

 

Si les services des impôts faisaient leur travail convenablement ils devraient opérer le redressement sur les trois dernières années comme le prévoit la loi. La vanille est le premier produit d'exportation des Comores, il n'est pas normal que ceux qui ont gagné beaucoup d'argent ces années fastes ne s'acquittent pas de leurs obligations fiscales . ce qui aurait permis à l'Etat de payer les enseignants et éviter les grèves à répétitions !

 

Monsieur Amine Kalfane est également en infraction avec la loi comorienne qui l'oblige à rapatrier les devises dans un délai de trois mois après la date d'exportation de la marchandise.

L'a-t-il fait ?

 

Autre question : pourquoi monsieur Kalfane ne garde pas les documents comptables de sa société sur place comme l'exige la loi ?

Affaire à suivre…

 

Said Omar Allaoui , Rédacteur en chef

 

INTERVIEW : Caabi El-yachroutu: “Il faut que tout le monde joue loyalement le jeu constitutionnel”

 

 

Dans le cadre de notre rubrique l'interview, nous avons rencontré le Vice-président Caabi Mohamed   El-yachroutu qui assure l'intérim du président Azali en voyage officiel en France. Il a bien voulu répondre à nos questions.

 

Lgdc : quelle signification attribuez-vous à la première visite du président Azali en France, visite qui se situe à un an de la fin de son mandat ?

 

Caabi : la France est un partenaire privilégié de par l'histoire. Cette visite coïncide avec la fin d'une grave crise institutionnelle et séparatiste. Comme l'a dit l'Ambassadeur de Franc aux Comores, c'est une consécration, qui vient couronner l'achèvement du processus de réconciliation des Comoriens.

 

Lgdc : Quelles retombés peut-on attendre de cette visite ?

 

Caabi : la relance de la coopération entre la France et les Comores, une coopération qui était en sommeil. La commission mixte va se réunir prochainement. Paris peut influer auprès de l'Union Européenne pour débloquer et activer la mise en place du neuvième FED. Quatre-vingt pour cent du financement sera affecté à l'appui de l'Education. Le gouvernement français peut plaider notre dossier auprès du FMI. Les Comores sortent d'une crise grave, d'où les difficultés de mettre en œuvre des reformes. Nous avons besoin de la clémence du Fonds Monétaire Internationale pour passer ces moments difficiles.

 

Lgdc : La réconciliation est-elle vraiment achevée ? Anjouan joue t-elle vraiment le jeu ?

 

Caabi : Nous revenons de loin. Les extrémistes séparatistes n'ont pas totalement désarmé, des difficultés existent encore, mais nous faisons des pas significatifs dans la bonne direction. Un budget consolidé pour l'ensemble des îles a été voté et promulgué, ce qui ouvre la porte aux négociations avec le FMI. La loi sur l'unicité de la fonction publique vient d'être promulguée. La gestion de la FOP sera collégiale et supervisée par une Haute Autorité de la Fonction Publique. Le recrutement à la fonction publique se fera désormais par voie de concours pour offrir une égalité de chance à tous et dépolitiser l'administration comorienne.

 

Lgdc : Mais rien n'a apparemment pas changé à Anjouan. L'Union n'a aucune emprise sur cette île.

 

Caabi : Il va falloir bien sûr que l'autorité de l'Etat s'exerce sur tout le territoire national. Une représentation de l'Union va être mise en place sur Anjouan et Mohéli pour les services déconcentrés. La personne qui assurera cette représentation à Anjouan sera nommée très prochainement. Celle de Mohéli a été déjà désignée. Au niveau de la douane, on a harmonisé la réglementation et les taxes. Avec le budget consolidé que nous allons mettre en œuvre, nous allons voir plus clair. On vient de tenir une réunion à Mohéli pour arrêter les dispositions pour le même bac sur tout le territoire.

 

Lgdc : Et l'Armée ?

 

Caabi : tout cela viendra avec l'achèvement de la répartition des compétences. Il faudra sauvegarder les pouvoirs régaliens de l'Etat. Mais cela n'est possible qu'avec le rétablissement de la confiance entre les autorités de l'Union et celles des îles. Il faut rassurer les autorités des îles et créer un sentiment réel de confiance. Lorsque les autorités des îles seront rassurées et que la confiance reviendra, les choses iront plus vite qu'on le croit.

 

Lgdc : Pourquoi n'a-t on pas promulgué la loi sur la justice qui transfère les tribunaux de première instance et d'appel aux îles alors qu'elle a été votée depuis plus de deux mois ?

 

Caabi : la Cour Constitutionnelle a été saisie, elle se prononcera. Le président de l'Union était absent du pays et n'avait pas pu demander une deuxième lecture dans les délais fixés par la constitution. La cour tranchera.

 

Lgdc : Et la continuité de l'Etat qu'est ce que vous en faites ?

 

Caabi : La cour constitutionnelle tranchera.

 

Lgdc : parlons de la grève des enseignants. Où en sont les négociations sur la reprise des cours ?

 

Caabi : le paiement des salaires est évidemment un droit élémentaire pour tout salarié. Malheureusement tous les pouvoirs qui se sont succédé ne sont pas arrivés à respecter ce droit. La période qui vient de s'écouler n'a pas favorisé le respect de cet engagement de l'Etat vis-à-vis de ses employés. Il faut prendre le taureau par les cornes, réduire les dépenses et augmenter les recettes. Il faut instaurer la confiance entre les syndicats et les pouvoirs publics et arrêter le dérapage au niveau de la masse salariale. Est-ce qu'au niveau des douanes des impôts et des entreprises publiques tout est  fait ? L'enseignement est une priorité.

 

Lgdc : est-ce qu'on n'a pas déshabillé Ali pour habiller Said en donnant la priorité à une université classique ?

 

Caabi : la priorité doit être l'enseignement de base pour que tous les enfants de ce pays puissent aller à l'école. Rien n'est trop tard pour rectifier les erreurs. Il faut évidemment une adéquation entre la formation et l'emploi. Les universités de la région et la francophonie a promis de nous assister.

 

Lgdc : L'article 13 de la constitution prévoit une loi pour désigner l'île qui accueillera la présidence de l'Union, ça sera certainement Anjouan. Etes-vous candidat ?

 

Caabi : Je me prononcerai au moment venu.

 

Lgdc : Est-ce qu'il ne serait pas temps à un an de l'élection, de commencer les préparatifs, recensement, listes électorales, commissions etc

 

Caabi : évidemment ça serait une bonne chose. Il faut que tout le monde joue loyalement le jeu constitutionnel. Il n'y a pas d'autres choix. Il faut rassurer les îles et faire disparaître ce sentiment de suspicion et de peur qui existe toujours.

 

 

Propos receuilli par

SOA et HH

 

 

Relations franco-comorienne : Le président Azali à l'Elysée, une première

 

 

Pour la première fois depuis l'indépendance des Comores en 1975, le chef de l'Etat effectue une visite officielle en France. Une visite vécue comme une consécration par le président Azali arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1999. 

 

La première visite officielle en France d'un président comorien vise à mettre un terme au coup de froid qu'on connu les relations entre Paris et son ancienne colonie ces dernières années. Pour le colonel Azali ce voyage sonne également comme une forme de consécration. La France, à son arrivée au pouvoir en 1999, l'avait condamné en qualité de putschiste. Il en a résulté une "glaciation des relations" entre Paris et Moroni, renforcée par l'attitude des autorités diplomatiques françaises qui jouent, selon les circonstances, la carte de l'unité ou de la division des

 

Comores .

 

Nombre de Comoriens estiment que la France était au moins au courant… Une France qui créa néanmoins la surprise, en encourageant la communauté internationale à bouder le nouveau pouvoir et en suspendant son aide au développement. Principale partenaire des Comores, la France, qui prétend par ailleurs n'avoir ménagé aucun effort pour réconcilier les îles sœurs, fut alors accusée de jouer la carte de l'ambiguïté.

 

Azali devenu "fréquentable"

 

Union des Comores.

 

DRAprès cinq ans de négociations sous tension, Anjouan, l'île insurgée en 1997, accepta de se réunir avec les deux autres îles, Mohéli et la Grande Comore, et de fonder l'actuelle Union des Comores. Un nouvel ensemble, à qui manque, selon le décompte effectué chaque année par l'ensemble de la classe politique comorienne, Mayotte, l'île restée sous juridiction française depuis 1975, également devenue le nœud de tous les problèmes entre Paris et Moroni depuis. L'opinion comorienne est persuadée que les présidents Ali Soilih et Ahmed Abdallah ont été assassinés pour avoir réclamé l'île sœur à l'ancienne métropole coloniale. La question de Mayotte demeure sensible. Pourtant  aucune mention n'en a été faite par le colonel Azali au cours de son entretien avec Jacques Chirac à l'Elysée ce lundi 31 janvier, si ce n'est pour évoquer la question des visas exigés des ressortissants de l'Union des Comores qui veulent se rendre à Mayotte. Des visas instaurés par le gouvernement d'Edouard Balladur.

 

Le colonel Azali, élu en 2001 sur la base d'une nouvelle constitution, qui a fini de le rendre "fréquentable" auprès de ses partenaires étrangers, arrive bientôt au terme de son mandat et a besoin d'une ultime légitimation de son pouvoir. Ce voyage en est une ! En 2006, il devra laisser place à son successeur, un Anjouanais selon toute probabilité, la présidence de l'archipel étant soumise à un principe de "tournante" entre les trois îles indépendantes. Une perspective qui n'a pas l'air de plaire à son équipe, qui pense n'avoir pas encore fini de "pacifier" le pays totalement. Certes, le cahier des charges établi lors de la signature des accords dits de Beït Salam a été honoré dans ses grandes lignes, sous le contrôle de la communauté internationale mais il reste à régler la question des compétences entre les îles pour finaliser le processus de réconciliation nationale en cours. Après la mise en place d'exécutifs et de parlements autonomes dans chaque île, en plus d'une autorité nationale reconnue et gérée par le président Azali, c'est l'élaboration de lois organiques permettant de déterminer les compétences de chacune des nouvelles instances existantes qui devrait suivre. De nombreuses discussions ont lieu actuellement autour de l'article 9 de la constitution, censée réguler tous les conflits à ce niveau.

 

Mais la confiance n'est pas au rendez-vous. La peur de voir le colonel Azali opérer un revirement de dernière minute, afin de demeurer au pouvoir, existe. Par le passé, il lui est arrivé de promettre de rendre le pouvoir aux civils et de ne pas le faire. Néanmoins, ce voyage rassure quelque peu ses détracteurs. Un voyage qui autorise à considérer la France à nouveau comme un partenaire plutôt soucieux de la paix dans l'archipel, alors qu'elle a longtemps été "honnie" par l'opposition comorienne, qui l'a souvent considérée comme le maître d'œuvre de toutes les divisions entre les îles. Il donne en même temps l'impression aux "spéculateurs" comoriens que l'Elysée souhaite adouber une dernière fois son poulain, avant de lui montrer la sortie. Ce qui est sûr, c'est que cette visite officielle relance la coopération bilatérale, après plusieurs années de rapports houleux. Une commission mixte franco-comorienne, la première du genre depuis 1992, va bientôt se mettre en place.

 

 

Soeuf Elbadawi

 

Un lecteur demande une rue des Comores à Paris

 

 

Monsieur le Maire,

 

A la fin du mois de décembre dernier, j'ai passé quelques jours de vacances dans votre ville. Comme d'habitude, Paris était splendide et rayonnante, faisant la joie des enfants et des nombreux touristes venus des quatre coins du monde.

 

C'est justement en tant qu'un de ces nombreux touristes étrangers amoureux de Paris, mais aussi et surtout en tant que Comorien que je vous adresse cette lettre ouverte pour attirer votre attention sur un fait qui pour certains Parisiens peut paraître banal mais qui à mon avis revêt une importance morale et historique, surtout pour nous autres, issues des anciennes colonies françaises d'Afrique.

 

 Comme je le fais toujours lorsque j'ai l'occasion de visiter Paris, je me suis baladé à pied dans plusieurs quartiers de la capitale, visitant ici et là quelques lieux touristiques, tels que le Centre Georges Pompidou, la Cathédrale Notre Dame de Paris, la Tour Eiffel, sans évidemment oublier la célèbre Avenue des Champs Elysees, éblouissante et illuminée, surtout en cette période des fêtes de fin d'année.  Sans aucun doute votre ville a bien mérité son surnom de "ville des lumières".

 

Cependant, durant mes promenades dans Paris lors de mon dernier voyage, je ne pouvais pas m'empêcher de penser qu'il y avait quelque chose qui manquait dans le décor.  Je ne pouvais pas m'empêcher de penser qu'à ce jour il n'existait pas une rue des Comores dans votre ville.

 

Mais pourquoi honorer ce pays demanderont certains, surtout les jeunes de la génération née après les années 60?

 

Après tout, les Comores ne sont-elles pas ces îles lointaines de l'Océan Indien qui détiennent le record mondial de coups d'états militaires?  N'est-ce pas ce même petit pays qui en se déclarant unilatéralement indépendant en 1975, osa défier et par la même occasion humilier la 5eme puissance mondiale?

 

 Certes, nous connaissons bien les réponses à ces deux dernières questions, et d'ailleurs il est tout à fait naturel qu'elles soient posées.

 

Cependant, il me semble qu'il faudrait surtout éviter de tomber dans une sorte de piège et de se retrouver dans ce que les Américains appellent  "tunnel vision", cette espèce de blocage de l'esprit qui empêche l'individu de penser en quelque sorte plus loin que le bout de son nez, en limitant strictement sa pensée à un seul et unique fait, oubliant tous les autres faits dans son environnent.

 

Aux personnes sceptiques ou atteintes de "tunnel vision" il faudrait qu'elles sachent que, outre le coté sensationnel relaté dans les journaux (coups d'états à répétition, assassinats politiques, exiles des uns et des autres), il existe un autre coté des Comores que malheureusement beaucoup de Français en général et de Parisiens en particulier ne semblent pas connaître, cela d'autant plus que les livres d'histoire oublient parfois d'en faire mention.  Je crois donc qu'il n'est pas inutile que nous rappelions à vos compatriotes de temps à autres que les îles comoriennes (Anjouan, Mohéli,  Grande-Comore et Mayotte) ont été intégrées dans la République Française vers la fin du 19eme siècle.  

 

L'île comorienne de Mayotte, fut la première à se rattacher à la France dès 1843, soit presque deux décennies avant la Savoie, soit encore un siècle avant la création de l'état d'Israël.  Je note cependant que la Savoie et Israël ont leurs rues à Paris, alors que ni Mayotte, laquelle il faut le souligner est restée sous administration française jusqu'à ce jour, ni aucune des autres îles des Comores n'a encore eu l'honneur de figurer sur la liste des rues de la capitale française. 

 

Même la Palestine, un pays transformé en territoires occupés et qui ne figure pas formellement en tant que pays souverain sur la plupart des cartes géographiques a sa rue à Paris.  Afin que les choses soient claires, je tiens à souligner que je ne critique pas Paris de vouloir célébrer Israël et la Palestine.  Je critique Paris parce qu'elle ne célèbre pas les Comores. 

Il est d'autant plus étonnant de ne pas voir les Comores sur la liste des noms de la capitale française qu'on y trouve de nombreux autres pays n'ayant pas nécessairement des liens historiques avec la France.  Avec tout le respect et toute l'admiration que j'éprouve envers des pays comme le Guatemala, la Bolivie, le Paraguay ou le Costa Rica, je ne pense pas qu'ils aient eu des liens culturels et économiques aussi anciens et aussi solides avec votre pays, contrairement aux Comores.

 

Je note cependant que le Guatemala, la Bolivie, le Paraguay, le Costa Rica ont leurs rues à Paris, mais pas les Comores, ce pays qui a décidé de nommer une des plus belles place de Moroni, sa capitale, "Place de France".

 

Beaucoup de nos parents et grands-parents ont servi sous les couleurs de la France, et continuent d'ailleurs à servir, puisqu'un certain nombre de comoriens a opté pour la nationalité française en juillet 1975, lors de l'accession du pays à l'indépendance. 

 

Le 25 octobre 1961, alors qu'il prononçait un long discours sur la situation économique des Comores en 1ere séance à l'assemblée nationale française, le Docteur Said Mohamed Cheick, l'un des députés comoriens de l'époque au Palais Bourbon déclarait ceci :

 "N'oubliez pas que vous avez aux Comores une population de 400.000 habitants et nombreux sont les comoriens répartis dans le monde entier et tous sont restés français. Je ne vous en donnerai pour preuve - et je m'adresse spécialement à M. le ministre d'Etat Jacquinot - que le seul exemple suivant qui le touchera certainement...

 

Charif Hachim

Suite dans le  prochain numéro

 

Grève des enseignants Prendre à témoin  les élèves

 

 

Contrairement à ce que certaines voix ont annoncé sur les ondes de certaines radios sans engagement de la part du SNIC et du SNPC, les cours n'ont pas été repris ; le mercredi 02/ 02/ 05 le SNIC a du torpiller la résolution qui avait décidé au début du mouvement de grève de n'appeler à une Assemblée Générale qu'en cas de versement de toutes les arriérées de 2004 en rassemblant tous les instituteurs à l'école de Moroni-Application afin de débattre sur la position à adopter au cours de la rencontre qui aura lieu dans l'après-midi avec des membres des gouvernements. Ils ont décidé d'adopter comme cheval de bataille les revendications du SNPC.

 

Entamé depuis le 13, date à laquelle ceux qui ont le pouvoir de décision ont fait savoir qu'aucune solution quant à la satisfaction des revendications n'était envisageable, le duel des négociations a repris le 14 et puis le18.

 

Nous avons face à face le SNIC et le SNPC d'un côté et dans l'autre camp, le Ministre de l'éducation nationale Mr Yahaya Mohamed Iliass, ses Conseillers, le Directeur de Cabinet du Ministre de l’enseignement de Ngazidja Mr Idi Elaniou, le Ministre de l'enseignement à Mohéli, le contrôleur financier de L'Union Mr Mlindé et enfin le Secretaire Général du Vice-Président Mr Mohamed Ahamada.

 

Entre le 18 et le 27 janvier, une vague de manœuvres a cassé le bloc jusqu'ici solidaire et les intérêts personnels ont fini par fissurer le mouvement : certains se sont désengagés en reprenant les cours dans les établissements  privés. Le syndicat s'est ainsi retrouvé dans l'obligation de combattre sur deux fronts : défendre les revendications devant des représentants de l'autorité qui, tels des joueurs d'échecs usent de tactiques et de plans stratégiques dont ils ne se doutaient pas du caractère déstabilisant et de l'autre des collègues dont le comportement avarié les obligeaient à faire des tournées et à convaincre de ne pas abandonner la lutte.

 

Le samedi 29 janvier, le SNPC a reçu au Lycée de Moroni, une délégation des chefs d'établissements privés qui ont exigé en contrepartie de leur contribution l'ouverture de leurs écoles. Le lundi31 janvier, une Assemblée Générale a réuni près de 300 professeurs dans l'ancienne réfectoire et, après avoir mis dans la balance tous les points, le syndicat a décidé de  reprendre les cours à une date qui sera fixée ultérieurement à l'issue de la reprise des négociations .Les syndicats ont à l'esprit les clauses signées et non respectées par les autorités ; ils ont alors décidé cette fois de prendre à témoin  les élèves car, sans préavis, en cas de non respect des engagements qui seront pris, ils cesseront de travailler.

 

Ils vont exiger:

 

- La régularité des salaires de 2005(janvier n'a toujours pas été honoré et le Ministre de l'enseignement de Ngazidja a confié à un représentant du syndicat des instituteurs que l'Union qui a encaissé les recettes de ce mois chercherait à faire payer les dépenses par le Mdgidgengo).

 

- Le versement des arriérés en février et en avril 2005.

 

De facto, la grève n'a pas abouti à une satisfaction générale surtout de la part des élèves qui redoutent cet épée de Damoclès suspendue au-dessus d'eux car le spectre  de l'année blanche hantent toujours leurs nuits de sommeil.    

 

 

Said Omar Hachim

Prof

 

Club des femmes: Aménagement du vieux marché de Moroni

 

 

Le club des femmes, connue sous le sigle CFC vient de signer avec l'Entreprise ABICOM qui s'est vue attribuée le marché après dépouillement de l'appel d'offre, la convention qui lui confie les travaux d'aménagement du vieux marché de Moroni.

 

Le coût total des travaux s'élève à 35 millions.

 

Une cérémonie de signature a été organisée au Café des Ecoles le lundi 31 janvier 2005 à 17h.

 

Etaient présente, côté Club des femmes, la Présidente, Madame Saïd Salim Sirine, La Secrétaire Générale Mademoiselle Sitti Hadidja Saïd Mohamed, La Trésorière, Madame Mohamed Ahmed Amina et l'Entreprise a été représenté par M.Haïdar Ahamada, l'Association des Vendeuses était également de la partie à travers la présence très remarquée de Madame Tchoupa.

 

Avant de débuter les travaux la semaine prochaine, la question que l'on pourrait se poser est celle-ci ; Où seront-elles évacuées les vendeuses pendant la réalisation des travaux ?

 

Pendant que Mme Tchoupa nous rassure sur les dispositions prises pour transférer les activités sur la route qui conduit la BIC au devant du foyer Grimaldi, Mme Saïd Salim se réjouit pour sa part de la confiance que vient d'accorder le Programme de Développement Local (PDLC), de l'Ambassade de France ainsi que le PPMR à son association.

 

Le club des femmes par ses actions de bienfaisance et cela malgré ses maigres ressources a pu financer un établissement scolaire de Mitsamiouli en Mobiliers, le pavillon pédiatrique d'El-Maarouf en petit matériels médicaux, le centre de Protection Maternelle et Infantile (PMI de Mbouéni) en produits d'entretien, la Mission Catholique, l'Association des Albinos. Les dernières activités réalisées par le club sont l'émission télévisée et la marche contre les viols des mineurs en décembre 2004.

 

Si la volonté et la transparence existent selon Mme Sirine les fonds s'ensuivent.

 

Avant de remercier les généreux donateurs de cette opération le PDLC et le PPMR, La Présidente du CFC n'a pas manqué de souligner la contribution de l'Association des vendeuses du marché estimée à 300.000 FC. Cet effort louable des femmes au marché n'aurait pu être possible sans la détermination d'une femme célèbre en l'occurrence Mme Tchoupa.

 

 

HH

 

La BIC à l'heure de Western Union

 

La Banque pour l'Industrie et le Commerce aux Comores (BIC ) a reçu l'avale de la Banque Centrale des Comores (BCC ) pour l'ouverture d'un guichet de Western Union. Les opérations de Western Union  à la BIC pourraient débuter dans le 2eme trimestre 2005.Western Union  est  une multinationale américaine spécialisée dans les transactions internationales sur les devises.

 

Bref, une rude concurrence pour la poste dont les gains reposent essentiellement sur Western Union. Il  y a  de moins en moins  d'émission et paiement des mandats. A titre d'exemple, les transactions avec Western Union pour l'année 2004 (paiement et émission) représentent un chiffre d'affaires de sept milliards Fc et a rapporté à la poste et  services financiers une commission estimée à plus de 180 millions Fc sur laquelle doit être déduit 10% de commercialisation et publicité. " La BIC vise la moitié. ", Commente un agent de la poste. " On comprend pas très bien pourquoi l'Etat comorien unique actionnaire de la SNPT a donné l'avale via la BCC à la  BIC de faire des transactions avec la multinationale américaine. 

 

Le capital de la BIC est constitué des 51% d'actions appartenant à la BNP ; 35% à l'Etat comorien et 14% aux privés comoriens NDLR.

 

Du côté de la BIC, un cadre explique  ceci :  " Notre  décision est irréversible. Nous procédons en ce moment à  une extension de notre bâtiment dans ce but : installer les services de Western Union. "

H.H   

 

Droit de l'homme : Le Fawecom dans l'arène

 

Dans le cadre de la mise en place d'une Commission nationale des droits de l'homme (CNDH), Le Forum des Educatrices aux Comores (Fawecom), dirigé par Sittou Raghadat s'implique dans la démarche. Dans un document rendu public à Moroni, Mme Rghadat écrit : " Dans le cadre du renforcement de l'Etat de droit et de l'introduction de pratiques de bonne gouvernance et d'une culture de défense et de protection des droits de l'homme, le gouvernement de l'Union en l'occurrence la Délégation des droits de l'homme, a choisi le Forum des Educatrices aux Comores pour mener une campagne d'information et de sensibilisation sur l'opportunité de mettre en place une Commission nationale des droits de l'homme dans notre pays. "

 

 Le Fawecom a effectué dans cet objectif :  plusieurs déplacements à l'intérieur de l'île, a tenu des réunions de sensibilisation et entend poursuivre sa mission " jusqu'à la tenue de l'atelier de restitution qui normalement doit se tenir au cours de la première semaine du mois de février ", conclut , Sittou Raghadat, dans son document.

 

HH

 

Soins d'urgence :réaction

 

En réponse à l'article paru dans La Gazette des Comores, précédente édition,  sur la déclaration du président de l'île autonome de Ngazidja : Non à la non-assistance à personne en danger, un médecin qui a requis l'anonymat réagit : "  La déclaration du président EL-Bak disant que désormais on soignera d'abord un malade, aux urgences, pour lui faire payer après est une position courageuse  donc  louable. Seulement, il ne s’agit  pas de dire qu'on soignera gratuite ment les malades aux urgences pour lui présenter la facture après. Il faut que la décision soit suivie d'effet. C'est à dire que les autorités sanitaires de l'île, si demain elles veulent joindre leur parole aux gestes, elles devront  allouer aux hôpitaux des kits d'urgences. "

HH

 

 

Les trois présidents des  îles  à Marrakech

Les trois présidents des îles autonomes : Mohamed Bacar d'Anjouan ; Mohamed Saïd Fazul de Mohéli et Mzé Soulé EL-Bak de la Grande -Comore, doivent se rendre à partir du vendredi 5 février, à Marrakech (Maroc) sur invitation du gouverneur de cette ville. Les trois chefs des exécutifs des îles autonomes  participeront à une réunion des gouverneurs des régions des pays membres de la Conférence islamiques.

 

La loi sur la tournante

Les députés à l'Assemblée nationale de l'Union pourraient se pencher très prochainement sur le vote de la loi relative à la tournante. " Nous avons intérêt à ce que cette loi soit votée dès maintenant car le colonel Azali, un homme passé maître dans l'art de la diversion pour gagner du temps, pourrait évoquer, demain en l'absence d'une loi, un vide juridique pour se maintenir au pouvoir ",soutient un député à l 'Assemblée de l'Union. Mais d'ors et déjà tout le monde s'accorde à dire que la tournante ira à Anjouan. Et des personnalités de cette îles ne cachent pas leurs ambitions d'être candidats à la présidentielle et parmi lesquelles on cite les noms suivants : Ibrahim Halidi ; le colonel Halidi qui serait le candidat de Mohamed Bacar président de l'île autonome ; Nourddine Midiladji ; Loutfi Adinane;  Nassuf Ahmed Abdallah…La liste est ouverte et elle est longue.

 

Le Ridja lance la Lettre de l'Espoir

Le parti RIDJA de maître Said Larifou vient de lancer une lettre d'information " la Lettre de l'Espoir ". Ce mensuel fait le bilan de 30 ans d'indépendance. des articles sur l'Université , les lois organiques et la vie de ce parti figurent également au menu de ce numéro. Nous souhaitons longue vie à ce journal.

 

 

CULTURE : Coin cinéphiles

Le cinéma, ses ersatz et son industrie

 

Le cinéma est à sa source une industrie. Une industrie est régie par un mécanisme commercial.

 

 Le commerce prend donc le pas sur ce qu'est potentiellement tout œuvre de cinéma : un objet d'art, une expérience…

 

Dans les années 40, le jeune Orson Welles s'étonnait qu'il n'y ait pas, comme dans tout autre industrie, un secteur expérimental au sein du système hollywoodien. Paradoxalement, il méprisait le cinéma surréaliste de Luis Bunuel pourtant lié à cette idée d'expérimentation. André Bazin fait aussi remarquer, dans la biographie qu'il consacre à ce cinéaste, qu'Orson Welles est proche par la poésie de son cinéma, des œuvres qu'il méprisait dans sa jeunesse.

 

 Ce qui intéressait alors beaucoup le réalisateur de Citizen Kane c'était la capacité qu'avait le cinéma, contrairement à la plupart des autres arts visuels, à toucher un grand nombre de spectateurs. Mais les grands films du prodige n'ayant pas rencontré le succès public, ses rapports à l'industrie hollywoodienne étaient devenus calamiteux. D'autres grands cinéastes : Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick, Akira Kurosawa ont su, par contre, trouver à plusieurs reprises ce succès public essentiel aux yeux des dirigeants de cette industrie.

 

 Mais il serait normal, actuellement, de croire, que la logique commerciale due à l'aspect industriel du cinéma s'étant accentuée avec l'émancipation de la télévision, de moins en moins d'œuvres ambitieuses naissent au sein de cette industrie. C'est une logique qui concerne aussi les autres arts.  La loi du marché, le capitalisme, la conception américaine de l'objet culturel comme valeur marchande a fait son chemin. Les lois du commerce, de " notre société du spectacle ", écrasent la notion de goût. Les médias vendent avant d'informer sur la nature de leur produit. L'authentique intimité que pourrait faire ressentir une œuvre est dénaturée par les représentations démultipliées par la publicité, le rythme imposait par les médias vomissant leurs pléthores d'images. Les images pouvant se singulariser se noient dans un chaos uniforme.

 

  Le monde des images est un univers aujourd'hui moins clos, l'espace qui sépare cinéma d'art, cinéma industriel, images télévisuelles et informatiques, en même temps qu'il se creuse d'un point de vu économique, se lie par la nature du contenu. Les moyens pour produire et diffuser des images sont de plus en plus accessibles. Il n'est plus nécessaire d'être " un professionnel de la profession " pour se prétendre cinéaste. Le cinéma en est à un point où ses possibilités sont démultipliées par l'accès facile de sa technologie. L'industrie ne contrôle plus toutes les images : Internet et le piratage sont comme une épine dans son pied.

 

 Les œuvres réellement importantes ou subversives restent des exceptions confirmant la règle. Il n'y a pas de " révolution culturelle " en marche, mais juste un flux incessant d'images qui se phagocytent en suivant une logique mécanique imposée à sa source par l'Industrie du rêve.

 

 L'image crée, c'est un outil qui permet la compréhension et la constitution du monde. Il n'est pas ici question de défendre les images du " pauvre " contre le puissant modèle du cinéma de " l'establishment " : À la fin du XIXème siècle, Jules Ferry en créant une école publique rendait accessible à l'ensemble du peuple la langue écrite, il a apporté un aspect fondamental de notre société, il n'a pas permis la naissance d'un plus grand nombre de grands écrivains. Il est donc clair que posséder les outils qui permettent de produire des images ne mène pas à une meilleure aptitude à faire de l'art, à créer des images qui portent un réel regard. Actuellement la question de l'art dans l'image cinématographique et ses descendants ne se joue donc pas dans l'accessibilité de ses outils mais dans les questionnements que peut faire naître cette accessibilité dans la réalité de notre Histoire.

   

 

Mounir Allaoui

  

 

Lire... relire

 

Les Comores de 1975 à 1990

(Nakidine MATTOIR, L'HARMATTAN, 2004, 192p)

 

 

Nakidine Mattoir revient sur des épisodes marquants de la vie socio-politique des Comores, s'attardant sur des événements tels que le massacre de Majunga, leur apportant un nouvel éclairage. Servi par sa très grande connaissance de la réalité comorienne, il ausculte avec simplicité et profonde rigueur les institutions politiques comoriennes, le pouvoir des "notables", "la révolution permanente et manquée", le "Royaume de Bob Denard", sans oublier le rôle de la France dans tout ce remue-ménage.

 

LA DYNAMIQUE DE L'HISTOIRE

 

 

Réflexion sur le désordre international

(M'SA ALI Djamal, LES BELLES PAGES, 2004, 149p)

 

"Le désordre international n'est pas simplement le produit du jeu des puissances, des déséquilibres Nord-Sud, du retour de vacarmes des klaxons identitaires par l'effondrement des idéologies ; il est le résultat des "chocs des incultures" qui produit dans l'imaginaire le "chocs de civilisations". Ce "choc des incultures" forgé de part et d'autre est relayé par les mémoires collectives de l'Occident d'une part, et de l'Orient d'autre part. Ce mémoire trie, sélectionne, et finit par occulter l'histoire commune tissé d'échanges commerciaux, d'emprunts culturels et d'alliances politiques entre l'Occident et l'Orient.

 

Dans ce livre, je montre ces divers angles d'approches ainsi que la nécessité de multiplier les efforts et les conditions de vivre ensemble, parce qu'à l'heure de la globalisation, les problèmes des uns ne peuvent être les heurs des autres; et quand les uns soufrent les autres en sentent. "

 

M'SA ALI Djamal

 

M'SA ALI Djamal est né en 1979 aux Comores. Il est titulaire d'un DEUG d'Administration économique et sociale, d'une Licence en sciences politiques et est actuellement en Maîtrise à Paris X

 

Jeune étudiant en Sciences politiques à Paris X, M'SA ALI Djamal s'interroge sur les évènements marquants et bouleversants de ce début de siècle.

 

Anflam, un artiste qui monte, qui monte

 

 

Il est lover, jeune, beau gosse de surcroît ; il a une voix qui porte, d'une sensualité à fleur de peau, et il s'appelle Anflam. Le bien nommé n'arrête pas, avec ses chansons, d'enflammer les cœurs de ces petites midinettes amoureuses ou rêvant de grand amour. De son vrai nom Anfif eddine Ahmed Mohamed, à peine 23 ans, Anflam fait dans le zouk love à l'instar de bon nombre de jeunes de sa génération qui se sont lancés dans la musique. Pourtant, contrairement à certains qui, au gré des humeurs, entrent en studio et font un tube en moins de vingt-quatre heures, pour répéter " Je t'aime " à longueur de tempo, Anflam, lui, ne veut pas chanter sur un coup de tête, il se donne le temps qu'il faut pour peaufiner ses textes, arranger sa musique et améliorer sa voix ; car, vous l'aurez compris, il ne veut pas qu'on le catégorise dans cette génération de D.J (lire : dee-jay, ou didjé) ou de M.C (lire : ém'si), " starounets ", et tombeurs de ces demoiselles, mais revendique le statut d'artiste. Il se veut artiste et cherche à s'imposer comme tel, à travers ses créations.

 

Anflam chante depuis fort longtemps, mais ce n'est qu'à 18 ans qu'il se produit sur scène en jouant du toirab. Il joue sur des reprises des grands classiques du toirab comorien, avec des jeunes de son quartier Badjanani, au sein de l'association CCLB. Puis, vient l'époque du rap où il évolue dans le groupe " Régiment Derka ". C'est pendant cette période que le studio Majestik le distingue et l'invite à poser des choeurs sur l'album de Nailat. Il contracte ainsi le virus des studios, et développe sa passion pour la musique. Phénomène de génération oblige, Anflam décide de se mettre au zouk où il se sent bien, et en bientôt deux ans, il nous a livré coup sur coup cinq tubes, dont les plus célèbres restent dans la bouche, sinon les cœurs, des jeunes, notamment" Si seul " ou " Tsifu hawé ".

 

Après s'être fait un nom dans l'univers très étroit des zoukeurs (ou lovers) de l'archipel, Anflam assure les premières parties des concerts, comme sa dernière prestation au stade de Moroni, en décembre dernier lors du concert du lover Antillais Slaï, de passage dans nos îles.

 

Le zouk love comorien, il faut le reconnaître, commence à sortir de son ghetto. Chamsia Sagaf et Décilove, les premiers dans nos îles à s'être lancés dans cette musique langoureuse des Caraïbes, ne cessent de faire des émules de jour en jour. Surtout depuis ces deux dernières années ; rien que l'année qui vient de s'écouler, on compte environ pas moins d'une dizaine de jeunes qui font dans le zouk. Les plus connus dans les ondes FM de nos îles sont MC Soilih, Fathi, Anflam,Akim … Tous ces jeunes, en phase avec leur époque, sont les coqueluches de cette génération " Halafu-djé ! " Aujourd'hui, avec par exemple Naïma qui n'arrête pas de grimper aux plus hauts sommets de l'olympe du zouk love, allant jusqu'à faire de l'ombre aux grandes étoiles (Princesse Lover, Peguy, Leila Chicot) le zouk comorien a de beaux jours devant lui.

 

SAST