EDITION ELECTRONIQUE N°375
Lois organiques : un grand pas de
franchi dans le processus de réconciliation
Appelée à revoir sa copie par la Cour
Constitutionnelle, l’Assemblée de l’Union vient de modifier de nombreuses
dispositions du texte des lois organiques sur le partage des compétences afin
de se conformer à l’arrêt rendu par la haute cour.
Dans l’ensemble, les députés ont travaillé
dans un esprit de compromis et de consensus, il n’y a pas eu trop de
difficultés pour procéder aux modifications préconisées par la Cour
Constitutionnelle.
Les dispositions sur les forces qui doivent
assurer la sécurité intérieure, on s’en souvient, la cour avait estimé que la
gendarmerie ne pouvait pas être transférée dans son intégralité aux îles étant
donné que certaines de ses missions relèvent de la défense. Les députés sont
allés plus loin que l’arrêt de la cour. Ils se sont alignés sur les positions
d’Azali qui voulait à tout prix conserver la fusion
des forces qui avait été réalisée par le pouvoir Taki.
La logique aurait voulu qu’on transfère la
gendarmerie dont l’essentiel de ses missions relève de la sécurité intérieure
(maintien de l’ordre, police judiciaire etc…) aux
îles et qu’on affecte les quelques éléments qui effectuent une mission de
défense au sein de l’AND. Les députés ont préféré
l’inverse, maintenir les forces de gendarmerie au sein de l’armée. Le texte de
loi dit « les unités de l’AND qui exercent une
mission de sécurité intérieure peuvent être intégrés à la sécurité de
l’île ».
On se trouve dans la situation étrange où
l’entité à laquelle la constitution a confié la sécurité intérieure se voit
priver des moyens d’exercer cette prérogative. L’exercice de cette prérogative
constitutionnelle par l’autorité de l’île dépend du bon vouloir de l’autorité
de l’Union, c’est dire qu’on n’est pas sorti de l’auberge ! Que se passera-il si l’autorité de l’Union
refuse d’affecter, à la demande d’une île, les forces
de la gendarmerie dans une opération de sécurité intérieure ? Les îles seront-elles conduites à créer leur
propre force de sécurité intérieure ? Bonjour, les dégâts !
On risque de déboucher sur une situation de
confrontation comme on n’en a connu il n’y a pas si longtemps. Les députés se
rassurent en affirmant qu’à la demande du FMI l’enveloppe budgétaire actuelle
des forces armées ne sera pas augmentée. Il est déjà partagé entre celles qui
exercent une mission de défense (la FCD) et celles
qui relèvent de la sécurité intérieure. Si la gendarmerie n’obéît pas aux
autorités à qui incombe la responsabilité de garantir la sécurité intérieure,
elle ne sera pas payée. L’île procédera au recrutement d’autres hommes pour
assurer la sécurité des hommes et des biens. C’est un scénario invraisemblable,
car irréaliste et non souhaitable.
En ce qui concerne les sociétés d’état et les
établissements publics, en attendant qu’une loi vienne modifier les statuts, la
responsabilité technique, administrative et financière fera l’objet d’un
partage entre l’union et les îles. Le député Cheikh Ali B. Cassim
avait demandé qu’on mette en place un directoire comme à la douane et aux
impôts pour gérer ces établissements en attendant le vote de la loi sur les
statuts. Il n’a pas été suivi. Il n’a pas pris d’ailleurs part au vote. En fait
c’est le statut quo qui continuera jusqu’au vote de la loi sur les statuts.
Toujours est-il qu’en acceptant que les
établissements publics qui se trouvent sur leur île reviennent sous le contrôle
de l’Union, les députés anjouanais ont fait un pas de plus dans la
réintégration.
Anjouan : Mohamed Bacar
instaure la terreur
Le bilan des affrontements entre manifestants lycéens
et forces armées est lourd : deux tués et plusieurs blessés par balles.
Les autorités de l’île ont renforcé le couvre feu depuis mercredi soir.
Personne n’a le droit de sortir à partir de 18 heures. Face à la contestation
qui s’amplifie, le pouvoir multiplie les arrestations arbitraires. L’insécurité
règne sur l’île. Mercredi un des durs du séparatisme Ba
Goulam a été arrêté. Ce qui a entraîné le soulèvement
de ses partisans qui ont barré la route Ouani-Mutsamudu.
Les informations qui nous parviennent de cette
île sont inquiétantes. « C’est une véritable terreur qui s’est installée
sur les villes de Mutsamudu et Mirontsi. Les
militaires armés jusqu’aux dents sont partout et n’hésitent pas à violer les
domiciles privés. Tout le monde a peur. Les Anjouanais se sentent abandonnés.
Où sont les partis politiques comoriens ? Pourquoi gardent-ils ce
silence ? » a déclaré à la Gazette une femme
militante qui tient à garder l’anonymat pour des raisons évidentes de sécurité.
Les personnes arrêtées sont envoyées dans un
camp militaire de Domoni où elles sont jetées dans
une citerne comme au temps d’Ali Soilih. Certains
subissent même des sevices.
« Incapable de répondre aux
revendications d’une population qui s’enfonce chaque jour davantage dans la
misère, le régime de Mohamed Bacar contesté et isolé,
n’hésite pas à instaurer la terreur sur l’île pour se maintenir au
pouvoir » a déclaré à notre correspondant sur place un enseignant.
Depuis plusieurs mois le pouvoir Bacar vit dans la hantise d’un coup d’état. Il voit le
complot partout. Hier la menace venait d’Abed,
aujourd’hui elle vient d’Azali.
Objectivement ceux qui veulent pousser Azali à jouer les prolongations ne verraient pas d’un
mauvais œil la déstabilisation d’Anjouan, cela leur fournirait le prétexte
inespéré pour se maintenir au pouvoir, mais c’est d’abord et surtout sur cette
île qu’il faut rechercher les ingrédients de la dégradation de la
situation ; il ne sert à rien de crier au complot.
En fait c’est la dégradation des conditions de
vie de la population, les pénuries à répétitions de carburant et de denrées de
première nécessité, le non-paiement des salaires, l’absence de démocratie et
l’étouffement des libertés individuelles et collectives qui sont la véritable
cause de la contestation sur cette île.
C’est d’ailleurs la décision des autorités de
l’île de ne pas payer les mois d’octobre, novembre et décembre 2004 qui a
déclenché les manifestations en cours. Les enseignants ont déclenché une
grève et les élèves sont descendus dans
la rue.
Pour se maintenir au pouvoir, le régime
Mohamed Bacar doit recourir à la répression. Mais
jusqu’à quand ?
Tess d'Uberville
Roman Polanski a dédié le film "Tess" à sa femme assassinée. Il s'agit de l'adaptation
d'un roman ("Tess of the
d'Ubeville" de Thomas Hardy) qu'admirait
l'épouse du cinéaste. Un roman écrit au
début du XXe siècle qui se déroule à la fin du XIXe siècle en Angleterre durant l'ère Victorienne.
Tess est une jeune fille
de famille paysanne. Son père apprenant un jour qu'il descend d'une grande
famille noble (d'Uberville), décide d'envoyer sa
fille rejoindre les derniers représentants de cette famille afin de gagner leur
faveur. La jeune fille se trouve ainsi corrompue par le désir de sa famille de
retrouver un statut social autrefois prestigieux, mais à ce moment en déclin
(l'Angleterre poursuit sa révolution Industrielle, les bourgeois sont les
nouveaux maîtres, la noblesse n'est plus qu'un apparat).
Vu superficiellement, le film est une œuvre
romanesque sur la perte de pureté de l'héroïne sur fond de bouleversements
sociaux. En réalité, il s'agit surtout d'une lutte entre l'aspect inauthentique
des statuts sociaux et la nature humaine. L'héroïne instinctivement se met en
marge pour pouvoir garder sa pureté.
La famille noble que l'envoie trouver son
père, a en fait acheter le titre d'Uberville.
Celui qu'elle croit au départ être son cousin n'a aucun lien de parenté avec
elle. Ce dernier, la prenant d'abord pour une paysanne se servant d'un faux
alibi pour venir mendier, est séduit par sa beauté. Il tente de la séduire,
elle refuse de s'offrir à lui, il insiste et obtient ce qu'il désire.
Tess qui pense avoir
perdue sa pureté rejoint sa famille. Elle est tombée enceinte
Quelque temps après la naissance, elle perd
son bébé. L’enfant étant illégitime, le prêtre du village refuse de l'enterrer
religieusement. Tess qui croit en Dieu est horrifiée
à l'idée que l'âme de son enfant ne trouve pas la paix. Elle l'enterre par ses
propres moyens et pose une croix qu'elle a fabriquée elle- même sur la tombe. L'institution religieuse est la
première à rejeter Tess.
Au cours du film la jeune fille abandonnera
son foyer, vivra un moment comme une sans abri...
Tess est un personnage
pur, elle se renie rarement, pourtant les règles sociales lui font violence.
Elle n'est habitée que par son désir d'amour. Il ne s'agit pas ici d'un amour
édulcoré, à la manière des romans à l'eau de rose, mais d'un amour romantique
dans le premier sens du terme. Un amour lié aux éléments naturels, un amour
brut qui s'oppose aux règles sociales. Suivant sa logique, jusqu'au meurtre de
passion, Tess sera condamnée à mort par les
institutions judiciaires. Et c'est par cette fin que se confirme l'extrême
ambiguïté du film. Ce personnage légalement condamné, a commis un meurtre guidé
par quelque chose d'authentique, nous comprenons son acte, nous spectateurs ne
le condamnons pas. Le personnage ayant par ce meurtre retrouvé l'amour, le
spectateur approuve presque et malgré lui ce geste monstrueux.
Mounir Allaoui