EDITION ELECTRONIQUE DU 25 MARS 2005
Séminaire au Palais du Peuple :
Les parlementaires comoriens à l’école de la francophonie
L'Assemblée parlementaire
de la francophonie vient de tenir au
Palais du peuple de Hamramba à Moroni, un
séminaire " d'information et d'échange ". Cinq parlementaires
francophones ont pris une part active à ce séminaire et y ont apporté leur
expérience. Il s'agit des députés Richard Caznave (France), Bernard Bouba
Samali (Cameroun), Marcelin Eve Ebang (Gabon), Jacques Changnon (Québec) et le
conseiller national suisse Jean Fattebert
qui a contribué à l'organisation
du séminaire.
Ces
élus ont été précédé à Moroni par une
délégation du secrétariat de l'assemblée parlementaire Ont pris part à cette
assise, quatre vingt huit élus comoriens membres des assemblées
territoriales et de l'Assemblée de
l'Union. Il manquait un député territorial d'Anjouan.
Depuis 1994, l'Assemblée
parlementaire de la Francophonie organise ce genre de rencontre, deux fois par
an, en partenariat avec l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie.
L'initiative a été
bien accueillie dans le pays. En
témoigne ces banderoles arborées dans les s rues de Moroni : « Pour une
coopération intergouvernementale active
au service du développement des Comores.
" ou encore celle - ci : " Assemblée parlementaire francophone,
un acteur incontournable de la coopération interparlementaire. "
Les députés comoriens
dans leur ensemble se sont réjouis de l'organisation d'un tel forum.
" Cela nous a
permis d'échanger nos expériences de vie parlementaire aussi bien au niveau des
îles que de l'Union et surtout de nous connaître ", soutient le député de
Mohéli à l'Union, Oukacha Mohamed.
Jean Fattebert
conseiller national suisse, citoyen d'un Etat confédéral dont les institutions
sont proches des nôtre, veut apporter sa contribution à la consolidation et la
réussite du Nouvel Ensemble Comorien : "
Nous, en Suisse nous avons vingt trois cantons, quatre langues
officielles et chaque canton a son gouvernement, son parlement, son budget…J'ai
eu au, début de ma carrière de parlementaire, les mêmes problèmes avec les
cantons ce qui correspond ici aux îles. Bien entendu, quand on me demande quel
intérêt je défends en priorité ? Je
réponds l'intérêt général, pour que les cantons puissent en bénéficier après.
Je veux pouvoir, au cours de mon séjour ici, apporter ma petite pierre à la
construction de l'Union des Comores dans la paix et la prospérité " .
Pour sa part, le
député du Québec, Jacques Changnon déclare " Le Québec qui est un immense pays- 15 fois
Madagascar- fait partie des dix provinces autonomes du Canada. Nous avons deux langues : le français et l'anglais, des
communautés autochtones qui sont là avant l'arrivée des Européens, des pouvoirs
législatifs, une fiscalité et aussi des
exécutifs. Le Québec est une province autonome mais qui défend l'intérêt
général du Canada en fonction de ses
pouvoirs. Nous contribuons au rayonnement du Canada dans le monde et de
ce fait nous avons une délégation générale de Québec à Paris et à Londres. Moi,
j'ai été jeune élu, ensuite ministre à plusieurs reprises, je comprends donc
les problèmes que rencontrent certains
élus comoriens face à la nouvelle configuration constitutionnelle. C'est comme
un petit enfant qui apprend à parler, à marcher et quelques années après il
deviendra adulte. J'ai été frappé ici par le comportement des députés de la
majorité comme ceux de l'opposition.
Nous étions assis ensemble sans aucun problème. On n'arrivait pas à faire la
différence entre ceux de la majorité et ceux de l'opposition. Je trouve cette
dynamique formidable et responsable
".
Nos parlementaires ont
sans doute retenu la leçon : nous sommes tous embarqués dans le même bateau :
Union des Comores. Les intérêts de chaque entité se trouvent dans la défense de
l'intérêt général de la nation.
H.H
L’AS de Cœur : une belle
initiative
Une mission de
cardiologues de l'association " Cœur Pour Tous " conduite par le
professeur Kalangos de Genève a séjourné dans notre pays du jeudi 17 au samedi
19 mars. Cette association humanitaire vient en aide aux enfants du tiers-monde
qui présentent des pathologies cardiaques lourdes qui nécessitent une
intervention chirurgicale hors du pays.
Au cours de leur
séjour aux Comores, les cardiologues ont consulté une vingtaine d'enfants à la
Grande-Comore et une douzaine à Anjouan. Ces malades ont été préalablement
sélectionnés par le docteur Sounhaj Attoumane. Sur les trente-deux enfants
examinés, douze doivent être opéré hors des Comores. Les autres seront suivis
sur place. Trois enfants, les cas les plus urgents, ont été évacués mardi et
devront être opérés à Maurice cette semaine par l'équipe du professeur
Kalangos, en compagnie d'autres enfants mauriciens.
C'est l'Association
Cœur pour Tous qui a payé les billets. Les neuf autres enfants seront évacués à
leur tour dans les prochaines semaines.
La venue de cette
mission de Cœur pour tous aux Comores fait suite à l'invitation de " l'As
de Cœur ", un association humanitaire comorienne présidée par Said Djaé
Salim, consul honoraire de Maurice. Cet homme, au grand cœur, ancien ministre,
homme d'affaire, s'est investi entièrement dans le social et l'humanitaire.
L’association qu'il vient de créer avec quelques amis
va travailler en collaboration avec
Cœur Pour Tous pour la prise en charge des enfants cardiaques comoriens.
L'objectif des deux
association est la création dans un premier temps d'un centre de dépistage et
par la suite de la mise en place d'une unité de cardiologie qui permettra d'
opérer les malades du cœur sur place.
Au cours de leur
séjour aux Comores le professeur Kalangos et son équipe ont visité l'hôpital
El-Maarouf, le centre hospitalier de Mitsamiouli et le centre médical de
Mitsoudjé . Ils ont été séduits par la qualité du site et des locaux du centre
hospitalier de Mitsamiouli et l'ont retenu pour abriter le centre de
cardiologie qu'ils espèrent mettre en place dans un avenir proche. Les
démarches sont entreprises auprès des autorités pour préparer la convention
pour la réalisation de ce projet.
Selon le président
Djaé, les fondateurs de la toute jeune association As de Cœur dont le
cardiologue comorien Sounhaj Attoumane, espèrent être en mesure de prendre en
charges les frais d'évacuation des enfants dans l'avenir. Ils s'organisent et
réfléchissent sur les actions à mener pour recueillir des fonds. " Cette
action de venir en aide aux enfants cardiaques comoriens est d' une grande nécessité.
Les interventions chirurgicales au niveau du cœur coûtent très cher. Il n'y a
pas beaucoup de malades comoriens pouvant y faire face. Grâce à la création de
l'As de Cœur, ces actions humanitaires de l'association internationale Cœur
Pour Tous pourront profiter aussi aux enfants cardiaques comoriens qui en ont
besoin, comme elles profitent aux enfants mauriciens. Nous remercions les
autorités comoriennes des îles comme de l'Union qui ont permis la réussite de
cette première mission dans notre pays de Cœur Pour Tous . Nous citerons en
particulier le vice-président Caabi El Yachroutu, le Président ElBak et le
ministère de la Santé de Ngazidja pour s'être investi pour soutenir ce projet.
L'efficacité de leur appui doit être noté" .
Un plan d'action pour sauver le
renard volant des Comores
La Roussette de
Livingstone ou renard volant, connu sous le nom scientifique de Pteropus livingstonii, est une des plus
grandes chauves-souris du monde. Il est
endémique aux îles d'Anjouan et de Mohéli.
Grâce au travail
remarquable mené depuis plusieurs années
à Anjouan par l'Ong Action-Comores et surtout grâce à l'appui du centre
Durrell Wildlife Conservation Trust, Action Comores - International et du
projet Biodiversité, un plan d'action a été validé l'année dernière pour
promouvoir la pour la survie de ce mammifère qui figure parmi les espèces
endémiques emblematiques de notre pays.
L'Union Mondiale pour
la Conservation de la Nature (UICN) a classé la Roussette de Livingstone parmi
les espèces menacées et en danger critique et qui nécessite par conséquent des
mesures urgentes de sauvegarde en raison de l'activité humaine accrue près des
dortoirs, ainsi appelle-t-on les endroits où nichent ces mammifères, et surtout
du fait du déboisement des zones d'habitat de cette espèce. Les derniers
recensements ont révélé la présence de 1.200 individus seulement à l'état
sauvage alors que le rôle écologique de
la roussette de Livingstone dans la dispersion des graines et la pollinisation,
influence fortement le fonctionnement de l'écosystème de la forêt tropicale
comorienne. Cet écosystème joue un rôle
fondamental dans la vie du peuple comorien, dans la mesure où il contribue à la
fourniture de services écologiques, à travers notamment le contrôle de
l'érosion, l'entretien des bassins hydrographiques, la production du bois
d'œuvre et de chauffe, de ressources alimentaires, et de substances
médicinales. La forêt tropicale
comorienne constitue également une zone de haute prévalence pour la
biodiversité. Ainsi pour l'ONG américaine ''Conservation Internationale'', elle
fait partie d'un des points chauds de la biodiversité la plus menacée dans le
monde.
Parmi les éléments qui
ont été mis en exergue par le plan d'action figure la pression humaine sur
l'habitat de la Roussette de Livingstone qui résulte essentiellement des
besoins en terres pour la pratique de l'agriculture de subsistance, en bois de
chauffe aux fins de combustibles et pour la construction. Ainsi ''la
conjugaison de plusieurs facteurs contribue également à exacerber cette
pression anthropique, au nombre desquels, il faut citer la grande pauvreté en
milieu rural, l'accès inadéquat aux soins de santé et à l'éducation, la
croissance démographique rapide, la faible connaissance des besoins de la
roussette, la construction de routes à travers la forêt, ainsi que les
catastrophes naturelles qui interviennent occasionnellement du fait des
cyclones''. Le plan souligne que ''le
succès des efforts de conservation dépend de l'implication des communautés
locales, sous-tendus par la coordination du gouvernement au niveau des îles et
ainsi que par l'appui de la communauté internationale''.
Le Plan d'action constitue l'engagement des Comores à œuvrer
activement à la conservation de la Roussette de Livingstone. Ses principaux
objectifs sont la protection des
habitats et des sites d'alimentation de la Roussette ; la gestion des
ressources naturelles des zones riveraines des sites d'alimentation pour
sauvegarder la pollinisation et la production de fruits constituant la base alimentaire
de la Roussette de Livingstone tout au long de l'année ; l'élaboration de
programmes scolaires basés sur l'éducation environnementale et communautaire ;
la poursuite des efforts, de surveillance des habitats ; la continuité des
programmes d'élevage en captivité menée dans les zoos de Jersey et Bristol au
Royaume-Uni depuis 1992 et des travaux de recherche écologique menés au profit
de la conservation en collaboration avec des organisations partenaires, en vue
de la recherche de solutions à l'ensemble des questions sous-jacentes.
La stratégie décrite
dans le Plan de Conservation est censée être mise en œuvre sur une période de
cinq ans. Ce plan s'inscrit dans le
contexte d'une initiative globale visant à mettre en place, un cadre de gestion
de la conservation, susceptible de promouvoir une sauvegarde durable et à long
terme, de la Roussette de Livingstone et de son environnement. Cependant certains ne manqueront pas de
rétorquer, et on peut les comprendre, que le pays a des besoins urgents autres
que la sauvegarde d'espèces endémiques aussi importantes soient-ils. Mais l'on
se contentera de leur répondre par ce proverbe amérindien : " Seulement
quand le dernier poisson sera attrapé, seulement quand le dernier buffle sera
tué, seulement quand la dernière rivière sera polluée et seulement quand le
dernier arbre sera abattu, alors, seulement, l'homme se rendra compte qu'il ne
peut manger l'argent ".
Hachime Abdérémane
Lire... relire
(Emmanuel et Pierre
VERIN, L'Harmattan, 1999, 160p)
Ali Soilihi, Président
des Comores indépendantes après la chute d'Abdallah, fut voué aux gémonies
après sa mort en 1978. Son bilan reste très controversé et ses détracteurs
affrontent encore aujourd'hui ceux qui le révèrent.
ARCHIVES DE LA REVOLUTION
COMORIENNE (1975-1978) : le verbe contre la coutume
(Emmanuel et Pierre VERIN,
L'Harmattan, 1999, 358p)
Dans "L'éloquence
comorienne au secours de la révolution", Michel Lafon a présenté dans
cette même collection les discours d'Ali Soilihi prononcés en comorien. Le maître
des Comores de jadis a donné également des interviews en français jusqu'ici
inédites. Elles ont été enregistrées comme production orale mais ont parfois
aussi été consignées dans des procès-verbaux de réunions ou dans des articles
de journaux.
Cette littérature
orale d'un chef d'Etat comorien qui maniait le français avec une aisance
militante, apporte un nouvel éclairage à l'histoire de la révolution
comorienne, marquée par l'idéologie et le séisme social.
Commémoration du 29è anniversaire de la mort
de Said Omar Bin SumaÏt :
Saint et poète
Dans le cadre de la série des manifestations
religieuses organisées dans les différents villages et villes de la Grande
Comore pour commémorer le 29 ème anniversaire de la mort de celui qui fut le
Premier Mufti des Comores, Ali Mohamed Djalim, Enseignant-Chercheur à
l'Université des Comores, évoque à travers cet article la personnalité
religieuse et intellectuelle de Said Omar Bin Sumait Bin Said Ahmed.
Selon cet enseignant,
" aussi égalitaire et souple que soit l'Islam, n'est pas Cheikh ou Saint
qui veut ".
A l'occasion du 29 ème
anniversaire de la mort de celui qui fut le premier Mufti des Comores, Said
Omar Bin Sumait Bin Said Ahmed, une série de cérémonies religieuses est
organisée dans différents villes et villages de la Grande Comore. Beaucoup de
nos concitoyens ainsi qu'une délégation composée de vingt neuf personnes venues
de la Tanzanie, du Kenya, du Soudan, d'Arabie Saoudite et de l'Hadramout au
Yémen ont pris part à ces manifestations de prières organisées successivement à
Samba Mbodoni, Dzahani Tsidjé, Itsandra, Moroni, Mitsamihouli, Salimani, Bahani
et Ntsoudjini. La plus solennelle et la plus spectaculaire de ces
manifestations religieuses où le recueillement et la dévotion étaient de mise,
est celle d'Itsandra, honorée par la présence du Chef de l'Etat et de plusieurs
personnalités du pays. C'est au cours de ces cérémonies que la vie et l'œuvre
de Said Omar Bin Sumait sont rappelées à l'assistance et que des cantiques ou
louanges sont dédiées à son honneur.
Said Omar Bin Sumaït
naquit dans la ville d'Itsandra en 1886, une région qui se distingue des autres
pour avoir produit la plupart des grands ouléma de la Grande-Comore.1I entreprend,
à l'âge de 8 ans, ses premiers pas d'écolier à Zanzibar auprès de son père
Ahmed Bin Sumaït, considéré comme le plus grand intellectuel de l'Afrique de
l'Est vers la fin du XIXe siècle. Ensuite, il se rend à Hadramaout, au Yémen,
pour parfaire sa formation dans les sciences religieuses et les autres
connaissances autorisées parmi des grands Ouléma du pays du "Croissant
fertile". Revenu à Zanzibar, il se retrouve dans le cercle des disciples
de Cheikh Abdallah Bakathir, une autre grande figure intellectuelle à Zanzibar
au XIXe siècle qui a eu à former plusieurs lettrés musulmans de la région.
Guide spirituel aux
Comores
Soucieux de
prosélytisme religieux pour répandre les enseignements de la religion de
Mohamed et ceux de la mystique islamique "tasawwuf', Said Omar Bin Sumaït
se rendit successivement aux Comores et àMadagascar. Pendant son séjour au pays
natal, il fonda l'ikhwan al huda ("les Frères de la Droiture"), une
association religieuse, chargée d'assurer la propagation de la confrérie ShadhuliWa
à laquelle Bin Sumaït s'était initié avant de servir celle de la Allawiyya, la
confrérie de ses ailleuls. A l'époque, cette association s'était fixée
également comme objectif d'asseoir fermement l'Islam, sous l'impulsion de
Cheikh Salim Wadaane Bin Abdallah qui fut l'une des figures marquantes de
l'Islam à la Grande-Comore pour avoir, lui aussi, contribué à former beaucoup
de lettrés tel que Said Mohamed Abdérémane, deuxième Grand Mufti comorien que
le pays ait connu. Après cette mission comorienne, Said Omar Bin Sumaït a
séjourné quelque temps à Madagascar d'où il est rappelé par le Sultan de
Zanzibar, Sayyid Khalifa Bin Haroun, qui le nomme cadi de Pemba (une autre île
de la Tanzanie) en 1936. A la mort du Cadi de Zanzibar en 1938, il est appelé à
sa succession pour devenir grand cadi, en 1942.
Quand la révolution
Zanzibarite triomphe en 1964 sous la conduite d'Abed Karumé hostile aux Indiens
et Comoriens rangés du côté des Arabes, Said Omar Bin Sumaït est parti
s'installer au Yémen avant de rentrer, définitivement deux ans plus tard, aux
Comores pour sa retraite. Pendant cette retraite, il assuma les fonctions de
Guide spirituel de la communauté musulmane des Comores et de Grand Mufti,
jusqu'à sa disparition un jour du 10 Safar (1976).
La croyance populaire
a retenu de ce mois de Safar hégirien, ce que les musulmans comoriens
considèrent comme le mystère de la volonté car Allah a rappelé au courant de ce
mois l'âme de quelques Ouléma et autres cheikhs que la nation comorienne ait
connus.
Mais que suggère une
aussi belle biographie et en quoi repose donc la notoriété du Cheikh ou du
Saint ?
La réponse à ces
questions me parait essentielle à plus d'un titre afin de dissiper certains
malentendus et soupçons entretenus au sein de la société comorienne et de la
communauté musulmane. Aussi souple et égalitaire que soit l'Islam, ne devient
Cheikh ou Ouléma qui veut. La baraka en tant que bénédiction divine et don de
Dieu n'est pas la propriété exclusive des prétendants descendants du Prophète
Muhammad. La baraka est une ressource personnelle du Cheikh ou de l'Ouléma
capable d'accomplir des actes impossibles au commun des mortels. Par cet acte
établissant donc la bénédiction divine et justifiant la prétention du Cheikh ou
de l'Ouléma à être l'intercesseur entre Dieu et le commun des mortels, cette
ressource personnelle contribue à assurer prestige au Cheikh ou à l'Ouléma et
témoigne de la sainteté que la mémoire collective leur attribue.
Pas de caractère
héréditaire de la baraka
Cependant
l'appartenance vraie ou supposée à la famille du prophète Muhammad,
"usharifu", ne suffit pas pour se réclamer d'un quelconque degré de
sainteté et bénéficier de la baraka. Le savoir " ilm " comme la
sagesse " hikma " représente une donnée fondamentale pour expliquer
la notoriété dont jouissent le Cheikh et l'Ouléma. Dans la tradition islamique,
s'il n'est pas aisé d'établir une hiérarchie entre les savants tant ils sont
nombreux dans l'espace et dans le temps, la différence est de mise entre ceux
qui détiennent la connaissance et ceux qui en sont dépourvus. Le Coran est
d'ailleurs très explicite: "sont-ils égaux ceux qui savent et ceux qui ne
savent pas ? Et le Prophète Muhammad d'ajouter, suivant un hadith rapporté :
"les Ouléma sont les dignes héritiers des Prophètes".
Ces arguments invoqués
à l'appui de la thèse selon laquelle il n'existe pas de caractère héréditaire
de pouvoir fondé sur le sang sont assez éloquents pour attester que le seul
caractère héréditaire valable est celui résidant dans la capacité du Cheikh ou
de l'Ouléma de transmettre son savoir et ses connaissances au commun des
mortels. Enfin, la réussite matérielle et sociale du Cheikh ou de l'Ouléma est
une troisième donnée essentielle pour contribuer à asseoir la notoriété du
Cheikh et de l'Ouléma dans la société et dans sa communauté. L'audience dont
ils jouissent dépend d'une part, des ressources matérielles qu'ils pouvaient
mobiliser grâce aux activités professionnelles auxquelles ils s'adonnaient et
d'autre part, des actions à caractère social et humanitaire qu'ils
entreprenaient en faveur des plus déshérités.
Dans un de ses
discours, Feu président Ali Soilih avait dit que "dans la religion
musulmane, ces personnages qui, à des moments historiques, atteignent le stade
de Mufti, ce sont des hommes qui s'oublient pour les autre$'. Selon, Sultan
Chouzour, le feu président marxiste faisait allusion au regretté Said Omar Bin
Sumait qui jouit d'un respect et d'une considération amplement méritée chez
tous les musulmans des pays arabes du Golfe jusqu'aux Comores et de la côte
estafricaine, autrement dit, ceux du Golfe à l'océan.
ALI DJALIM
La Réunion / Comores :
Confrontation
internationale fructueuse
Le climat ambiant et
particulièrement hystérique, vécu à l'INJS, par les experts réunionnais et les
handballeurs du pays, et du cœur par Handball club de Pasimainty (HCM, Mayotte)
a pris fin dans la concorde et la fraternité. La ligue de Ndzuwani a mis à sac
celles de Ngazidja et de Mwali. Uhuru de Fayadhi, invaincu sur le terrain,
rejoint Mutsamudu, auréolé d'estime et de gloire.
La coupe de la
fraternité, organisé par le Centre de formation de handball de Ngazidja de Yad.
Magasto (CFHN), du 10 au 22 mars dernier, a permis aux sportifs des îles de
renforcer l'amitié et de vivre une semaine de fête, d'une part; et aux experts
réunionnais, Dijoux et Araux, respectivement Président et Trésorier de
l'Association Handball Océan Indien (AHBOI) de passer un séjour agréable mais
plein de travail, et surtout de cerner les difficultés qui rongent le Handball
comorien, d'autre part. Leur court passage a été objectivement riche en
enseignements. Dans l'ensemble, le bilan des activités est positif. CFHN :
garçons 3e, filles 4e ; Mwali : garçons 4e, filles 3e ; Domoni-club de Moroni :
filles 4e, garçons 2e enfin Uhuru a raflé tous les trophées : filles 1ère ,
garçons 1ère , meilleur gardien Ouliati et meilleur buteur Zaina Assane,
respectivement Uhuru. Grande actrice, Zaina est à la base de toutes les actions
offensives de son équipe. Sa force de frappe et les précisions rappellent les
missiles de la stars de HCM Sandrine, destabilisateurs et meurtriers. La
victoire de Uhuru, masculin, en finale face à Domoni-club, est due grâce à la
noblesse du cœur et à la sportivité des protégés du capitaine Khaled.
Amicalement et sous les conseils de ses coéquipiers, il s'est abstenu d'appuyer
la réserve de qualification, pourtant textuellement bien fondée, portée contre
Zaire Mohamed sakaï de Uhuru pour participation non autorisée : voir règle 16 :
6a . ''Je rends hautement hommage la
conduite fraternelle, chevaleresque de Domoni-club et sa fructueuse
collaboration. Elle nous a permis d'éviter la degenerescence et de terminer
dans la concorde et la fraternité la compétition '', avait déclaré avec ouf de soulagement
le Président de la Commission Nationale des Arbitres Bacar Madi. Mwali avait
éprouvé de sérieuses difficultés en
réserve d'oxygène et à maintenir un jeu collectif cohérent. Il lui faut
un encadrement technique suivi.
"Et tout ça sous le regard d'un
chat."
En
partant de "Chats perchés" le film de Chris Marker et de l'interview
de M.Chat et Chris Marker pour "Libération".
"L'écho
du 11 septembre est encore dans l'air, et la vision de cet animal avenant me
paraît un signe. Quelqu'un a décidé d'envoyer sur les murs une image de
réconfort, et de bienveillance." (Chris Marker à propos des taggs de M.
Chat)
"Le
chat nous est tombé dessus : une petite Pakistanaise d'un quartier périphérique
avait dessiné un gros chat tout simple, avec un sourire géant. L'idée que ce
dessin de petite fille soit partout était plaisante. Il a été restylisé en
conservant la fraîcheur du sourire. L'histoire du chat est une sorte de
parcours initiatique du Petit Poucet. Comme dans le conte, nous sommes tous
perdus." (M. Chat)
"Chats perchés", le docu-fiction de
Chris Marker récapitule les images de l'après onze septembre (Guerre en irak,
élections présidentielle, Intermittents du spectacle, voile islamique...) Il
est composé d'images prisent par le cinéaste ou d'images de journaux tv. Ce
film se démarque des zapping d'actualité tv, par son point d'encrage... Le
cinéaste part de la rue. Ou plus clairement part de motifs de la rue... Le fil
directeur du film est "un chat", un chat taggé dans les rues de paris. Les graffeurs, taggeurs affilé à la culture
hip-hop se voient souvent comme des rebelles, en guerre contre le système. M.
Chats n'emprunte pas le langage "agressif" et apparemment subversif
de ses taggeurs plus "traditionnel", mais celui d'une figure
réconfortante, d'une image de l'enfance. Ainsi en effaçant les rondeurs de
cette figure affective descendante du grinning cat d'Alice au pays des
merveilles, les autorités sociales sont loin de nous paraître sympathiques.
"Malraux dans l'Espoir : «Il y a ici une tapée de peintres, il faut leur donner les murs, les murs nus : allez hop ! Dessinez, peignez. Ceux qui vont passer là devant ont besoin que vous leur parliez. Nous ne créerons pas des chefs-d'oeuvre, ça ne se fait pas sur commande, mais nous créerons un style. Il n'est pas possible que, de gens qui ont besoin de parler et de gens qui ont besoin d'entendre, ne naisse pas un style.» Si Malraux était ministre de la Culture, il aurait défendu les chats, il ne les aurait pas fait effacer ! " (Chris Marker)
Les première minutes
du film consiste en un jeu de piste apparemment trivial, le cinéaste filme les
lieux, les endroits (gares, façades de bâtiments, troncs d'arbres) où a été
taggé la figure du chat. Jusqu'à ce que lors de la diffusion télé d'une
manifestation anti-le Pen à la suite du second tour des élections
présidentielles, on aperçoive dessiné sur une pancarte ce même chat.
"En s'installant d'eux-mêmes dans le paysage
politique, les chats avaient complètement changé la problématique. Ce ne serait
plus une promenade désinvolte mais la chronique d'une année de plus en plus
marquée par l'histoire, où d'élections en guerre d'Irak, de retraites en
intermittents, les manifestations scanderaient l'évolution même de la société,
et les flux et reflux d'une nouvelle génération qui faisait son éducation
civique." (Chris marker)
Le film de Chris
Marker ne hiérarchise pas ses problématiques, c'est l'importance accordé à la
trivialité du quotidien qui donne du relief aux événements politiques montrées.
L'Histoire en marche se lit ici dans le quotidien, dans la rue. Et le film
utilise comme fil conducteur, comme "lapin blanc", la figure du chat.
Le chat ce n'est pas seulement le tag, c'est aussi l'animal: On rencontre dans
le métro un chat et son amie humaine, on assiste au sauvetage d'un chat coincé
(comme de coutume) sur les hautes branches d'un arbre, tout en redécouvrant le
motif du chat dans l'Histoire de l'Art, de l'Egypte antique à M. Chat.
Il semble donc que les
chats aussi, à leur manière, soient les témoins de notre Histoire.