EDITION ELECTRONIQUE DU 1er
AVRIL 2005
Organisation judiciaire : La Cour
constitutionnelle se déclare incompétente et crée l’impasse
La Cour constitutionnelle se déclare
« incompétente» pour statuer sur un conflit qui oppose le président de
l’Union et l’Assemblée de l’Union. Ce conflit est né à la suite du vote des deux
lois : l’une organique, portant organisation judiciaire et l’autre, une loi
ordinaire relative au statut de la magistrature. Constitutionnellement Le
Président doit promulguer la loi dans les 15 jours. Le président Azali avait demandé à l’Assemblée de réexaminer ces lois en
deuxième lecture pour le motif qu’il était absent du pays. L’Assemblée lui a répondu qu’en son absence, l’intérim était
assuré, par conséquent le motif invoqué n’est pas valable. Il faut noter
d’autre part que pour ce qui concerne les lois organiques, le président n’a pas
les prérogatives pour renvoyer un texte de loi en deuxième lecture. Seuls les
députés d’une île disposent de ce pouvoir selon la Constitution.
En se déclarant incompétente la Cour crée une
impasse comme elle l’avait déjà fait pour le règlement intérieur de
l’Assemblée ! Qui d’autre que la Cour constitution a le pouvoir d’arbitrer
à la lumière de la loi fondamentale, les conflits entre deux institutions de
l’Etat ? Elle ne fait que bloquer le fonctionnement normal des institutions
créant ainsi un climat de frustration au sein de la population comorienne
laquelle n’attend que le parachèvement de la mise en place des nouvelles
institutions.
De surcroît la Cour constitutionnelle étant
l’organe qui statue en dernier ressort, ses arrêts ne sont susceptibles d’aucun
recours, il était concevable que devant la gravité de la situation, la Cour
constitutionnelle statue par jurisprudence pour sortir de l’impasse. Pour paraphraser un observateur de la vie
politique comorienne : devant l’urgence on ne demande jamais
l’autorisation du juge pour éteindre un incendie et selon l’adage juridique,
« quand la maison brûle on ne va pas demander au juge l’autorisation
d’envoyer les pompiers ».
Interrogé sur ce conflit, le président de l’Assemblée
de l’Union, Saïd Dhoifir Bounou,
nous a déclaré : « La situation est restée inchangée et elle
nous a renvoyés à la case départ. Je ne veux pas critiquer la décision de la
Cour constitutionnelle, une institution respectable, néanmoins je suis déçu par
l’arrêt qu’elle a rendu sur ce dossier. La seule solution pour sortir de cette
impasse est la sagesse : soit les députés dans un soucis d’apaisement
acceptent de réexaminer les textes des lois et accèdent ainsi à la demande du
président de l’Union ou c’est ce dernier qui accepte de transmettre les deux
lois votées à la Cour constitutionnelle. En tout cas nous devons pour l’intérêt
général sortir de cette impasse. Car il serait regrettable de compromettre le
processus. Je pense que les institutions actuelles répondent aux attentes de la
population comorienne. L’autonomie des îles est garantie sans compromettre
l’intérêt supérieur de la nation. Nous devons aller jusqu’au bout de la marche
engagée. Remettre en cause les institutions du nouvel ensemble comorien
risquerait d’avoir des fâcheuses conséquences pour le pays ».
À une question sur la tournant, le président
de l’Assemblée a affirmé que cette question figure à l’ordre du jour de la
session ordinaire qui commence ce vendredi ainsi que la loi sur le code
électoral. L’envoyé spécial du président de l’Union africaine, Francisco
Madeira qui m’a rendu visite la semaine dernière m’a affirmé qu’à l’Union
africaine ils tiennent à ce que la tournante se fasse et que les engagements
pris envers les îles soient respectés. S’il y a des gens qui font une autre
interprétation de la constitution, ils ne rendent pas service au pays. Tous les
quatre ans il faut que la présidente de l’Union change d île ». C’est
l’engagement qui a été pris.
HH
L’Interview :
Le Ministre de l'agriculture DINI
NASSUR : "parvenir à une politique réussie de
sécurité alimentaire "
LGDC : Vous venez , en
collaboration avec la commune du Pimba-plateau, de
relancer les activités de sensibilisation agricoles de votre ministère.
Qu'attendez-vous comme résultat ?
Dini Nassur
: La question paysanne est avant tout un ensemble d'action de sensibilisation
et de concertation. Il ne peut y avoir un développement agricole sans une prise
en compte réelle des propositions et analyses des agriculteurs. La période où
l'on disait aux paysans " voilà ce qu'il vous faut " est
définitivement révolue. L'approche appropriée au secteur agricole est forcement
d'une démarche participative.
LGDC : Pourquoi avoir
choisi spécifiquement la région du Pimba ?
D.N : Tout d'abord, c'est
une région qui a connu une histoire agraire très impressionnante. Depuis les
années soixante, l'agriculture fut modernisée au même niveau que les pays qui
avaient connu la révolution verte : démembrement, mécanisation, chimisation, diversification, transformation, conservation,
installation de paysans modèles, organisation professionnelle et j'en passe.
C'était pendant la période coloniale. La région de Pimba
comme celle du haut de Mboudé sont des zones pilotes,
des terroirs de production vivrière exemplaires et qui, en terme de dynamiques
paysannes ont des leçons à tirer. Ensuite Pimba est
une région organisée en communauté rurale où il a été mis en place une
groupement intercommunal très important ( sept villages ), un atout de taille
pour la sensibilisation en développement. Enfin c'est sur demande de l'équipe
municipale de la place que l'opération a été réalisée.
LGDC : Des techniciens en
matière de prospection hydraulique séjournent actuellement dans la commune du Pimba-plateau. C'est encore une fois une initiative de la
diaspora, n'est-ce pas ?
D.N : L'initiative
revient à la diaspora de la région. Le ministère de l'agriculture s'y intéresse
surtout pour la dimension agropastorale en besoin hydraulique. C'est la commune
qui garantit la réussite du projet et nous appuyons la démarche dans la mesure
du possible.
LGDC : Vous avez en charge
le développement agricole, l'élevage et la pêche. Vous n'êtes pas gênés par le
fait que notre pays importe de Zanzibar et de Madagascar de la banane, des
tomates est d'autres produits agricoles alors que notre pays a de grandes potentialités en matière
d'agriculture ? Votre ministère a-t-il une un programme pour remédier à cette
situation ?
D.N : Nos priorités consistent
à promouvoir des services d'appui aux producteurs afin que le ministère joue le
rôle d'interface entre les secteurs publics et privés. Nous avons élaboré un
plan d'action basé sur une approche pragmatique. A partir de ce que nous
disposons en ressources humaines, matérielles et financières, nous allons
accompagner les producteurs par un minimum de service le plaçant ainsi en
véritable entrepreneur. Cet accompagnement comprend l'élaboration des projets,
la recherche des financements, l'amélioration de la commercialisation des
produits, la gestion de l'exploitation et l'organisation des filières par les
organisations professionnelles agricoles (OPA ). Il nous faut donc par des
financements extrabudgétaires, rénover et équiper les centres d'encadrement
agricole et assurer la formation des agents de terrain au niveau de chaque
région.
LGDC : Notre cocoteraie
est malade depuis des années et les Comores pour la première fois de son
histoire importent des noix de coco. Que font les autorités de ce pays pour
lutter contre ce fléau ?
D.N : Pour les cocotiers,
il s'agit de l'insecte appelé aleurode qui nécessite une lutte intense pour le
mettre hors d'état de nuire. Mais vu le système de culture qui domine dans
l'île, cultures associées et en étagères, la lutte chimique n'est pas
appropriée. En outre, cette forme de lutte est préjudiciable à l'environnement.
Il convient donc de mener une lutte biologique intégrée qui coûte très cher.
Les demandes de financements adressées aux bailleurs de fonds ne sont répondues
en partie que par l'Union européenne. C'est vraiment insuffisant. L'Agence Française pour le Développement (AFD)
a manifesté un intérêt qui reste à concrétiser. Dès que les moyens seront
disponibles, nous allons traiter les cocotiers atteints et/ou menacés et
renouveler la cocoteraie étant entendu que le complexe fumogène-aleurode
a provoqué une chute de plus de 60% de la production. Les bananiers sont
également attaqués par la circosporiose qui a fait
beaucoup de dégâts sur un produit tant prisé par les comoriens.
En fait, le gouvernement de l'île a demandé au
ministère de l'agriculture de déclencher un plan de lutte pour la protection
des végétaux, et nous sommes en phase d'entamer les essais préalables.
LGDC : Comme pour les cocotiers,
l’importation des boeufs pose de graves problèmes pour notre cheptel. Ceux
venant de la Tanzanie prticulièrement transportent
des maladies et représentent un danger réel pour la population. Que pouvez-vous
faire pour remédier cette situation?
D.N : Quand nous avons
pris connaissance de l'épizootie, nous avons fait appel à l'expertise de la FAO
qui a répondu rapidement et je rebondis sur l'opportunité pour remercier cette
organisation. Il s'agit, selon les études, d'une maladie appelée theillériose originaire de l'Afrique de l'Est. Les vache
importées de la Tanzanie sont, selon les relevées effectuées dans les parcs,
porteuses de cette maladie. Nous avons sensibilisé la population sur les
mesures de prophylaxie à prendre d'urgence. J'ai signé un arrêté d'interdiction
temporaire de l'importation des vaches de Tanzanie. Malheureusement, le
gouvernement de l'Union, qui a sous estimé les conséquences je ne sais pas si
c'est par ignorance ou mauvaise foi, a continué à délivrer les licences
d'importation au lieu de participer à la recherche d'autres solutions pour
approvisionner le pays en viande bovine par exemple. C'est le bétail local qui
a payé de sa vie, et c'est toute l'économie paysanne qui a pris un coup fatal.
LGDC : Quelles
perspectives en vue pour l'élevage ?
D.N : Nous avons conclu
des protocoles d'accord dans le cadre de la coopération décentralisée pour
relancer le secteur de l'élevage bovin et caprin, l'aviculture et la
pisciculture. C'est d'autant plus intéressant qu'il va falloir innover en
pratique agropastorale dans une dynamique de professionnalisation. C'est dans
cette optique là que j'ai accompagné le Président de l'île pendant sa dernière
mission à l'extérieur.
LGDC : Dans le cadre des
transferts des compétences, quelles sont les dispositions prises ( par votre
ministère ) pour faciliter cette nouvelle intégration ?
D.N: Ecoutez, le domaine
de l'agriculture comme ceux de l'environnement, du tourisme et de l'artisanat
ne souffrent d'aucune ambiguïté constitutionnelle. Cela relève de la compétence
de l'autorité de l'île qui légifère et gère les politiques de développement
bien sûr en conformité avec la loi cadre de l'Union. Nous avons pris les
dispositions nécessaires aussi bien au niveau réglementaire que technique pour
assumer la responsabilité qui nous incombe.
LGDC : l'article 13 de la
loi organique portant modalités d'application de l'article 9 stipule que les
infrastructures relevant de votre compétence vous seront restituées. Que
comptez-vous en faire ?
D.N : La loi que vous
citez confère effectivement à l'île toutes les infrastructures du domaine
agricole. En plus des infrastructures centrales, nous avons les anciens CADER devenus Centres d'Encadrement Agricole ( CEA ) qui
sont d'ailleurs dans un état de délabrement avancé, qu'il faudra réhabiliter et
leur donner vie. Il s'agit de Mawéni, Sembénoi, Dimadjou, Serehini, Simboussa et Sidjou. Nous avons aussi à mettre en valeur les terrains à
vocation agricole appartenant à l'Etat : Mvouni, Mawéni, Bandasamlini, Sangani, Djoha et uhunguni. C'est un vaste programme qui demande des moyens
financiers qu'il faudra trouver.
LGDC : vous venez de
recevoir une délégation des syndicats des pêcheurs de Ngazidja. Sur quoi ont
porté les discussions ?
D.N : Nous avons consolidé
le partenariat qui lie nos deux institutions et nous nous sommes mis d'accord
sur la tenue d'un atelier au cours duquel
nous allons harmoniser les actions à mener pour la valorisation du
métier de la pêche. C'était l'occasion de voir ensemble quelques questions
fondamentales comme la sécurité en mer, les conditions et les moyens d 'une
pêche raisonnée en amont et en aval et la nécessaire question de la protection
de l'écosystème marin et côtier. Tout cela doit être cadré dans un contexte
institutionnel bien intégré.
LGDC : Quelle vision
avez-vous du développement du secteur primaire qui continue d'occuper plus de
50% de la population active de l'île et
qui n'arrive pas à nourrir celle-ci ?
D.N: J'ai une vision
optimiste quand je pense aux potentialités que dispose notre Ile, à la volonté
du gouvernement de parvenir à une politique réussie de sécurité alimentaire et
d'amélioration de nos produits d'exportation et surtout quand je pense au
dynamisme et au talent de nos paysans et pêcheurs. Reste à souhaiter que nous
puissions prendre le train de la mondialisation en le chargeant de nos produits
spécifiques diversifiés tout en garantissant une consommation locale maîtrisée.
La démarche initiée et en cours de réalisation par le Président El-Bak d'une coopération décentralisée au service du
développement local, vient à point nommé pour consolider cette vision optimiste
du futur.
Propos recueillis
par SOA
''La propreté c'est la santé''.
Ce slogan est revenu une fois de plus avec
l'actuelle épidémie, d'actualité. Les deux week-ends passés, la Vice-présidence
de l'Union en charge des affaires sociales et le ministère de la santé de l'île
autonome de Ngazidja, appuyé par un comité initié par la jeune chambre
internationale des Comores, ont entrepris un nettoyage des différents points de la
capitale. Des tonnes de déchets ménagers et d'encombrants ont été ramassées.
Même si ici ou là des ordures ramassés attendent patiemment
leur tour. Mais comme toujours c'est le plus dur qui reste à faire, à savoir la
mise en œuvre de mécanismes devant déboucher sur une structure pérenne de
gestion des déchets dans la ville. La mairie constituée il y a un bout de
temps, demeure virtuelle aux yeux des habitants de la capitale. Aucune action
de visibilité n'est venue leur rappeler qu'une mairie existe. La jeune chambre,
qui a joué un rôle central dans le processus enclenché ne doit pas baisser les
bras devant l'ampleur de la tâche. Même s'il convient de rappeler dès à présent
les responsabilités des uns et des autres. Dans la grande majorité des pays, la
gestion des villes revient en premier aux structures décentralisées genre
mairie, communes, etc.…
Et à l'heure où la tendance est au financement
de ces structures par les bailleurs de fonds, nous nous trouvons face à une
pénurie de personnel formé pour les gérer. La décentralisation tant souhaitée
ne sera qu'un vœu pieux si les autorités insulaires ne s'attellent pas avec
rigueur à combler ce vide, si bien sûr, la création des communes viables
constitue véritablement une priorité.
Pour en revenir à la gestion des déchets, la
mise en place d'une décharge contrôlée se pose avec acuité. Des sites ont été
identifiés, mais il semble que l'on se heurte à une absence de volonté affirmée
dans les prises de décision. Or, si l'on continue d'avancer sans résoudre ce
problème, le risque est grand de voir la nappe phréatique polluée. Il ne faut
surtout pas oublier que la structure géologique récente de l'île laisse passer
l'eau assez facilement sur la bande côtière.
Les études pour la gestion des déchets
remplissent les tiroirs. Il serait temps de se mettre à l'ouvrage. A moins de
toujours jouer aux somnambules, jusqu'à la chute. Et bonjour les dégâts!
Hachime Abdérémane