UNIVERSITE KOFI ANNAN DE GUINEE (UKAG)

DROIT, SCIENCES ECONOMIQUES, SCIENCES DES GESTIONS, MIAGE

Année Universitaire 2002-2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mémoire pour l’obtention de la

 
MAITRISE

en

SCIENCES ECONOMIQUES

 

Par

 

Mohamed Nassurdine Ibrahim Ahamada

 

 

 

 

 

 

 

                                    

       

 

 

Table des matières

Dédicace……………………………………………………………………

2

Sigles et Abréviations……………………………………………………..

3

Avant-propos………………………………………………………………

5

Introduction………………………………………………………………..

6

 

PREMIERE PARTIE: PROFIL ET CAUSES DE LA PAUVRETE

 

 

Chapitre 1: Profil de la pauvreté…………………………………………             9

 

  

1.1. Evaluation monétaire de la pauvreté…………………………………

9

     

1.1.1. Méthode de collecte des données………………………………..

9

      

1.1.2. Elaboration  du profil de la pauvreté…………………………….

9

 

1.2. Identification géographique des pauvres…………………………….

10

 

1.3. Couverture sociale et filet traditionnel de sécurité…………………..

13

 

 Chapitre  2 : Causes de la pauvreté…………………………...…………          14

 

 

2.1. Faiblesse globale de l'économie……………………………………....

14

 

 

2.1.1. Baisse du PIB réel par habitant…………………………………...

14

 

 

2.1.2. La précarité de l'agriculture………………………………………

15

 

 

 

2.1.2.1. Produits d'exportation………………………………………...

15

 

 

 

2.1.2.2. Les produits vivriers………………………………………….

18

 

 

 

2.1.2.3. Pêche et élevage………………………………………………

18

 

 

2.1.3. Paralysie de l'industrie……………………………………………

18

 

 

2.1.4. Secteur tertiaire…………………………………………………..

19

 

2.2. Causes socio-politiques…………………………………………..…..

19

 

 

2.2.1. Augmentation de la population………………………………...…

19

 

 

 

2.2.1.1. Exiguïté du pays par rapport à la population…………………

19

 

 

 

2.2.1.2. Explosion démographique……………………………………

20

 

 

2.2.2. L'impact  de la tradition sur la pauvreté………………………….

20

 

 

2.2.3. Instabilité politique……………………………………………….

22

 

 

2.2.4 Le poids de l'Union des Comores sur l'économie comorienne……

23

 

2.3. La dévaluation de 1994; catalyseur de la pauvreté aux Comores……

24

 

DEUXIEME PARTIE: LES MESURES DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETE

 

Chapitre 3 : Revue des stratégies passées   …………………….……..           27

 

3.1. Cadre macroéconomique………………………………..……………

27

 

3.2. Appui au secteur privé………………………………………………..

28

 

 

3.2.1. Moyens institutionnels mis en œuvre…………………………….

28

 

 

3.2.2. Moyens financiers utilisés………………………………………..

29

 

 

 

3.2.2.1. Sources traditionnelles……………………………………….

29

 

 

 

3.2.2.2. Sources modernes……………………………………………

31

 

 

3.2.3. Revenu des Comoriens de l'étranger…………………………….

33

 

 

3.2.4. Apport du secteur informel……………………………………….

34

 

3.3. Politiques sociales et lutte contre la pauvreté………………………...

35

 

 

3.3.1. Politique éducative……………………………………………….

35

 

 

3.3.2. Politique sanitaire………………………………………………...

36

 

 

3.3.3. Contradictions de l'évolution de la fécondité ………..…………..

35

 

Chapitre 4 : Nouvelles opportunités de croissance…………   …………           38

 

 

4.1. Appuyer les secteurs porteurs de croissance………………………….

38

 

 

4.1.1. Intervention en milieu rural………………………………………

39

 

 

 

4.1.1.1. Agriculture……………………………………………………

39

 

 

 

4.1.1.2. Améliorer la pêche……………………………………………

41

 

 

4.1.2. Création d'un port franc…………………………………………..

41

 

 

4.1.3. Les micro-crédits et l'émergence des PME/PMI…………………

42

 

 

4.1.4. Améliorer le domaine touristique………………………………...

43

 

 

4.1.5. Dynamisme culturel………………………………………………

44

 

4.2. Fournir des infrastructures et services de base……………………….

45

 

 

4.2.1. Améliorer l'adduction de l'eau potable…………………………...

45

 

 

4.2.2. L'électricité; outil de développement…………………………….

45

 

 

4.2.3. Postes et télécommunications……………………………………

46

 

 

4.2.4. Protéger le capital naturel………………………………………..

48

 

 

4.2.5. Améliorer le domaine social……………………………………..

48

 

 

 

4.2.5.1. Amélioration de capacités humaines …  …………………….

49

 

 

 

4.2.4.2. Domaine sanitaire ……………………………………………

50

 

 

 

4.2.4.3. Planning familial……………………………………………..

50

 

 

4.2.6. Assurer la paix et la sécurité……………………………………..

51

 

 

4.2.7. Bonne gouvernance et développement économique aux Comores

51

 

4.3. Moyens financiers mis en œuvre……………………………………..

52

 

 

4.3.1. Evaluation des flux d'épargne disponible………………………...

52

 

 

 

4.3.1.1. Mobilisation de l'épargne interne…………………………….

52

 

 

 

4.3.1.2. Evaluation de transferts de fonds…………………………….

52

 

 

4.3.2. Politique Budgétaire et lutte contre la pauvreté………………….

53

 

 

4.3.3. Allégement de la dette ……………………...……………………

53

Conclusion……...…………………………………………………………..

55

Annexes……..………………………………………………………………

55

Bibliographie générale……………………………………………………

61

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

DEDICACE

 

Ce travail est dédié à :

 

-         Dieu Allah le tout puissant de m’avoir crée et me donné le courage et la chance de terminer le deuxième cycle universitaire.

 

-         Notre cher père feu Ibrahim Ahamada, que ce mémoire lui soit une prière le conduisant au chemin droit.

 

-         Notre chère mère Madame Ladhati Issa pour son éducation et son amour.

 

-         Notre chère maîtresse d’école coranique Mme. Andhoimati Mikidad

 

-         Nos frères et sœurs ;

M. Mohamed Chami Ahamed

Mme. Chamsia Ahamed

M. Aboubacar Ahamed

Mme. Mariama Ibrahim

M. Youssouf Ibrahim

M. Mahamoud Ibrahim

M. Dahalane Ibrahim

M. Abdoul-Razak Ibrahim

 

 

-         Nos cousins et cousines, mes nièces et neveux ;

 

-         Parents d’accueil en Guinée Mme Néné Fatoumata BAH, Mr. DIALLO Younoussa et Mme. Néné Oumou BARRY ;

 

-         Enfin à toute la première promotion de Droit, Economie et Gestion de l’Université Kofi Annan de Guinée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sigles et Abréviations 

 

AFD :

Agence Française de Développement

AMIE :

Appui à la Micro Entreprise

BCC :

BDC :

Banque Centrale des Comores

Banque de Développement des Comores

BEAC :

Banque Centrale des Etats d'Afrique Centrale

BECEAO :

Banque Centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest

BIAO :

Banque Internationale pour l'Afrique de l'Ouest

BIC :

Banque pour l'Industrie et le Commerce

BIT :

Bureau International de Travail

BNP :

Banque Nationale de Paris

CCIAC :

CEEC :

Chambre de Commerce, d'Industrie et d'Agriculture des Comores

Compagnie d’Eau et Electricité des Comores

CEMAC :

Communauté Economique  et Monétaire de l'Afrique Centrale

CFA :

Communauté Financière Africaine

CNE :

Caisse Nationale d'Epargne

COI :

Commission de l'Océan Indien

COMESA :

Marché Commun des Etats d'Afrique de l’Est et Australe

DID :

Développement International Desjardins

DSCRP:   

Document Stratégique de Croissance et de Réduction de la Pauvreté

EEDC :

Electricité et Eau Des Comores

FADC:   

Fonds d'Appui au Développement Communautaire

FARSP :

Fonds d'Assistance au Secteur Privé

FC :

Francs Comoriens

FIDA: 

Fonds International de Développement Agricole

FMI :

Fonds Monétaire International

FNG :

Fonds National de Garantie

FNUAP :

FRF :

Fonds des Nations Unies pour la Population  

Francs Français

IDH :

INSEE :

Indicateur de Développement Humain

Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques

ONG :

Organisation Non Gouvernementale

ONU :

Organisation des Nations Unies

OUA :

Organisation de l'Unité Africaine

PAS :

Programme d'Ajustement Structurel

PIB :

Produit Intérieur Brut

PME :

Petites et Moyennes Entreprises

PNAC :

Pharmacie Nationale des Comores

PNB :

Produit National Brut

PNUD :    

Programme de Nations Unies pour le Développement

PPTE :

RFIC :

Pays Pauvres Très Endettés

République Fédérale Islamique des Comores

SARL :

SCH :

Société à Responsabilité Limitée

Société Comorienne des Hydrocarbures

SNPT :

Société Nationale des Postes et des Télécommunications

SOCOPOTRAM :

Société Comorienne des Ports et des Transports Maritimes

UEMOA :

Union Economique Monétaire Ouest Africaine

USD :

Dollars Américain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AVANT PROPOS

 

Ce travail de mémoire est destiné non seulement aux étudiants de pays en développement en général, mais aussi et surtout à ceux de la Guinée et des Îles Comores en particulier, et enfin aux  autorités comoriennes.

 

Tous les pays du monde ont un seul mot d’ordre : améliorer le bien-être de la population et réduire au maximum les inégalités sociales.

 

Il est nécessaire de remarquer que la plupart des pays indépendants du Tiers monde n’ont pas réussi à amorcer jusqu’à présent leur développement économique, malgré les importantes aides reçues de la part de la communauté internationale. C’est cette optique qui nous a guidé et qui explique le choix du sujet.

 

Ce présent mémoire se compose de II parties dont IV chapitres, se propose d’étudier la pauvreté aux Comores, un archipel de l’Océan Indien.

 

Nous remercions vivement tous ceux qui ont participé à sa réalisation :

 

-         Notre dévoué directeur de mémoire Dr. BAYO Abdoul-Karim pour sa contribution incontestable sur le fond et la forme de ce mémoire, en qualité de directeur du thème.

-         A notre cher grand frère M. Mouhamed CHAMI Ahmed, merci pour tous ceux que vous nous avez fait pour notre réussite. Les mots nous manquent pour exprimer notre profonde gratitude.

-         A notre chère future épouse Mlle BARRY Fatoumata Lamarana diplômée de maîtrise en gestion Université Kofi Annan, pour son soutien moral, matériel et financier qui nous a toujours témoigné durant tout notre cycle universitaire.

-         A nos amis fidèles Ali M’Kouboi Ali, Adallah Hadji Achirafi et Ben-Omar Attoumane Tara pour leur disponibilité.

-         A nos collaborateurs Dr Makanera Al-Hassan Doyen de la Faculté de Droit à l’Université Kofi Annan et Dr. DIALLO Thierno Ibrahima Professeur de Statistique à l’Université Kofi Annan et Directeur Technique à l’UGAR, pour leur franche collaboration.

-         A l’équipe de la comptabilité de l’EDG pour leur disponibilité et ouverture d’esprit.

-         A nos frères et sœurs comoriens en Guinée et au peuple guinéen.

-         Enfin à tous ceux qui de près ou de loin ont contribué à notre formation.

 

Puisse ce mémoire aider à inspirer nos lecteurs à prendre les meilleures décisions de lutte contre la pauvreté à chaque instant et en toutes circonstances. 

 

 

 

 

                                                                      Le Candidat

 

 
INTRODUCTION

 

Les Comores sont un archipel peu étendu, constitué de  quatre (4) îles volcaniques occupant une superficie de quelques 2236 km², situées au sud-ouest de l’Océan Indien, à l’entrée du canal de Mozambique entre la côte Est-africaine et le nord-ouest de Madagascar.
 
Selon les estimations actuelles, la population du pays est de 652000 habitants. Les Comores sont membre de la commission de l’Océan indien (COI), de la zone monétaire (Zone franc), de la zone d’échanges préférentiels groupant des Etats de l’Afrique Australe et de l’Océan indien (Le marché commun des Etats d’Afrique de l’Est et Australe COMESA).
 
 Dépourvues de richesses naturelles particulières (Or, pétrole, bauxite, aluminium…) et surpeuplées (densité moyenne de 306 habitants par Km2 en 2002), les Comores font partie des pays les moins avancés avec un PIB par tête inférieur à 500$ (le PIB par tête est de 371$ estimation de 2002). La croissance économique était de 2,5% du PIB en  2002[1].

 

Les îles sont : Grande-Comore, Mohéli, Anjouan et Mayotte (Mayotte est encore sous l’administration française).

 

Le climat de l’archipel des Comores est de type tropical humide avec :

-         une saison chaude et humide de novembre-mai ;

-         une saison fraîche et sèche de juin en octobre.

La température moyenne est de 25°C.

 

Les îles de la lune (Djazär Al Qamar) pour les géographes arabes du Moyen Age, les Comores avant le XVème siècle ont été habitées par des animistes bantous venant d’Afrique de l’Est. Entre XVème et XIXème siècle, l’archipel est émergé en une multitude de sultanats fortement marqués par une civilisation arabo-persique (instauration de l’Islam).

 

A la fin de XIXème siècle, les Comores sont passées sous le régime de protectorat français, en 1822 la France affirme sa présence aux Comores (annexion de l’Île de Mayotte). Elles sont proclamées colonie française en 1912 et rattachées au gouvernement de Madagascar en 1914. En 1956, l’archipel, séparé de Madagascar, devient territoire d’Outre-Mer. Il obtient en 1961 une autonomie interne.

 

Les Comores accèdent à l’indépendance le 6 juillet 1975, dirigées par le Président Ahamed Abdallah Abderhmane, à l’exception de l’île de Mayotte qui demeure dans la République française en tant que collectivité territoriale à statut particulier. La République Fédérale Islamique des Comores fut instituée en 1978.

 

Ainsi se sont succédés à la tête de l’Etat, Ahamed Abdallah le 6 juillet 1975, Ali Soilihi le 3 août  1975, Ahamed Abdallah 21 mai 1978, Saïd Mohamed Djohar en 1989, Mohamed Taki  en 1995, Azali Assoumani en 1998. Depuis 1975, les Comores ont toujours été en rupture constitutionnelle et toutes les tentatives de reformes auraient échoué. Des textes constitutionnels taillés à l’image de leurs acteurs qualifiés  d’incapables, sont en permanence violés par celui qui est aux commandes de l’Etat.

 

En  1997, avènement d’une crise séparatiste, Anjouan souhaite d’abord retourner à la France avant de vouloir son autonomie. Un accord de réconciliation a été signé le 17 février 2001 entre les différentes parties et créant de nouvelles Comores portant le nom de l’UNION DES COMORES consacrant à la fois l’unité, l’intégrité et une large autonomie aux îles.

 

Depuis l’indépendance, les Comores ont toujours  été tributaires de l’aide au développement sur le plan bilatéral et multilatéral. Au côté, les subventions non remboursables de la part de la communauté internationale à l’Etat comorien représentent près de la moitié des recettes de l’Etat (voir annexes). Cependant, cette aide n’a pas été utilisée à bon escient et n’a pas contribué au développement socioéconomique du pays. Bien au contraire, l’endettement s’est accru et s’élève de nos jours à plus de 100 millions de dollars[2] (soit 100 milliards de francs comoriens FC) c’est-à-dire un montant presque égal au PIB.

 

Cependant, la population s’appauvrit de jour en jour, si l’on se réfère à l’évolution du PIB réel par tête d’habitant. Celui-ci continu de baisser de façon régulière depuis 1985 de l’ordre de 1 à 2% par an et se situe, aujourd’hui au près de 26% de son niveau de 1985, ce qui a ramené le niveau de vie de la population à un niveau équivalent à celui de 1975 c’est-à-dire au moment de l’indépendance.

Malgré une importante aide de l’ordre de 100$[3] en moyenne par habitant et par an sur la période 1980-1999, la croissance économique est restée sensiblement en deçà de l’accroissement de la population (1,2% contre 2,7% par an). Une situation qui se traduit, au niveau micro-économique, par une montée régulière de la pauvreté.

Selon une enquête réalisée par le gouvernement comorien et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) sur la consommation des ménages de 1995, les résultats de l’étude confirment cette détérioration du niveau de vie et l’on estime à 51% le nombre des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté[4].

La pauvreté est devenue une préoccupation très importante aux Comores, en plus des dimensions macro-économiques et du maintien des équilibres budgétaires puisqu’elle est en partie la genèse des turbulences d’ordre politique et des crises séparatistes qui remettent en cause les fondements de la nation depuis 1997.

C’est ce qui nous conduit à nous poser les questions suivantes : Quelles sont les causes de la pauvreté ? Quelles sont les mesures de lutte contre la pauvreté aux Comores ?

Dans le souci d’apporter notre modeste contribution à la lutte contre la pauvreté et à un développement durable du pays, nous présentons notre plan en deux parties. La première partie portera sur le profil et les causes de la pauvreté et la deuxième partie traitera les mesures de lutte contre la pauvreté aux Comores.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Première  partie : 

PROFIL ET CAUSES  DE LA PAUVRETE

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


CHAPITRE 1 :  PROFIL DE LA PAUVRETE

 

1.1. EVALUATION MONETAIRE DE LA PAUVRETE

 

Aux Comores, la première enquête réalisée  auprès des ménages date de 1966 par l’INSEE, puis en 1980 et 1991. Ces études n’ont pas permis de déterminer avec certitude le seuil de la pauvreté.

 

C’est en 1995, sur un financement du gouvernement comorien à travers un prêt du MERCAP (Macro-Economic Reform and Capacity Building Adjustment Program) de la Banque Mondiale et avec l’assistance du PNUD, qu’une enquête exploratoire dite budget-consommation a été réalisée sur les trois îles de l’archipel formant la République Fédérale Islamique des Comores.

 

La question essentielle était de savoir comment mettre en place un certain nombre de réformes dans des conditions difficiles et en même temps empêcher une nouvelle dégradation de la pauvreté.

 

1.1.1.      La méthode de collecte des données

 

L’enquête par sondage “ budget - consommation ” réalisée en 1995 a porté sur un échantillon de plus de 2000 ménages sélectionnés. Trois strates ont été retenues : la capitale Moroni, les autres villes et le milieu rural. Sur la base de ces critères, 996 ménages ont été sélectionnés en Grande-Comore, 864 à Anjouan et 144 à Mohéli, ce qui a conduit à un échantillon de 2004 ménages. L’enquête était constituée de 900 questions basées sur le niveau de vie des ménages (voir annexes).

 

1.1.2.      Elaboration du profil de pauvreté 

 

Le calcul est fait à partir du seuil de survie alimentaire, déterminé par l’achat de 2400 calories de riz par personne soit 343 FC par jour et d'un supplément des besoins essentiels estimé en moyenne à 25% de la dépense totale qui est, le seuil de survie non alimentaire.

 

L’on a obtenu qu’il faut un minimum de 457 Francs comoriens (FC) soit un peu plus de 1$ USD pour subvenir aux besoins d’un adulte par jour soit 167.000 francs comoriens (FC) par an, l'équivalent de 446 $ USD comme seuil de pauvreté absolue. Ainsi, l’analyse de la consommation totale par habitant montre que 36.700 ménages représentant 254.000 personnes (soit environ 50,6% de la population) ont une consommation inférieure au seuil de pauvreté absolue.

 

 

 

 

 

 

Tableau 1 : Classement de niveau de vie par consommation

 

Catégories de ménages
Niveau moyen de dépenses de consommation en FC/an

Les plus riches

337.859

Les riches

204.557

Les personnes à revenus moyens

153.105

Les pauvres

101.178

Les plus pauvres

  51.198

 

Source : PNUD et Gouvernement comorien “ Développement Humain Durable et Elimination de la Pauvreté Eléments pour une stratégie Nationale ”, 1997, Editions Frison Roche, Paris

 

Le classement des ménages en catégories socio-économiques homogènes selon une répartition par cinq groupes et par ordre décroissant de dépenses de consommation (tableau 1) permet de connaître l’écart de niveau de vie entre riches et pauvres. Ainsi en considérant le dernier groupe comme étant le seuil de pauvreté relative caractérisant les 20% des ménages les plus pauvres, l'on observe que le niveau moyen de consommation des comoriens les plus riches est six fois plus élevé que celui des 20% les plus pauvres. Nous pouvons dire que la plus grande partie du patrimoine appartient aux mains d'un petit nombre de familles.

 

1.2.  IDENTIFICATION  GEOGRAPHIQUE DES PAUVRES

 

La pauvreté est présente, à des degrés divers, dans toutes les îles (tableau 2) et d'une manière très contrastée d'un milieu à un autre. Elle sévit plus particulièrement dans le milieu rural avec une incidence de près de 55% où les ménages, sont généralement tributaires d'une seule activité (agriculture).

 

Néanmoins, la pauvreté affecte moins les ménages qui se consacrent à la polyculture, à l'élevage, à la pêche et aux activités de commercialisation. Les paysans sans terre ou les métayers représentant 20% des ménages selon le recensement de 1991, forment la couche de la population la plus vulnérable des Comores. Ils se trouvent principalement à Anjouan et parmi les immigrants installés à l’île de Mohéli.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau 2 : Incidence de la pauvreté sur la population

 

 

Moroni

Milieu urbain

Milieu rural

Ensemble

Grande Comore

incidence

10,9%

38,6%

46,1%

41,1%

Nombre de pauvres

3 713

4 068

97 920

105 701

Population

34 168

10 546

212 471

257 185

Anjouan

Incidence

 

51,1%

67,3%

62,1%

Nombre de pauvres

 

33 931

95 234

129 165

Population

 

66 400

141 528

207 928

Mohéli

Incidence

 

32,9%

59,1%

52%

Nombre de pauvres

 

3279

15 958

19237

Population

 

9 954

27 018

369 722

RFIC

Incidence

10,9%

47,5%

54,8 %

50,6%

Nombre de pauvres

3 713

41 278

209 112

254 103

Population

34 168

86 900

381 017

502 085

 

Source : Développement humain durable et élimination de la pauvreté : éléments pour une stratégie nationale, 1997, PNUD, Moroni.

 

L’incidence de la pauvreté est représentée par le pourcentage (%) de pauvres dans la population de la case correspondante et par le nombre absolu de pauvres au seuil de pauvreté de 167.000 FC par an. L’effectif de la population cible est de 502.085 habitants (données d’août 1995).

 

Anjouan, avec une population estimée à 237.328 habitants en 2002 et une densité de 559,7hab/km2, est l'Île la plus pauvre avec un faible niveau de développement humain. Elle se caractérise par une forte densité de la population, une forte incidence de la pauvreté et un taux de fécondité élevé.

 

Ces observations sont confirmées par des enquêtes localisées qui ont également mis en évidence un taux élevé de malnutrition chez les enfants[5]. Les problèmes environnementaux sont particulièrement sévères par suite d’érosion des bassins versants en plus des problèmes d’alimentation en eau potable.

 

Grande-Comore, avec près de 290140 habitants (252,7hab/km2) est l’Île la plus riche. Elle bénéficie plus de l’appui du secteur public, des secteurs formels et non formels. Les transferts de fonds de la forte communauté émigrée résidant en France principalement contribuent à l’enrichissement de cette partie de l’archipel[6].

 

Mohéli, peuplée de 30644 habitants (105,6hab/km2), possède des avoirs ruraux et fonciers par habitant les plus élevés. Elle reçoit plus un flux migratoire important en provenance des autres îles (Grande-Comore et Anjouan).

 

Ces différences de niveau de développement humain se confirment également par les indicateurs socio-économiques sélectionnés par îles (tableau 3).

 

 

Tableau 3 : Données économiques et sociales

Eléments

Grande-Comore

Anjouan

Mohéli

Comores

Densité hab/km2 (2001)

252,7

559,7

105,6

306

Production d’énergie électrique Mkwh  (2002)

26,41

1,52

0,5

28,43

Terres cultivées par rapport au potentiel (%) 2002

 

70

 

90 

 

70

 

76,6

Répartition des terres cultivables par habitant (hectare)

0,38

0,25

 

1

0,54

Santé

Taux de mortalité infantile (‰) 2001

 

 

 

 

84

Espérance de vie  (2001)

 

 

 

 

59

Accès à l'eau potable (%) 1998

43

81,5

71

65,16

Nombre d'habitants/ lit d'hôpital (1991)

557

513

280

450

Education

Taux de scolarisation (%) 2002

-

-

-

60

Taux d'alphabétisation (%) 2001

68,7

42,23

86,8

65,91

Taux brut de scolarisation primaire (%) 1999

99,6

70,6

99,9

90

(%) des jeunes filles dans l'enseignement primaire 1995

47

45

46

46

Travail

Population active (%) 1997

27

29

28

28

Développement

Indice de développement humain (%) 2001

0,519

0,369

0,426

0,438

Taux d’accroissement annuel de la population (%) 2002

2,2

3

3,6

2,7

Taux de pauvreté (consommation<446$) 1995

41

62,1

52

50,6

Répartition pauvreté :

- en milieu rural (%)

46,1

67,3

59,1

54,8

- en milieu urbain (%)

38,6

51,1

32,9

47,5

Source:  Recensement 1991, Gouvernement des Comores ; Statistique du, MinIstère de l'éducation, 1996,  Projet FNUAP/BIT/COI/95/p02/UPP – août 1997, Banque mondiale 2001 et Profil Environnement de l’Union des Comores 2002.

 

Ces indicateurs du tableau 3 confirment les disparités socio-économiques inter-îles en plus des indicateurs de base permettant de cerner la pauvreté. L'indicateur de développement humain (IDH) calculé et publié dans les rapports annuels du PNUD, traduit un faible niveau de développement humain et classe en 2001 les Comores au 124ème rang mondial sur un classement de 162[7] pays. Les données du tableau 3 montrent la disparité des différents niveaux de développement humain entre les Îles et confirment à nouveau le décalage entre Anjouan et les deux autres Îles.

 

Ces indicateurs de la pauvreté, bien qu'elles mettent en valeur une dimension importante de la pauvreté, ne suffisent pas pour avoir la mesure exacte de celle-ci dans toutes ses dimensions aux Comores. On peut affirmer avec certitude qu’à partir de l'évaluation monétaire de la pauvreté et de la faiblesse du revenu par habitant, que le phénomène de pauvreté est de plus en plus aigu aux Comores. D’un autre côté, il ressort de l'évaluation qualitative que les manifestations extrêmes de pauvreté (sans-abri, famine) sont très rares. Cela est dû à la forte cohésion sociale.

 

1.3. COUVERTURE SOCIALE ET FILET TRADITIONNEL DE SECURITE

 

L’aboutissement des analyses précédentes conduit à intégrer la structure sociale dans l'évaluation de la pauvreté telle qu’elle se pose aujourd’hui. En effet, un certain nombre d'éléments se conjuguent au sein de la société comorienne pour protéger les plus pauvres et les plus vulnérables de ses membres. Nous avons :

-         La Famille : étant donné le mode d'héritage matrilinéaire et les responsabilités assumées par les femmes, la protection du bien être de la famille incombe à ces dernières. Les membres de la famille en situation de besoin ont le droit de demander secours à leurs parents qui sont obligés d’y répondre ; un système particulièrement efficace pour protéger les mères célibataires et d’une manière générale les femmes non mariées en situation d'extrême pauvreté.

-         Le village : des liens étroits existent, soutenus par les institutions religieuses. Ici les rôles familiaux traditionnels et l'interdépendance habituelle aux communautés sont de rigueur. Ces liens se resserrent surtout entre les membres du village à l'étranger ; et les envois de fonds constituent une source très importante d’investissement et de sécurité alimentaire. Ces fonds sont destinés non seulement à la famille de l'émigré, mais souvent aussi à la collectivité villageoise (associations religieuses et comité de développement religieux).

 

Le système de valeurs traditionnelles aux Comores constitue, un filet de sécurité traditionnel pour protéger les plus pauvres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE 2 : CAUSES DE LA PAUVRETE

 

Les causes de la montée de la pauvreté aux Comores sont de trois ordres au moins.

 

La première, est structurelle et de long terme, résulte de la faiblesse de la production intérieure, liée à la stratégie de développement adoptée depuis l'indépendance.

 

La deuxième est socio-politique (explosion démographique, influence de la tradition, instabilité politique, etc.).

 

La troisième est de nature conjoncturelle, elle provient de phénomènes exogènes comme la chute du cours des produits d’exportation, des mesures d’ajustement interne comme la réforme administrative mais surtout de la dévaluation du franc comorien par rapport au franc français de 1994, qui a entraîné une baisse du niveau du revenu relatif de ceux qui n’ont aucun lien avec l’extérieur, soit par l'exportation ou par les transferts de fonds importants de la diaspora comorienne.

 

2.1. FAIBLESSE GLOBALE DE L’ECONOMIE

 

Les Comores ont été inscrites en 1976 sur la liste des pays les moins avancés devant bénéficier en priorité de l’assistance du système des Nations Unies[8]. En effet, dépourvu de richesses minières, pénalisé par une inflation démographique excessive, l’archipel est sérieusement handicapé par l’isolement (les communications étant difficiles, donc coûteuses entre les îles mais aussi avec le reste du monde).

 

 

 

Source : Agenda des Comores 2002

 

2.1.1. BAISSE DU PIB REEL PAR HABITANT

 

Le PIB réel par tête est inférieur à 500$. Près de 40% du PIB proviennent de l’agriculture, alors que le secteur industriel qui comporte pourtant la transformation des produits agricoles ne dépasse pas 11% ; le commerce et le transport qui regroupent près de 15% de la population active représentent 49% du PIB. Compte tenu des aides extérieures, des envois de fonds par les comoriens travaillant à l’étranger, le produit national brut (PNB) est sans doute un peu plus élevé par rapport au PIB.

 

Depuis 1985, l’accroissement de la richesse globale des Comores exprimée par le montant du PIB demeure trop faible pour répondre à l’augmentation de la population en croissance régulière. La croissance moyenne du PIB est estimée à 5,3% par an. Cependant, en termes réels, pour tenir compte d’une inflation moyenne de 4%, étant donné que le taux d’accroissement de la population est de près 3% par an, cela représente une baisse régulière du PIB réel par tête de 1 à 2% par an.

   

Les théories du sous-développement distinguent souvent un secteur traditionnel et un secteur moderne. La cassure entre ces deux économies est particulièrement nette aux Comores, mais le secteur moderne semble être surtout caractérisé par son obsolescence.       

 

2.1.2. LA PRECARITE DE L’AGRICULTURE

 

Elle occupe la plus grande majorité de la population active c’est-à-dire qu’elle emploie 80%, mais elle reste peu productive car elle ne contribue qu’à 40% du Produit Intérieur Brut (PIB). L’agriculture reste, en effet, très primitive ; les paysans utilisent encore souvent le croc (mbaya)[9], outil préhistorique. L’usage d’outils plus commodes (binettes, houes) ne se développe que depuis quelques années.

 

Cette agriculture, surtout pratiquée dans les zones proches des villes, est encore freinée par un métayage qui n’émerge que lentement de l’esclavage (le métayer ne reçoit pas toujours une part définie de la récolte, son maître ne lui laissant que ce qu’il juge nécessaire à sa subsistance).

 

Dans les hauts plateaux, les paysans sont souvent propriétaires de leurs parcelles. Mais celles-ci sont fréquemment éparpillées à une grande distance les unes des autres et leur superficie totale dépasse rarement un hectare.

 

Ce secteur présente une structure dualiste : une production destinée à l’exportation c’est-à-dire produit de rente et une agriculture de subsistance (production vivrière).

 

2.1.2.1. Produits d’exportation 

 

La production destinée à l’exportation est limitée à un petit nombre de cultures de spéculation. Les principaux produits d’exportations sont : la Vanille, le Girofle et l’Ylang-Ylang.

 

§         La Vanille 

 

Elle est d’origine mexicaine, les Aztèques l’appelaient « TLILXOCIL » (fleur noire), par allusion à sa couleur du fruit séché. La gousse de vanille est le fruit d’une orchidée. Sur 20.000 variétés d’orchidées existantes, la vanille est la seule à produire un fruit comestible[10]. Elle sert à aromatiser les chocolats, les boissons, du tabac, des parfums, des crèmes et toutes sortes de cuisines.

 

Cependant, ce n’est qu’au début de XIXème siècle que le vannier a été importé en Europe pour y être cultivé, puis voyage de l’Europe pour l’Océan Indien.

 

Aujourd’hui, l’archipel est le deuxième exportateur mondial derrière l’île voisine, Madagascar. La culture et la commercialisation de ce produit rythment, dans une large mesure, la vie économique du pays. Aujourd’hui, la vanille se heurte à plusieurs concurrents, notamment l’île de Madagascar et l’Indonésie. Cette concurrence est manifestée suite au remplacement de la vanille de synthèse qui coûte beaucoup moins cher.

 

En terme de production, les données s’établissent  à 130 tonnes en 1996, 150 tonnes  en 1997 et 180 tonnes en 1998. Le vieillissement des lianes, leur non-renouvellement consécutif à cause de la baisse tendancielle du prix d’achat au producteur, sur le marché mondial, auraient entraîné une baisse de la production jusqu’à 134 tonnes en 1999. Ce fléchissement de la production se confirme en tendance à la baisse pour l’année 2000 puisque la barre de 130 tonnes n’a pas pu être affranchie. Et ce malgré la reprise des cours à la suite des catastrophes naturelles qui ont secoué Madagascar qu’a ravagé près de 40% de culture de ce pays concurrent.

                      

 Source : Agenda des Comores 2002 : ECONOMIE : Produits d’Exportation : la Vanille.

 

§         Ylang-ylang 

 

Traduit comme fleur des fleurs en langue malaise, l’ylang-ylang  est un arbre tropical à fleur mauve ou jaune, atteignant jusqu’à 25 pieds. Il est originaire des îles de l’Océan Indien (Madagascar, Comores, la Réunion et Indonésie.).

 

Très longtemps, les Philippins avaient l’habitude d’utiliser les fleurs pour faire une pommade qu’ils massaient sur leur corps pour écarter des maladies pendant la saison des pluies, et surtout un anti-venin pour les patients mordus par un serpent.

 

Aux Comores, pendant les mariages, les femmes utilisaient les fleurs pour décorer leur tête, mais ces fleurs étaient surtout rependues sur le lit du couple comme aphrodisiaque.

 

Aujourd’hui ce produit est utilisé dans beaucoup de domaines notamment à la pharmacie dans le cadre de :

-         traitement des difficultés sexuelles et des problèmes digestifs ;

-         soulagement des muscles tendus et les palpitations ;

-         traitement de malaria et d’autres fièvres tropicales ;

-         antidépresseur ;

-         de la beauté (crème de la peau et tonique des cheveux).

 

On utilise également la fleur à la parfumerie pour fabriquer des  parfums de luxe, mais aussi à la savonnerie. 

 

Les Comores se placent au premier rang mondial pour la production d’ylang-ylang devant Madagascar et les îles de l’Océanie. Cependant, le développement de la production est freiné par le vieillissement des plantations qui datent de la colonisation.

 

La production est essentiellement réalisée sur l’Île d’Anjouan. La crise séparatiste au niveau de cette Île a freiné les exportations en 1999, puisque le cordon douanier n’a enregistré que 10 tonnes à l’exportation.

 

    

Source : Agenda des Comores 2002 : ECONOMIE,  Produits d’Exportation, L’Ylang-ylang.

 

§         Le Girofle 

 

Bouton desséché des fleurs de giroflier dit aussi « clou de girofle » utilisé comme condiment. Le giroflier est un arbre d’origine indonésienne à feuillage persistant, pouvant atteindre 12 à 15 mètres de hauteur. Les clous de girofle servent d’aromates dans l’alimentation d’un grand nombre de pays. On cultive également le giroflier pour ses feuilles dont on extrait une essence très riche en eugénol. Ce dernier sert à fabriquer de la vanille artificielle.

 

Les essences de clous, de feuilles et des branches du giroflier servent également en pharmacie pour la préparation de divers médicaments, en parfumerie, en savonnerie, la préparation de dentifrices, préparation de certaines peintures et de vernis, en chirurgie (propriétés bactéricides et anesthésiant), en droguerie etc.

 

Cependant, la récolte de ce produit a une potentialité de 2000 tonnes par an. Le marché de Girofle est très instable à cause de ses multiples concurrents de l’Océan Indien, notamment  l’archipel de l’Indonésie, la grande  Île malgache et l’Île de la Réunion.

 

La baisse tendancielle du prix d’achat au producteur a entraîné une baisse de production ; et les paysans ont été contraints d’abandonner cette production en faveur d’autres productions plus rentables. Le prix, après avoir été sur l’intervalle de 150 à 250 FC le kilogramme soit une valeur de 2 à 3,33 francs français avant l’année 1997 a atteint des sommets de flambée de 1750 FC à 2000 FC le kilogramme, en faveur de la baisse de la production indonésienne suite à un incendie qui a ravagé toutes les plantations de girofliers en l’an 2002. 

 

§         Autres produits d’exportation 

 

Par suite de l’effondrement des cours de l’huile de coprah, très concurrencée par les huiles palmistes, les exportations ont pratiquement cessé. Les exportations des autres « essences » aromatiques (basilique, jasmin et la rose) ont poursuivi leur évolution à la baisse par suite de la concurrence des producteurs asiatiques (Thaïlande, Vietnam, Indonésie), mais surtout en raison des problèmes politiques consécutifs et la crise séparatiste des autres Îles (Anjouan et Mohéli).

 

2.1.2.2. Les produits vivriers 

 

Pour la production vivrière, bien qu’il y ait eu des progrès, la quantité produite reste très insuffisante pour nourrir l’ensemble de la population. Cette production est constituée généralement de la banane, manioc, fruit à pin, des légumes, etc. la commercialisation des ces produits au sein des Îles se heurte au manque d’équipement de conservation (hangars et d’autres lieux de stocks). Il est très difficile d’estimer cette production puisqu’elle est essentiellement auto-consommée.

 

En raison de la pression de la demande intérieure et de l’insuffisance de la production domestique, l’inflation  reste toujours élevée, comme l’atteste la progression des indices de prix à la consommation des farines (+12,8%) et des légumes (+31,6%)[11]. Aujourd’hui, l’Île d’Anjouan et la Grande-Comore importent de produits vivriers  de Madagascar.  

 

2.1.2.3. Pêche et élevage 

 

§         La pêche 

 

le pays dispose d’importantes ressources halieutiques estimées à 85.000 tonnes par an[12], mais la pêche, uniquement artisanale, n’est pratiquée que sur une étroite bande côtière, avec des petites pirogues à balançoires « N’galawa ».

 

Malgré l’accroissement du nombre de pêcheurs et la motorisation des pirogues ces dernières années, la production reste inférieure aux besoins nationaux. L’absence d’équipements de  conservation, les délestages quotidiens, le pays se trouve en difficulté de commercialiser les produits de pêche. La production ne dépasse guère les 13.000[13] tonnes par an.

 

§         L’élevage 

 

Actuellement, la consommation annuelle de viande ne dépasse pas 5 kilogrammes  par habitant et par an. Le manque de protéine touche une grande partie de la population. Ni les importations de viande ni la pêche ne sont en effet encore capables de combler cette carence.

 

Si les efforts de sensibilisation menés en matière de santé animale ont été couronnés de succès, la vulgarisation de pratiques d’élevage amélioré n’a pas encore fourni de résultats significatifs. Le troupeau est estimé à 43.200 bovins, 18.000 ovins et 113.000 caprins, 170.850 volailles[14] ; il se développe régulièrement mais reste, cependant très en dessous des besoins de l’archipel.

 

2.1.3. PARALYSIE DE L’INDUSTRIE

 

Le secteur manufacturier demeure handicapé par l’étroitesse du marché intérieur, à laquelle s’ajoute le faible développement des communications maritimes et aériennes, les pénuries récurrente d’électricité et d’eau, la non-compétitivité des entreprises comoriennes due à l’appartenance à la Zone franc.

 

Les entreprises comoriennes ont une taille souvent très modeste et se consacrent essentiellement à la transformation des cultures de rente (conditionnement de la vanille, distillation des plantes à parfum) et au secteur du Bâtiment et Travaux Publics (concassage de lave, construction immobilière).

 

Le programme de privatisation n’a connu ces dernières années, aucune avancée, même si les objectifs annoncés demeurent la privatisation des entreprises de distribution des produits pétroliers SCH (Société Comorienne des Hydrocarbures) et de manutention portuaire SOCOPOTRAM (Société Comorienne de Transports Maritimes).

 

Le groupe Vivendi a renoncé, en décembre 2001, à poursuivre l’exploitation de la Compagnie d’Eau et Electricité des Comores (CEEC)  à cause du non-respect par les autorités comoriennes des accords sur la privatisation[15].

 

2.1.4. SECTEUR TERTIAIRE

 

Ce secteur est caractérisé par un petit commerce d’import-export. Ce dernier aurait des possibilités de se développer mais il bute sur la précarité des moyens de communication entre les Îles et  au sein des Îles. On assiste pourtant, dans ce domaine à la montée spectaculaire d’un secteur informel, constitué des petites activités familiales et individuelles notamment :

-         vente de bijoux ;

-         produits alimentaires ;

-         produits artisanaux ;

-         vente d’habits ; etc. 

 

2.2.  CAUSES  SOCIO-POLITIQUES

 

2.2.1.  AUGMENTATION DE LA POPULATION

 

2.2.1.1.  Exiguïté du pays par rapport à la population

En 1866 un géographe français A. GEVREY estimait la population des Comores à 65 000 habitants. Les recensements de l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques) de 1966  donnent des chiffres de 246 000 habitants.

Aujourd’hui en l’an 2003 les estimations sont à 652 000 habitants[16], ce qui signifie que la population a presque triplé sur 37 ans. Cet accroissement place les Comores parmi les pays ayant une des croissances démographiques les plus élevées du monde.

La densité moyenne est très élevée (306hab/km2) et varie sensiblement d’une Île à l’autre et à l’intérieur des Îles : Grande-Comore 252,7hab/km2, Mohéli 105,6hab/km; Anjouan, avec 559,7hab/km2, est loin la plus densément peuplée. Dans certaines régions de l’Île, la densité dépasserait 1000hab/km2. Ces disparités qui semblent déjà graves à première vue le sont encore plus si on compare les densités non pas par rapport à la surface totale de l’île mais par rapport à la surface agricole utile (terres cultivables et pâturages)[17].

Source : Agenda des Comores 2002- Les Comores, Superficie et Population.

 

Près de 80% des Comoriens vivent directement de l’agriculture et de la pêche et trouvent des difficultés, car certaines terres considérées comme cultivables n’ont qu’un très faible rendement.

 

On peut considérer que dans certaines régions (Nioumakélé, Jimlimé) la surface réellement cultivable va en diminution. C’est-à-dire que l’accroissement démographique entraîne non seulement une réduction des terres cultivables mais également une diminution de la production locale.

 

2.2.1.2.  Explosion démographique 

 

L’espérance de vie ne dépasse guère 59 ans[18]. Aux Comores, la natalité reste en effet très forte, mais aussi la mortalité infantile est élevée et pouvant atteindre plus de 84/1000[19]. La conjonction de cette forte natalité et d’une mortalité encore très élevée explique la prépondérance des jeunes dans la population et l’allure très évasée de la pyramide des âges, comme dans la plupart des pays du Tiers Monde.

 

Environ 44%  de cette population ont moins de 15 ans, plus de 50% moins de 20 ans[20]. C’est-à-dire que la population active a à sa charge plus de la moitié de la population. De cette population active, une petite fraction seulement est salariée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Source : Conscience comorienne 1999,  Données de la crise, La pression démographique

 

Le taux d’accroissement de la population serait voisin de 2,7% par an (la population double son effectif tous les 26 ans). Cependant il est hors de doute que ce taux d’accroissement démographique représente une charge insupportable pour l’économie comorienne : les investissements nécessaires chaque année, ne seraient-ce que pour maintenir le niveau de vie (hôpitaux, salles de classe, transport, énergie, créations d’emplois, etc.) ne peuvent suivre cette progression.

 

Figure 6 :

 

Source : Conscience comorienne 1999; Données de la crise, L'exiguïté du pays par rapport à sa population.

 

2.2.2. L’IMPACT DE LA TRADITION SUR LA PAUVRETE

 

Il est bien de noter que l’influence dont la tradition confère aux  « notables » est devenue virtuellement la seule voie d’accès vers la prééminence sociale et le pouvoir d’honneur aux Comores. Les coutumes règlent la plupart des problèmes de la vie quotidienne autour d’une valeur fondamentale : le respect de l’honneur.

 

Au sein d’un même village, les jeunes enfants sont repartis dès leur naissance en classes d’âges et parcourent les épreuves de la vie pour devenir peut être un jour des notables. Divers rites et cérémonies marquent les étapes pour permettre à l’individu de trouver une place dans la société.

 

Le mariage coutumier ou le Grand mariage, regroupe les notables et toutes les classes d’âges, hommes et femmes au cours des cérémonies qui durent une dizaine de jours. Ces cérémonies se réalisent suivant un ordre rituel (spectacle, danses et multiples festins). La famille du marié y présente l’or, du bétail, un trousseau à la mariée et régale tout le village, tandis que la mariée apporte de son côté, la maison conjugale.

 

En terme économique, le coût d’une telle fête est très élevé ; en moyenne autour de 30 millions de FC et peut aller, dans certains cas jusqu’à 80 millions FC. Les dépenses recouvrent la dot sociale (autour de 2 millions FC) qui est remise à la famille de la fille le dimanche, neuvième jour du mariage ; le don des tissus (de 2 à 3 millions). Le financement des danses, du spectacle du samedi soir tourne autour de 400.000 FC. Pour acquérir l’argent permettant de financer ces festivités, le futur marié doit travailler dur et épargner pendant plusieurs années.

 

On ignore le montant réellement dépensé au cours d’une année pour la réalisation de toutes ces cérémonies qui concernent surtout l’Île de la Grande-Comore et, dans une moindre mesure, Mohéli et Anjouan.

 

Néanmoins selon les informations officieuses on avance un montant de 5 à 6 milliards FC par an, et cela sur toute l’étendue du territoire. Ces dépenses coutumières (Grand mariage ou enterrement) sont souvent qualifiées d’ostentatoires ; elles ont toujours été critiquées allant même jusqu’à l’interdiction des cérémonies. Car une bonne partie de produits consommés (bétail, riz, sucre…) est importée. Cela continue à accroître le déficit de la balance commerciale.

 

On peut cependant remarquer que, non seulement l’interdiction de cette pratique n’a jamais abouti, mais au contraire qu’elle  se renforce avec le besoin d’affirmation identitaire actuelle.

 

Si le Grand mariage est considéré pour certains auteurs comme un instrument de redistribution du revenu, il est également sans doute un facteur d’appauvrissement car il détruit l’épargne des familles en limitant leur possibilité d’investissement.

 

2.2.3. INSTABILITE POLITIQUE

 

Force est de constater que 22 coups d’Etat et tentatives de coups d’Etat ont eu lieu en 28 ans d’indépendance. L’Etat comorien est caractérisé par une instabilité politique quasi-permanente, et une gestion économique et financière catastrophiques. Aucun des régimes qui se sont succédés aux Comores, n’a eu la chance de bénéficier du temps nécessaire pour  mettre en place une véritable politique de développement. Cet échec de la gestion économique et financière du pays se caractérise notamment par : 

-         une croissance irrégulière et faible du PIB ;

-         une balance des paiements déséquilibrée ;

-         un déséquilibre budgétaire permanent ;

-         des investissements publics insuffisants ;

-         un chômage très élevé qui frappe particulièrement les jeunes ;

-         une accumulation des arriérés de salaires impayés des fonctionnaires et difficulté de paiement de service de la dette ;

-         un pillage systématique des deniers publics et détournement de l’aide internationale ;

-         une augmentation de la pauvreté et des émeutes des populations des Îles.

 

Cette instabilité politique a eu pour résultat le retrait de certains bailleurs des fonds internationaux dans le financement de l’aide au développement, compte tenu du risque pays très élevé.

 

Conséquence de cela, la pauvreté s’accroît de plus en plus et surtout sur Anjouan ; les bidonvilles font leur apparition dans la capitale Moroni et la jeunesse, face à son avenir incertain.

 

C’est pour cela que la population de l’Île d’Anjouan a voulu se rattacher à la France afin de bénéficier un niveau de vie équivalent à celui de l’Île  de Mayotte dont le niveau de vie est cinq fois plus que celui des Îles de l’Union des Comores.

 

Alors que l’amélioration des cours des produits d’exportation pourrait enfin permettre une amélioration de la situation socio-économique, les incertitudes institutionnelles et politiques qui demeurent, notamment sur les modalités du partage des compétences entre l’Union et les Îles, risquent de perturber encore gravement l’économie comorienne.

 

2.2.4. LE POIDS DE L’UNION DES COMORES SUR L’ECONOMIE COMORIENNE

 

Il est nécessaire de rappeler que  depuis l’indépendance, les autorités centrales avaient négligé le développement de deux autres Îles sœurs au profit de l’Île où siège le gouvernement (Grande-Comore). A Anjouan par exemple, la plupart des régions sont enclavées (manque des infrastructures routières, électricité, téléphone ou même de l’eau potable).

 

Ces disparités entre les Îles ont favorisé l’émergence des mouvements séparatistes dans les années 90. Le pays a connu  les premières crises séparatistes avec la sécession de l’Île de Mohéli mais surtout celle d’Anjouan en 1997 qui voulait se retourner à la colonisation pour se rattacher à celle de Mayotte dont le niveau de vie est cinq fois supérieur à celui de l’Union des Comores.

 

Face à cette situation douloureuse, des conférences inter-îles avaient regroupé toutes les parties comoriennes en vue de mettre fin à la crise séparatiste. Il s’agit notamment de la conférence d’Addis-Abeba en Ethiopie du 13 décembre 1997 et celle d’Antananarivo dans la grande Île malgache le 13 décembre 1998[21] sous l’égide des observateurs internationaux : l’Organisation de l’Unité Africaine (O.U.A), l’Organisation des Nations Unies (O.N.U) et la Ligue Arabe. Ces rencontres n’ont pas pu déboucher sur une sortie de crise.

 

C’est ainsi que la République Fédérale Islamique des Comores vivra trois années durant dans un conflit inter-îles qui causa plusieurs pertes de vies humaines, des dégâts matériels considérables et surtout paralysa l’économie comorienne.

 

Il a fallu attendre la signature de l’accord-cadre de réconciliation nationale dénommée « Accord de Fomboni » réunissant d’une part le gouvernement comorien et d’autre part les différentes parties des Îles (Grande-Comore, Anjouan et Mohéli).

 

L’accord signé le 17 février 2001[22] à Fomboni sur l’Île de Mohéli a permis de construire un nouvel ensemble comorien « Union des Comores » qui répond adéquatement à la nécessité d’un partage du pouvoir entre l’ensemble des Îles, afin de permettre à celles-ci de concrétiser leurs aspirations légitimes, d’administrer et de gérer librement leurs propres affaires et de promouvoir ainsi le développement socio-économique.

 

Cependant, la nouvelle république « Union des Comores » est constituée d’un président d’Union et un gouvernement d’Union, en plus, un président et un gouvernement pour chaque Île autonome.

 

Les conflits qui opposent le gouvernement de l’Union et ceux des Îles autonomes sur les partages de compétences pénalisent dans ce cas toute reprise de la croissance économique. Ce qui entraîne une aggravation de la pauvreté.

 

Nous rappelons qu’une mission de la Banque mondiale s’est rendue récemment aux Comores dans le cadre de l’examen du Document de Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (DSCRP) en cours d’élaboration qui, devrait permettre au pays de bénéficier du dispositif d’allègement de la dette à titre d’Initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés).

 

Les responsables de la Banque mondiale attirent l’attention des dirigeants comoriens sur la gravité de la situation économique et sociale du pays. Pour illustrer les propos de la Banque mondiale, revenons à la structure gouvernementale : actuellement au Comores il y a 4 présidents et 30 ministres[23] contre 1 président et 12 ministres pour l’ancienne république.

 

L’existence des ces différents ministres, entraîne des dépenses importantes de fonctionnement ainsi que des voyages fréquents à l’étranger qui sont très coûteux ; cela absorbe pratiquement les ressources du pays. Donc l’Etat n’arrive pas à mobiliser le ressources nécessaires pour financer les services vitaux de la population tels que l’éducation, la santé, les travaux d’adduction d’eau ainsi que la construction des infrastructures ( routes, ponts…).

 

2.3.  LA DEVALUATION DE 1994 ; CATALYSEUR DE LA PAUVRETE AUX COMORES.

 

Il est bien de noter qu’au moment de l’indépendance, les ex-colonies françaises ont adopté des monnaies attachées au franc français par une parité fixe sous le nom  de Zone franc.

 

La « Zone franc » se divise en trois sous-régions monétaires dirigées par trois banques respectives : l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine) est dirigée par la BCEAO (Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest), la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale) est dirigée par la BEAC (Banque des Etats d’Afrique Centrale) et enfin la BCC (Banque Centrale des Comores) pour l’Union des Comores.

 

Les enjeux d’un tel système sont évidents : la France a conservé des relations commerciales et financières très développées avec ses anciennes colonies. C’est aussi la meilleure façon d’assurer la sécurité  de ses relations et assurer une stabilité monétaire par le lien fixe entre le franc français et les autres monnaies de la Zone franc ; la parité fixe et la libre convertibilité sont assurées par le trésor public français.

 

Depuis 1999 et l’adoption de l’Euro par la France, cette réalité s’est étendue à toute la Zone Euro.  La parité entre Euro, franc CFA et le franc comorien a  été fixée à : 1 Euro = 655,957 FCFA = 491,96775 FC (franc comorien).

 

Cependant cette politique monétaire  est contre-productive. Pour attirer les capitaux étrangers vers les pays de la Zone franc, l’Union européenne pratique une politique de taux d’intérêt le plus élevé[24].

 

La politique du taux d’intérêt  appliquée par l’Union européenne dans les pays de la Zone franc (hausse du taux d’intérêt) pour attirer les capitaux étrangers est très néfaste à l’économie comorienne. Car elle implique un coût d’acquisition très élevé de crédit pour les petits entrepreneurs locaux. Cet obstacle empêche les petites et moyennes entreprises d’exister par manque de financement.

 

Ensuite, des relations commerciales des Comores avec les Îles de la sous-région se trouvent handicapées par sa monnaie forte : le franc comorien étant surévalué par rapport aux autres monnaies de la sous-région, les produits libellés en franc comorien deviennent trop chers sur le marché de la sous-région. Ce qui entraîne une perte de compétitivité.

 

Selon les accords entre la France et les pays de la Zone franc, la France pourrait décider unilatéralement la dévaluation du franc CFA ou comorien, lorsque les devises obtenues à partir des exportations s’avèrent insuffisantes par rapport aux importations.

 

C’est dans ce contexte que les pays de la Zone franc ont vu leurs monnaies dévaluées en janvier 1994 dans l’ordre de 50% pour le CFA et 33,33% pour le cas  des Comores. Du coup, 1 FRF qui valait 50 FCFA et 50 FC avant 1994, vaut maintenant respectivement 100 FCFA et 75 FC. Pour ce faire, les prix des produits importés ont augmenté d’autant, ce qui a entraîné un déficit aigu de la balance commerciale et une inflation  importée compte tenu de la faiblesse de l’adaptation de l’économie comorienne à la conjoncture. Il faut 75.000 FC pour importer un produit de 1.000 FRF, alors qu’il ne fallait que 50.000 FC avant la dévaluation.

 

C’est  précisément ce qui a affecté l’économie comorienne : les prix des produits importés ont augmenté de 33,33 % et celui du pétrole de 30%, tandis que l’indexation de salaire ne dépasse guère les 15%, ce qui aboutit à une chute du pouvoir d’achat de la population, d’où une augmentation de la pauvreté.

 

En outre, puisque le franc comorien a perdu les 33,33 % de sa valeur, l’importateur français peut acheter 1,5 kg de Girofle pour 10 FRF au lieu d’un seul kilogramme avant la dévaluation, ce qui contraint le pays à exporter 25% de plus de produits pour acquérir une même somme de devises étrangères. Cela aboutit à une dilapidation des ressources naturelles et des dégâts environnementaux considérables (déforestation, monocultures de rentes détruisant les terres cultivables…).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                      

Deuxième partie :

LES MESURES DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETE

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


CHAPITRE  :  REVUE DES STRATEGIES PASSEES

 

3.1. CADRE MACRO-ECONOMIQUE

 

Suite à la dévaluation du franc CFA et comorien respectivement de 50% et 33,33% en 1994, les autorités comoriennes ont mené une politique budgétaire restrictive pour réduire les déséquilibres macroéconomiques afin d’empêcher une nouvelle dévaluation. Alors que l’inflation consécutive à la dévaluation, avait atteint 25%, les mesures  d’accompagnement initiées, ont permis de ramener le niveau à 5,5% en 1995 puis à 1,6% en 1997. Avec la sécession de l’Île d’Anjouan, les autorités comoriennes ont vu augmenter l’inflation à 4,4%[25] et une baisse du PIB réel par tête à hauteur de 2,3% jusqu’en 1999.

 

De nos jours, les autorités comoriennes envisagent de mettre en place le DSCRP (Document Stratégique de Croissance et de Réduction de la Pauvreté), qui permettrait  un allègement de la dette à titre de l’Initiative-PPTE (Pays Pauvres Très Endettés).

 

Avec la création du document « Comores : développement humain durable et élimination de la pauvreté  élément pour une stratégie nationale »  en 1997 et les institutions de financement du secteur rural, les autorités comoriennes ont montré leur volonté pour lutter contre la pauvreté.

 

Les études réalisées par le PNUD et le gouvernement comorien ont permis d’identifier le profil de la pauvreté absolue. La pauvreté est identifiée à travers les 3 Îles de la république des Comores. Ainsi, Anjouan se présente comme l’Île la plus défavorisée, suivie de celle de Mohéli. Pour  chaque Île, le milieu rural reste le plus touché par la pauvreté. Le  résultat de l’enquête a permis la mise en place d’un schéma directeur qui identifie les types d’interventions les plus pertinentes pour lutter contre la pauvreté et améliorer les revenus et les conditions de vie des populations défavorisées.

 

Trois axes d’interventions ont été retenus par le schéma directeur à savoir : l’intervention entre les Îles, le milieu rural et le milieu urbain.

 

Ainsi, toutes les interventions en faveur de la lutte contre la pauvreté ont été interrompues, suite aux crises séparatistes. Le gouvernement comorien au lieu de s’occuper de la réduction de la pauvreté, cherche à réconcilier les Îles.

 

Par ailleurs, les autorités viennent de finaliser  une première version du DSCRP-intermédiaire. Dans ce contexte de l’élaboration du DSCRP, un don a été offert par la Banque mondiale pour financer une assistance au gouvernement des Comores. L’objectif de ce don  est de renforcer la capacité du gouvernement à effectuer une analyse de la pauvreté, à mettre en œuvre une démarche participative pour l’élaboration de ses politiques, à effectuer un travail sectoriel et à exécuter son programme de   réduction de la pauvreté. Sur la base des grands axes de la stratégie de réduction de la pauvreté des Comores, quatre composantes suivantes seraient soutenues :

-         étude de la pauvreté ;

-         élaboration des programmes sectoriels de réduction de la pauvreté ;

-         renforcement du secteur participatif ;

-         préparation et exécution du programme de réduction de la pauvreté.

 

De nos jours, seule l’étude de la pauvreté a pu être réalisée aux Comores. Suite aux conflits institutionnels entre l’Union et les Îles, le processus de mise en œuvre du Document  Stratégique de Croissance Réduction de la Pauvreté a beaucoup perdu son dynamisme.

 

Malgré les difficultés politiques, le gouvernement comorien se bat à réduire la pauvreté par l’amélioration des infrastructures de base et le secteur social. C’est dans ce cadre que la construction du port de Mohéli financée par l’Union européenne et le gouvernement comorien a vu le jour en 1998. Ce port faciliterait le cheminement des produits vivriers de l’Île de Mohéli vers les autres Îles sœurs.

 

La construction de différentes routes dans les zones rurales (zones de Gnumakélé, Sima, Djando…) ont permis de désenclaver ces zones et de permettre aux paysans de vendre leurs produits sans difficulté mais aussi d’acquérir les produits importés à faibles coûts.

 

Dans le domaine social, la fourniture des services d’éducation et de santé  sont des investissements primordiaux pour l’Etat comorien ; la construction des différents établissements scolaires et des postes de santé ont permis aux groupes les plus démunis de scolariser leurs enfants mais aussi  d’accéder aux soins médicaux à un coût supportable.  L’Etat a intensifié aussi le programme de la lutte contre le paludisme et celui du planning familial pour réduire le taux de natalité.

 

3.2.  L’APPUI AU SECTEUR PRIVE

 

3.2.1.  Les moyens institutionnels mis en œuvre

 

Conscients de l’importance qu’occupe le secteur privé dans le développement économique du pays, l’Etat et plusieurs bailleurs de fonds ont créé des projets qui ont pour but d’encourager la création et le développement des entreprises. Il s’agit de :

-         la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture des Comores  (CCIAC) ;

-         Appui à la Micro entreprise (AMIE) ;

-         Fonds National de Garantie (FNG).

 

§         La Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture des Comores  (CCIAC)

 

Elle a pour objet de :

-         encourager  la création des petites et moyennes entreprises ;

-         assurer pleinement le rôle d’interface entre le secteur privé et le pouvoir public ;

-         accentuer les actions de promotions et d’encadrement des entreprises comoriennes ;

-         aider le secteur privé comorien à participer aux mutations technologiques, économiques et commerciales en cours dans le monde ;

-         améliorer les actions d’accompagnement des entreprises comoriennes dans leurs initiatives d’intégration et d’ouverture vers  les marchés de la sous-région et du monde.

 

§         L’Appui à la Micro-Entreprise (AMIE)

 

Depuis l’an 2000 le PNUD et le Bureau International du Travail (BIT) ont mis en place un projet d’appui à la micro-entreprise (AMIE) qui a pour objet d’encourager la création des petites entreprises, d’octroyer à des conditions favorables des prêts à ces petites entreprises.

 

La première phase de ce projet fut un succès, car elle a bénéficié aux artisans, agriculteurs, pêcheurs et surtout aux femmes. Une seconde phase vient d’être mise en place dans le but de constituer de l’appui à la création et au développement de petites entreprises. Cette structure AMIE envisage de s’implanter dans les trois Îles pour pouvoir assurer des appuis de proximité aux petites entreprises comoriennes.

 

§         Fonds National de Garantie (FNG)

 

Créé par la loi N°95-016/AF du 7 juillet 1995[26], en remplacement du Fonds d’Assistance au Secteur Privé (FASP) qui a été institué par le PNUD et le BIT (Bureau International de Travail) en 1992 avec pour objectif d’accroître le volume du crédit par l’intermédiaire d’un système bancaire réceptif aux besoins des petites entreprises naissantes, le FNG a pour but de garantir les prêts bancaires aux petites entreprises.

 

Pour améliorer l’environnement juridique et judiciaire des affaires aux Comores, un nouveau code des investissements beaucoup plus libéral que celui de 1984 a été adopté en juin 1995 par le parlement, pour faciliter le développement des investissements privés dans le pays.

3.2.2. Les moyens financiers utilisés

 

Le développement économique des Comores passe entre autres par le développement du secteur privé. Ce dernier rencontre des difficultés dans son fonctionnement. Il souffre de plusieurs handicaps dont l’inadaptation dans la conception à la faisabilité des projets, d’une gestion  financière défaillante des entreprises, et surtout le manque d’information d’accès au  crédit bancaire. Celui-ci n’est accordé que par deux (2) établissements de crédits pour l’ensemble  du pays.

 

A cet effet, les conditions d’octroi de crédits sont restrictives et le taux d’intérêt demeure également  très élevé. Conséquence, les entreprises comoriennes sont  sous-capitalisées et font rapidement faillites, faute  des ressources suffisantes pour financer leur cycle d’exploitation ainsi que leur investissement.

 

En effet, on remarque deux sources financières aux Comores à savoir : les sources traditionnelles et les sources modernes.

 

3.2.2.1. Sources Traditionnelles

 

§         L’autofinancement

 

Il englobe le financement endogène et le financement informel. Ces deux modes de financement se trouvent présents dans le secteur privé comorien.

 

Le financement endogène : il concerne les fonds propres (une épargne personnelle complétée par celle  des parents ou amis). Les comoriens préfèrent rassembler leurs maigres économies pour créer leurs entreprises.

 

En fait, les gens  n’ont pas l’habitude de s’associer avec d’autres personnes pour créer une entreprise. Dans la majorité des cas, ce sont des personnes de même famille ou des amis de longue date, qui regroupent leurs épargnes, collectées parfois après plusieurs années de labeur à l’étranger, pour démarrer leurs activités. Ainsi, il existe très peu de sociétés anonymes aux Comores. Les sociétés créées annuellement sont en majorité à responsabilité limitée (SARL) dont les parts sociales sont détenues par les associés d’une même famille.

 

Le financement par la Tontine : la tontine selon Larousse est l’association de personnes versant de l’argent à une caisse commune dont le montant est remis à tour de rôle à chaque membre ; montant de la caisse ainsi constitué. A travers cette définition, nous comprenons que la tontine soit une source de crédit sans intérêt, mais qu’elle n’est accessible qu’aux membres.

 

Cette source de crédit est caractérisée par sa nature  mutualiste qui assure sa survie. Cette technique de mobilisation de l’épargne personnelle ne se pratique qu’à court terme. Elle permet à l’épargnant de mettre régulièrement de l’argent de côté avec d’autres personnes, de disposer à un moment donné, d’une somme d’argent pour réaliser ses projets.

 

Par ailleurs, cette technique est très répandue aux Comores et  est couramment utilisée pour réaliser certaines dépenses souvent ostentatoires (Grand mariage, naissance, décès) ; pour ouvrir  une épicerie ; effectuer des voyages de commerce informel en France, aux Emirats Arabes Unis ou en Arabie Saoudite.

 

A côté de la tontine, il existe une autre source d’aide (solidarité). Lorsque  survient un événement extraordinaire dans un ménage (mariage, décès …), chaque membre de la communauté doit contribuer pour aider ce ménage. Cette aide  dont le montant n’est pas fixé est considérée comme une source de financement, mais  une source qui ne finance que la consommation.

 

§         Le financement externe

 

Il s’agit des crédits que les entrepreneurs, peuvent obtenir soit auprès des particuliers soit auprès  des établissements de crédits.

 

Les prêts entre particuliers : ce  sont des prêts moins utilisés aux Comores. On les qualifie d’intouchables à cause du taux d’intérêt mensuel très élevé et surtout de la crédibilité entre les particuliers. Puisque la dette peut s’accumuler, la contrainte n’est que morale. Le seul pouvoir qu’a le prêteur  c’est de mettre le débiteur dans l’impossibilité d’un  autre prêt, parfois même auprès d’un autre créancier.

 

Le crédit bancaire : les banques, sont les premières institutions de crédits aux Comores mais elles restent mal connues. La population considère que les banques ne sont que  pour les riches. Elles ne sont pas une source de financement mais plutôt un lieu d’épargne pour ceux qui ont un surplus de ressources financières. En plus, les institutions bancaires aux Comores sont limitées. Elles ne sont qu’au nombre de deux (2) : la  Banque de Développement des Comores (BDC) et la Banque pour l’Industrie et le Commerce (BIC).

 

La Banque pour l’Industrie le Commerce (BIC) : elle a été créée en 1982 pour succéder à la Banque Commerciale des Comores mise en liquidation. Initialement, son capital de 300 millions de FC était réparti entre la Banque Internationale pour l’Afrique de l’Ouest (BIAO 51%), l’Etat comorien (34%) et les privés nationaux (15%).

 

Cependant, en 1990, lors de la cession volontaire du réseau de la BIAO par son actionnaire majoritaire, la Banque Nationale de Paris (BNP) acquiert la BIC pour renforcer son réseau dans l’Océan Indien. Il s’agit de la seule banque commerciale aux Comores. En raison de son monopole, La BIC collecte la majorité des dépôts et octroie presque la totalité des crédits à court terme.

 

A cause de son taux de rémunération  ramené à 3%, ainsi que la grille des taux débiteurs qui demeurent  actuellement dans la fourchette de 11 à 18 %, de sorte que les petits et moyens épargnants ont d’énormes difficultés pour épargner ou bénéficier des crédits.

 

La  Banque de Développement des Comores (BDC) : elle a été créée en 1981 pour remplacer la Société de  Crédit pour le développement des Comores mise en liquidation en raison de sa mauvaise situation financière.

 

La loi n° 81-026/PR portant création de la BDC lui a fixé comme objectif  de contribuer au développement économique du pays à travers le financement à moyen et à long terme  des activités de production. Son capital de 300 millions de FC, est détenu par l’Etat (50%), la Banque Centrale des Comores (16%) ; le tiers restant est reparti en parts égales entre l’Agence Française de Développement AFD (16,7%) et la Banque  Européenne d’Investissement (16,7%).

 

La BDC intervient principalement dans les secteurs  de l’industrie, du transport et de l’habitat[27]. Les ressources de la BDC proviennent uniquement des lignes des crédits octroyés par les institutions internationales d’aides au développement. Près de 95% des crédits à long terme octroyés  aux Comores sont accordés par la BDC. Ces crédits concernant les secteurs d’industrie, d’hôtellerie, de l’artisanat, de l’agriculture.

 

§         Autres modes de financement des entreprises 

 

Les autres modes de financement des entreprises proviennent aux  recours des indemnités de licenciement ou de départ volontaire. En effet, les fonctionnaires qui ont opté pour le départ volontaire dans le cadre du programme  d’ajustement structurel (PAS) ou des salariés des entreprises publiques licenciés dans le cadre des mesures d’assainissement, comme le cas de la SNPT (Société Nationale des Postes et des Télécommunications) ; de l’EEDC (Electricité et Eau Des Comores) ou de la SOCOPOTRAM (Société Comorienne des Ports et des Transports Maritimes), utilisent leur indemnité de licenciement pour créer des entreprises. Parmi eux, une petite minorité réussit.

 

En effet, aucune étude n’a été menée localement pour dégager la part de ces types de financement. Mais compte tenu du nombre limité des établissements de crédits dans le pays et des conditions d’octroi de crédits rigoureuses fixées par ces établissement, il est évident qu’aux Comores ce mode de financement occupe une place prépondérante.

3.2.2.2. Les sources modernes

 

Dans l’idée de pallier aux insuffisances de sources traditionnelles  et de faciliter l’accès aux crédits aux pauvres, pour financer les secteurs (urbain et rural), le gouvernement comorien et les bailleurs de fonds ont encouragé la création des institutions de crédits modernes.

 

§         La Caisse Nationale d’Epargne (CNE)

 

D’après l’ordonnance N° 92-004/PR du 1er Août 1992 portant création de la CNE au sein de la SNPT (société des postes et de la télécommunication), la CNE a pour objet «la mobilisation de l’épargne populaire ». Selon cette ordonnance, «suivant l’évolution des ressources disponibles, elle peut être amenée à octroyer des crédits à sa clientèle ou à assurer sous forme de prêt, le financement de projet d’intérêt national ». En l’absence de gestion rigoureuse, la CNE a connu dans le passé plusieurs malversations. Ainsi près de 50% de dépôts étaient utilisés pour financer ces pertes.

 

§         Les « SANDUK » (caisses d’argent) et les Mutuelles d’Epargne  et des Crédits des Comores (MECK).

 

Deux réseaux sont mis en place aux Comores à partir de 1996 par le gouvernement comorien et des bailleurs de fonds internationaux (Fonds International de Développement Agricole FIDA et l’assistance  technique d’une ONG canadienne Développement International Desjardins DID) : les « SANDUK » et les Mutuelles d’Epargne et des Crédits des Comores (MECK). Ce sont des organismes qui ont pour objet d’aider les personnes qui ne peuvent pas accéder  aux crédits des institutions bancaires à cause des formalités juridiques et administratives complexes, mais qui ont la volonté de produire ou investir. Ce sont des sociétés à capitaux variables, associant des personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs besoins économiques, sociaux et culturels communs au moyen d’une entreprise dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement  par ses membres qui  sont propriétaires-usagers.

 

Les finalités de ces sociétés sont : favoriser l’émergence aux Comores  d’un véritable réseau autonome d’institutions, mutualistes, capables d’améliorer de façon significative l’intermédiation financière en milieu rural et garantir sa pérennité. Elles doivent être  en mesure de collecter l’épargne, de la faire fructifier et de  la rétrocéder pour financer des initiatives économiques de base pour la population.

 

De nos jours douze (12) Mutuelles d’Epargne et des Crédits sont en exercice (6 en Grande-Comore, 5 à Anjouan et 1 à Mohéli). L’ensemble des mutuelles au 31 décembre 1998 disposait de 1810 membres. L’épargne collectée à ce moment était de 258 millions de FC.

 

Ces mutuelles ont connu une progression fulgurante au cours des deux premières années de leur mise en place. Toutefois, le non paiement par le gouvernement comorien des fonds  de contrepartie au FIDA en 1998 a conduit  au retrait de l’assistance technique du DID. Cette situation se répercute négativement sur les activités des mutuelles. Certains d’entre elles ont acquis une autonomie financière et les responsables cherchent d’autres bailleurs de fonds  tels que AFD, PNUD, et la Banque mondiale.

 

§         Fonds d’Appui au Développement Communautaire (FADC)

 

Le FADC est un fonds social mis en place par le gouvernement comorien avec l’appui de la Banque mondiale. Il fonctionne comme un organisme à caractère public doté de la personnalité morale jouissant d’une autonomie administrative et financière. De par son statut d’institution financière, il est chargé d’apporter une assistance financière, technique et matérielle aux communautés villageoises et aux quartiers défavorisés des villes.

 

Objectif :

-         apporter un appui technique et financier aux communautés dans le cadre du développement socio-économique  des Comores ;

-         prendre part à la lutte pour la réduction de la pauvreté  en soutenant l’amélioration des conditions de vie des populations les plus démunies ;

-         fournir un concours financier aux communautés pour la construction et la rénovation des infrastructures de base ;

-         Pérenniser les infrastructures de base en mettant en place  un mécanisme  de gestion durable afin de permettre aux communautés de se prendre progressivement en charge.

 

Programmes :  le FADC a pour mandat de mettre en place un programme  d’action social en faveur des communautés dans les domaines suivants :

-         infrastructures sociales (écoles, postes de santé et adduction d’eau) ;

-         infrastructures productrices ou d’appui à la production (entrepôts , marchés…) ;

-         infrastructures de développement (pistes, ponts, digues…) ;

-         infrastructures pour protection d’environnement ;

-         activité génératrice des revenus (entreprises communautaires).

 

Cependant, le village bénéficiaire du projet doit participer à hauteur de 20%  au coût d’investissement. Des taux plus faibles étant appliqués aux communautés préalablement identifiées comme pauvres. Le village doit prendre en charge le coût d’entretien et frais récurrents ; l’ensemble de la communauté doit participer à l’entreprise. Les tableaux ci-dessous indiquent les plans d’action du FADC  2000-2001.

Tableau 4 : Construction des infrastructures de base 2001

Iles

Population

Nombre de projets

Coût en FC

Grande-Comore

104.650

68

2.046.641.239

Anjouan

68.120

30

   790.270.150

Mohéli

64.213

35

   780.812.083

Comores

236.983

133

3.617.723.472

 

Tableau 5 : Projets d’activité génératrice de revenu

Iles

Nombre de projets

Montant en FC

Grande-Comore

35

    65.000.000

Anjouan

27

   50.000.000

Mohéli

18

  35.000.000

Comores

80

150.000.000

Source : Agenda des Comores 2002, Le FADC plan d’action 2001

 

Au cours de cette 2ème phase (2000-2004), le FADC a prévu la réalisation de 240 sous-projets d’infrastructures de base, 205 sous-projets d’activités génératrice de revenus et 40 sous-projets de renforcement de capacités. L’ensemble de ce programme doit créer 810 emplois permanents et 4800 emplois temporaires.

 

Aux Comores, la population a une ancienne tradition : l’organisation d’initiatives de développement local. C’est pourquoi le FADC a adopté le concept de développement communautaire qui lui a permis de faire adhérer les communautés aux objectifs fixés, à un commun accord et arriver à un succès indéniable auprès des bénéficiaires. Cette conception du développement socio-économique trouve ses racines dans l’approche participative qui privilégie l’implication des bénéficiaires  dans toutes les phases du cycle du projet.

3.2.3. Revenu des Comoriens de l’étranger

 

On estime à plus de 100.000 c’est-à-dire le 1/6ème de la population totale, le nombre de comoriens vivant à l’étranger. Ces migrations engendrent des transferts d’argent réguliers qui servent  à financer, en majorité semble-t-il, la réalisation de projets communautaires, la construction de logements familiaux, et le financement des cérémonies de Grand mariage.

 

La balance courante a enregistré en 2001 un montant de 14 milliards FC en entrée de capitaux privés. Une analyse plus fine montrerait sans doute que la majorité des 14 milliards provient de transferts familiaux.

 

Cependant, on connaît mal le montant réel des entrées puisqu’une bonne partie d’entre elles transite hors circuits financiers officiels. Elles rentrent sous forme de liquidités au porteur, et sont, par la suite intégrées dans des circuits informels, par le biais des tontines, ou directement thésaurisées dans les familles, au travers le système des prêts interindividuels réciproques du Grand mariage.

 

Par ailleurs, des grandes différences existent entre les îles à ce sujet. L’enquête « Budget-consommation » montre que les transferts sont surtout importants en Grande-Comore puisqu’ils vont jusqu’à 20%  du revenu de la population. En effet, les habitants de cette Île ont tendance à beaucoup émigrer vers la France. Par contre, l’Île de Mohéli et celle d’Anjouan ont des populations qui émigrent moins à l’étranger ; ce qui fait que leurs transferts représentent respectivement 5% et 3% du revenu. 

 

On trouve dans la plupart des villages, des associations ayant pour objectif de réaliser des projets culturels, sociaux et, plus récemment, économiques. En milieux urbains, des association privées, par exemple pour la défense de l’environnement ou des chaînes audiovisuelles associatives, contribuent au fonctionnement de la vie citadine.

 

Ces associations gèrent notamment dans le but d’aménagement communautaire, les fonds provenant de la diaspora comorienne ou de bailleurs de fonds dans le cadre du développement local ou de la protection de l’environnement.

 

C’est sur cette base qu’ont été mises en place, des institutions comme le Fonds d’Appui au Développement  Communautaire (FADC) qui finance la réalisation de petits projets ou les « Sanduks » (caisses d’argent) gérées  par les communautés villageoises pour financer leurs projets. Ces deux institutions ont facilité aux communautés la lutte contre la pauvreté en réalisant des projets sans conflits familiaux et sans blocages structurels.

 

3.2.4. Apport du secteur informel

 

Le secteur informel regroupe généralement les personnes qui n’ont aucune formation intellectuelle, les personnes déçues par le secteur de l’économie moderne, n’ayant pas obtenu ou ayant perdu leur emploi.

 

Ce secteur est caractérisé surtout aux Comores par des petits commerces inter-îles ou d’import-export. Il s’agit des petites activités familiales ou individuelles. Par son dynamisme ce secteur participe activement à la lutte contre la pauvreté. Il emploie une grande main d’œuvre, distribue des revenus élevés, offre sur le marché, des biens et services, et répond aux besoins d’une large couche de la population, surtout la plus démunie.

 

Ce secteur fourni d’une manière générale de :

-         fournitures scolaires ;

-         produits alimentaires ;

-         médecine traditionnelle ;

-         bijoux et produits cosmétiques.

 

Au regard de la structure de l’économie nationale, le secteur informel constitue un enjeu stratégique indispensable pour le développement et la lutte contre la pauvreté. Pour cela, son encouragement est indispensable.

 

D’une manière générale, le secteur privé comorien ne bénéficie pas les structures administratives et financières adaptées qui facilitent leur financement. Le recours aux crédits par le biais des institutions bancaires n’est toujours pas ancré dans les mentalités des entrepreneurs comoriens et surtout en milieu rural. Ceux qui ont pris le crédit bancaire ou mutuel, par manque d’encadrement, ont mal orienté leurs ressources et finalement ils sont tombés en faillite.

 

A cet effet, il est nécessaire de mettre  en place des établissements des crédits spécialisés notamment pour les agriculteurs et les artisans, pour  permettre aux entrepreneurs  comoriens d’avoir une gamme des crédits adaptés à leur besoin. Les entrepreneurs doivent de leur côté restructurer leur méthode de travail et l’organisation  administrative et financière de leurs entreprises, en recrutant un personnel qualifié afin de mieux concevoir leurs projets et rentabiliser  ainsi leur investissement.

 

3.3.  POLITIQUES SOCIALES ET LUTTE CONTRE LA PAUVRETE

 

Le gouvernement comorien cherche toujours à répondre aux objectifs exprimés notamment dans le cadre d la campagne de «l’éducation pour tous ». Toutefois, vu les contraintes institutionnelles et surtout financières (impôts et emprunts), la part de l’éducation et de la santé dans le budget national ne dépasse pas les 15% et 3%[28] respectivement.

 

A l’instar de ce qui se passe dans d’autres pays à faible revenu, la plus grande partie du budget de fonctionnement est consacrée au paiement des salaires. Cette situation, rend nécessaire une importante contribution des ménages et des communautés pour permettre un meilleur fonctionnement des services d’éducation et de santé. Il convient également de souligner que les dépenses d’investissement pour ces secteurs sont financés intégralement par les bailleurs de fonds internationaux.

 

3.3.1.  Politique éducative

   

l’analyse préliminaire du budget et des dépenses effectuées montre que le secteur de l’éducation occupe une place de choix dans le budget de l’Etat. En terme de répartitions de différents niveaux, il apparaît que la plus grande partie des dépenses éducatives de l’Etat, environ 40%, est affectée au niveau du primaire.

 

Toutefois, les efforts du gouvernement et participation des parents et des communautés sont freinés par l’inefficacité du système. Les données plus récentes au niveau national font état d’un taux net de scolarisation de 60%[29], et seulement la moitié des inscrits (32%) atteignent le CM2(cours élémentaires deuxième année).

 

Ces obstacles sont liés en grande partie au faible niveau de qualification de nombreux enseignants, l’absence du matériel  et manuel pédagogique et surtout aux grèves successives et fermetures d’écoles dues aux arriérés des salaires qu’accuse le pays.

 

Certes la forte concentration des enseignants  payés par l’Etat dans certaines zones des îles est source d’iniquités dont souffrent les zones rurales pauvres. Là, les communautés villageoises sont contraintes de prendre en charge elles-mêmes les salaires d’enseignants recrutés localement, voir contribuer aux constructions des salles de classes.

 

3.3.2. Politique sanitaire

 

En matière de santé publique, les Comores ont fait en 20 ans des progrès incontestables, si bien que l’espérance de vie à la naissance est passée de 47 ans en 1980 à 59,4  ans en 2001 ; la mortalité infantile  qui était estimée à 250‰ en 1980  se situe aujourd’hui à 84‰. la couverture vaccinale est passée de 25% en 1984 à 91%  en l’an 2000[30] ; de plus, les incidences du paludisme, de la lèpre et de la tuberculose ont fortement diminué.

 

Pourtant le financement du secteur apparaît inadéquat par rapport aux besoins de la population. Cependant une allocation de 3% du budget dont  les trois quart  sont  alloués aux salaires, il serait plus difficile de faire face au  maintien des infrastructures sanitaires compte tenu de l’accroissement inquiétant de la population.

 

En outre, seul un tiers du personnel de la santé est réellement qualifié. Ce dernier se trouve dans la majorité des cas en  concentre en milieu urbain au détriment des zones les plus défavorisées.

 

Enfin, une grande partie de la population, surtout les plus démunis n’ont pas accès aux soins primaires, étant dans l’incapacité de payer les frais de consultation ou  d’achat des médicaments.

 

3.3.3.  Contradictions de l’évolution de la fécondité

 

Tandis que le taux de mortalité poursuit son déclin, la natalité comorienne n’accuse jusqu’à présent aucune baisse véritable. La fécondité ne laisse en effet apparaître aucun signe de ralentissement et la pyramide des âges, très évasé par le bas, indiquant une forte proportion des jeunes. Il n’y a, dans ces conditions, aucune raison d’admettre qu’on assistera à un ralentissement de la pyramide démographique malgré tous les efforts faits par le gouvernement comorien, le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) ainsi que des ONG étrangères, en matière de planning familial.

 

Si la transition démographique est beaucoup plus lente à se manifester aux Comores comme dans beaucoup de pays africains, cela tient à la forte pression sociale en faveur de la natalité. Cette attitude profondément nataliste concerne pratiquement toutes les couches de la société, à l’exception d’une petite frange urbaine scolarisée qui exprime un désir de limitation de naissances. L’influence du slogan « la richesse d’un pauvre c’est ses enfants », mais aussi de voir un certain nombre d’enfants en âge adulte compte tenu du risque de décès, puisque dans le milieu rural, la main-d’œuvre est souvent le seul intrant sur lequel on puisse investir pour améliorer la production et les revenus et pour diversifier  les sources de revenu en organisant le départ de certains membres de la famille vers d’autres activités (fonction publique, émigration…).

 

Pourtant, si l’objectif des couples est bien de voir un nombre d’enfants venant au monde atteindre l’âge d’adulte, la diminution de la mortalité infantile grâce au progrès technique de la médecine comme la vaccination, la réhydratation, ou le traitement des eaux, le taux brut de natalité devrait à moyen terme diminuer. Or, l’incidence de la fécondité reste aux Comores de 5 à 6 enfants par femmes. Cependant, le progrès de la médicine et les campagnes du planning familial n’étaient sans doute pas assez forts pour ébranler eux seuls le comportement des ménages.

 

Par ailleurs, un changement ne pourrait  s’effectuer qu’avec une modification significative de niveau de vie et des conditions d’existence (avoir des lieux de loisir à moindre coût).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE  :  NOUVELLES OPPORTUNITES DE CROISSANCE

 

Tout pays dont l’ambition est de sortir du sous-développement a besoin de se projeter dans l’avenir, il doit en conséquence avoir un pressant besoin d’adopter des stratégies, des plans et des programmes ; c’est-à-dire, fixer des objectifs clairs, recenser les atouts et les handicaps de l’économie et proposer des politiques socio-économiques susceptibles d’atteindre ces objectifs.

 

Dépourvues de richesses minérales, et même dénuées de technologie industrielle, les Comores sont loin d’être aussi pauvres : le pays possède de potentialités appréciables qui restent encore mal connues.

 

Malgré l’étroitesse des terres cultivables, les sols Comoriens sont très fertiles, ils sont abondamment arrosés par les pluies. Ces sols ont des propriétés particulières :

-         très forte capacité de rétention de l’eau (jusqu’à 300% du poids sec) ;

-         très forte teneur en matière organique (pouvant atteindre plus de 40%)[31].

 

Selon les études, l’Île de Mohéli serait propice à la culture vivrière ; par contre, les deux îles sœurs, les cultures de rente (la Grande-Comore produit la Vanille ; et Anjouan, le Girofle et l’Ylang-ylang).

 

Le pays dispose d’importantes ressources halieutiques estimées à 85.000 tonnes par an[32]. Mais, c’est en définitive, le secteur du tourisme qui semble détenir les plus fortes potentialités de croissance. Les centaines de plages, les différentes sites touristiques, les espèces très rares, les Comores possèdent un atout touristique.

 

L’archipel, de par sa position géographique, présente des avantages certains, pour faciliter les échanges entre le continent africain et l’île Malgache, voire les autres îles de l’océan Indien, les quelles jouent un rôle très actif dans le commerce  international (voir la carte géographique).

 

Dans notre stratégie de lutte contre la pauvreté, l’objectif est la réduction significative et durable de la pauvreté, et placer le pays sur la voie d’une croissance économique et un développement durable. Il s’agit, d’augmenter les revenus de ménages, d’améliorer leur état de santé, le niveau d’éducation ;  bref, améliorer les conditions de vie de la population et particulièrement les plus démunis.

 

Pour réaliser l’objectif visé de notre étude, il est à envisager une stratégie de développement qui s’articule sur deux (2) axes principaux :

-         Accélération de la croissance économique en appuyant sur les secteurs porteurs de croissance ;

-         Le développement des infrastructures et services de base.

 

4.1. APPUYER LES SECTEURS PORTEURS DE CROISSANCE

 

Seule une forte croissance permettrait d’augmenter la richesse nationale, résorber le chômage et réduire les inégalités. Si l’on considère comme seuil de pauvreté le montant de 167.000 FC, on peut estimer à partir des données de l’enquête à 21.819 millions FC[33], le montant de revenus supplémentaires qu’il faudrait distribuer directement aux pauvres pour hausser leur revenu au niveau de ce seuil. Etant donné que le PIB courant s’élève à 121.300 millions FC, ce montant de 21.819 millions FC à distribuer représente 18% du PIB. Il traduit, en fait, l’effort minimum de création de richesse nouvelle ou de redistribution  de la richesse existante, qu’il faudrait pour éradiquer la pauvreté. Ce montant supposé de redistribution donne un ordre de grandeur de l’effort à entreprendre.

 

Or, l’augmentation du PIB de 18%, en supposant que la population est constante, peut être réalisée par une croissance annuelle de 1,8% pendant une décennie (10 ans). Sachant que la population augmente de 2,7% par an, il faudrait que la croissance réelle du PIB avoisine les 4,5% par an pendant 10 ans.

 

En veillant cependant à ce que les fruits de cette croissance profitent en priorité à ceux qui sont plus pauvres dans les différentes Îles, les milieux urbains et ruraux, et les catégories de ménages, on pourrait obtenir une forte réduction de la pauvreté  à une décennie. Des actions ciblées, orientées vers les plus pauvres demeureront toujours nécessaires, pour assur