OBSERVATOIRE
DE L’EMIGRATION
CLANDESTINE
ANJOUANAISE
Lettre d'information de l’OECA n° 2 - 22
décembre 2000
EDITORIAL
Accidents de Kwasa-Kwasa :
le devoir d’informer
Nous avons commencé à répertorier
les accidents de kwasa kwasa entre Anjouan et Mayotte depuis le 1er juillet
2000.
En 4 mois, du 1er
juillet au 30 octobre, 8 embarcations surchargées, transportant 20 à 27
passagers clandestins chacune, ont chaviré. Trois d’entre elles à proximité des
côtes anjouanaises et les cinq autres en vue des côtes mahoraises. Nous avons
dénombré 87 morts ou disparus et 96 rescapés.
Ces informations sont
fiables. Elles sont issues d’enquêtes croisées menées par l’ONG comorienne CAP
et la direction de la Santé de l’île, encadrées par Initiative Développement
(ID).
Ces morts ont lieu dans
les eaux territoriales françaises ou à proximité. Elles sont la conséquence des
mesures prises en 95 (obligation du visa pour les comoriens désirant se rendre
à Mayotte) et du développement des filières d’émigration clandestine qui s’en est suivi.
Ces chiffres cachent les
visages d’hommes mais aussi de femmes et d’enfants que nous côtoyons à Anjouan
dans le cadre de nos programmes de développement.
Nous savons que personne
ne se satisfait de cette situation et nous devons maintenant agir avec toutes
les parties concernées pour tenter d’arrêter cette hécatombe.
L’analyse des
circonstances de ces accidents nous permettra peut-être de proposer des solutions
pour réduire le nombre des victimes en permettant aux passagers de
« flotter » jusqu’à l’arrivée de secours.
Mais cela ne suffira
pas. Il faut s’attaquer aux racines du mal et aux causes de cette émigration
clandestine. Les décisions qui sont à prendre sont à la portée de ceux à qui
nous nous adressons aujourd’hui.
La répétition de ces
accidents depuis cinq ans et la multiplication du nombre de victimes sont
insupportables. Nous ne pouvons plus rester les témoins silencieux de ces
drames. A chaque nouvel accident et dès que nous aurons pu mener notre enquête,
nous vous informerons.
Dr Philippe Malherbe
Comité de direction de ID
L’enquête
de l’OECA sur les accidents de Kwasa kwasa Une démarche rigoureuse pour des
informations fiables.
Pourquoi une telle enquête ?
Aucune
information chiffrée fiable n’est actuellement disponible sur le nombre
d’accidents de kwasa kwasa survenant entre Anjouan et Mayotte et sur le nombre
de victimes de ces naufrages. Les quelques enquêtes qui ont été faites jusqu’à
présent n’ont donné que des résultats partiels et peu fiables. La presse locale
et réunionnaise se fait parfois l’écho de ces accidents, mais à notre
connaissance, ces informations éparses n’ont jamais été ni rassemblées, ni
vérifiées.
Le
caractère clandestin de ces traversées et l’absence de registre de passagers ne
permettent pas d’avoir accès à des informations écrites. Le recours à la mémoire
collective et aux témoignages sont les seules sources d’informations possibles.
Nous
avons procédé en juillet et en août dernier à une enquête rétrospective des
accidents survenus au cours des 12 derniers mois (juillet 1999 – juin 2000). De
nombreuses personnes ont été interrogées sur les 16 principaux sites de départ
des kwasa kwasa , mais le croisement des données recueillies n’a pas permis de
dégager d’informations concordantes. Cette enquête est donc inexploitable mais
à cette occasion, nous avons pu identifier nos informateurs.
Pour
contourner ces difficultés, nous avons décidé de collecter les informations
après chaque accident. Une enquête prospective permanente est donc en cours
depuis le 1er juillet 2000.
Les
accidents graves ne passent pas inaperçus et nous sommes en général prévenus
assez rapidement. Chaque
nouvel accident
fait
l’objet d'une notification auprès de l’OECA.
L’enquête
est faite quelques jours après l’accident : pas trop tôt car le nombre de
disparus n’est alors pas définitif, ni trop tard pour que les informations
soient encore bien en mémoire.
Que pouvons-nous en
attendre ?
-
Le recensement de
tous les accidents de kwasa kwasa partis d’Anjouan depuis le 1er juillet
2000.
-
Une notification de
chaque accident.
-
Une meilleure
appréciation du nombre de victimes.
-
Une meilleure
connaissance des causes des accidents.
Les sources d’information
Nos
informateurs sont constitués du personnels de santé, des leaders communautaires,
des personnes travaillant dans la filière kwasa kwasa mais aussi des rescapés
et des pilotes des barques accidentées.
A
chaque accident, deux enquêtes distinctes sont faites, l'une par CAP, l'autre
par une personne de la direction de la Santé. Ils interrogent les informateurs
habitant à proximité du point de départ de l'embar-cation qui a chaviré, ou sur
l’un des lieux d’escale sur la côte. En effet, les kwasa kwasa s’arrêtent
parfois en plusieurs endroits pour prendre de nouveaux passagers avant de
gagner le large.
Une fiche
d’enquête qui a été testée et validée est remplie par chaque réseau.
Le croisement des données
Les
deux fiches d’enquête sont alors comparées. Nous ne retenons que les informations concordantes. Ces précautions
limitent le risque d’erreur.
Enfin,
dans le mesure du possible, nous essaierons de corroborer ces données à
Mayotte, avec les informations recueillies notamment auprès des services de police
et de secours de l’île pour les accidents qui se produisent à proximité des
côtes mahoraises.
A court terme sur quelles
mesures de prévention cette enquête peut-elle déboucher ?
La
répétition des accidents et le nombre élevé de victimes annoncées à chaque fois,
montrent que nous sommes confrontés à un véritable problème de santé publique à
l’échelle de l’île d’Anjouan. Notre estimation est de 1 à 2 accidents par mois
et de 150 à 200 morts ou disparus chaque année pour une population de 250 000
habitants !
Lorsque
les causes des accidents et des décès seront connus, il sera peut-être possible
de proposer, puis de tester l’acceptabilité de mesures de réduction des risques
aux différents acteurs de la filière clandestine, passeurs et passagers :
limitation du nombre de passagers, utilisation de moyens divers pour flotter
(planches en polystyrène, bouées, brassards, gilets de sauvetage), fusées de
détresse, vérification des moteurs, contact radio, consultation de la météo,
etc. Aucune idée n’est a priori à rejeter
dès lors qu’elle prouvera sa capacité à sauver des vies humaines. S’agissant de
filières clandestines, nous avons bien conscience de la difficulté de la tâche
qui nous attend. Néanmoins, notre statut d’ONG et nos interventions dans le
domaine de la santé à Anjouan nous autorise à le faire. Ce travail et cette
réflexion sont menés en partenariat avec la direction de la Santé de l’île qui
est, à ce titre, associée à notre démarche.
Les ONG membres de
l’Observatoire
Recensement des accidents de Kwasa Kwasa
survenus
depuis le 1er juillet 2000
87 morts
ET disparus dans 8 accidents confiRmés
entre le 1er juillet et
le 30 octobre 2000
|
N° |
Date |
Lieu
de Départ |
Lieu
de l’accident |
Passagers |
Morts |
Disparus |
Rescapés |
|
1 |
7/07/
2000 |
Domoni |
Proximité Mayotte |
22 |
7 |
- |
15 |
|
2 |
7/07/2000 |
Mirontsi, Transit Bambao |
Côte
d’Anjouan |
27 |
3 |
13 |
11 |
|
3 |
4/08/2000 |
Domoni |
Proximité Mayotte |
22 |
6 |
- |
16 |
|
4 |
8/08/
2000 |
Chiroroni |
Côte
d’Anjouan |
20 |
4 |
5 |
11 |
|
5 |
12/08/2000 |
Mohéli, Transit
Vouani |
Proximité Mayotte |
27 |
10 |
16 |
1 |
|
6 |
28/08/2000 |
Domoni |
Côte
d’Anjouan et de Mayotte |
23 |
- |
- |
23 |
|
7
|
22/09/2000 |
Hamchako |
Côte
d’Anjouan |
21 |
3 |
9 |
9 |
|
8 |
30/10/2000 |
Bambao |
Proximité Mayotte |
21 |
0 |
11 |
10 |
|
Total
|
|
|
|
183 |
33 |
54 |
96 |
|
87 morts ou disparus |
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vous souhaitez échanger sur ces questions ou être retiré de la liste
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