Un juriste réunionnais contre la départementalisation de Mayotte

 

 

Le spécialiste en Droit public international, le Pr André Oraison de la Faculté de Droit et des Sciences politiques de l'Université de La Réunion, s'est prononcé, dans une étude récente, contre la départementalisation française de Mayotte dans l'archipel des Comores à l'horizon 2010.

 

Le Pr Oraison rejoint ainsi la revendication de l'Union des Comores et de la Communauté internationale selon laquelle l'île de Mayotte doit réintégrer l'ensemble comorien.

 

"Quel avenir pour Mayotte ?" est la problématique posée dans cette étude transmise à la PANA et signée de ce publiciste connu pour ses études géopolitiques concernant la zone sud-ouest de l'océan Indien.

 

Positionnée en sentinelle à l'entrée nord du canal de Mozambique, entre l'Afrique orientale et Madagascar, l'île de Mayotte s'étend sur 374 km² et est peuplée de 160.000 habitants d'origine africaine à 95 pour cent musulmans.

 

Française depuis le 25 avril 1841, elle est soumise, dans une large mesure, au droit coranique et à une législation coutumière locale. Le vote par le Parlement français de la loi statutaire du 11 juillet 2001 relative à Mayotte fait, à son article premier, de ce territoire une "collectivité départementale"

 

Avec cette récente loi, Mayotte pourra continuer d'exercer ses compétences actuelles pendant une nouvelle période transitoire de dix ans. Mais elle recevra en outre, progressivement, de nouvelles compétences départementales et régionales, notamment dans le domaine de la coopération décentralisée.

 

D'un point de vue géopolitique, le Pr Oraison rappelle que ce changement de statut de Mayotte "serait considéré comme une nouvelle manœuvre de la France dirigée contre le peuple comorien, qui revendique Mayotte depuis son accession à l'indépendance le 6 juillet 1975".

 

L'octroi d'un tel statut administratif, redoute le professeur, serait de nature à entraîner sur les plans politique et diplomatique de nouvelles critiques émanant d'entités internationales telles que les Nations unies et la Ligue des Etats arabes qui se sont toujours prononcées pour le retour de Mayotte dans l'ensemble comorien, "sans consultation préalable de sa population".

 

"Pour une multitude de raisons aussi internes qu'internationales, il serait également judicieux que le gouvernement français n'accorde pas à l'horizon 2010 le statut de Département d'outre-mer (DOM) à l'île aux parfums de ylang-ylang", préconise André Oraison.

 

A ce sujet, précise-t-il, "il faut espérer que les élites mahoraises auront eu le temps, d'ici là, de se convaincre elles-mêmes que le statut de DOM n'est pas la solution miracle aux maux dont souffrent les sociétés françaises ultramarines".

 

"Le statut de DOM risquerait par ailleurs d'introduire une vie économique totalement artificielle à Mayotte de nature à faire basculer irrémédiablement une société insulaire traditionnelle et rurale à plus de 80 pour cent dans la dépendance d'une riche métropole et dans l'assistanat généralisé", a-t-il conclu..