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mardi 11 novembre 2003 Mayotte : la honte Réaction de Mr Said Omar Allaoui Ancien ambassadeur itinérant Directeur de la Gazette des Comores Suite
aux propos haineux et scandaleux tenus par le Préfet de Mayotte dans les
colonnes du Quotidien de la Réunion du 10 novembre 2003. Un grand bravo à
notre contre confrère de la Gazette des Comores. Les propos haineux et scandaleux tenus dans vos colonnes (le
Quotidien de La Réunion) ce lundi 10 novembre par J.J.
BROT préfet de Mayotte mériterait qu’on leur oppose le mépris s’ils sortaient
d’une bouche autre que celle d’un haut représentant de la République. Lorsque
celui qui symbolise les valeurs de « liberté, d’égalité et de
fraternité » sur cette île n’hésite pas à emprunter le discours de
l’extrême droite, discours xénophobe et raciste : « l’invasion
migratoire » qui fait de l’Anjouannais le bouc
émissaire de tous les maux dont souffre Mayotte, cela devient insupportable
et mérite d’être relevé. J’imagine
le tollé qu’auraient soulevé les propos inqualifiables tenus tout le long de
l’interview, par le Préfet de Mayotte, s’ils avaient été dits en France
métropolitaine par un responsable politique de ce rang. Malheureusement, sous
les tropiques, les grands principes de la République n’ont pas tout à fait la
même valeur ! Si
l’on peut pardonner à ce haut magistrat venu du Nord, qui ne parle pas un mot
de mahorais, de ne pas connaître la culture de ce peuple qu’il administre, si
on peut l’excuser d’ignorer l’histoire de ces « iles
de la lune », on ne peut pas ne pas être choqué par son discours
lepéniste. Vouloir réduire l’histoire millénaire de ce
peuple séparé par 70 kilomètres de mer, mais uni par une identité de sang, de
langue, de religion et de culture, à la courte période coloniale, relève de
l’imposture ! Si
les aléas de la décolonisation ont fait qu’aujourd’hui Mayotte est
administrée par la France, il n’est pas moins vrai que cette île,
géographiquement comme historiquement, fait partie de l’Archipel des Comores
et que la loi internationale continue de reconnaître un Etat comorien composé
de 4 iles. Mais il ne s’agit pas du problème du statut
international de Mayotte dont il est question ici, mais d’un grave problème
touchant au respect des valeurs de la République et des droits de l’homme. Il
s’agit d’une violation grotesque et insupportable de ces grands principes par
le premier magistrat de la France sur cette île. L’actualité tragique de ces
derniers jours sur cette île a montré que le climat de haine instauré et
entretenu à Mayotte peut conduire à des actes ignobles ! Ecoutons monsieur le préfet :
« l’invasion migratoire anjouanaise viole notre hospitalité, viole notre
souveraineté et viole la liberté exprimée dans les urnes en 74… Elle sape
tous les efforts de développement, elle est responsable de l’échec scolaire
de nos jeunes compatriotes mahorais,( …) Elle sape le droit des femmes et de la planification
familiale : mon intuition-je n’ai pas encore les chiffres-- est que le
nombre d’enfants par femme est très différent entre les Anjouanaises et les
Mahoraises… ». Monsieur le préfet devrait se renseigner auprès des chefs
d’établissement scolaires et des services sociaux réunionnais pour ne pas
avoir à dire autant de contre -vérités ! Il devrait savoir par ailleurs
que depuis 1975 les Comores ont formé une centaine de médecins, des dizaines
d’ingénieurs, des centaines de professeurs, des milliers d’instituteurs, des
magistrats, des avocats, des cadres qui ne se défendent pas mal dans les
institutions internationales !Si le système
scolaire mahorais n’a pas pu produire autant de « cerveaux », ce
n’est pas la faute aux immigrés anjouanais souvent exploités et
humiliés ! Il est vrai qu’il se pose un problème de
flux migratoire incontrôlé d’anjouanais vers Mayotte, comme il s’en pose
d’ailleurs à la Réunion avec l’arrivée massive de Mahorais sur cette île. Mais , a-t-on
cherché à lutter contre les causes de ce flux migratoire ? Pourquoi les habitants des autres iles de l’Archipel partent, souvent au péril de leur vie,
vers Mayotte ? Les causes de
l’immigration, on les connaît, c’est la recherche de meilleures conditions
d’existence, c’est la fuite de la misère… Nous savons que depuis son
indépendance, l’Etat comorien est plongé dans une déstabilisation chronique
qui empêche tout développement économique et social. Qui cautionne ou laisse faire les coups
d’état de Denard et autres ? Qui
a soutenu et encouragé le séparatisme anjouanais ? Qui a pris la responsabilité de détacher
Mayotte de ses iles sœurs ? Pourquoi a-t-on
laissé le fossé se creuser entre cette île et les autres ? Autant de questions que J.J Brot devrait
connaître la réponse. Une chose est
certaine, ce n’est pas avec de tels discours de haine qu’on pourra résoudre
les énormes et délicats problèmes qui se posent sur cette île. Toute politique française qui voudra se limiter à Mayotte
et ignorer son environnement immédiat sera voué à l’échec.
Pour relever le défi de l’avenir, Paris se doit d’élargir sa vision sur cette
zone, les intérêts stratégiques de la France seront sûrement mieux garantis
avec un ensemble comorien apaisé et stabilisé. |
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