6 novembre 03.

 

INTERVENTION DE MANSOUR KAMARDINE A L’ASSEMBLEE NATIONALE FRANCAISE  ET REPONSE DE SARKOZY.

 

 

Diffusion intégrale sur RFO Télé Mayotte, après les journaux en français et en maorais vendredi 7 novembre 03 au soir. (Diffusion en version traduite le 08/11/03)

 

Mansour Kamardine :

 

La situation est très préoccupante, les chiffres sont édifiants, le nombre d’immigrés clandestins peut être estimé aujourd’hui à 50000 personnes pour une population recensée en août 2002 de 160.000 habitants.

 

Aucune collectivité ne peut tolérer et assimiler près d’un tiers de sa population étrangère, a fortiori clandestine, sur un territoire de la taille de Mayotte : 374 km².

 

La situation dans les services publics est explosive. Environ 70% dans les dispensaires et à l’hôpital sont des clandestins, 2/3 des mères qui accouchent sont des clandestines, 90% du rôle de la Chambre Criminelle du Tribunal supérieur d’Appel de Mamoudzou est constitué de clandestins, 70% des détenus de la Maison d’Arrêt de Majikavo sont des clandestins. Plus récemment encore  les classes surchargées et les incidents qui ont émaillé la dernière rentrée scolaire furent l’occasion de mesurer l’ampleur de ce fléau. Près de 700.000 Comoriens, je suis allé aux Comores plus d’une fois, je les ai rencontrés, attendent sur les rivages d’Anjouan pour atteindre clandestinement Mayotte.

 

Les 5266 reconduites effectuées à ce jour pour la présente année contre 3773 pour l’année 2001 et 3990 pour l’année 2002 attestent de la détermination affichée par vos services. De même la destruction des barques et quelques opérations coup de poings contribuent à une certaine dissuasion.

 

Ma question est donc simple : quelles mesures d’urgence, parce qu’on voit bien que les mesures traditionnelles n’apportent pas de réponse puisque les personnes reconduites, ils ont à peu près 48 heures pour vivre chez eux , on les retrouve encore à Mayotte,  ma question est simple : quelles mesures d’urgence et quels moyens entendez-vous consacrer à lutter contre l’immigration clandestine ? Enfin, pensez-vous que dans le même esprit qui a conduit à la mise en place des GIR, une action en étroite concertation avec vos homologues de la défense et de la coopération soit-elle envisageable ?

 

Je crois en effet que, à l’instar de ce qui a été initié localement mais sans moyens suffisants, l’armée et la PAF doivent jouer pleinement leur rôle de dissuasion, de prévention et de répression dans le cadre d’une coopération régionale ambitieuse.

 

SARKOZY :

 

Monsieur Kamardine, j’ai affecté en 2003 trente fonctionnaires de police supplémentaires pour Mayotte, les arrestations de passeurs ont augmenté de 40%, les expulsions ont augmenté de 22%. Pour autant il est vrai que la situation en matière d’immigration clandestine est assez catastrophique. Ecoutez, il y a 160.000 habitants à Mayotte, on a 20000 étrangers en situation irrégulière. Alors ma détermination est totale, à Mayotte comme en Guyane et dans un certain nombre de territoires d’Outre-Mer de ne pas laisser la situation s’envenimer. J’aurai l’occasion, j’ai été en Guyane il y a peu de temps pour prendre un certain nombre de décisions, je ferai de même pour Mayotte. Le problème c’est que le déplacement est un peu plus long. Je peux aller à [ ?] en fin d’après-midi, il est difficile d’aller en fin d’après midi à Mayotte. Je n’oublie pas bien sûr que c’est la France et qu’on ne peut pas laisser de situation ingérable. Vous êtes submergés par un phénomène qui vous dépasse et il faudra bien sûr qu’au début de l’année prochaine je me rende sur place ne serait-ce que pour encourager les fonctionnaires qui font un travail remarquable et qui ne se découragent pas alors qu’ils sont submergés par l’activité. Mais enfin 40% d’arrestations de plus, Monsieur Kamardine, c’est quand même la preuve qu’on a décidé de prendre le taureau par les cornes, de réagir et de ne pas laisser faire. Je vous assure que je développerai encore cette politique en 2004 parce que je n’oublie pas une chose : c’est que, une fois à Mayotte, pour beaucoup le voyage n’est pas terminé, si vous voyez ce que je veux dire... Mayotte c’est une des frontières de la France. Je le dis à ceux qui ne comprennent pas pourquoi on fait tant d’efforts sur les Dom-Tom, c’est parce que les problèmes des Dom-Tom aujourd’hui ça sera les problèmes de vos circonscriptions après-demain et cela il faut que chacun le comprenne. Les tourments de Mayotte aujourd’hui c’est les problèmes de la France métropolitaine après-demain.