Collectif pour la Défense de l’Unité                    Le Port, le 12 novembre 2003

et l’Intégrité             

Territoriale des Comores

Allée Franck COCOU, appt 157

ZAC1, plaine des galets

97420 Le Port

 

 

Lettre ouverte

                                                         

                                                        A

 

 

 

                                                                              Madame Brigitte GIRARDIN,

 

                                                                              Ministre chargée de l’Outre-Mer

 

 

 

Objet :   Le drame de ceux venus des autres îles des Comores, à Mayotte.

 

 

Madame la Ministre,

 

 

     L’instauration d’un visa à Mayotte pour les Comoriens des autres îles en 1994 par M. Balladur, alors 1er Ministre, a progressivement créé une situation nourrie de haine et de xénophobie à l’égard de ces derniers qui ne pourront jamais comprendre qu’ils sont étrangers là où, comme dans les autres îles, s’est tissée par le sang, la langue et la religion toute une culture identitaire commune.

 

     De ce climat de haine et de xénophobie à l’égard des autres Comoriens résultent, aujourd’hui, les actes criminels du 27 octobre 2003 dans le village de Hamouro, sur la commune de Bandrelé, à Mayotte.

 

     Aucun secours, ni en nourriture, ni en abris, n’ayant été apporté aux victimes, des familles entières, choquées et désemparées, après les incendies volontaires et organisés  de leurs habitations, se sont retrouvées à la rue, ayant perdu l’intégralité de leurs biens. Ces actes, qu’on croyait appartenir à un autre âge, ont suscité une vive émotion dans notre région. Plusieurs organisations de défense des Droits de l’Homme ainsi que les médias à Mayotte, à la Réunion et en France s’en sont indignés. Car tout cela constitue une grave atteinte aux Droits de l’Homme et une violation flagrante du droit à la propriété, principes fondamentaux garantis par la Constitution française.

 

     En outre, nous nous élevons contre la réaction de M. le Préfet de Mayotte dans son interview du 27 octobre parue dans le Quotidien de la Réunion, où il diabolise les Comoriens des autres îles, au lieu de faire comprendre l’irrationalité  des actes commis.

 

      Nous pensons que le moment est venu d’engager une politique ambitieuse permettant une libre circulation des personnes et des biens au sein des 4 îles Comoriennes, seule initiative susceptible de favoriser les facteurs d’un développement socio-économique équilibré. Toute autre vision politique, qui consiste à inscrire Mayotte dans une dynamique  de développement socio-économique qui ignore les autres îles des Comores, ne pourra être que source d’instabilité au sein de cette entité géographique et socio-culturelle qu’est l’archipel des Comores.

 

     Les événements de Hamouro, qui portent une grave atteinte à la crédibilité de Mayotte en matière de respect des droits de l’homme, montrent à l’évidence les limites de la politique de développement solitaire engagée dans  cette île.

 

     Madame la Ministre,

 

     La politique qui consiste à refouler de Mayotte les Comoriens des autres îles  comme on le fait dans l’Hexagone à l’égard des sans-papiers,  n’a pas de base juridique car le Droit international, qui prime en l’espèce, considère toujours que Mayotte fait partie intégrante  de l’ensemble comorien.

 

     En définitive, compte tenu des liens historiques entre la France et les Comores, seule une solution respectant les intérêts des deux parties serait de nature à créer les conditions d’une situation d’entente et de compréhension mutuelle durable.

 

     Nous vous prions, Madame la Ministre, de bien vouloir agréer l’expression de notre profond respect.

 

 

Pour le bureau du Collectif,

 

Ali MLAMALI