Libre
opinion : La question française
Lorsque dans le cadre de la résolution de la crise
séparatiste une mission de médiation relative à la sécurité des Comores est
confiée à l'ambassadeur de France et que cela semble "aller de soi",
c'est que quelque chose ne tourne pas rond . Car la
France qui maintient une île comorienne sous son administration est partie
prenante quand il est question de l'intégrité territoriale des Comores. La
question française réside dans ce paradoxe qui veut que la France se pose en
ami désintéressé qui soutient les Comores dans sa lutte pour sauvegarder son
intégrité territoriale sans tenir compte de l'avis des Comores.
Un regard sur le processus historique
mérite donc de retenir l'attention.
Ahmed Abdallah, malgré ses accointances avec la France
s'était insurgé contre "le couteau" (la France) qui dépeçait la
"viande" (les Comores). C'était en 1975, au moment de l'indépendance
quand la France "séparait" Mayotte de ses îles sœurs. La France le
punit, ce fut le coup d'état d'août 1975. Revenu au pouvoir dans les bagages de
Bob Denard en 1978, Ahmed Abdallah n'en continua pas moins de protester contre
la politique française sur Mayotte, de réclamer la "quatrième patte du
bœuf" Comores. Il mena tant bien que mal, sa "guerre de salive".
Pour sa part Ali Swalih,
"l'homme de main" d'août 1975, lorsqu'il compris fin 1975 que la
France s'était jouée de lui sur la question de Mayotte, il se révolta fièrement
et brava la "puissance française". Parti avec armes et bagages, la
France croyait étouffer les Comores qui se trouvèrent du jour au lendemain sans
coopérants, sans administration, sans ressources humaines ni financières, sans
budget et qui de plus ne disposait d'aucune expérience de gestion d'un Etat. Eh
bien ces deux ans là, sans la France, furent les plus prospères au plan
économique de toute notre histoire, un Etat comorien original fut mis en
chantier. La répression forcenée de cette période ne peut pas et ne doit pas
cacher cette démonstration qui honore notre pays.
Malheureusement la fin tragique d'Ali
Swalih, l'instabilité chronique maintenue par les
affreux de Denard convainquirent rapidement les hommes politiques comoriens
"pragmatiques", "crédibles", que pour exister il fallait un
soutien français. Un "voyage à Paris", un soutien d'un politique
français fut-il obscur, était brandi et l'est toujours par certains, comme un
gage de sérieux et une promesse de réussite, etc.
La revendication de l'île comorienne Mayotte se fit sourde.
Les politiciens "réalistes" sont pris dans un étau : d'un coté le risque
de "se faire descendre" en réclamant Mayotte et de l'autre le
sentiment national sur une question aussi sensible qu'une occupation
territoriale. Même lorsqu'ils capitulent complètement, ces derniers se trouvent
obligés d'inventer des subterfuges pour "sauver la face" et se mentir
à eux-mêmes. On en a vu une bonne illustration lorsque les représentants de
l'Union des Comores ont accepté que l'île comorienne Mayotte soit intégrée dans
une prétendue "France de l'Océan Indien". Une démagogie doublée d'une
forte agressivité pour cacher leur impuissance et leur capitulation.
C'est ce phénomène de démission nationale déguisée qui
explique qu'aucun gouvernement n'a mené une politique systématique pour le
retour de Mayotte dans l'Etat comorien, les maorais
qui se battent pour l'unité des Comores, à l'instar de Monsieur Youssouf
Moussa, sont abandonnés à leur sort de paria. La descente aux enfers des
Comores s'en suit tout naturellement. Car il est de plus en plus clair que la
question de Mayotte est décisive, qu'elle conditionne la stabilité dans
l'Archipel et donc la possibilité de mettre en œuvre une politique
d'édification économique et sociale. Pourquoi Maurice et même les Seychelles
seraient-elles si loin devant nous en matière économique ? Pourquoi l'armée
seychelloise a pu triomphé d'une expédition des affreux de Bob Denard et pas la
comorienne ? En talent, en courage, etc. les comoriens valent bien les autres.
Tout ce qui nous arrive est incontestablement le résultat d'une politique
systématique de déstabilisation menée de main de maître par une puissance
disposant de moyens énormes.
Il est urgent de poser "la question
française" car la situation se dégrade.
Du coté français, la politique sur la question de l'île
comorienne Mayotte se raidit : visa Balladur, expulsions massives de
"comoriens", expéditions punitives contre les "comoriens"
comme à Hamouro en décembre dernier, etc. D'autre
part voulant consacrer le fait accompli, la France mène une politique
volontariste d'assimilation des maorais.
Alors que du coté comorien, on plie l'échine, au lieu de
protester contre les exactions et les provocations on chante de plus en plus
fort l'amitié franco-comorienne, on en arrive même à créer nous mêmes des
brèches sur les deniers remparts qui restaient : les débats à l'ONU sur
Mayotte, les jeux de l'Océan Indien… Ces derniers temps, on a vu émerger des
jeunes aux dents longs, prétendants au trône, oser reconnaître la sécession de
Mayotte comme un fait acquis alors que des "vieux chevaux" sombrent
dans le défaitisme sur Mayotte voire même sur Ajouan.
En cette période d'effervescence politique, la
"question française" mérite une place de choix dans le débat
électoral. L'on ne peut nier l'appartenance de Mayotte à l'Union des Comores et
se prétendre neutre sur la question du séparatisme et encore moins l'ami des
Comores. L'expérience historique (Allemagne, Viet Nam, Corée, Chine, etc.) témoigne si besoin était que les
questions nationales, l'occupation de territoire d'autrui ne peuvent être
réglées par la force ou par une simple politique de division des uns et
d'assimilation des autres.
Au total la situation actuelle ne peut que conduire les uns
et les autres à l'impasse. Alors osons poser ensemble "la question
française" qui incontestablement occupe une position centrale dans les
destinées comoriennes.
La France doit commencer par reconnaître officiellement que
Mayotte est comorienne et qu'elle intégrera au final l'Etat comorien.
Swalihi Bwana
23/1/04