Ile Maurice: La commission de l'Océan indien monte en grade

 

L'Express (Port Louis)

19 Décembre 2006
Publié sur le web le 19 Décembre 2006

Shyama Soondur
Port Louis

Quelque 740 000 tonnes de thon, d'une valeur de Rs 120 milliards sont pêchées dans l'océan Indien chaque année.

La perception est souvent plus forte que la réalité. La Commission de l'océan Indien (COI) en a fait l'expérience, d'où sa tentative de se refaire une image. Méconnue, elle souffre d'une image plutôt réductrice d'organisation oeuvrant pour la promotion du commerce intra-îles. On lui reconnaît également un vague rôle social consistant à rapprocher les différents peuples insulaires. L'organisation a tenu une journée portes ouvertes en fin de semaine pour mieux se faire connaître. "Les gens nous jugent encore sur la base de nos objectifs de départ", relève Denis Bossard, chargé de mission à la COI, et l'opinion est restée figée dans le temps alors que l'organisation a beaucoup évolué". Il fait aussi ressortir qu'à présent, la COI a un rôle beaucoup plus engagé et qu'elle se positionne comme un bloc sous-régional qui milite pour les intérêts des îles de la partie australe de l'océan Indien.

Fort de ce constat, le secrétariat de la COI a adopté une stratégie de communication plus agressive. Une des composantes de ce nouveau plan, c'est la tenue de journées portes ouvertes annuellement dans chacun des pays membres. La toute première manifestation du genre a eu lieu en fin de semaine à Quatre-Bornes, précédée d'un colloque autour du thème Petits Etats insulaires et les pays les moins avancés face à la globalisation.

La COI a été constituée en 1984 par trois états fondateurs, à savoir, Maurice, Madagascar et les Seychelles. La Réunion et les Comores s'y sont joints deux ans plus tard. L'organisme s'était alors fixé comme objectif de resserrer les liens d'amitié et de solidarité entre les peuples et d'en favoriser le développement économique.

Depuis, les temps ont changé. La globalisation s'est accélérée. D'autres blocs de coopération régionale, comme la COMESA et la SADC, sont montés en puissance. La COI a suivi cette dynamique et a progressivement évolué pour s'ériger en un premier cercle de coopération, destiné à faciliter l'intégration régionale et internationale des îles du sud-ouest de l'océan Indien.

Désormais, les activités de la COI sont orientées essentiellement vers la défense des intérêts des États insulaires dans des forums internationaux et auprès des organisations régionales. La commission s'attelle également à la préservation de l'environnement et à la valorisation des ressources naturelles des îles. Le développement humain et la coopération dans les domaines politique et sécuritaire sont les deux autres axes d'intervention.

Dans un souci d'assumer pleinement son rôle de plate-forme de coopération régionale, la COI opère en collaboration avec des bailleurs de fonds et des agences de coopération internationales et régionales ainsi qu'avec le système des Nations unies.

Son principal bailleur de fonds reste l'Union européenne qui intervient sous l'égide de l'Accord de Cotonou qui régit ses relations avec ses anciennes colonies. A ce jour, ce bloc a financé les activités de la COI à hauteur de 100 millions euros ( environ Rs 4.5 milliards).

â- Champs d'intervention de la COI

Les initiatives visent à assurer la stabilité et la sécurité dans la région. Pour y arriver, la COI privilégie le dialogue politique et stratégique, la médiation diplomatique, la participation au règlement de crises régionales, l'observation des processus électoraux, entre autres.

â- Sécurité et protection civile

La COI lutte contre l'internationalisation de la criminalité, du terrorisme et des grands trafics à travers une étroite collaboration entre les agences de sécurité de chaque État membre. Celle-ci porte notamment sur l'échange d'information et la formation des effectifs. La région étant vulnérable aux intempéries et aux catastrophes naturelles et humaines, une plate-forme régionale de secours d'urgence et d'aide humanitaire est en voie de création.

â- Pêches

Un projet de surveillance, contrôle et suivi du thon a démarré l'année dernière. Celui-ci devrait déboucher sur une collaboration régionale pour une gestion durable de cette ressource. L'initiative devrait aboutir à la création d'une base de données fiables pour une gestion optimale, une procédure harmonisée et intégrée pour l'attribution des licences ainsi qu'une surveillance améliorée. Environ 740 000 tonnes de thon d'une valeur de deux à trois milliards d'euros (jusqu'à Rs 120 milliards) sont pêchées dans l'océan Indien chaque année. L'activité est menacée par la surexploitation.

â- Technologies d'information et de télécommunication

L'Union européenne a alloué 21 millions euros (environ Rs 800 millions) à la réduction de la fracture numérique dans les pays de l'Afrique australe et orientale. La COI a constitué un groupe de travail pour assurer la coordination de la part des États membres.

â- Tourisme

En 2001, il était question de créer une organisation touristique de l'océan Indien, avec une forte participation du secteur privé, en vue d'optimiser le potentiel régional. Cependant, le projet n'a jamais vraiment décollé. Depuis, des pistes de coopération plus souples et plus pragmatiques ont été balisées pour encourager l'adhésion du secteur privé.

â- Ressources naturelles et environnement

La commission appuie la conservation et la protection de la biodiversité terrestre et marine, favorise l'éducation des jeunes générations à la nécessité de protéger l'environnement et soutient un renforcement de la surveillance épidémiologique animale. Elle a déjà développé un modèle pour l'éducation environnementale que les États membres sont invités à prendre à leur compte. Elle encourage l'élaboration et la mise en oeuvre de plans nationaux de gestion intégrée de la zone côtière. Elle finance la création d'un réseau régional d'aires marines protégées. Elle a créé le réseau Récifs de la COI afin d'assurer un suivi de l'état de santé des récifs. Enfin, elle crée une "autoroute maritime" qui consiste à suivre électroniquement les navires traversant la région dans le but de prévenir tout risque de pollution marine.

â- Développement humain

La COI s'investit dans l'amélioration de la protection sanitaire des populations des îles, notamment par la lutte contre le VIH/SIDA et la surveillance des maladies émergentes ou ré-émergentes comme la dengue. Elle promeut les droits des enfants et favorise des échanges culturels et universitaires.