Les prédateurs de la liberté de la presse

 

Les violations de la liberté de la presse ont des responsables et des commanditaires. Qu’ils soient Président, ministre, procureur général, chef d’état-major, Guide de la Révolution ou simplement leader d’un groupe armé, ces prédateurs de la liberté de la presse ont le pouvoir de faire emprisonner, enlever, torturer et, dans les pires des cas, de faire assassiner des journalistes. Parce que ces prédateurs ont des visages, il faut les connaître pour mieux les dénoncer. Aussi, Reporters sans frontières a décidé d’en dresser les portraits. Aujourd’hui, ils sont trente. Mais cette liste n’est pas définitive et sera mise à jour chaque fois que la situation l’imposera, au gré des exactions de ces ennemis de la liberté d’expression.

 

Ces prédateurs ne sont pas tous des représentants officiels d’un Etat. De plus en plus souvent, ils appartiennent ou dirigent des groupes armés qui combattent ou soutiennent un régime. Cette violence privatisée doit également être dénoncée : de trop nombreux journalistes tombent sous les coups d’organisations indépendantistes, de mouvements intégristes religieux, de bandes criminelles ou de narcotrafiquants.

 

L’impunité des assassins de journalistes est le défi que les organisations de défense de la liberté de la presse doivent désormais relever. C’est pourquoi Reporters sans frontières a mis en place le réseau Presse et Démocratie. Cette structure va permettre de lutter pour que les prédateurs d’hier et d’aujourd’hui ne puissent plus vivre en toute tranquillité dans leur pays ou à l’étranger. Les dictateurs et chefs de guerre en tout genre doivent répondre de leurs crimes devant la justice internationale. Il est temps d’en finir avec l’impunité.




 Mollah Mohammad Omar (Afghanistan)
Depuis 1994, le mollah Mohammad Omar dirige les taliban, ces " étudiants en théologie " qui, en septembre 1996, sont entrés dans Kaboul. Ancien commandant d'un groupe de moudjahidin pendant la guerre contre l'URSS, le " Commandeur des croyants ", qui aime également à se définir comme le "serviteur de l'Islam", s'entoure de mystère, refusant de se faire photographier ou filmer. Avec l'appui du Pakistan et de groupes musulmans extrémistes, les taliban contrôlent désormais plus de 90% du territoire afghan.
A Kaboul, l'ordre règne. L'Afghanistan s'appelle désormais l'Emirat islamique d'Afghanistan et la loi en vigueur est la Charia. La télévision est fermée. L'unique radio ne diffuse que des émissions religieuses et de la propagande officielle. Même la musique est interdite d'antenne. La presse écrite - il n'y a pas plus de dix publications dans tout le pays - est contrôlée par le ministère de la Sécurité. Les faits et gestes des reporters étrangers sont étroitement surveillés et plusieurs ont été interpellés. Enfin, les taliban n'ont pas hésité à s'attaquer à des journalistes afghans exilés au Pakistan, qui tentent d'informer la population et les millions de réfugiés
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 Eduardo dos Santos (Angola)
Militant du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) depuis l'âge de 19 ans, Eduardo dos Santos est un marxiste pragmatique. Ingénieur formé en URSS, il est devenu le second président de l'Angola indépendant, en 1979, à 37 ans. Depuis 1990, il a ouvert son pays à l'économie de marché, renouant des relations diplomatiques et commerciales avec l'Occident. Cependant, la guerre civile qui oppose, depuis l'indépendance, le MPLA à l'Unita de Jonas Savimbi, a absorbé l'essentiel des ressources économiques du pays. Elle permet également au pouvoir de justifier l'absence de démocratie réelle, et en particulier, d'exercer un contrôle total sur l'information.
Autoritaire, redouté au sein de son propre parti, Eduardo dos Santos supporte mal la critique. Le journaliste indépendant Rafael Marques en a fait les frais. Ayant publié en juillet 1999 un article affirmant que le Président avait une responsabilité dans la destruction du pays, il a été détenu pendant plus d'un mois à l'automne. Un député du MPLA l'a menacé de mort et il a été condamné à une peine de six mois de prison avec sursis. Une loi sur la presse, actuellement en discussion, prévoit de lourdes peines de prison en cas de " critique " de la politique menée par le gouvernement..
 
 Fahd ibn al-Seoud (Arabie saoudite)
Agé de 77 ans, le roi Fahd ibn al-Seoud exerce un pouvoir absolu sur l'Arabie saoudite depuis 1982, et s'est peu à peu imposé comme l'un des leaders du monde islamique, soutenant différentes causes anticommunistes avec l'appui tacite des Etats-Unis. Diminué après avoir subi plusieurs interventions chirurgicales en 1998 et 1999, Fahd a été maintenu au pouvoir faute de consensus au sein de la famille royale pour lui trouver un successeur. Les richesses du royaume lui permettent de contrôler une grande partie de la presse arabe, et notamment certains titres basés à Londres. A l'intérieur du pays, la censure est généralisée. Aucune critique n'est tolérée à l'égard de l'Etat, de la famille royale, des chefs d'Etat de pays amis ou de la hiérarchie religieuse. Les organismes publics, comme la Direction générale des publications, le Comité de censure, la Direction de la censure de la presse intérieure, contrôlent l'ensemble des médias. La Saudi Press Agency (agence de presse officielle) dépend directement du ministère de l'Intérieur. Certains journalistes, jugés " irrévérencieux ", ont été bannis de la profession et sont interdits de quitter le territoire.
 
 Alexandre Loukachenko (Biélorussie)
Le président Alexandre Loukachenko est connu pour son goût immodéré pour le sport. Mais il excelle aussi dans la chasse aux opposants, et la répression brutale à l'égard de la presse. Les disparitions de dissidents et les arrestations de journalistes se multiplient en Biélorussie. Les amendes imposées à la presse représentent souvent cent fois le salaire mensuel d'un journaliste. Les frais de distribution des journaux indépendants ont augmenté de 400 à 600 %, alors que les publications contrôlées par l'Etat bénéficient de réductions substantielles. Alexandre Loukachenko confie aux médias audiovisuels la responsabilité de " diffuser l'idéologie de l'Etat ".
Dmitri Zavadski, cameraman pour la chaîne de télévision publique russe ORT, a disparu depuis le 7 juillet 2000. Selon certains de ses collègues, les services secrets biélorusses pourraient être impliqués dans sa disparition. Ancien cameraman personnel du Président, il avait été emprisonné pendant deux mois en 1997, à la suite d'un reportage sur des défaillances des dispositifs de sécurité le long des frontières.
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 Than Shwe (Birmanie)
Le général Than Shwe cumule depuis 1992 les postes de président de la junte, chef du gouvernement, ministre de la Défense et chef d'état-major. Refusant tout compromis avec le parti démocratique du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, il interdit toute information libre et pluraliste. Tortures, lourdes peines de prison, assassinats, menaces, censures : au premier trimestre 2001, la Birmanie est le pays du monde où le plus grand nombre de journalistes sont emprisonnés. Au cours des dix dernières années, quatre journalistes sont morts alors qu'ils étaient aux mains des services de sécurité de l'armée.
Dans un pays où les postes clefs du gouvernement et de l'économie sont occupés par des militaires, aucune critique à l'égard de l'armée n'est tolérée. Sur ordre du général Than Shwe, les militaires interdisent la publication de tous textes rédigés par des journalistes aujourd'hui en prison, ou bannis. C'est notamment le cas des écrits de la journaliste San San Nweh, qui sont mis à l'index depuis sa première arrestation, en 1989. Enfin, au moins quinze reporters étrangers qualifiés d'" ennemis de la Birmanie ", ont été expulsés depuis son arrivée au pouvoir et leurs noms ont été inscrits sur une " liste noire "
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 François Compaoré (Burkina Faso)
Depuis 1989, François Compaoré est officiellement " conseiller aux affaires économiques " à la présidence burkinabé, où son frère aîné Blaise exerce le pouvoir depuis 1987. Diplômé en sciences économiques, il était, avant sa brusque promotion, fonctionnaire à l'Institut chargé de la gestion de l'eau. Le 13 décembre 1998, Norbert Zongo, directeur de l'hebdomadaire L'Indépendant, et trois de ses proches, sont retrouvés morts dans un véhicule incendié. Ils ont préalablement été tués par balles. Norbert Zongo enquêtait sur l'assassinat de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré. En décembre 1997, suite au vol d'une importante somme d'argent dans la chambre du frère du chef de l'Etat, des membres de la garde présidentielle avaient arrêté sans mandat, puis torturé, les quatre employés soupçonnés du larcin. David Ouédraogo était décédé à la suite de ses blessures. Norbert Zongo avait dénoncé, à plusieurs reprises dans son hebdomadaire, la responsabilité présumée de François Compaoré dans cet assassinat. Le 17 janvier 2001, le frère du chef de l'Etat a été entendu par le juge d'instruction chargé de l'enquête sur la mort de Norbert Zongo. Le 2 février, l'adjudant Marcel Kafando, ancien responsable de la garde présidentielle, a été inculpé d'"assassinat" et d'"incendie volontaire". Il est désormais impossible de tenir François Compaoré à l'écart de l'enquête et du procès des assassins de Norbert Zongo
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 Jiang Zemin (Chine)
Imposé par Deng Xiaoping, en juin 1989, pour contrer les réformateurs au sein du Parti communiste, Jiang Zemin affirme vouloir devenir le " troisième empereur rouge " de Chine. Pour renforcer son contrôle sur l'Etat, le président chinois a engagé, en décembre 1998, la campagne de répression la plus sévère depuis le " printemps de Pékin ". La condamnation à de lourdes peines, pouvant aller jusqu'à dix-huit ans de prison, de dissidents, de journalistes, d'internautes, de syndicalistes, de religieux de toutes obédiences et de représentants des ethnies minoritaires, est l'expression la plus brutale de cette répression. En juin 2000, le président chinois s'est félicité des bons " résultats " de cette campagne idéologique menée contre " les libéraux et les droitiers ".
Décrit dans sa biographie officielle comme un homme " modeste et courtois ", Jiang Zemin n'est jamais intervenu en faveur cinq cyberdissidents et des douze journalistes emprisonnés en Chine au 1er mars 2001. L'un d'entre eux, Wu Shishen, a été condamné en 1992 à la prison à vie : Jiang Zemin avait personnellement demandé que la peine soit particulièrement sévère. Le journaliste avait transmis à une journaliste étrangère un discours que le Président devait prononcer quelques heures plus tard..
 
 Carlos Castaño (Colombie)
Initialement chef d'un groupe paramilitaire implanté dans le département de Córdoba (nord-ouest du pays), Carlos Castaño a créé en 1997 les Autodéfenses unies de Colombie (AUC) pour donner à sa lutte contre la guérilla une dimension nationale. Ses " objectifs militaires " sont les guérilleros en armes, mais également les " guérilleros en civil ", parmi lesquels figurent les journalistes. Pour avoir défendu les négociations engagées par les autorités avec la guérilla, ou simplement pour avoir publié le nombre de paramilitaires tués dans les combats, huit journalistes, accusés d'être des " paraguérilleros ", auraient été tués par les AUC depuis 1997. Carlos Castaño est aujourd'hui recherché pour avoir commandité le meurtre, en août 1999, du célèbre humoriste et commentateur politique Jaime Garzón.
Depuis 1999, les AUC, qui supportent mal d'être écartées du processus de paix engagé par le président Pastrana, ont multiplié les enlèvements, les menaces et les agressions de journalistes. Sous la pression, au moins vingt professionnels de l'information ont pris le chemin de l'exil
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 Manuel Marulanda et Nicolás Rodríguez Bautista (Colombie)
En janvier 2000, Manuel Marulanda, chef de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC - marxiste), a accusé les patrons de presse colombiens d'être "au service des grands monopoles" et a promis de leur faire "payer leur dette" envers son organisation. Les FARC, qui comptent environ 12 000 hommes, sont soupçonnées d'avoir voulu assassiner, en 1999 et 2000, les deux journalistes Francisco " Pacho " Santos, du quotidien El Tiempo, et Claudia Gurisatti, de RCN Televisión.
Les groupes de Manuel Marulanda, surnommé " Tirofijo " (" dans le mille "), et de Nicolás Rodríguez Bautista, qui dirige l'Armée de libération nationale (ELN - guévariste) depuis 1998, ont, à plusieurs reprises, affirmé qu'ils considéraient les journalistes faisant " l'apologie des activités de l'armée " comme des " objectifs militaires ". Des propos qui se sont traduits, dans les faits, par l'assassinat de deux journalistes au cours des cinq dernières années. Au total, quarante-sept journalistes ont été enlevés par la guérilla colombienne depuis 1998, le plus souvent pour contraindre les médias à diffuser un communiqué de presse, ou dénoncer les exactions commises par l'armée ou les paramilitaires.
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 Kim Jong-il (Corée du Nord)
Kim Jong-il a succédé à son père, le " leader suprême " Kim Il-sung, en 1994. Egocentrique et incontrôlable, il gouverne un pays exsangue, avec le seul titre de président de la Commission nationale de défense. Le très officiel Dictionnaire d'histoire du pays précise le rôle de la presse : elle " diffuse et explique la politique du parti unique et de l'éminent camarade, Kim Jong-il. Non seulement elle la défend avec fermeté, mais elle aide à l'accomplissement de la dictature du prolétariat." Alors que le " cher leader " assouvit sans limites sa passion pour le cinéma et les voitures de luxe, les Nord-Coréens n'ont droit qu'à des postes de radio bloqués sur les fréquences officielles, dont les scellés sont vérifiés tous les trois mois. Les informations sur la famine et la répression n'entrent et ne sortent que clandestinement, et les médias internationaux sont interdits.
La rencontre historique entre les présidents des deux Corée, en juin 2000, n'a pas suscité les changements escomptés. Les médias nord-coréens se sont même déchaînés contre le Chosun Ilbo, un quotidien de Séoul jugé " anti-communiste ", et ont menacé de " détruire " ce journal s'il ne présentait pas des excuses à Kim Jong-il.
 
 Fidel Castro (Cuba)
La Constitution cubaine établit que les médias ne peuvent, " en aucun cas ", être de propriété privée et que la liberté de la presse doit être " conforme aux objectifs de la société socialiste ". Dans ce contexte, une centaine de journalistes, regroupés dans une vingtaine d'agences indépendantes, tentent d'exercer leur droit d'informer. En les désignant comme des " contre-révolutionnaires ", le président Fidel Castro, au pouvoir depuis janvier 1959, cherche à tout prix à les isoler de la population et à préserver son contrôle sur l'information. Dans la pratique, les discours du " leader máximo " se traduisent par une véritable " stratégie du harcèlement " : saisies de matériel, pressions sur les familles, convocations par la police, interpellations, condamnations à de lourdes peines de prison… Un journaliste était incarcéré à Cuba au 1er mars 2001.
La presse étrangère est étroitement surveillée par le Comandante en personne, qui affirme lire quelque 340 dépêches d'agences par jour. A 74 ans, il ne semble pas disposé à relâcher sa surveillance : dans un discours prononcé le 17 janvier 2001, le chef de la Révolution a menacé de retirer leur accréditation à " certaines agences " qu'il accuse de " ne pas être du tout objectives "..
 
 ETA (Espagne)
Les journalistes sont l'une des cibles privilégiées de la campagne de violence engagée par l'organisation indépendantiste armée Euskadi ta Askatasuna (ETA), dans sa lutte contre l'Etat espagnol. Au Pays basque, comme dans le reste du pays, les médias et les journalistes qui ne partagent pas l'idéologie nationaliste radicale sont qualifiés de " traîtres " ou d'" envahisseurs espagnols " et menacés de mort. Plusieurs ont été victimes, en 2000, d'attentats à l'explosif qui les visaient personnellement. José Luis López de Lacalle, journaliste de l'édition d'El Mundo au Pays basque, a été assassiné au mois de mai 2000.
Environ cinquante journalistes et directeurs de publication sont sous escorte policière au Pays basque et à Madrid. Au total, près d'une centaine bénéficient d'une protection officielle ou privée. Une dizaine de professionnels de l'information se sont " exilés " du Pays basque vers Madrid, et certains médias multiplient les mesures de sécurité, notamment en s'équipant de vitres blindées et de scanners. Reporters sans frontières a décerné le prix RSF-Fondation de France 2000 à la journaliste basque espagnole Carmen Gurruchaga du quotidien El Mundo, exilée à Madrid suite à des menaces de mort de l'ETA.
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 Meles Zenawi (Ethiopie)
Après vingt ans de maquis dans les rangs de la guérilla marxiste tigréenne, où il était notamment en charge de l'information et de la propagande, Meles Zenawi a pris le pouvoir à Addis-Abéba en 1991, avec l'aide des rebelles érythréens. S'il a, dès 1990, tourné le dos au communisme, le Premier ministre éthiopien n'a pas pour autant converti son pays à l'économie de marché, qui reste embryonnaire. L'exercice de la démocratie réelle et le pluralisme de l'information ne semblent pas faire partie de ses priorités : Meles Zenawi a au contraire développé une aversion particulière pour les médias indépendants.
En 1996, il déclare que la poignée de journaux autorisés est une "presse de caniveau". En 1997, il ajoute devant le Parlement que " le caractère intrinsèque des journalistes est de rapporter ce qu'ils n'ont pas vu, ni entendu ". Le Premier ministre ne tolère pas la plaisanterie. Des dizaines de journalistes ont été poursuivis en diffamation et, par deux fois, en 1996, des journalistes ont été emprisonnés parce que leur journal avait publié des caricatures peu flatteuses du chef du gouvernement. Rien d'étonnant donc à ce que l'Ethiopie soit, depuis 1995, la plus grande prison du continent africain pour les journalistes
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 Teodoro Obiang Nguema (Guinée équatoriale)
Teodoro Obiang Nguema a renversé son oncle, Macias Nguema, en 1979. Depuis, il dirige la Guinée équatoriale, une ancienne colonie espagnole, d'une main de fer. En 1996, il a été " réélu " président de la République avec plus de 99% des suffrages, au terme d'élections boycottées par l'opposition. La démocratie est plus formelle que réelle en Guinée équatoriale, tandis que les violations des droits de l'homme sont légion.
Militaire de formation, Teodoro Obiang Nguema n'a pas l'habitude d'être contredit. La presse, la radio et la télévision gouvernementales sont à la botte de son parti. Les quelques journaux indépendants qui survivent ont un tirage confidentiel, ce qui suffit au régime pour les estimer dangereux. Les journalistes sont fréquemment interpellés et menacés, tandis que les publications non officielles sont sujettes à des pressions économiques et financières destinées à les réduire au silence. Les médias internationaux sont bannis : les quelques correspondants étrangers qui travaillaient à Malabo en ont été expulsés en 1998. En mars 2000, le rapporteur spécial des Nations unies sur la Guinée équatoriale a souligné que " les libertés d'expression et de circulation ainsi que les droits politiques et économiques des citoyens ne sont pas respectés ".
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 Saddam Hussein (Irak)
Au pouvoir depuis 1979, Saddam Hussein cumule aujourd'hui les fonctions de président, chef de gouvernement, chef du Conseil de commandement de la révolution, chef du parti Baas et chef des forces armées. Il a mis en place un régime policier redoutable, où tout mouvement d'opposition est sévèrement réprimé. En mars 2000, l'hebdomadaire progouvernemental Az-Zaoura a publié une liste de trente-deux écrivains qui avaient quitté le pays après la guerre du Golfe, les qualifiant d'" ennemis " parce qu'ils publient des textes dans des journaux d'opposition, à l'étranger. Saddam Hussein a mis au pas tous les médias. Son fils aîné, Oudaï Hussein, préside les comités de rédaction de six quotidiens et d'une dizaine d'hebdomadaires. Il dirige aussi les trois chaînes de télévision du pays. La presse officielle, et notamment le quotidien As-Saoura, l'organe du parti au pouvoir, défend avec énergie les prises de position des autorités et s'en prend régulièrement aux " ennemis de l'extérieur ". Un journaliste, Hachem Hassan, est détenu depuis septembre 1999. Il aurait refusé le poste de rédacteur en chef du magazine gouvernemental Arrafidayne, que lui avait proposé Oudaï Hussein.
 
 Ali Khamenei (Iran)
En décembre 1994, une majorité du clergé chiite iranien plébiscite l'ayatollah Ali Khamenei, faisant de ce disciple zélé de l'ayatollah Khomeini la plus haute autorité religieuse du pays. Le nouveau Guide de la République islamique, éloquent et doté d'un réel charisme, s'impose progressivement comme le maître de Téhéran. En août 1997, date de l'élection du président Mohammad Khatami, connu pour ses positions réformatrices, une lutte s'engage entre le Guide et le nouveau chef de l'Etat. Le différend s'aggrave, en avril 2000, après la victoire des réformateurs aux élections législatives. Dès lors, une vague de répression s'abat sur la presse qui a, dans son immense majorité, soutenu le président Khatami : plus d'une trentaine de titres sont interdits, et des dizaines de journalistes sont arrêtés sur ordre de la justice, contrôlée par des conservateurs proches d'Ali Khamenei. Au 1er mars 2001, treize journalistes étaient emprisonnés pour des peines allant de quatre mois à dix ans de prison, ce qui fait de l'Iran la plus grande prison du Moyen-Orient pour les journalistes.
 
 Khamtai Siphandon (Laos)
Arrivé au pouvoir en 1998 avec l'appui de l'Armée populaire, Khamtai Siphandon est l'ancien responsable de la propagande du parti unique. Ces antécédents professionnels l'incitent à maintenir un contrôle particulièrement strict sur les médias, y compris sur le Vientiane Times, rédigé en anglais, et Le Rénovateur, écrit en français, destinés à l'élite et aux étrangers. Le Président a notamment décidé, en 2000, d'adopter une réglementation répressive concernant Internet, alors qu'il n'existe qu'un seul fournisseur d'accès au Laos. Les médias officiels diffusent méticuleusement la propagande du parti, et attaquent la presse étrangère qui " tente de déstabiliser " le pays. Khamtai Siphandon a, en particulier, tout fait pour empêcher les correspondants étrangers d'enquêter sur une série d'attentats à l'explosif, non revendiqués, qui secoue le Laos depuis le début de l'année 2000. Il a notamment interdit de séjour des journalistes étrangers : Jenny Stein et David Leland, journalistes de la chaîne de télévision australienne ABC, ont été interpellés et expulsés par la police, en mars 2000, alors qu'ils filmaient dans la capitale Vientiane les décombres d'un restaurant détruit par une bombe..
 
 Mouammar Kadhafi (Libye)
Mouammar Kadhafi est aujourd'hui le plus ancien dirigeant arabe au pouvoir. Après son coup d'Etat en 1969, le colonel révolutionnaire a mis en place un régime autoritaire. Au mois d'août 2000, suite à l'intervention de la Libye dans l'affaire des otages de l'île de Jolo, Tripoli a accueilli des journalistes du monde entier. A cette occasion, le Guide a essayé de se donner l'image d'un grand défenseur des causes humanitaires. Mais dans son propre pays, il continue d'interdire tout pluralisme des médias. Les quatre journaux officiels, comme la télévision et la radio, ne font que véhiculer la propagande du régime. Aucune critique à l'égard du colonel n'est tolérée. Les visas sont accordés avec parcimonie aux journalistes étrangers, sauf lorsque Mouammar Kadhafi souhaite s'exprimer, en général pour dénoncer la politique de pays " hostiles ". Dans ce cas, l'Etat libyen n'hésite pas à payer des billets d'avion à des reporters pour servir sa propagande. Abdullah Ali al-Sanussi al-Darrat, incarcéré sans procès depuis 1973, est le journaliste détenu depuis le plus longtemps au monde. On ne sait pas où il est emprisonné, ni quel est son état de santé. De nombreux observateurs pensent qu'il serait décédé en prison..
 
 Islam Karimov (Ouzbékistan)
A la tête du pays depuis l'indépendance en 1991, Islam Karimov ne cache pas son ambition de jouer un rôle de leader en Asie centrale. En lutte contre les fondamentalistes musulmans, il exerce une répression aveugle, frappant indistinctement militants islamistes, opposants et journalistes, qui risquent la prison pour tout " propos offensant " envers le pouvoir et le Président.
Deux journalistes étaient toujours détenus en Ouzbékistan au 1er mars 2001. Shadi Mardiev, reporter à la radio nationale, détenu depuis 1997 et condamné en 1998 à onze ans de prison, n'a toujours pas été libéré pour raison de santé, alors qu'il a été victime, à 62 ans, d'une attaque cérébrale et d'un infarctus. Le journaliste avait été arrêté suite à une émission de radio dans laquelle il dénonçait les malversations du procureur adjoint de Samarkand. En août 1999, le journaliste Jusuf Ruzimuradov a été condamné à huit années de prison pour " participation à une organisation illégale " et " insulte par voie de presse " au président du pays, un " délit " sanctionné par le Code pénal. Le journaliste aurait été torturé au cours de sa détention. Des menaces de viol à l'encontre de membres de sa famille, des mauvais traitements et des pressions psychologiques auraient été utilisés afin d'obtenir ses " aveux ".
 
 Kirsan Ilioumjinov (République de Kalmoukie - Fédération de Russie)
Kirsan Ilioumjinov est un jeune homme d'affaires millionnaire élu à la présidence de la Kalmoukie, petite république de Russie située à l'embouchure de la Volga, au bord de la mer Caspienne. Son programme pour enrichir rapidement ses concitoyens : développer les ressources de la Kalmoukie (caviar, pétrole et gaz), mais aussi suspendre les activités des partis politiques et, si nécessaire, interdire les journaux. Le chef de l'Etat, qui se vante d'être le président de la Fédération internationale d'échecs et d'avoir créé une république attractive pour les investisseurs étrangers, ne supporte pas la moindre critique.
De fait, la liberté de la presse est constamment bafouée en République de Kalmoukie. Les autorités sont parmi les plus répressives de toute la Fédération russe à l'égard des médias, et l'impunité est la règle pour les assassinats et les agressions de journalistes. Au 1er mars 2001, les commanditaires de l'assassinat de la journaliste Larissa Youdina sont toujours en liberté. La rédactrice en chef du seul journal d'opposition de la République, Sovietskaïa Kalmykia Sevodnia, avait été enlevée et assassinée, en juin 1998, à Elista, la capitale de la République.
 
 Joseph Kabila (République démocratique du Congo)
Mince, calme et réservé, tout semble opposer le général-major Joseph Kabila, jeune militaire de 32 ans, à son père, Laurent-Désiré, assassiné le 16 janvier 2001 à Kinshasa. Elevé en Tanzanie, en Ouganda et au Rwanda, le nouveau président de la RDC - qui parle mal le français - commandait l'armée de terre depuis septembre 1999. Dès son investiture, il a prononcé un discours en faveur des droits de l'homme et de la démocratie, et entrepris une tournée des capitales occidentales au cours de laquelle ces sujets ont été abordés.
Cependant, aucun acte n'a encore fait suite à ces engagements. Il semble au contraire qu'après la fin du deuil national, les atteintes à la liberté de la presse se soient multipliées. Le jeune chef de l'Etat ne contrôle ni les activités des anciens proches de son père, ni celles des différents services de sécurité, qui demeurent la plus grosse menace pour la presse. Depuis 1997, plus de cent trente journalistes ont été arrêtés par l'un des neuf services de sécurité du pays, et nombre d'entre eux ont été torturés. On ne modifie pas aisément des habitudes à ce point ancrées dans le quotidien..
 
 Vladimir Poutine (Russie)
Le président Poutine, formé à l'école des services secrets où il a travaillé pendant plus de seize ans, considère l'information comme un " secteur stratégique " dont il s'agit de conserver la maîtrise. Sa priorité va au renforcement des médias d'Etat et à la " diffusion d'une information fiable aux citoyens face à la guerre d'information menée par des Etats et structures étrangères ". Orchestrée par Vladimir Poutine, l'épreuve de force engagée avec les " oligarques " du secteur de l'information, accusés d'avoir profité à titre personnel de leurs liens avec le pouvoir, pourrait se solder par une prise de contrôle étatique de la chaîne de télévision disposant de la plus forte audience en Russie (ORT), et de la seule chaîne privée d'audience nationale (NTV).
L'information sur la guerre en Tchétchénie est, par ailleurs, étroitement contrôlée, et les médias ont interdiction de rapporter les propos des principaux leaders tchétchènes, sous peine de suspension. Un centre de presse organise des voyages dans la zone de guerre, sous stricte surveillance d'officiers russes. Les journalistes qui essaient de sortir des sentiers battus sont systématiquement arrêtés, et fréquemment victimes de violences. Andreï Babitski, journaliste de l'antenne russe de Radio Free Europe a été détenu pendant des mois par les forces armées russes et des groupes armés prorusses. Au moins quatre journalistes ont été assassinés en Russie en 2000, dans l'exercice de leur métier.
 
 Paul Kagamé (Rwanda)
En juillet 1994, la guérilla du Front patriotique rwandais (FPR), emmenée par Paul Kagamé, a mis fin au génocide rwandais en prenant le pouvoir à Kigali. Ancien protégé et compagnon de lutte du président ougandais Yoweri Museveni, le général Kagamé a progressivement pris ses distances avec son parrain, et installé au Rwanda un régime autoritaire. En avril 2000, il a été élu président de la République. Grand et sec, âgé de 44 ans, Paul Kagamé cache, sous des dehors courtois, un tempérament intransigeant et peu enclin à la critique. L'opposition intérieure est muselée, et même les opposants en exil ne sont pas à l'abri de représailles : plusieurs d'entre eux ont été assassinés ou ont fait l'objet de menaces de mort.
Quatre journalistes sont toujours emprisonnés dans le pays de manière arbitraire, sans avoir été jugés. L'un d'entre eux, Dominique Makeli, est détenu depuis septembre 1994 à Kigali. En 1997, un correspondant de la BBC a été expulsé, accusé d'avoir rapporté les propos de Paul Kagamé, alors vice-président, sur le droit du Rwanda à détourner l'aide internationale pour combattre les extrémistes hutus.
 
 Bachar el-Assad (Syrie)
En juillet 2000, Bachar el-Assad succède à son père, Hafez, qui dirigeait sans partage le pays depuis 1970. Une fois au pouvoir, le jeune Président, médecin ophtalmologue de formation et féru d'informatique, a voulu montrer à la presse internationale que son pays se libéralisait en matière d'information. Il a notamment demandé aux journaux de ne pas se référer à lui en employant l'expression " le guide éternel ", cette formulation étant normalement réservée à Dieu. Pourtant, toutes ces mesures ne se traduisent pas, dans les faits, par de véritables changements. La quasi totalité des journaux autorisés diffusent des informations de propagande, et le chef de l'Etat conserve une mainmise totale sur la radio et la télévision. Deux journalistes sont toujours emprisonnés en Syrie. L'un d'eux, Nizar Nayyouf, lauréat du Prix Reporters sans frontières - Fondation de France 1998, a été arrêté en 1992, puis condamné à dix ans de prison pour avoir rédigé les tracts des Comités de défense des libertés démocratiques. Le journaliste, sauvagement torturé, souffre de nombreuses séquelles. Son état de santé est extrêmement préoccupant. Il ne peut se déplacer qu'à l'aide de béquilles.
 
 La mafia du kidnapping (Tchétchénie)
Une véritable mafia du kidnapping et de la violence envers les journalistes opère en Tchétchénie, sous l'autorité bienveillante de chefs de guerre, qu'ils soient proches de leaders indépendantistes ou des autorités russes. Les enlèvements de journalistes se sont succédé en 2000. Plusieurs d'entre eux ont été retenus en otages pendant des mois, puis échangés contre une rançon ou des prisonniers. Brice Fleutiaux, photographe français indépendant, a été enlevé le 1er octobre 1999, à Grozny, par une bande armée, et maintenu huit mois en détention par différents groupes tchétchènes, dont l'un était en contact étroit avec le vice-président Arsanov.
D'autres journalistes ont été tués par des rebelles tchétchènes. Le photographe de l'agence de presse russe Itar-Tass, Vladimir Yatsina, qui était détenu depuis juillet 1999 par des combattants tchétchènes, a finalement été assassiné parce que ses blessures ralentissaient l'avancée des soldats. Le journaliste Alexander Yefremov et deux officiers russes ont été tués dans leur véhicule, suite à l'explosion d'une mine télécommandée au sud-est de la Tchétchénie. Enfin, le cameraman indépendant Adam Tepsourgaïev a été tué par balles près de Grozny par des hommes armés parlant en langue tchétchène. .
 
 Zine el-Abidine Ben Ali (Tunisie)
Zine el-Abidine Ben Ali a succédé à Habib Bourguiba en 1987. Avec l'appui de 130 000 policiers, il est parvenu à museler, en dix ans, toutes les voix discordantes en Tunisie. La censure y est systématique. La presse, qu'elle soit privée ou publique, se caractérise par son uniformité de ton. Toute information susceptible de constituer une critique du régime est, de fait, interdite.
Entre avril et mai 2000, Taoufik Ben Brik, correspondant de Reporters sans frontières et du quotidien français La Croix, a fait une grève de la faim de plus de quarante jours pour protester contre la saisie de son passeport et le harcèlement constant dont il était l'objet. D'autres journalistes qui tentent de s'exprimer sont victimes de la répression de la police tunisienne. L'éditrice Sihem Bensedrine, qui a créé un magazine sur Internet, Kalima, faute de pouvoir en publier une version imprimée, est régulièrement harcelée et menacée par les autorités. Internet fait également l'objet d'un étroit contrôle : sites bloqués, messages interceptés, etc. Les deux fournisseurs d'accès du pays appartiennent à des proches du régime, dont la propre fille du Président. .
 
 Saparmurat Niyazov (Turkménistan)
Nommé président à vie, Saparmurat Niyazov - qui se fait appeler " Turkmenbachi ", le père de tous les Turkmènes - a écrasé l'opposition et exerce un contrôle sans partage sur les structures d'Etat et les médias de cette ancienne République soviétique d'Asie centrale. Il est l'objet d'un véritable culte de la personnalité. Des affiches à son effigie ornent tous les bâtiments gouvernementaux, et de nombreux monuments ont été construits en son honneur, dont une sculpture de quinze mètres de haut dans la capitale.
En août 2000, il a lancé une chaîne de télévision thématique entièrement consacrée à sa vie et aux " grandes réussites du régime ". La publication quotidienne de la photo du Président dans la presse nationale était obligatoire, jusqu'à très récemment. Le ministère des Télécommunications a retiré les licences de tous les fournisseurs d'accès privés à Internet pour de prétendues " violations de la loi ". L'Etat contrôle, par ailleurs, l'ensemble du courrier électronique et les communications téléphoniques internationales.
La liberté d'expression est donc quasiment nulle au Turkménistan et les médias n'ont aucune indépendance. Les citoyens n'ont d'autre choix que de se tourner vers les médias étrangers, et notamment russes, pour avoir une information autre que celle proposée par la propagande officielle.
 
 Hüseyin Kivrikoglu (Turquie)
Chef d'état-major des armées, Hüseyin Kivrikoglu est à ce titre membre du Conseil national de sécurité, qui réunit les plus hautes autorités militaires et civiles du pays. En théorie, cette instance n'est qu'un organe consultatif auprès du gouvernement turc. Dans les faits, il permet à l'armée, et singulièrement à Hüseyin Kivrikoglu, d'imposer ses vues. Le Conseil, instrument redoutable pour réprimer la liberté de la presse et censurer le débat démocratique, est notamment en charge de la mise en application de la loi d'urgence dans le sud-est anatolien : c'est sous son contrôle qu'une quinzaine de journaux ont été interdits dans cette région en 2000. Chaque année, le bilan des violations de la liberté de la presse en Turquie est lourd : en 2000, treize journalistes ont été arrêtés, cinquante ont été interpellés et dix-sept ont été agressés. Le Conseil de l'audiovisuel (RTÜK) a suspendu, suivant les recommandations du Conseil national de sécurité, des dizaines de médias audiovisuels pour une durée totale de 4 500 jours. Au 1er mars 2001, une soixantaine de journalistes demeurent emprisonnés en Turquie, sans qu'il soit possible d'affirmer s'ils le sont pour leurs activités professionnelles. Le 8 novembre 2000, l'Union européenne s'est déclarée préoccupée " par le respect insuffisant des droits de l'homme et des minorités " ainsi que " par le rôle joué par l'armée "..
 
 Leonid Koutchma (Ukraine)
Homme réservé, le président Léonid Koutchma est autoritaire et ne supporte pas la critique. La situation de la liberté de la presse se dégrade année après année depuis son élection en 1994, et ce malgré les menaces de suspension émises à l'encontre de l'Ukraine par le Conseil de l'Europe en 1999. Les agressions ou intimidations de journalistes se multiplient. Les mesures fiscales, telles que les fortes taxes imposées aux médias pour les frais d'exploitation de fréquences, et les amendes prohibitives prononcées en cas de " diffamation ", continuent d'asphyxier économiquement la presse indépendante. Des enregistrements sonores, qui auraient été réalisés dans le bureau même du Président, tendent à l'impliquer dans l'enlèvement et l'assassinat, en septembre 2000, du journaliste Géorgiy Gongadze. Ce jeune journaliste politique très critique envers le pouvoir, rédacteur en chef du journal en ligne pravda.com.ua, avait dénoncé les menaces qui pesaient sur lui, émanant de services officiels, dans les semaines précédant sa disparition. Après la découverte de son corps décapité en novembre 2000, tout semble avoir été fait pour que celui-ci ne puisse être identifié. L'instruction a été menée avec le souci premier de protéger l'exécutif des graves accusations dont il était l'objet, plutôt que de rechercher la vérité. Devenue une affaire d'Etat, l'assassinat de Géorgiy Gongadze ébranle désormais le pouvoir du président Koutchma.
 
 Nong Duc Manh (Viêt-nam)
Pur produit de la nomenklatura communiste, Nong Duc Manh accède au poste de secrétaire général du Parti communiste en avril 2001, pour remplacer le trop rigide Le Kha Phieu. Le plus jeune des membres du bureau politique du Parti (61 ans) est le premier représentant d'une minorité ethnique, en l'occurrence les Tay, à accéder à de telles responsabilités dans l'Etat. Certains affirment qu'il doit son succès au fait qu'il serait l'un des fils naturels d'Hô Chi Minh. Moins conservateur que son prédécesseur, il reste prisonnier de la guerre entre les différents courants du Parti et de sa réputation de dirigeant "médiocre". Président de l'Assemblée nationale pendant plus de huit ans, Nong Duc Manh n'a pas fait preuve d'un grand goût pour les réformes. Il a notamment fait adopter, en 1999, une nouvelle loi particulièrement liberticide, qui donne au ministère de la Culture et de l'Information l'entière responsabilité de gérer les médias, et notamment Internet. Nong Duc Manh n'a jamais pris la défense des dissidents vietnamiens, notamment les journalistes. Ils sont toujours passibles de lourdes peines de prison pour " diffamation " et " propagation de fausses nouvelles ". L'un d'entre eux, Nguyen Dinh Huy, est incarcéré depuis novembre 1993. Il a été condamné à quinze ans de prison pour avoir " participé à un mouvement interdit ". Il est âgé de 68 ans.
Les journalistes étrangers qui tentent de sortir des sentiers battus ne sont pas les bienvenus au Viêt-nam. Sylvaine Pasquier, reporter de l'hebdomadaire français L'Express, a été interpellée par la police et expulsée du pays, en avril 2000. La journaliste avait tenté de rencontrer des dissidents.
 


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   Dernière modification : 2 mai 2001