Qui sont les ennemis d’Internet ?

 

A condition de disposer d’un ordinateur et d’une connexion Internet, un homme seul peut aujourd’hui, depuis son salon ou un cybercafé, faire part au monde entier de ses opinions. Il lui suffit de créer un site, de participer à un forum de discussion, de diffuser des courriers électroniques. Le cas échéant, cet homme peut dénoncer, hors de tout contrôle, les atteintes à la liberté ou la répression en cours dans son pays, aussi autoritaire et fermé soit-il. Un exilé politique libyen, vietnamien ou gabonais peut désormais publier des informations à l'intention de ses compatriotes restés aux pays, en court-circuitant tous les systèmes de surveillance traditionnels. Du Chili à l'Algérie, un journal censuré peut en quelques minutes publier ses articles sur des serveurs américains, scandinaves ou français.

Internet a fait exploser le cadre traditionnel des rapports de force entre les Etats et ceux qui produisent l’information. Puisque chacun peut désormais se faire l’intermédiaire entre une information et sa diffusion à un large public, quelle est aujourd’hui la spécificité du journaliste ? Un e-mail envoyé à mille exemplaires est-il toujours une correspondance privée ou devient-il un média ? Quelles lois appliquer aux publications virtuelles qui sont, par essence, planétaires et transfrontalières ? Dépassés par ces questions complexes, les Etats sont sur la défensive. Tous veulent Internet, mais rêvent d’un réseau sous contrôle.

Face à ce dilemme, un arsenal de solutions répressives se déploie. Les régimes les plus autoritaires légifèrent, surveillent, censurent avec une énergie décuplée par le sentiment qu’une course de vitesse est engagée contre la cyberdissidence. La Corée du Nord a tranché : pas de serveur, aucune connexion possible. Le pays de Kim Jong-Il est le seul au monde où l’Internet n’existe pas, ce qui n’empêche pas Pyongyang de posséder plusieurs sites de propagande… hébergés au Japon. Riche et peu peuplée, l’Arabie Saoudite a préféré construire, à Djeddah, un gigantesque système de filtrage d'adresses et de contenu. A l’opposé de cet « Intranet national », la Chine, qui compterait déjà 20 millions d’internautes, forme des brigades de policiers à « la guerre contre les articles antigouvernementaux et anticommunistes publiés sur le web », et se dote d’un dispositif législatif extrêmement répressif : la cybercriminalité y est passible de la peine de mort.

Dans les démocraties occidentales, la peur d’un Internet incontrôlable, partiellement administré par des entités supranationales, se traduit par des tentatives répétées d’encadrement législatif. La France, sous l’influence des « souverainistes » -  les adversaires résolus de tout abandon des prérogatives étatiques -, a été pionnière dans ce domaine, puisqu’elle a voulu réglementer l’utilisation du réseau quand il n’était encore qu’embryonnaire. Depuis, les projets de lois se sont succédé, mais se sont heurtés au principe constitutionnel garantissant la liberté d’expression. En Allemagne, des magistrats ont manifesté une volonté analogue de contrôle et de censure du réseau, en particulier pour interdire l’accès à certains sites néo-nazis hébergés aux Etats-Unis, mais ont dû capituler à deux reprises. Aux Etats-Unis, où la circulation de l’information sur Internet est largement protégée par le premier amendement à la Constitution, la droite conservatrice agite l’épouvantail de la « contamination pornographique » pour faire voter des lois restrictives. Dans ces trois pays, les restrictions légales à la diffusion d’informations sur Internet demeurent, aujourd’hui encore, exceptionnelles. Mais devant le flou juridique qui prévaut, le danger est réel que les initiatives individuelles de magistrats favorables à un contrôle instaurent une jurisprudence liberticide.

 

Faut-il restreindre la liberté d’expression sur Internet ? Reporters sans frontières et Transfert.net ne le croient pas. Si toutes les bureaucraties et tous les groupes de pression de la planète parvenaient à imposer leurs propres valeurs et leurs propres tabous sur l'ensemble du réseau, Internet cesserait d'exister en tant que lieu de libre expression. Approuver les décisions des juges français ou allemands, c’est implicitement donner raison aux autorités chinoises ou tunisiennes : aucune autorité locale ne doit s’arroger le droit de définir les frontières de ce qui est politiquement ou moralement acceptable. Qui, de la France, des Etats-Unis ou de la Birmanie, dira ce que signifie le terme « diffamer » ? Doit-on laisser l’Arabie saoudite laisser imposer sa définition de la pornographie ? Faudra-t-il, à présent que la France a reconnu le génocide arménien, pourchasser les sites turcs qui en nient la réalité ? Tout ce qui est moralement condamnable ne devrait pas l’être pénalement. Les abandons de souveraineté sont une bonne chose : ils doivent être appliqués à la liberté d’expression. Pour combattre les propagandistes d’idées ou d’opinions racistes et xénophobes, Reporters sans frontières et Transfert.net estiment qu’il ne sert à rien d’ériger un arsenal législatif toujours plus draconien. La liberté d’expression est évidemment dangereuse, mais les entraves à cette liberté le sont encore plus.

Reporters sans frontières voit dans Internet un outil idéal pour déjouer la censure que l’organisation combat, dans le monde entier, depuis quinze ans. Lorsqu’il est « lâché » sur le Net, un texte devient quasiment insaisissable : grâce à la solidarité du réseau, au militantisme libertaire de certains internautes, il va être récupéré, protégé, et se démultiplier grâce à des sites-miroirs répartis sur tous les continents. Un message lancé sur un forum de discussion fait le tour du monde en moins de quarante-huit heures, automatiquement dupliqué à plusieurs milliers d’exemplaires. S’ils ont les compétences techniques requises, ses auteurs ont de surcroît de bonnes chances de préserver leur anonymat. Le site de Reporters sans frontières, en reproduisant systématiquement les articles censurés, et en hébergeant des journaux interdits, participe à ce combat pour la liberté d’expression. Puisque la France s'honore d'héberger des sites étrangers interdits dans leur pays d'origine, elle doit accepter de bonne grâce que des pays étrangers lui jouent le même tour quand elle le mérite.

A ce jour, aucun Etat ne parvient à contrôler réellement Internet. Mais la course technologique effrénée que se livrent les « ennemis d’Internet » et ceux qui combattent pour la liberté du réseau est permanente. L’issue de cette guérilla technologique n’est pas acquise.

 

ANGOLA

Population : 12 millions

PIB par habitant et par an : 1 592 dollars

Population urbaine : 33,6 %

Fournisseurs d'accès à Internet : 3

Internautes : 4 000

L’accès à Internet, en Angola, passe par l’opérateur public unique, Angola Telecom, qui revend les lignes aux trois fournisseurs d’accès (FAI) privés du pays. L'Angola compte 4 000 abonnés à un FAI. Sinistrées pendant la guerre faute  d'investissement et d'entretien jusqu'à ces toutes dernières années, les lignes téléphoniques sont souvent saturées et coûteuses pour l'utilisateur : un accès Internet coûte, en effet, entre 50 et 70 dollars par mois et une communication revient à 14 dollars par heure.

 

Le seul quotidien, qui est la voix du gouvernement, ainsi que la télévision publique TPA ou la radio nationale RNA, ont une version en ligne. Ce n’est pas encore le cas des journaux et médias indépendants, à l’exception de Radio Ecclesia, qui dépend de l’église catholique angolaise et publie des informations écrites, mais pas encore d’extraits audio. Le serveur Ebonet publie des extraits de presse et médias, presque exclusivement gouvernementaux cependant.

Pour l'instant, le pouvoir angolais n’a pas promulgué de lois de restriction ou de coercition exclusivement liée à Internet. Mais, de même que les écoutes téléphoniques sont courantes (2 000 lignes fixes et mobiles selon l'Expresso de Lisbonne), le gouvernement espionne les courriers électroniques des journalistes qui le dérangent. Il surveille, par exemple, ceux de Rafael Marques, reporter indépendant qui travaille pour le périodique Folha 8. Rafael Marques, qui a été détenu en octobre et novembre 1999 pour « diffamation » envers le président Eduardo Dos Santos, affirme détenir la preuve technique que de nombreux mails qui lui étaient adressés ont été interceptés et lus sur ordre des autorités, au cours du mois de septembre 2000. Certains d’entre eux ne sont jamais parvenus à leur destinataire. Le fournisseur d’accès privé Netangola aurait volontairement prêté main-forte au gouvernement dans ces interceptions, affirme Rafael Marques. Ce dernier n’est sans doute pas le seul journaliste à subir un tel traitement, car les fournisseurs d’accès angolais connaissent les mots de passe de leurs abonnés. D'où les abonnements à des serveurs non domiciliés en Angola.

 

Liens :

Angola Telecom

http://www.angolatelecom.com

Radio Ecclesia

http://ecclesia.snet.co.ao

TPA

http://www.tpa.ao

RNA

http://www.rna.ao

Netangola

http://www.netangola.com

Ebonet

http://www.ebonet.net/

Jornal de Angola

http://www.jornaldeangola.com/

 

CAMEROUN

Population : 14,7 millions

PIB par habitant et par an : 1 474 dollars

Population urbaine : 48,1 %

Fournisseurs d’accès à Internet : 15

Internautes : 20 000

Le Cameroun est connecté depuis avril 1997. Internet est accessible à Yaoundé, Douala, et Buéa. Les deux premières villes du pays comptent aujourd’hui une cinquantaine de cybercafés chacune.

 

Une dizaine de journaux, dont l’hebdomadaire d’opposition Le Messager, disposent de sites. Cette activité est suivie de près par le pouvoir : en novembre 2000, le ministre de la Communication, Jacques Fame Ndongo, a sévèrement protesté contre un reportage de la BBC, à propos de la découverte d’un « charnier » à Douala et d’assassinats politiques dans les provinces du Sud-Ouest et du Nord-Ouest. «Il n’est pas jusqu’à Internet qui n’ait relayé ces élucubrations», a-t-il tonné. En août, un hébergeur, Wagne.net, a été l’objet d’attaques de la presse gouvernementale. Motif : il hébergeait le site d’une maison d’édition, qui lui-même présentait un lien vers un site international, lequel fournissait à son tour un lien vers celui d'un parti sécessionniste anglophone, le SCNC, qui veut créer une République fédérale du Sud-Cameroun. Aucune législation spécifique à Internet n’a cependant été adoptée.

Liens :

Wagne.net

http://www.wagne.net

Le Messager

http://www.wagne.net/messager/

Site sécessionniste anglophone

http://www.southerncameroon.org

 

 

ÉTHIOPIE

Population : 62,8 millions

PIB par habitant et par an : 100 dollars

Fournisseurs d’accès à Internet : 1

Internautes : 7 000

En Ethiopie, où plus de 80% de la population est encore rurale, la densité des lignes téléphoniques est l’une des plus faibles du monde. Un service de téléphonie cellulaire a été mis en place dès 1998 pour couvrir une zone de 100 km autour de la capitale, Addis-Abéba, et desservir 30 000 utilisateurs. Quant aux transmissions satellitaires, elles sont purement et simplement interdites, y compris pour les organisations internationales.

 

L’Éthiopie interdit au secteur privé toute intervention dans le secteur de l’Internet. C’est l’un des onze pays d’Afrique où l’État est le seul acteur du marché. L’Ethiopian Telecommunications Corporation, le seul FAI autorisé, est le plus vieil opérateur téléphonique d’Afrique. Depuis l’installation du Réseau en 1996, le pays compte environ 2 500 connectés, avec plus de 10 000 candidats en liste d’attente.

En Éthiopie, près de 98 % des utilisateurs ont un niveau d’études universitaires, et moins de 1 % sont des fonctionnaires d’État (source CEA) : les internautes sont surtout des résidents, et non des nationaux. Ils sont employés par des organisations non gouvernementales ou par l’université.

Une loi sur la presse de 1992, très contraignante, s’applique théoriquement à Internet qui n’a pas fait l’objet d’une réglementation spécifique. Dans les faits, le contrôle de l’Etat est total : les courriers électroniques sont surveillés et les cybercafés contraints à la clandestinité. Des internautes dont les activités ne plaisaient pas aux autorités ont vu leurs lignes suspendues sans explication. L’accès à certains sites a également, à plusieurs reprises, été bloqué.

Lien :

ETC, Ethiopian Telecommunications Corporation

http://www.telecom.net.et

KENYA

Population : 29 millions

PIB par habitant par an : 980 dollars

Fournisseurs d’accès à Internet : 35

Internautes : 200 000

Un service Internet accessible au public depuis 1995, 30 000 comptes e-mails : le Kenya dispose d’un réseau étoffé, accessible dans les grandes villes du pays. Il souffre cependant de la saturation de son réseau téléphonique.

 

La loi kenyane n’interdit à personne l’accès au Réseau. Aucun texte restrictif ou coercitif n’a été promulgué à l’encontre des médias en ligne. La plupart des quotidiens nationaux kenyans disposent d’un site et, à ce jour, aucune atteinte à la liberté du Réseau n’a été constatée.

En novembre 2000, Tespok, un groupe de quinze fournisseurs d’accès nationaux, a mis en place un réseau local indépendant de Telkom Kenya, l’opérateur public de télécommunications. En décembre, ce réseau a été fermé à la demande de la Commission de la communication du Kenya (instance gouvernementale - CCK). Officiellement, ce réseau local est « illégal », Tespok ne possédant pas de licence pour cette installation. Les fournisseurs d’accès ont rétorqué qu’ils avaient demandé et obtenu une autorisation de la CCK avant de lancer leur projet. Il semble que la CCK ait cédé aux pressions de Telkom Kenya, qui craint que le développement d’un réseau indépendant ne menace son monopole de fait sur la téléphonie fixe.

 

Liens :

Tespok

www.tespok.co.ke

Telkom Kenya

www.eafix.net

 

MAURITANIE

Population : 2,5 millions

PIB par habitant et par an : 1 563 dollars

Population urbaine : 56,4 %

Fournisseurs d'accès à Internet : 2

Internautes : 2 000

La Mauritanie n'est connectée à la Toile que depuis août 1997. Il existe une dizaine de cafés Internet, tous concentrés à Nouakchott. Jusqu'en 1999, seuls les fournisseurs d'accès pouvaient ouvrir ce type de commerce. Ce n’est plus le cas depuis cette année. Ces cafés sont ouverts à tous, sans restriction de sexe ou d'âge. Ils connaissent un certain succès, d'autant qu'une connexion privée demeure hors de prix pour la majorité de la population.

 

L'Office public des Postes et des Télécommunications, dont les branches téléphonie et Internet ont été privatisées, n'imposait en janvier 2001 aucun filtrage de l'accès à Internet. Cependant, l’accès à la liste de diffusion Mauritanie-net est empêché depuis les ordinateurs des administrations publiques. Ce filtrage s’explique par le fait que les journaux mauritaniens, régulièrement censurés, ont pris l’habitude de publier leurs articles via cette liste de diffusion.

Aucun site étranger n'a été interdit jusqu'à présent, et aucun cas de censure de sites nationaux n'a été rapporté. L'Agence mauritanienne d'information, l'agence de presse officielle, est le seul média en ligne du pays.

Les deux fournisseurs d’accès, Mattel et Mauritel, appartiennent à des hommes d’affaires proches du chef de l’Etat. Les courriers électroniques sont surveillés. Par ailleurs, les patrons de cybercafés sont tenus, sur demande, de transmettre à la Direction de la sûreté de l’Etat une copie des courriers électroniques émis ou reçus chez eux.

 

Liens :

Agence mauritanienne d'information

http://www.mauritania.mr/ami/

Liste de diffusion Mauritanie-net

http://home.ease.lsoft.com/scripts/wa.exe?SUBED1=mauritanie-net&A=1

 

MOZAMBIQUE

Population : 18,9 millions

PIB par habitant et par an : 734 dollars

Population urbaine : 39 %

Fournisseurs d’accès à Internet : 10

Internautes : 15 000

Connexion par satellite, presse sur Internet, dont deux titres uniquement consultables en ligne : le Mozambique est très présent sur le Web alors qu’il dispose de peu de lignes téléphoniques, environ 75 000, principalement dans la capitale.

 

Le pouvoir n’a pas promulgué de lois de restriction ou de coercition exclusivement liées à Internet. Il faut noter que la Constitution du Mozambique est probablement l’une des plus favorables à la liberté de la presse de toute l’Afrique subsaharienne et que la justice montre une relative indépendance à l’égard du pouvoir.

Pourtant, le 22 novembre 2000, Carlos Cardoso, fondateur et directeur de Metical, un quotidien d’investigation créé en 1998 et diffusé uniquement par fax et sur Internet, a été assassiné à Maputo. Deux hommes ont jailli d’une voiture et l’ont tué à bout portant près de la rédaction de son journal. La police a ouvert une enquête, sans parvenir pour l'instant à identifier les assassins. Carlos Cardoso était membre d’un parti d’opposition, le Juntos telacidad, et élu au conseil municipal de Maputo. Il avait dirigé l'agence de presse officielle mozambicaine de 1980 à 1988 avant de fonder Mediafax, le premier journal indépendant du pays, au début des années 90. Le 30 mai 2000, Carlos Cardoso avait été convoqué par le ministre de la Justice pour révéler le nom de ses sources à propos d’une enquête sur une affaire de fraude. Le 2 juin, le journaliste s'était rendu au ministère, mais avait refusé de répondre aux questions des autorités.

 

Lien :

Metical

http://www.tropical.co.mz/~metical

 

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Population : 50,3 millions

PIB par habitant et par an : 822 dollars

Fournisseurs d’accès à Internet : 2

Internautes : 1 500 

Trois ans de guerre, des déplacements de population, le coût élevé du matériel informatique et de la connexion, joints à la faiblesse du niveau de vie limitent considérablement le développement d’Internet.

 

Officiellement, il n’y a pas de restrictions à l’accès à Internet en République démocratique du Congo (RDC). Cependant, l'organisation indépendante Journaliste en danger (JED) se plaint de recevoir des courriers électroniques anonymes l’accusant de donner une mauvaise image du pays à l’étranger. Une dizaine de journaux disposent de pages sur des sites gérés hors du pays. Seul le quotidien progouvernemental L’Avenir dispose d’un site basé à Kinshasa. Ce dernier a connu quelques déboires : le 6 octobre 2000, L’Avenir a été l’objet d’une rafle des forces armées congolaises. Treize personnes ont été interpellées pendant quelques heures et ont déclaré avoir été battues. Du matériel informatique a été saisi. Le site a été suspendu pendant trois jours. Un informaticien du journal a également passé plusieurs jours en prison, accusé de posséder des disquettes contenant des mails jugés subversifs.

Par ailleurs, plusieurs organisations non gouvernementales du Nord comme du Sud Kivu, une province tenue par des mouvements rebelles soutenus par l’Ouganda ou le Rwanda, ont été harcelées et contraintes de cacher leur matériel d’émission, généralement un ordinateur relié à un téléphone satellitaire.

  

Liens :

Journaliste en danger

http://www.congonline.com/Jed/

L’Avenir

http://www.groupelavenir.com/

 

SIERRA LEONE

Population : 4,9 millions

PIB par habitant et par an : 130 dollars

Fournisseurs d’accès à Internet : 0

Internautes : 2 000

Dans un pays meurtri par neuf années de guerre, l’utilisation d’Internet reste embryonnaire. À Freetown, les cybercafés n’en sont pas moins bondés tous les soirs et la messagerie Hotmail connaît un énorme succès.

 

En 1999 et jusqu’au mois de juillet 2000, les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) ont profité de la guerre pour se livrer au saccage de rédactions. A la même période, des journalistes ont été assassinés. Dans ces conditions, Internet est devenu l’un des rares espaces d’expression pour les médias indépendants, qui possèdent des éditions en ligne.

Si la plupart de ces sites sont hébergés à l’étranger pour des raisons techniques, d’autres le sont dans le but d’échapper aux velléités de contrôle des autorités. « Nous rédigeons en général nos articles ici, en Sierra Leone, puis les envoyons par courrier électronique, afin d’échapper aux éventuelles tentatives de filtrage. Nos papiers sont ensuite mis en ligne depuis l’étranger », témoigne un journaliste. Cette « stratégie » a fait la notoriété d’un groupe de journalistes indépendants, la NINJA (National, Independant, Neutral Journalist's Association) qui œuvrent dans la clandestinité et publient des informations sur l’actualité sierra-léonaise. En juin 1999, deux journalistes du quotidien The Independent Observer, Abdul Rhaman Swaray et Jonathan Leigh, ont été arrêtés : il leur était notamment reproché de collaborer avec la NINJA. Début 2001, alors qu’une paix précaire avait été instaurée, le site de la NINJA était fermé. Ses membres poursuivent en revanche la diffusion d’informations par courrier électronique.

 

Lien :

NINJA

http://www.sierra-leone.cc/

SOMALIE

Population : 9,4 millions

PIB par habitant et par an : 563 dollars

Fournisseurs d’accès à Internet : 1

Nombre d’internautes : 200

Connectée depuis 1999 et dotée du courrier électronique depuis novembre 2000, la Somalie est l’un des pays les moins avancés d’Afrique en matière d’Internet. Jusqu’à l’arrivée de la Somali Internet Company (SIC), le fournisseur d’accès local qui regroupe les branches Internet de trois compagnies privées de télécommunications, les internautes se connectaient au Réseau depuis la Norvège. 

 

La législation n’interdit à personne l’accès au Web. À ce jour, aucune loi de restriction ou de coercition n’a été promulguée contre les médias en ligne.

Les Emirats Arabes Unis, dont la Somalie est le premier partenaire commercial africain, étant déjà actionnaires de deux des trois opérateurs téléphoniques somaliens, le serveur de la SIC a été installé par des ingénieurs tchèques, à Dubaï. La principauté, qui bénéficie d’une plate-forme technologique de haut niveau, utilise le système “clean internet services”, un procédé importé d’Arabie saoudite expurgeant la Toile de tous les sites à caractère sexuel. Rien ne pouvant se faire en Somalie sans la bienveillance des fondamentalistes musulmans, ce filtre leur a été concédé en gage de bonne moralité.

Lien :

Somali Internet Company

http://www.somalinternet.com

 

ZAMBIE

Population : 8,8 millions

PIB par habitant et par an : 719 dollars

Fournisseurs d’accès à Internet : 3

Internautes : 15 000

 

Si, à ce jour, aucune loi restrictive ou coercitive n’est venue menacer les médias en ligne ou les fournisseurs d’accès, la Zambie est le premier pays d’Afrique à avoir utilisé la censure sur Internet : en février 1996, les autorités ont, de facto, empêché l’accès à un numéro censuré du quotidien d’opposition The Post, en menaçant le fournisseur, Zamnet, de poursuites s’il mettait en ligne le numéro interdit. L’article à l’origine de la saisie du journal – qui révélait les plans du gouvernement relatifs à un référendum sur la Constitution – fut finalement publié sur le site d’un internaute américain, échappant ainsi à la juridiction zambienne. Par la suite, le gouvernement a tenté de faire pression sur Zamnet pour que celui-ci n’héberge plus The Post, ce que le fournisseur d’accès a refusé de faire. En revanche, rapporte l’association de défense de la liberté d’expression Article 19, Zamnet a réussi à persuader le gouvernement de mettre en ligne… les périodiques qui lui sont favorables, comme The Daily Mail ou The Times of Zambia.

Liens :

The Daily Mail

http://www.daily-mail.co.zm

The Times of Zambia

http://www.times.co.zm

The Post

http://www.zamnet.zm/zamnet/post/post.html

Association Article 19

http://www.article19.org

 

ZIMBABWE

Population : 11,4 millions

PIB par habitant et par an : 520 dollars

Fournisseurs d’accès à Internet : 15

Internautes : 20 000

Le Zimbabwe se situe parmi les cinq pays africains possédant le plus grand nombre d’adresses Internet et de domaines enregistrés. Outre Harare, les villes de moindre importance comprennent des points d’accès. Une dizaine de cybercafés sont ouverts dans la capitale, mais le pays souffre d’un très faible débit de communications. Icon Zimbabwe et Africa Online tentent de contourner le problème avec l’acquisition de fréquences d’ondes satellitaires.

En novembre 2000, le gouvernement a fait voter un texte, le Post and Telecommunications Act, qui lui donne la possibilité de contrôler les appels téléphoniques et les courriers électroniques. A cet effet, il prévoit la collaboration des fournisseurs d’accès et des opérateurs du pays, regroupés au sein d’une association, la Computer Society of Internet. Ce texte pourrait donner lieu à des pressions sur les fournisseurs d’accès qui refuseraient de l’appliquer.

Si aujourd’hui la plupart des grands médias zimbabwéens possèdent leur site, comme le quotidien The Independent ou la chaîne de télévision publique ZBC (Zimbabwe Broadcasting Corporation), il n’existe aucun organe de presse diffusé uniquement sur le Réseau.

Liens :

The Independent

http://www.mweb.co.zw/zimin

Zimbabwe Broadcasting Corporation

http://www.africaonline.co.zw/zbc