COTE
D'IVOIRE: LA MOBILISATION DU PEUPLE A ENTRAINE LA CHUTE DU GENERAL GUE.
La présidence
est tombée mercredi 25 octobre dans la soirée aux mains de forces de sécurité
ralliées aux centaines de milliers de manifestants descendus dans les rues pour chasser
la junte du pouvoir et refermer la première parenthèse militaire de l'histoire de la
Côte d'Ivoire. Le socialiste Laurent Gbagbo, récupérant sa victoire grâce à la vague
des manifestants, a réaffirmé être le vrai président élu lors du scrutin du 22
octobre. Il a remercié ses troupes sur les ondes de la radio et de la télévision
nationales, conquises par la rue, avant de rencontrer les haut-responsables des forces de
sécurité. Il a annoncé la prochaine formation d'un gouvernement, malgré les
manifestations de ses rivaux du Rassemblement des Démocrates (RDR - libéral) qui
demandent l'organisation de nouvelles élections. Leur candidat, l'ancien Premier ministre
Alassane Ouattara avait été exclu de la course à la présidence, volée par le
général Robert Gueï, au pouvoir depuis le coup d'Etat militaire du 24 décembre 1999. "La
situation reste extrêmement changeante et on ne sait pas clairement qui assure le
pouvoir" a pourtant déclaré le porte-parole adjoint du département d'Etat, Philip
Reeker à Washington demandant à la classe politique ivoirienne de parvenir à des
"dispositions intérimaires" pour mettre fin à la confusion et restaurer la
démocratie. De son côté, le président sud-africain Thabo Mbeki a appelé à de
nouvelles élections en Côte d'Ivoire permettant d'inclure les candidats qui ont été
exclus du scrutin le 22 octobre. Le calme était
revenu mercredi 25 octobre dans la soirée à Abidjan et le couvre-feu que le général
Gueï avait imposé et qui devait rester en vigueur jusqu'au 28 octobre a été maintenu
par Laurent Gbagbo pour la seule nuit de mercredi à jeudi, de 21H00 à 06H00. Mercredi soir
la télévision ivorienne devenue du jour au lendemain "gbagboiste" après avoir
été "guéiste" a appelé la population à retourner au travail jeudi 27
octobre. Le président de la Commission nationale électorale (CNE), Honoré Guié, est
réapparu à 21H50 à la télévision nationale pour reprendre la proclamation des
résultats de la présidentielle du 22 octobre. Intervenant
vers 00H45 (locales) en direct à la télévision, M. Guié, a annoncé un nouveau retard
dans la proclamation des résultats du premier tour. Selon M. Guié, l'intervention de
militaires mardi au siège de la CNE a fait "prendre du retard dans la
validation" de certains résultats, notamment concernant les dix communes qui
constituent la ville d'Abidjan. Il a appelé la population à la "patience".
Aucune heure n'a été annoncée pour la reprise de la proclamation des résultats. La CNE
avait interrompu depuis lundi 23 octobre en milieu de matinée, la proclamation des
résultats. des militaires de la Garde présidentielle avaient fait irruption dans les
locaux de la CNE et contraint M. Guié et plusieurs membres de la Commission à les
suivre. Auparavant, M.
Gbagbo avait indiqué à la télévison qu'il avait demandé à la CNE de publier les
résultats de l'élection présidentielle "au plus tard à minuit" mercredi.
"Je ne prendrai pas les fonctions de chef d'Etat, je n'irai pas à la présidence de
la République tant que les normes légales n'auront pas été respectées", a dit M.
Gbagbo. La chute de la
présidence, dans le quartier du Plateau à Abidjan, défendue pied à pied dans
l'après-midi par les derniers partisans armés de Robert Gueï, n'a toutefois pas levé
l'incertitude sur le sort de ce général, auteur du premier coup d'Etat militaire du pays
et introuvable mercredi soir. Il aura tenté par tous les moyens, y compris la tricherie
électorale et une victoire auto-proclamée, de se maintenir au pouvoir malgré sa
défaite évidente à l'élection présidentielle. La cause semblait toutefois perdue dans
la soirée, après le ralliement de la gendarmerie et de plusieurs membres de la junte,
alors que le régime militaire était lui définitivement enterré par les partisans de
Laurent Gbagbo mobilisés par centaines de milliers. Lâché par la communauté
internationale, qui a menacé de sanctions si le verdict des urnes n'était pas respecté,
désavoué par son peuple descendu dans les rues de plusieurs grandes villes du pays,
Robert Gueï, semblait lui-même victime du "coup de balai" qu'il avait
déclaré être venu donner à son pays en prenant le pouvoir. Voulant troquer le treillis
contre le costume cravate, son second "coup de force", électoral cette fois-ci,
dissolution de la commission électorale et proclamation arbitraire de sa victoire lundi,
n'a pas abouti et a été condamné dans le monde entier. Il n'a bénéficié d'aucun
soutien depuis le vote boycotté par la majorité de l'électorat. Au contraire,
même ses "frères d'armes", qu'ils soient issus de la très stratégique
caserne d'Akouédo, en banlieue d'Abidjan et d'où était parti le coup d'Etat du 24
décembre, de la toujours légaliste gendarmerie nationale et même du pré-carré de son
entourage, le lâchaient eux aussi, un par un. Son
porte-parole et ministre de la Communication, le capitaine de frégate Henri Sama, a ainsi
annoncé mercredi à l'AFP qu'il démissionnait du Conseil national de salut public (CNSP,
junte) et qu'il reconnaissait la victoire de Laurent Gbagbo à la présidentielle. Il
était rapidement suivi du capitaine de corvette Djikalou Saint Cyr, ministre du commerce.
Tous les corps d'armée se sont mis "à la disposition" de Laurent Gbagbo, a
annoncé mercredi soir le chef d'état-major de l'armée ivoirienne, le général
Soumaïla Diabakaté, à la télévision nationale. Robert Gueï,
d'abord présenté au lendemain du coup d'Etat du 24 décembre comme "le Père
Noël" de la Côte d'Ivoire, avait pourtant tenté de mettre toutes les chances de
son côté pour cette élection. Il avait en effet fait éliminer par une chambre
constitutionnelle de la Cour suprême à ses ordres, les candidatures issues de l'ancien
parti unique et celle de M. Ouattara au nom du RDR. Il a vraisemblablement mésestimé le
soutien populaire dont bénéficie Laurent Gbagbo, seul politicien ivoirien à s'être
opposé au "père de l'Indépendance ivoirienne", Félix Houphouët-Boigny lors
des premières élections multipartites, en 1990, remportant 18% des suffrages. Tribun à la
voix cassée, usant volontiers de formules et d'un humour ravageur, Gbagbo n'a cessé
depuis de battre campagne, et pas seulement dans son fief du centre-ouest, le pays Bété.
Mardi et
mercredi, il a tenu sa promesse et prouvé sa capacité de mobilisation, lui qui avait
prédit à son rival un sort "à la Milosevic" si sa victoire n'était pas
reconnue. Le bilan des affrontements restait difficile à établir mais semblait devoir
dépasser la dizaine de morts. Une incertitude
plane sur l'avenir politique de la Côte d'Ivoire compte tenu de la position prise par les
partisans de M. Alassane Ouattara qui exige de nouvelles élections. |
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