DECLARATION DU FD SUR LA CRISE SOCIALE.

La journée du vendredi 13 octobre 2000 a été marquée par une violente explosion sociale à Moroni. La jeunesse est descendue dans la rue pour dire, manifester son ras-le bol. Le F.D. se félicite de ce réveil du peuple qui se dresse pour ses droits, pour dire non  à la misère, aux injustices. Trop c’est trop !

En effet la jeunesse refuse d’accepter l’insupportable, l’atteinte aux deux denrées fondamentales de l’existence : le pain et l’école. Les jeunes refusent les hausses  des prix des denrées de première nécessité comme ils n’acceptent pas la fermeture de l’école publique.

Loin d’être naïfs, comme les gouvernants veulent les considérer, ils comprennent que les explications qu’on leur fournit sont fausses, louches, bref, ne résistent pas à l’examen des faits. Prenons le cas de la hausse du carburant : Azali, dans son discours, l’explique par le fait de la hausse du dollar et l’achat au prix du marché international. Or il y a à peine trois mois, c’est l’exact opposé qu’on nous avait chanté. Q’ils sachent, ces gens là, que contrairement à ce qu’ils croient, nous n’avons pas la mémoire courte.

En effet, n’est ce pas Abdou Mna Nouni pour ne pas le nommer qui, au nom du gouvernement disait par les ondes de Radio Comores pourquoi ils ont rompu avec Total-Fina précisément parce que cette multinationale vendait les produits pétroliers au prix du marché. Et pourquoi ils sont si heureux avec le nouveau fournisseur de Sharjah précisément parce qu’ils sont à l’abri de la hausse du dollar ? Le fait est que la société des Hydrocarbures  est une vache à lait où les dignitaires puisent sans compter. Petit Doudja deviendra grand à condition que la France lui prête vie.

Quant  à la rentrée scolaire toujours reportée : du lundi au mercredi, puis de mercredi à lundi prochain et ainsi de suite… Les élèves en ont assez ! L’attente se transforme en angoisse, ce qui explique le ras le bol. Las d’être tournés en bourrique ils agissent, car ils n’acceptent pas l’explication qu’on leur sert :   « la mauvaise volonté des enseignants ». Les enseignants ici ne sont que le bouc émissaire, l’arbre qui cache la forêt de désordre dans les finances publiques. Car l’argent est utilisé pour tout sauf pour ce qui est inscrit dans le budget : il sert à entretenir des superstructures pléthoriques, à des prétendues dépenses de souveraineté (sic !). Au train où vont les choses, il est impossible pour la junte de répondre aux attentes de la population, de résorber cette profonde crise sociale quand bien même elle claironne d’y faire parvenir avec la manne tirée de la cargaison d’ONICOR de 9 000 tonnes de riz populaire.

L’Etat est une machine corrompue, où le mensonge est devenu un exercice oratoire, les injustices une banalité, le vol de l’argent publique une pratique à peine illégale. Mise au pas, la justice exécute sans rechigner ce qu’on lui dicte de  faire. L’armée est en état de décomposition : tandis qu’une minorité formant une caste à part  autour d’Azali s’enrichit à tour de bras, la troupe connaît la fin des haricots, comptant trois à quatre mois d’arriérés de solde. C’est ainsi que voyant ses intérêts menacés par la protestation sociale, la caste militaire n’hésite pas à chausser les bottes des mercenaires pour se livrer au saccage, au viol de domicile, à la répression brutale, à la profanation des lieux de culte comme l’a été la vénérable mosquée de Mtsangani.

La vérité est que la junte au pouvoir et les hommes qui nous gouvernent sont un pur produit de la « Françafrique », laquelle fait des Comores un laboratoire pour la recolonisation de l’Afrique. Des ministres eux-mêmes et autres hauts fonctionnaires reconnaissent que l’Etat comorien n’est qu’une République bananière dirigée par un comité patronné par un colonel français et où l’on compte Azali, Sultan Chouzour, Boléro et Abdou Soefo. Mission spéciale : trouver les voies et moyens pour démembrer les Comores. D’où le tour de force que constitue la « Déclaration de Fomboni » où les deux colonels appliquant les « instructions reçues », pour reprendre le mot de Abeid, ont réalisé leur plus haut fait de guerre… contre leur peuple, en même temps qu’un défi à l’O.U.A. et les pays ayant parrainé  l’Accord d’Antananarivo.

C’est un processus qui non seulement sape l’unité de la République et l’indépendance du pays, mais entraîne la ruine du Trésor Public par les dépenses faramineuses qu’il occasionne.

La vague montante et salutaire du mécontentement social vient rejoindre, il faut l’espérer, le mouvement national contre la « Déclaration de Fomboni ». C’est un nouveau départ contre la misère, l’oppression et la recolonisation. Le gong a sonné.

 Ni Jolo, ni Azali, ni Abeid.

Pour un gouvernement consensuel, indépendant et populaire.

 Moroni, le 16 octobre

Comité de Moroni

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   Dernière modification : 09 novembre 2000