EDITORIAL : L'APPEL DE M. CHAMASSE: UN REVIREMENT OU UNE MANŒUVRE?

 M. Chamasse Said Omar vient de surprendre tout le monde en publiant un appel où il reconnaît avoir commis une erreur en demandant le rattachement de l'île d'Anjouan avec la France. M. Chamasse, comme tout homme politique, a parfaitement le droit de changer d'avis en reconnaissant ses erreurs. Mais les observateurs de la crise comorienne ne peuvent pas s'empêcher de soulever un certain nombre d'interrogations.

Pourquoi tout d'abord un brusque revirement de celui qui était considéré jusqu'à ces derniers temps comme l'un des chefs les plus durs du mouvement séparatiste? Ou bien M. Chamasse a cru sincèrement que l'île d'Anjouan pouvait être rattachée avec la France, et dans cette hypothèse, il a fait preuve d'une grande naïveté. Ou bien, il a trompé sciemment la population comorienne vivant à Anjouan en la faisant miroiter sur un objectif irréaliste et irréalisable et dans ce cas, il fait preuve aujourd'hui  d'une mauvaise foi extraordinaire. Cet ancien militaire français ne peut pas se contenter d'être laconique. L'opinion publique est en droit de savoir quels sont les services ou les hommes de l'ombre qui l'ont poussé à entreprendre cette vaste opération de déstabilisation de l'Etat comorien et les objectifs poursuivis.

Quelle que soit l'hypothèse au quelle on se place, on constate que M. Chamasse ne sort pas grandi de la puissante campagne de propagande qu'il a menée pour une recolonisation de l'île d'Anjouan. Cette revendication fantaisiste a fait rire beaucoup de gens en Afrique et a constitué une profonde humiliation du peuple comorien aux yeux du monde entier.

 En effet, on n'avait jamais connu dans le monde une partie d'un pays souverain et indépendant qui demandait à être reconolisée.

M. Chamasse n'est pas convaincant car il change brusquement d'avis sans expliquer les raisons réelles qui l'ont poussé à opérer ce changement de cap.

Dans son appel, M. Chamasse se prononce pour le départ des 2 colonels ainsi que le rétablissement de l'ordre constitutionnel. Qui ne peut se réjouir de la modération des positions du chef séparatiste qui se déclare prêt à accepter les exigences de la communauté internationale? Mais quand on examine son texte de près, on constate qu’il est plein de contradictions. En effet, M. Chamasse accepte des négociations sur la base de l'accord d'Antananarivo qui prévoient une large autonomie de chaque île.  Il ne précise pas de manière explicite qu'il accepte l'accord. Mais à la fin de son texte, M. Chamasse parle d'une Union des Etats des Comores, ce qui est en totale contradiction avec l'Accord d'Antananarivo. L'Union des Etats des Comores constitue la revendication traditionnelle du mouvement séparatiste qui a été constamment rejetée tant par les parties signataires comoriennes ainsi que par la communauté internationale lors des conférences d'Addis-Abéba et d'Antananarivo. M. Chamasse fait semblant de changer de position. On peut sérieusement en douter compte tenu des ambiguïtés du texte qu'il vient de publier.

M. Chamasse tire aujourd'hui à boulets rouges contre le colonel Abeid. Il est vrai que le colonel Abeid est isolé et affaibli. Son impopularité a atteint un sommet culminant depuis la répression brutale qu'il a engagée contre ses opposants au cours des derniers mois. La population aspire à un changement. Elle en a marre de vivre dans une situation sans issue marquée par un accroissement de la misère, du  chaos et une insécurité permanente. En effet, une tension accrue règne dans cette île comorienne depuis la décision de dissolution de la "chambre des députés" prise par le colonel Abeid. Les chefs séparatistes s'affrontent actuellement à couteaux tirés. Chacun compte ses troupes. Bahagoulam, l'un des proches de M. Chamasse, vient de déclarer auprès de nos confrères du Quotidien de la Réunion: " Abeid ment. Nous avons toujours nos armes". Le risque d'une nouvelle guerre civile n'est pas à exclure. C'est ce qui a poussé Saindou Cheikh, le "Président" de la "Chambre des députés" , un autre proche de M. Chamasse, à réclamer une force d'interposition de l'OUA en vue de parer à toute éventualité. Quel retournement de situation quand on sait que ce personnage s'est opposé becs et ongles contre toute implication de l'OUA dans le règlement de la crise comorienne! Selon plusieurs habitants de Mutsamudu que nous avons contactés par téléphone, la population traumatisée par les affrontements des différentes factions séparatistes de décembre 1998 souhaite l'envoi d'une telle force mais considère que M. Saindou Cheikh est vraiment mal placé pour la réclamer.

Le colonel Abeid a échoué dans son entreprise de donner une apparence de légalité au pouvoir séparatiste. Son échec hypothèque la mise en œuvre de l'Accord de Mohéli qui a été rejeté par l'opposition comorienne et la société civile. Il n'a plus de soutiens politiques. Il se retrouve tout seul à la tête de sa milice intitulée SIR ( Service d'Intervention Rapide). Son départ paraît incontournable pour toute normalisation de la vie politique et administrative à Anjouan. Mais M. Chamasse ne représente pas une alternative crédible. Son image a été très ternie par sa très forte implication lors de la guerre fratricide de décembre 1998. Les comoriens n'ont pas la mémoire courte. En effet, chose tout à fait incroyable, cet ancien chef de milice avait dirigé la guerre de décembre 1998 en ayant recours aux  médias officiels à Mayotte. Quand les combats avaient cessé, M. Chamasse avait lancé lors d'une conférence de presse tenue à Mayotte une phrase lourde de signification: " Ce n'est qu'une simple recréation ".

Au lieu de se lancer dans une nouvelle course pour le pouvoir, M. Chamasse devrait reconnaître humblement les graves erreurs qu'il a commises et accepter d'être jugé par la justice de son pays avec toutes les garanties des droits de la défense pour tous les crimes ou délits qu'il a pu commettre directement ou indirectement au cours de ces 3 années de séparatisme. C'est en agissant ainsi qu'il pourrait convaincre l'opinion publique de sa bonne foi.

 

La rédaction

 Retour

 

 

   Notre mission Contactez-nous Page d'accueil Recherche Publicité 
Pour toute question ou remarque concernant ce site Web, envoyez un email à Comores-infos@Wanadoo.fr
   Dernière modification : 09 novembre 2000