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EDITORIAL: L'ENTREE EN LICE DE LA DIASPORA COMORIENNE

La communauté comorienne résidant en France métropolitaine et à la Réunion dépasse facilement le chiffre de 150 000. Jusqu'à ces dernières années, cette communauté s'était surtout mobilisée pour apporter sa part de contribution à des financements de projets régionaux ou locaux comme la construction d'un hôpital, d'une école ou d'une bibliothèque.

Mais elle a toujours suivi de près l'évolution de la grave crise politique qui secoue les Comores depuis le mois de juillet 1997. La diaspora comorienne, comme de nombreux observateurs étrangers, a vite fait le rapprochement entre les projets du gouvernement français concernant l'île de Mayotte et la profonde déstabilisation de l'Etat comorien. Il apparaît aux yeux de la quasi-totalité des organisations de la diaspora comorienne en France que Mayotte a servi et continue de servir de base de déstabilisation de l'Etat comorien. Les fortes complicités que les chefs séparatistes bénéficient de la part de la Préfecture de Mayotte les ont permis de continuer à défier en toute impunité la communauté internationale. Cette situation les inquiète à juste titre car c'est l'avenir de tout un pays, voire de toute une région, qui se trouve gravement menacé. Elles sont toutes convaincues que l'enlisement de la crise comorienne est intimement lié à la prochaine consultation que le gouvernement français va organiser dans les prochaines semaines à Mayotte.

Après avoir observé l'évolution de la situation avec beaucoup de retenue et de sang froid, la diaspora comorienne a décidé d'exprimer son cri de révolte. Une première manifestation a eu lieu au courant du mois de mars à Bron, le fief électoral de Jean-Jack Queyranne, le chef d'orchestre de l'évolution statutaire de Mayotte qui va à contre-sens de l'histoire car elle va encore éloigner Mayotte de ses îles sœurs. Une seconde manifestation a eu lieu à Paris le 6 avril 2000, le jour de l'adoption du projet de loi du gouvernement français par l'Assemblée Nationale.

Le point d'orgue de cette mobilisation a été marqué par la tenue d'une manifestation à Marseille le 22 avril 2000, une région où vivent plusieurs dizaines de milliers des comoriens. Elle fut, selon les organisateurs, un grand succès car c'était une première à Marseille que la communauté comorienne organise une manifestation de son cru, sur un contenu politique fort, interpellant les autorités françaises sur les conséquences de leur politique à Mayotte et dans le reste de l'archipel et les invitant de respecter les résolutions de l'OUA et de l'ONU sur le respect de l'unité et de l'intégrité territoriale des Comores. Elle a reçu une large couverture médiatique. Parmi les médias présents à la manifestation, il y avait RFO (radio et TV), FR3, "la Marseillaise" et "la Provence". La Marseillaise et la Provence ont relaté dans leurs colonnes cette manifestation. Un tract intitulé "Mayotte, Terre Comorienne" a été largement diffusé le jour de la manifestation et à l'occasion de la fête du 1er Mai. Encouragés par leur succès, les organisateurs de la manifestation envisagent de multiplier les initiatives afin de sensibiliser les élus et partis politiques français sur la situation dramatique qui prévaut actuellement aux Comores marquée par la persistance du séparatisme.

La diaspora comorienne vient de démontrer avec éclat qu'elle peut influer auprès des autorités françaises afin qu'elles mettent un terme à l'engrenage dangereux consistant à déstabiliser en permanence l'Etat comorien et l'impérieuse nécessité de trouver une solution juste du problème de Mayotte afin de préserver la paix et la stabilité au sein des différentes îles qui composent l'archipel des Comores. Elle a les moyens de se faire entendre puisqu'elle peut influer lors des prochaines échéances électorales.

LA REDACTION

 

DOSSIER SPECIAL CONSACRE A L'ACCORD D'ANTANANARIVO: PERSISTANCE DU SEPARATISME UN AN APRES LA SIGNATURE DE CE DOCUMENT CAPITAL.

'Accord d'Antananarivo a été signé le 23 avril 1999 dans la capitale malgache par le gouvernement comorien et les délégations de la Grande Comore et de Mohéli. La délégation des séparatistes anjouannais, après avoir loué le contenu de l'Accord, avait juste sollicité un report de signature pour l'expliquer à la population.

Rappelons que cet accord qui prévoit la création d'une Union des Iles Comores permettra d'octroyer une large autonomie à chaque île. Les chefs séparatistes ont effectué un virage à 360° et rejettent maintenant en bloc l'intégralité de l'accord. Pour donner un maquillage juridique à leur volte-face, ils ont organisé une mascarade électorale qui a été relevée par tous les journalistes présents lors du prétendu référendum du 23 janvier 2000. C'est la preuve la plus tangible qu'ils ne sont animés d'aucune volonté réelle et sérieuse de parvenir à un règlement pacifique de la crise actuelle. Ils préfèrent maintenir l'île d'Anjouan dans un isolement total et dans une situation de non droit afin de consolider les privilèges qu'ils se sont octroyés.

Devant ce refus obstiné de parrainer l'accord de paix signé dans la capitale malgache et excédée par les manœuvres dilatoires des chefs sécessionnistes, l'OUA a décidé de mettre en place un embargo afin de les contraindre à respecter leurs engagements. Mais l'OUA doit se rendre à l'évidence qu'elle se trouve en face d'un groupe disparate éclaté en différentes factions plus ou moins rivales et n’ayant donc pas un comportement rationnel. Si on tire cette conclusion qui saute aux yeux de tout observateur honnête et impartial de la crise comorienne, le moment est venu d'utiliser d'autres moyens afin de mettre un terme à ce qu'il est convenu d'appeler la prise d'otages de la population anjouannaise. Même le Colonel Azali qui a flirté pendant quelques temps avec le Colonel Abeid vient récemment de tirer cette conclusion de bon sens.

Les chefs séparatistes se comportent exactement comme un malade à qui on a prescrit tous les médicaments imaginables mais qui ne produisent aucun effet. Dans ce cas, le médecin doit se résigner à recourir à une intervention chirurgicale.

Quand les séparatistes proposent des nouvelles négociations comoro-comoriennes, qui peut encore les croire? Voilà des gens qui n'ont jamais respecté leurs engagements pris vis à vis de la communauté internationale. Il est bien évident que cette proposition est une nouvelle supercherie de leur part et qui est destinée à leur permettre de gagner encore du temps supplémentaire dans leur aventure suicidaire.

La crise comorienne peut encore être réglée à condition que l'OUA et les autorités comoriennes se résignent à mettre les bouchées doubles pour en finir.

C'est une question de lucidité mais surtout de courage politique.

LA REDACTION

 

LES CHEFS SEPARATISTES PERSISTENT DANS LEUR REFUS DE METTRE FIN AU CONFLIT

n an après une tentative de réconciliation à Antananarivo, l'île d'Anjouan maintient tant bien que mal son "indépendance" qu'elle avait unilatéralement proclamée en août 1997 du reste des Comores, malgré l'isolement international et un embargo décrété par les pays africains.

Cette petite île de l'Océan indien a proclamé, le 3 août 1997, son "indépendance unilatérale et irréversible" de la République Fédérale Islamique des Comores (RFIC), qui comprend également les îles de la Grande-Comore et Mohéli. Depuis, aucun pays, aucune instance internationale, n'a reconnu l'"Etat d'Anjouan".

Le 23 avril 1999, la Grande-Comore et Mohéli ont signé, dans la capitale malgache, un accord qui prévoyait la mise en place d'une Union des Iles Comores, sorte de fédération qui dotait chacune des trois îles d'une plus grande autonomie. Les séparatistes anjouanais avaient alors refusé de signer l'accord d'Antananarivo, dit de "réconciliation nationale".

Les délégués anjouanais avaient réclamé un délai de deux semaines pour faire approuver l'accord par la population mais, une semaine plus tard, le 30 avril, une junte militaire renversait le pouvoir à Moroni, sur la Grande-Comore, et plaçait à la tête de la RFIC le colonel Azali Assoumani.

Ce coup d'Etat donnait un coup d'arrêt au processus d'Antananarivo, fournissant aux séparatistes au pouvoir à Anjouan un alibi pour repousser l'échéance qu'ils s'étaient fixée puis rejeter l'accord définitivement.

Après de multiples tentatives de réconciliation entre le colonel Azali et le chef des séparatistes anjouanais, le lieutenant-colonel Saïd Abeid Abdérémane, le torchon a brûlé définitivement entre les deux hommes fin juillet 1999.

Depuis, Anjouan a poursuivi la mise en place de ses propres institutions dont les principales étapes ont été des élections législatives en août 1999 et un référendum le 23 janvier 2000 qui a approuvé à 94,47% le rejet de l'accord d'Antananarivo. L'Organisation de L'Unité Africaine (OUA) a dénoncé à l'occasion une consultation étroitement contrôlée par les séparatistes par l'intimidation de l'opposition "rattachiste".

Depuis Antananarivo, l'OUA, qui parrainait l'accord, multiplie, en vain, les pressions pour ramener Anjouan dans le giron de Moroni, la capitale des Comores, en imposant notamment un embargo. Parallèlement, elle presse Moroni pour un "retour à l'ordre constitutionnel", pour que la junte rende le pouvoir aux civils, toutefois sans mesures coercitives.

Le 1er février 2000, l'OUA a imposé une première mesures d'embargo visant les tenants du pouvoir séparatiste d'Anjouan et leurs principaux sympathisants, en gelant notamment leurs comptes bancaires à l'étranger et interdisant aux pays africains de reconnaître leurs passeports afin de les confiner sur l'île. Le 20 mars, l'organisation panafricaine a instauré une deuxième série de mesures, touchant cette fois l'ensemble de la population: les liaisons maritimes et aériennes entre Anjouan et l'extérieur sont interrompues, le transport des marchandises suspendu, les communications téléphoniques coupées et les banques étrangères ont fermé leurs succursales sur l'île.

In fine, l'embargo est plus ou moins bien observé par les deux autres îles de l'archipel, les propriétaires d'embarcations privées en tirant un juteux profit, et les liaisons maritimes entre Anjouan et Mayotte ne sont pas totalement suspendues, rapporte un journaliste de cette quatrième île de l'archipel comorien, territoire français.

 

LES EFFETS DE L’EMBARGO SUR ANJOUAN COMMENCENT A SE FAIRE SENTIR

es premiers effets de l'embargo imposé par l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) et la junte militaire à Moroni commencent à se faire sentir sur l'île séparatiste d'Anjouan, qui a déclaré unilatéralement, le 3 août 1997, son indépendance du reste des Comores.

Le carburant, et plus particulièrement le pétrole lampant nécessaire aux besoins quotidiens des ménages, commence sérieusement à manquer, selon les témoignages de divers habitants de Mutsamudu, qui sont venus récemment à Moroni.

Le litre de pétrole atteint 800 francs comoriens (environ 1,6 USD) contre 150 francs comoriens (0,3 USD) sur les deux autres îles de la République Fédérale Islamique des Comores (RFIC), Mohéli et la Grande-Comore, selon les mêmes sources qui ont tenu à garder l'anonymat.

Face au refus des autorités séparatistes d'Anjouan de signer l'accord d'Antananarivo, ratifié par Mohéli et la Grande-Comore il y a un an, le 23 avril 1999, l'OUA, qui parrainait cet accord, a décidé d'imposer des sanctions, en deux volets, le 1er février et le 20 mars dernier.

L'accord d'Antananarivo prévoit la réunification des trois îles au sein d'une fédération, l'Union des Iles Comores, qui donnerait une large autonomie à chacune des îles.

Selon les sanctions de l'OUA, sauf cas de force majeure à caractère humanitaire, les liaisons maritimes et aériennes, le transport de marchandises, les communications téléphoniques, et tout autre lien avec l'extérieur sont suspendus. Les institutions bancaires de l'île ont été fermées.

Les possibilités que les Anjouanais avaient jusqu'à présent de se ravitailler sur l'île de Mohéli voisine avec des petites embarcations à moteur ont été réduites à néant depuis que Moroni a dépêché sur Mohéli des renforts militaires pour la surveillance des côtes.

Les îles de la Grande-Comore et Mohéli sont dirigées, depuis un coup d'Etat le 30 avril 1999, par une junte militaire conduite par le "président" auto-proclamé le colonel Azali Assoumani.

Mais les liaisons maritimes fonctionnent encore entre Anjouan et Mayotte, la quatrième île de l'archipel des Comores, qui est restée territoire français, donc toujours sous administration française, affirme un journaliste de Mayotte contacté par téléphone. Toutefois, selon plusieurs témoignages, de nombreux Anjouanais ont commencé à fuir Anjouan où la situation se dégrade quotidiennement pour chercher refuge en particulier à Mohéli. Certains auraient été victimes de brutalités policières, selon ces mêmes sources.

 

DISCOURS PRONONCE PAR Dr ZAIDOU LORS DE LA CONFERENCE D'ANTANANARIVO D'AVRIL 1999 : LE NON-RESPECT DES ENGAGEMENTS PRIS.

Aujourd'hui, les chefs séparatistes tirent à boulets rouges sur l'Accord d'Antananarivo. Et pourtant, il y a un an, ils avaient loué publiquement le contenu de cet accord. Pour bien saisir les positions actuelles des séparatistes marquées par le reniement des engagements pris devant la communauté internationale, nous vous proposons de prendre connaissance du discours prononcé par Dr Zaidou, l'un des principaux chefs du mouvement séparatiste anjouannais, résidant à la Réunion.

Jugez-en vous-même.

Déclaration de la délégation des séparatistes anjouannais après la signature de l'Accord d'Antananarivo en date du 23 avril 1999.

        Monsieur le Secrétaire Général de l'OUA

        Monsieur le Premier Ministre

        Madame le Ministre

        Messieurs les Ambassadeurs

        Mesdames et Messieurs les Délégués

        Mesdames et Messieurs

C'est à moi qu'échoit la lourde et honorable tâche de parler au nom de la Délégation anjouanaise.

Nous n'avons pas pris part à la signature, mais tout d'abord je voudrais à mon nom personnel et au nom de la délégation ici présente, présenter mes remerciements, nos remerciements à Monsieur le Président de la République malgache, à l'OUA, au peuple malgache, à la présidence de la Conférence, aux participants de toutes les îles, ainsi qu'à la population d'Anjouan pour nous avoir permis, dans tout son ensemble, de venir ici, placer les bases d'une discussion.

Avant d'aller plus loin, mesdames et messieurs, Monsieur le Président de la République malgache, même s'il n'est pas là, Monsieur le secrétaire général de l'OUA, Madame le Ministre, je voudrais tout d'abord louer l'esprit dans lequel s'est déroulé cette rencontre, un esprit tranquille, où était absent toute participation coercitive. Nous avons librement discuté, avec une facilitation sans égale des organisateurs, autant de l'OUA que du Gouvernement malgache, c'est un point parmi les points positifs que nous avons relevé ici à Antananarivo. La tâche était difficile, Monsieur le Secrétaire général, je tiens à vous féliciter ici pour l'organisation d'une telle conférence. Si on fait référence à l'esprit qui prévalait pendant les Négociations d'Addis Abeba, on mesure Monsieur le Secrétaire Général, l'énorme pas, me permettez-vous de dire le pas de géant, qui a été accompli entre Addis Abeba et Antananarivo, nous sommes tous conscients à Anjouan qu'une page de l'histoire des Comore s'est tournée et qu'une page de l'histoire des Comores est en train d'être écrite. Une telle Conférence Mesdames et Messieurs, laisse toujours des empreintes, et nous à Anjouan, nous sommes convaincus et nous sommes sûrs, et nous vous le disons sans ambages que les empreintes de cette Conférence, de cette rencontre sont des empreintes positives,

Il y a eu beaucoup d'acquis, pour nous Anjouanais, il y a eu beaucoup d'acquis pour nous Comoriens, le premier des acquis c'est le dialogue qu'il y a eu entre nous, entre nous comoriens d'abord, ensuite entre nous comoriens et la population malgache, ensuite entre nous comoriens et les instances internationales. De tels acquis ne laissent pas indifférents, de tels acquis doivent être cultivés, aussi, nous anjouanais présents ici, et présents à Anjouan, parce que parmi les acquis et parmi les points positifs, les facilitations que nous avons pu avoir pour les communications que nous avons pu établir avec Anjouan, pour qu'ici nous vous reflétions exactement l'esprit qui prévaut dans notre prise de décisions. Bien entendu nul n'est parfait, nous avons constaté dans la rédaction du document, seulement dans la rédaction du document, quelques points de divergence, ces points de divergence font que nous avons émis une réserve, dans la mesure où nous considérons le document trop sérieux, et nous avons compris que ce document est d'une importance capitale. Ne pas confondre urgence et précipitation. Pour cela, nous avons pensé qu'il était sage pour éviter tout échec, pour partir d'ici avec des acquis positifs, qu'il était nécessaire d'expliquer ce document aux anjouanais a Anjouan pour qu'ils comprennent sans détour en quoi ils vont s'engager en acceptant les points qui sont ici dans ce document.

Monsieur le Secrétaire Général, nous ne pouvions pas prendre le risque de parapher un document qui aurait pu non seulement poser des problèmes d'explication à Anjouan, mais qui aurait pu être rejeté pour des raisons purement pédagogiques, parce que la population n'aurait pas été informée du contenu, n'aurait pas été préparée parce que, il n'est de secret pour personne qu'un pas encore énorme a été fait par la population anjouanaise, c'est pour çà qu'au début de mon intervention j'ai tenu à remercier la population anjouanaise, parce que nul n'ignore les revendications des anjouanais, l'indépendance rien que l'Indépendance, pendant tous nos travaux, on n'a pas fait mention d'Indépendance, ça veut dire que nous voulions placer les discussions sur une base de sérénité, mais tout de même on ne pouvait pas parapher ce document qui pourrait porter préjudice à tant de sacrifices, à tant de combats, à tant de souffrances, qu'on n'oublierait tout d'un coup d'un geste de signature sans que la population directement concernée ait été consultée, sans qu'on leur ait expliqué le contenu d'un tel document. Aussi, Mesdames et Messieurs, je demande votre indulgence, si vous voyez qu'il y a une absence sur le document, à savoir la signature de la délégation anjouanaise, nous avons voulu privilégier la sérénité par rapport à la précipitation. Aussi, pour ne pas être trop long et pour ne pas avoir à me répéter, je vous demande Monsieur le Secrétaire Général de considérer que la signature des anjouanais est seulement reportée, c'est un report de signature avant l'explication aux anjouanais. Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre indulgence, de votre patience, et nous supposons à Anjouan et nous sommes convaincus à Anjouan que le dialogue n'est pas rompu entre nous, les instances internationales et nos frères comoriens.

POLITIQUE

Le colonel Azali avait pris l'engagement de rendre le pouvoir aux civils le 14 avril 2000. Il n'a pas honoré son engagement et a adressé une mise en garde à l'opposition qui le pousse à respecter sa parole. Il a prononcé le 30 avril 1999 un discours fleuve où il tente de justifier son maintien dans les rênes du pouvoir. Il a lancé un appel à un sursaut national pour sauver le pays du naufrage. Il n'a pas un dit un seul mot sur la question de Mayotte qui revêt pourtant une actualité brûlante.

LA JUNTE DE MORONI LANCE UNE MISE EN GARDE A L'OPPOSITION.

e porte-parole de l'armée comorienne, le capitaine Rachad, a lancé mercredi 26 avril une mise en garde à l'opposition lors du journal de la mi-journée de la radio officielle Radio-Comores.

"Il n'y a pas de place pour les mesquineries de la politique politicienne et les réflexes rétrogrades de dirigeants désespérés et assoiffés de pouvoir", a déclaré le porte-parole. "Ceux qui estiment que demain l'armée mérite d'être impitoyablement châtiée prennent leurs responsabilités", a-t-il lancé.

Il a qualifié l'opposition de "coalition d'opportunistes" dont l'objectif serait de "nier la réalité et les acquis du pouvoir en place en espérant naïvement (...) revenir comme par magie à des responsabilités où le peuple comorien ne souhaite même pas les voir".

Cette déclaration intervient dix jours après un rassemblement organisé par l'opposition à Moroni pour tirer le bilan d'un an de pouvoir militaire du colonel Azali Assoumani. Le colonel Azali qui vient de recevoir un appui de poids, en la personne de l’ambassadeur de France aux Comores, peut engager l’offensive et neutraliser une opposition qui cherche et qui a du mal à se positionner clairement sur la crise sans précédent qui traverse ce petit pays de l’océan indien.

Au cours d’une manifestation organisée à Moroni, l'opposition avait dénoncé les "mensonges" de la junte militaire et la "trahison permanente" de l'armée comorienne durant les vingt-cinq années de son existence.

Le capitaine Rachad a défendu le bilan du pouvoir militaire, citant "les efforts (...) pour améliorer la vie quotidienne des Comoriens, le respect des libertés, les mesures d'assainissement, la reprise du dialogue avec les institutions de Bretton-Woods, ainsi que les avantages que les Comoriens sont en train de tirer".

L'armée comorienne en prenant le pouvoir en avril de l’année dernière avait pris l’engagement de trouver une solution à la crise séparatiste. Un an après, tous les observateurs politiques s’apprêtent à dire que tant que les autorités françaises ne diront pas clairement à Abeid, l’autre colonel, qui " dirige " Anjouan que la plaisanterie a assez duré, la crise qui ne sera pas réglée. Les comoriens continueront à souffrir d’une situation dont tous les observateurs sont unanimes pour affirmer que les clés concernant le règlement de la crise comorienne sont détenus par le gouvernement français.

AZALI APPELLE A UN SURSAUT NATIONAL, UN AN APRES SON PUTSCH

e colonel Azali Assoumani, chef de la junte au pouvoir depuis un an à Moroni, a lancé vendredi 29 avril un appel en faveur d'un "sursaut national salutaire et urgent", lors d'un rassemblement organisé dans la capitale.

"Il est venu le temps d'un sursaut national salutaire et urgent pour sauver le pays du naufrage dans lequel à tout moment il peut sombrer corps et âme", a déclaré le colonel Azali au palais de Beit-Salaam.

"Aujourd'hui plus que jamais, la question anjouanaise et son corollaire, le retour à la normalité constitutionnelle se posent avec une acuité inégalée", a ajouté le chef de l'Etat, arrivé au pouvoir lors d'un coup d'Etat militaire sans effusion de sang le 30 avril 1999.

Tirant le bilan de son action pour tenter de résoudre la crise séparatiste anjouanaise, le colonel Azali a déclaré : "Je crois très sincèrement avoir fait de mon mieux pour trouver un dénouement heureux à la crise séparatiste anjouanaise, qui n'est qu'un aspect particulier du problème général de notre unité nationale compromise".

Près de trois mille personnes ont participé à ce rassemblement parmi lesquelles le corps diplomatique accrédité à Moroni.

Cet appel à l’union nationale du colonel intervient trois jours après l’appel de mise en garde du capitaine Rachad, porte-parole de la junte à Moroni (cf notre article la junte de Moroni lance une mise en garde à l’opposition) .

Azali sait-il vraiment ce qu’il veut ? Un jour il souffle le chaud et le lendemain le froid.

L’ARMEE n’EST PAS PRETE A CEDER LE POUVOIR A "N’IMPORTE QUEL PRIX"

e colonel Azali Assoumani, chef de la junte militaire au pouvoir depuis un an à Moroni, a affirmé que l'armée n'avait pas pour vocation de "s'éterniser au pouvoir", mais qu'elle n'était pas prête à le céder à n'importe quel prix.

"L'armée tient à réaffirmer (...) qu'il n'est pas dans sa vocation, ni dans ses missions d'accéder au pouvoir, encore moins de s'y éterniser", a déclaré vendredi 29 avril le colonel Azali  Assoumani, à l'occasion du 1er anniversaire de l'accession au pouvoir de l'armée comorienne, le 30 avril 1999.

Néanmoins, a-t-il ajouté, l'armée "n'est pas prête non plus à céder le pouvoir à n'importe quel prix, ni à n'importe quelle condition".

"Seules les inconséquences éventuelles de la classe politique peuvent encore contraindre l'armée à sortir de son rôle", a-t-il ajouté dans une allocution d'une trentaine de minutes en langue comorienne, prononcée, selon Radio Comores, devant 5.000 personnes.

Le colonel Azali a appelé à "un sursaut national, salutaire et urgent pour sauver le pays du naufrage dans lequel, à tout moment, il peut sombrer corps et âme".

Le colonel Azali a expliqué ne pas avoir remis le pouvoir aux civils le 14 avril 2000, comme il s'y était engagé au lendemain de son putsch, parce que "deux conditions n'ont pas été remplies."

Ces deux conditions étaient la signature par l'île d'Anjouan de l'accord de réconciliation d'Antananarivo qui devait mettre un terme à la crise séparatiste et la tenue d'élections.

"La question anjouanaise et son corollaire, le retour à la normalité constitutionnelle, se posent avec une acuité inégalée", a poursuivi le chef de l'Etat, qui a déploré "profondément l'attitude d'intransigeance des séparatistes".

Le colonel Azali s'est demandé "si l'on n'a pas épuisé toutes les ressources fondées sur la concertation, et s'il n'est pas venu le temps d'envisager d'autres solutions susceptibles de mettre rapidement un terme aux souffrances que les chefs séparatistes infligent à nos frères et sœurs devenus leurs otages".

L'île comorienne d'Anjouan a déclaré unilatéralement son indépendance en août 1997, plongeant l'archipel dans une crise qui n'a toujours pas été résolue, malgré les tentatives de la communauté internationale et de l'Organisation de l'unité africaine (OUA).

Les séparatistes au pouvoir ont refusé de signer, le 23 avril 1999, l'accord d'Antananarivo, parrainé par l'OUA, qui prévoyait une réunification des trois îles --Grance-Comore, Mohéli et Anjouan-- dans une fédération procurant une large autonomie à chacune d'elles.

Depuis le 20 mars dernier, l'OUA et le pouvoir de Moroni ont imposé un embargo économique sévère à Anjouan, interdisant tout lien aérien, maritime et coupant même les télécommunications avec l'île.

 

PRISES DE POSITION SUR L'AVENIR STATUTAIRE DE MAYOTTE

Le projet du gouvernement français de doter Mayotte d'un statut de collectivité départementale continue à susciter de nombreuses réactions de la part des partis politiques comoriens ou des organisations de la société civile. Nous publions les prises de position qui viennent de parvenir au siège de notre journal. Interpellé par de nombreux comoriens vivant en France ou à l'étranger, le Président de l'Assemblée Nationale française leur a adressé un courrier où il a tenté d’apaiser leur colère voire leurs vives inquiétudes.

MAYOTTE : TERRE COMORIENNE

’Etat français met en œuvre tout un arsenal " légal " pour justifier et tenter de légitimer une situation purement coloniale, et d’ailleurs unanimement condamnée par les instances internationales : ONU,OUA, Conférence Islamique, Ligue Arabe.. depuis 25 ans :

l’occupation illégale de l’île comorienne de Mayotte.

Après le Référendum du 22/12/1974 portant sur l’autodétermination des Comores, auquel 96% des Comoriens ont opté pour leur Indépendance Nationale, l’Etat français va déployer différents stratagèmes pour briser cette volonté, pour ...diviser pour mieux régner :

  • Développement séparé de l’île de Mayotte, en lui octroyant le statut spécial de " Collectivité Territoriale ", et reconnaissance " officielle " de l’Indépendance des trois autres îles : Anjouan, Mohéli et Ngazidja.
  • Institution du visa entre Mayotte et ses îles-soeurs.
  • A partir de Mayotte, différentes incursions et tentatives de déstabilisation de la partie indépendante. Résultats : 19 tentatives de coups d’Etat entre 1975 et 2000, et deux Présidents comoriens assassinés pendant leur exercice par des mercenaires...français.
  • Soutien actif du séparatisme sur les autres îles : Anjouan et Mohéli. (On se souviendra toujours des affiches à l’effigie de M. Chirac dont l’origine laisse peu de doutes, ainsi que les drapeaux français brandis à Anjouan au plus fort du mouvement séparatiste en 1997, et ces visages peints en bleu-blanc-rouge, réclamant d’être recolonisés par la France !).
  • Aujourd’hui, c’est sous couvert de " légalisme "que l’Etat français entend séparer définitivement Mayotte de ses îles-soeurs, d’abord par le vote du Sénat (26/03/2000) ensuite par celui de l’Assemblée Nationale (6/04/2000), et enfin par la promulgation d’une loi portant sur l’organisation d’un référendum à Mayotte d’ici Juillet 2000.
  • Le gouvernement français, fort de son droit, et au mépris du Droit International, entend ainsi attribuer un soi-disant nouveau statut de "Collectivité Départementale" à l’île, et ce, malgré la condamnation unanime des instances internationales. Le dessein avoué des promoteurs de cette loi est "l'ancrage définitif" de Mayotte dans la France.

Le droit français prévaudrait-il sur le Droit International, ou la France aurait-elle une chasse gardée ?

La Communauté Internationale doit faire respecter les résolutions de l’ONU, et ce qui est valable dans d’autres régions du globe doit l’être également aux Comores.

Devant l’impuissance des gouvernements successifs des Comores à défendre l’unité nationale et l’intégrité territoriale tant au niveau du pays qu’à l’échelle internationale, la Communauté Comorienne expatriée ne peut continuer à garder le silence pendant que l’on assassine tranquillement la jeune Nation Comorienne. Elle se mobilise pour faire entendre son point de vue, de partout où elle se trouve et exiger de la France, le respect des résolutions de l’ONU :

Des réunions d’information et des manifestations sont organisées à travers la France, et par delà les frontières, pour porter à la connaissance du monde entier, le drame que vit le peuple comorien, depuis plus d’un quart de siècle.

La Communauté Comorienne de Marseille entend rappeler

  • à toutes les forces démocratiques, au peuple de France épris de paix et de liberté,
  • à ceux qui détiennent la moindre parcelle du pouvoir de l'état français,
  • à tous ceux qui participent de près ou de loin à cette mascarade qui veut renier les principes intangibles du droit des peuples à l’autodétermination,
  • et à ceux qui veulent travestir l’histoire, et les principes de démocratie,

que de l’attitude de chacun d’entre nous, dépend la fin de la tragédie que vivent les Comores aujourd’hui.

Et parce que cette question concerne toute l’opinion démocratique française et internationale, nous ne devons ménager aucun effort pour susciter le soutien des personnalités, des organisations et des Partis, en France et au niveau international.

MAYOTTE : TERRE COMORIENNE

Ensemble, exigeons de l’Etat français, le respect des résolutions de l’ONU concernant les Comores !

Marseille, le 22 Avril 2000

La Communauté Comorienne de Marseille

COMMUNIQUE DU GRDC.

Le GRDC félicite les patriotes comoriens qui ont défilé ce samedi 22 avril à Marseille. Après Bron et Paris, cette nouvelle manifestation, retransmise sur RFO Télé Mayotte, réjouit le cour de tous ceux qui, à Mayotte, pensent qu'il faut continuer à défendre l'honneur des Comores.

Nous restons convaincus que la voie dans laquelle s'engage Mayotte, sous la pression de la France et de ceux qui préfèrent confier leur destin à d'autres et rejeter leurs frères, n'est pas celle qui permettra un vrai développement pensé par et pour la majorité des habitants de cette île.

Nous restons convaincus que la voie dans laquelle s'engage Mayotte, met en péril le peuple comorien dans son ensemble, les équilibres économiques et humains et, finalement, l'avenir de toute la région.

Nous continuerons à défendre, coûte que coûte, l'intégrité des Comores afin que tous les Comoriens puissent recommencer à circuler librement entre les quatre îles, échanger leurs compétences et construire ensemble un avenir meilleur.

Il n'existe ni peuple mahorais, ni peuple anjouanais, ni peuple mohélien, ni peuple grand-comorien, il n'existe donc aucun droit d'une île à s'autodéterminer par rapport aux autres, il n'est qu'un seul peuple comorien, riche de quatre îles où tout reste à inventer.

NON à la réécriture de l'Histoire !

NON au non-respect du Droit international !

NON à la colonisation par le ventre et au néocolonialisme indécent !

OUI à la dignité et à la fraternité !

Le rêve deviendra réalité ! Préparez-vous.

Le GRDC . Fait à Mayotte le 25/4/2000.

E-mail : Grdc@wanadoo.fr

PRISE DE POSITION DU RONT DEMOCRATIQUE DE FRANCE CONCERNANT LE PROCHAIN STATUT DE MAYOTTE.

l’issue du référendum du 22 décembre 1974, le peuple comorien s’est prononcé à plus de 96 % pour l’Indépendance. Les Comores, archipel composé de 4 îles principales (Mayotte, Mohéli, Anjouan et la Grande-Comore), ont donc accédé à l’indépendance le 6 juillet 1975, après 150 ans de colonisation française.

À l’époque, Monsieur Jacques CHIRAC, aujourd’hui Président de la République française, répondait ainsi à Pierre PUJO ( de l’Extrême Droite française et ardent défenseur du maintien de la France à Mayotte ): " En droit international tout d’abord, il est constant que les territoires qui accèdent à l’indépendance conservent les frontières qu’ils avaient sous le statut colonial. La France, toujours respectueuse de ces règles, ne pouvait en l’occurrence y déroger. Dans les faits ensuite, je crois qu’il aurait été contraire à notre vocation, de créer, à la naissance du nouvel État, motif de dissension et de trouble […] Au total, et sans mésestimer l’attachement des Mahorais à la France, je crois qu’il était conforme à la fois à notre vocation et aux intérêts des Comores de retenir la solution de l’unité de l’archipel.. Je comprends fort bien tes réticences mais je souhaite que tu puisses aussi reconnaître les justifications de notre position "

Pourtant, en dépit des dispositions de ce Droit international, en dépit des condamnations de la communauté internationale, et au mépris des résolutions votées chaque année depuis 25 ans par l’Assemblée Générale de l’O.N.U., la France garde toujours une des îles de cet archipel, Mayotte, sous son administration, menaçant ainsi gravement l’unité et l’intégrité territoriale de ce pays.

Depuis 25 ans Mayotte est, de fait, devenue base arrière des forces colonialistes françaises et foyer de déstabilisation des autres îles de la République des Comores. Deux Présidents comoriens ont été assassinés par des mercenaires français, un troisième a failli l’être ; 19 coups d’État et tentatives y ont eu lieu avec la participation directe ou indirecte de mercenaires français travaillant pour l’Etat français, comme l’a déclaré l’un d’eux, Bob Denard. Profitant du désarroi d’une population devenue une proie facile en raison de la pauvreté, des nostalgiques français de la colonisation entretiennent en permanence un climat de séparatisme dans les îles de l’archipel. Le chef des séparatistes, président autoproclamé du pseudo "État d’Anjouan", est un officier de réserve de l’armée française dépendant hiérarchiquement du chef du Service de Coopération militaire de l’Ambassade de France aux Comores.

Par sa Résolution n° 31/4 du 21/10/76, l’O.N.U., après avoir condamné les référendums organisés à Mayotte par la France, "rejette toute autre forme de référendum ou consultation qui pourraient être organisés ultérieurement […] condamne énergiquement la présence française à Mayotte". L’ex-Premier ministre socialiste Michel Rocard a reconnu tout récemment (28/02/2000) à Washington que "au regard du droit international, l’administration de Mayotte par la France est illégale." Il ne fait pourtant aucun doute que ce "contentieux désagréable entre vous et nous", comme l’a dit F. Mitterrand lors de son passage aux Comores est bien un problème de décolonisation relevant du droit international.

Cependant, l’État français continue cyniquement à œuvrer pour la désintégration des Comores. En effet, le Sénat (26/03/2000) et l’Assemblée nationale (06/04/2000) viennent de voter une loi faisant de Mayotte - terre comorienne - une " Collectivité départementale " de la République française ; et le Gouvernement s’apprête à y organiser un référendum en juillet prochain.

Pourquoi la France, cette "France des Droits de l’Homme", qui aime tant donner des leçons aux autres, s’arroge le droit de faire aux Comores ce qu’elle s’interdit de faire sur le sol français ? Est-il seulement concevable qu’un gouvernement français puisse organiser, dans une région de la France où quelques voix le réclament (il n’en manque pas), un référendum d’autodétermination ? Pourquoi ce qui est alors considéré comme constitutionnellement illégal et anormal en deçà des Pyrénées doit-il s’imposer aux Comores ?

Au moment où en Corse, si proche de l’hexagone, et en Bretagne, des voix s’élèvent pour réclamer l’autonomie, voire l’indépendance, n’est-ce pas tout simplement une aberration que de vouloir faire de Mayotte, si éloignée de la France, géographiquement (à 13 000 km de Paris), historiquement, culturellement…, une partie de la République française ?

MAYOTTE EST ET DEMEURE TERRE COMORIENNE.

Le peuple comorien sollicite l’aide et la compréhension du peuple français et de la Communauté internationale.

C’est pourquoi le Front Démocratique, comme toute la Communauté comorienne de France, lance un vibrant appel :

    • À toutes les forces démocratiques
    • Aux intellectuels et aux personnalités morales
    • À tous les hommes et toutes les femmes épris de Paix, de Justice et de Liberté

Pour qu’ensemble, nous exigions de l’État français l’application totale et entière de toutes les Résolutions de l’O.N.U. concernant les Comores, en particulier, celles demandant à la France de mettre fin à l’occupation illégale de l’île comorienne de Mayotte.

Paris, le 1er mai 2000

F.D- FRANCE

PRISE DE POSITION DU FRONT DEMOCRATIQUE DE MAYOTTE

e débat actuel sur le statut de Mayotte s'enfonce de plus en plus dans la médiocrité avec des considérations éculées relevant des règlements des comptes, d'intérêts et ambitions personnels, d'arguments fallacieux tendant à falsifier vérité et histoire, … du côté des Maorais. Pendant ce temps, le chef d'orchestre, la France renforce son assise tentaculaire et exclusive dans tous les domaines de la société et de l'île. La glorieuse manifestation des Comoriens de Marseille, après celle de Paris et de Bron (ville dont le maire est JJ Queyranne ) vient de rappeler aux Maorais une autre réalité qu'on a voulu effacer. Car si la France a réussi à dissoudre l'Etat comorien à coups de divisions et de putschs, il n'en demeure pas moins qu'il existe une société civile comorienne capable de lever très haut le flambeau de l'unité nationale et du progrès social.

Ces derniers temps, de façon très révoltante, Mayotte est montée d'un palier dans son rôle de déstabilisation de ce qui reste de l'Etat comorien. D'abord c'est Said Said, agent français notoire recherché par les comoriens pour détournements et tentative de coup d'Etat, qui vient parader à Mayotte et s'exprimer librement au micro de RFO pour distiller son venin séparatiste et de coups bas contre l'Etat comorien. Personne ne s'en est émue.

Puis ce sont les séparatistes anjouanais qui ont manifestement un abonnement à RFO. Ces petits futurs apprentis harkis peuvent ici déployer toutes les entreprises de déstabilisation de l'Etat comorien, même parfois appeler les Anjouanais eux-mêmes à s'entre-tuer par la voie de RFO (Chamassi n'a-t-il pas appelé à reprendre les armes après la "récréation"? ). Leur honneur, dignité et patriotisme s'effacent dès qu'ils côtoient un Français du Front National. Personne ne dit rien.

La France entretient à partir de Mayotte le séparatisme anjouanais sur tous les plans, ce n'est un secret pour personne, à tel point que certains dignitaires de l'appareil policier "mahorais" figurent sur la liste des gens frappés d'embargo par les autorités comoriennes. Et toujours le silence total.

C'est dans ce contexte que notre talentueux jeune socialiste, promu conseiller économique de son Etat, candidat à la présidence de la SIM, voit des ennemis de Mayotte dans les Wangazidja. La colonisation crée de belles découvertes, mais celle-là est tirée du fond du panier français ; quand on met le doigt dans l'engrenage,… Car à ce rythme, l'OUA, l'ONU, … seront aussi des ennemis de Mayotte, et les amis de Mayotte ne se trouveront que dans les rangs des séparatistes anjouanais et leur soutien de l'extrême droite. Le socialisme français réserve des surprises dans les colonies, il va jusqu'à créer de toute pièce un peuple maorais qui ne demande qu'à être dominé par la France.

N'INVERSEZ PAS LES VALEURS, NE REECRIVEZ PAS L'HISTOIRE.

C'est la France qui a balkanisé les Comores en occupant Mayotte contre toutes les lois internationales. C'est la France qui alimente et entretient le séparatisme anjouanais au mépris de l'embargo international. C'est bien la France qui à partir de Mayotte déstabilise les autres îles en s'ingérant grossièrement dans les affaires internes d'un Etat indépendant. C'est encore la France qui se prépare à coup de référendum et de collectivité départementale à asseoir sa domination non pas dans Mayotte seule, mais dans l'ensemble de la région.

La France est l’ennemi, la est hors la loi.

Front Démocratique, Fédération de Mayotte

Fait à Mayotte le 1er mai 2000

 

LE PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE FRANCAISE REPOND AUX INQUIETUDES DES COMORIENS SUR LE NOUVEAU STATUT DE MAYOTTE.

Plusieurs comoriens sont préoccupés de la prochaine consultation de la population comorienne de Mayotte. L’idée d’envoyer un message à tous les responsables politique française pour le sensibiliser sur la nécessité de trouver une solution à ce contentieux qui divise comoriens et français.

Monsieur FORNI, le nouveau président français à l’assemblée nationale a adressé la lettre ci-après aux personnes qui ont voulu lui écrire. Les auteurs de cette manifestation sur le net appel a multiplié cette initiative novatrice pour sensibiliser les autorités françaises.

Monsieur,

Votre courrier électronique relatif à la situation de l'île de Mayotte a retenu toute mon attention.

Comme vous le savez, la France s'est engagée dans la recherche active d'une solution satisfaisante au problème de Mayotte. Une telle solution doit avant tout respecter la volonté des populations concernées. A cet égard, la population mahoraise s'est prononcée librement et démocratiquement en faveur du maintien du territoire de Mayotte au sein de la République française.

Le climat de confiance qui s'est établi entre la République islamique des Comores et le gouvernement français permet la poursuite d'un dialogue constructif. Ce dialogue s'appuie sur les liens profonds d'amitié et de coopération qui existent entre nos pays.

Je suis persuadé qu'une telle concertation, poursuivie avec une volonté constante de conciliation, d'apaisement et d'ouverture peut, malgré les difficultés, faire progresser la recherche commune d'une solution équitable.

Soyez assuré, en tout état de cause, que la représentation nationale française ne ménagera aucun effort en ce sens.

Je vous prie de croire, Monsieur, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs.

Fait à Paris Le 26 avril 2000

Le Président de l’Assemblée Nationale

Raymond FORNI

 

COI : PROGRAMME D’APPUI REGIONAL AUX INITIATIVES TELEMATIQUES

Nous vous proposons ce communiqué de presse du service de presse de la commission de l’océan indien sur le projet intitulé PARITE " programme d’appui régional aux initiatives télématiques "

Une étude de faisabilité d'un projet intitulé PARITE "Programme d'Appui Régional aux Initiatives Télématiques" vient de démarrer dans les cinq îles membres de la Commission de l'Océan Indien.

Cette étude se fixe comme objectif fondamental de définir les possibilités de développement d'un programme prenant en compte les axes prioritaires définis lors du colloque qui avait réuni les spécialistes de la région en la matière à la MIPAM - Maurice en janvier 1999.

Cette étude fournira aux décideurs des pays-membres ainsi qu'à la commission européenne l'information pouvant conduire éventuellement au financement d'un programme axé sur le télé-enseignement, la télé-médecine, le commerce électronique, les bases de données régionales et les infrastructures des télécommunications.

L'étude est réalisée par l'Université de La Réunion en collaboration avec des différents enquêteurs et consultants des cinq pays membres de la COI.

En ce qui concerne Maurice, des séances de travail se sont déroulées avec la "National Computer Board" afin d'analyser les solutions techniques adaptées. Les consultants qui visitent les cinq îles du Sud-ouest de l'Océan Indien devront proposer des solutions conformes aux normes et pratiques définies par le bailleur de fonds, en l'occurrence l'Union européenne.

Si cette étude est concluante, il bénéficiera du financement du "fonds européen de développement" qui a mis à la disposition de la région Océan Indien une enveloppe globale de 30 millions d'euros destinée au développement de la coopération régionale au sein de la C.O.I.

Le Secrétariat Général de la C.O.I. à Quatre Bornes et la Délégation de la Commission européenne à Port-Louis comptent recevoir la première note de synthèse vers le 17 mai 2000. Un atelier de restitution qui réunira les personnes ressources de chaque pays et les Officiers Permanents de Liaison (O.P.L.) est programmé les 22 et 23 juin 2000 au siège de la C.O.I. à Quatre Bornes.

  

ECONOMIE

LE FMI DEMANDE LA REDUCTION DES DEPENSES DE L'ETAT COMORIEN

elon une délégation du Fonds Monétaire International (FMI), qui vient de séjourner dans ce pays (26 février – 10 Mars), les perspectives de croissance économique pour l’année 2000 sont plutôt sombres aux Comores.

Le pays, qui est frappé par la baisse de l’aide extérieur, en raison des problèmes politiques, dont la crise anjouanaise, d’une part, et par le recul de l’investissement public, d’autre part, sera, encore cette année, plus dépendant des transferts de la diaspora comorienne à l’étranger, note la mission du FMI.

Celle-ci relève par ailleurs que l’assainissement de la fonction publique n’a pas donné les fruits escomptés, les arriérés de paiement, tant intérieurs qu’extérieurs, ‘s’étant accumulés.

Il aura même fallu attendre le programme lancé par les autorités en mai 1999 pour améliorer la collecte de l’impôt et parvenir à payer les arriérés du service de la dette de la banque mondiale, ce qui a permis la reprise de l’assistance de cette institution.

Au début de cette année (2000), tous les arriérés dus à la Banque mondiale avaient été réglés.

Quant aux exportations, elles devraient continuer à décroître pendant que les importations vont augmenter, creusant d’avantage le déficit commercial.

L’examen des propositions du budget 2000 fait apparaître un besoin de financement de 5,1 milliards de francs comoriens, d’où la nécessité de comprimer les dépenses.

Ainsi, les experts du FMI suggèrent-ils de réduire d’avantage la masse globale des salaires et indemnités.

Des économies de 2,2 milliards de francs comoriens devraient être réalisées dans ce domaine ensuite, on pourrait contracter les dépenses de biens et de services avec, au bout, des économies de 1,3 milliard.

Une autre mesure possible, selon les experts du FMI, est de limiter les exonérations des taxes douanières.

A ce propos, le rôle de la " COTECNA ", en tant que société extérieure de contrôle des opérations douanières a été confirmée.

Mais, l’exécution du budget devra se dérouler suivant les normes.

A cet effet, plusieurs mesures, comme la mise en place du comité d’évaluation, l’information des services techniques et l’obligation d’effectuer toutes les dépenses au trésor, sont proposées.

Les experts du FMI, qui ont exprimé des réserves sur la justesse de certaines données fournies sur place, ont encouragé les autorités de Moroni à relancer le processus de privatisation des sociétés d’Etat avec, comme préalable, l’assainissement de ces établissements particulièrement la société des hydrocarbures.

Pour ce qui concerne le secteur financier, une plus grande implication de la banque centrale des Comores est demandée afin de renforcer son rôle de régulation face au monopole de la banque pour l’industrie des Comores (BICic).

 

DIALOGUE : DEBATS ET OPINIONS LIBRES

Nous avons reçu de M. Ali Mlamali un document intitulé "Le Regard du RIDJA sur les Comores d'Aujourd"hui". Avec l'accord de l'auteur, nous publions une partie de sa contribution dans le présent numéro et l'autre partie dans notre prochain numéro.

MAYOTTE, QUE TA FUGUE EST LONGUE !

ncienne colonie française composée de quatre îles jusqu'à la veille de l'indépendance - MAORE, NDZOUANI,MOILI, NGAZIDJA- l'Archipel des Comores occupe à l'entée du Canal de Mozambique, au Nord-Ouest de Madagascar, une position géographique stratégiquement idéale pour la défense d'intérets régionaux acquis ou pour aiguiser les convoitises de tous ceux qui se croisent investis d'une mission pour contrôler le monde.

Mayotte (Maoré en comorien) opta pour son maintien au sein de la République Française, choix illégitime au regard du droit international en cas de décolonisation en ce sens qu'aucune colonie, même celles qui regroupaient en Afrique ou ailleurs plusieurs zones géographiques aux ethnies totalement différentes dont ni les langues, ni les religions, ni même les traditions ne favorisent une réelle cohabitation entre elles, n'avait auparavant subi un tel sort.

Nous sommes cependant convaincus que si les accessions à l'indépendance de ces anciennes colonies avaient vécu les mêmes règles d'autodétermination que les Comores - obligation d'un décompte des suffrages exprimés île par île, autrement dit considération implicite que les Comores étaient alors constituées de quatre entités distinctes - Il resterait encore aujourd'hui en Afrique , enclavés dans ou entre plusieurs Etats indépendants, de nombreux territoires où flotteraient les drapeaux des ex-colonisateurs occidentaux.

Calcul sans doute motivé de la part de l'Administration coloniale française par la peur de voir les Comores adopter un glissement intéressé après leur indépendance vers les pays des pétrodollars où le fondamentalisme religieux naissant de certains Etats effrayait déjà l'occident - ce qui aurait constitué un réel danger pour les pays ayant des intérêts dans la Région -, attitude de méfiance à l'égard des gesticulations d'un Ahmed Abdallah imprévisible, ou tout simplement acte décidé du fait de l'indescriptible confusion au sein des partis politiques de l'époque dont les motivations réelles en ce qui concerne l'exercice du pouvoir après l'indépendance demeuraient obscures, la séparation de Mayotte de son ensemble historique naturel reste avant tout une énorme catastrophe pour le futur Etat que nous allions devenir.

Le RIDJA considère que la présence de Mayotte dans l'ensemble comorien aurait contribué à construire un avenir bien moins traumatisant que celui dont nous faisons le bilan en termes de passé. Une stabilité exemplaire eut caractérisé nos relations avec la France, lesquelles n'auraient sans doute eu à souffrir d'aucune dissension ( l'expérience vécue ayant montré qu'elles n'ont souffert que du litige mahorais). Cette hypothèse repose non sur des institutions mais plutôt sur notre conviction que les comportements obscurantistes et corrompus des gouvernements qui se sont succédés ont aussi proliféré parce qu'on a utilisé à bon escient, comme diversion, l'absence de Mayotte pour expliquer tantôt l'incapacité d'organiser des structures pour le développement, tantôt pour justifier une diplomatie d'amateurs, rentable en détournement de fonds, qui faisait pouffer de rire un extérieur scandalisé.

De ce contexte "idéalisé" que nous imaginons avec Mayotte dans l'ensemble comorien aurait disparu un autre facteur de déstabilisation qu'est la dramatique logique de la conquête du pouvoir par des coups d'Etat répétés qui ont fait de notre pays pendant des années le repaire des mercenaires de tout acabit. La récurrence d'une telle logique, qui non seulement favorisa une versatilité des consciences mais accrut considérablement les tendances mafieuses nées des conditions faciles d'enrichissement illicite, développa aussi la dépréciation des valeurs attachées aux concepts d'Etat et de Nation que seuls les deux ans et demi d'Ali Soilihi avaient tenté de mettre en exergue par des actes concrets.

Notre choix d'aborder en première analyse le cas de Mayotte n'est pas du tout fortuit; nous croyons fermement que l'autre alternative, celle d'un Etat comorien intégrant Mayotte, eut généré une autre histoire différente du cauchemar vécu et bien propice à l'appréhension des difficultés, conditions préalables à la clarification des enjeux.

Sur un autre plan, malheureusement d'actualité, aux conséquences déjà énormes, et dont les suites malheureuses donneront irrémédiablement le coup de grâce à l'intégrité territoriale, Mayotte apparaît comme un facteur qui accélère la dégradation: il s'agit de la crise sécessionniste d'Anjouan qui se nourrit des envies des populations rurales de cette île, lesquelles aspirent à une vie proche de celle des mahorais qui bénéficient d'une forme spécifique d'assistance française.

Sommes-nous en train de vivre notre fin en tant qu'Etat comorien constitué de plusieurs îles? Ne naîtra-t-elle donc pas un jour, cette structure qui enracinerait définitivement l'intangibilité des quatre îles de l'Archipel des Comores, et dans laquelle Mayotte garderait certains de ses acquis dont les vertus aideraient à imprimer l'ensemble ce qui a fait défaut jusqu'à aujourd'hui?

Si l'on peut avancer, sans trop se montrer, que le statut de Mayotte reste un des catalyseurs ayant favorisé les motivations séparatistes à Anjouan, on doit aussi bien admettre avec force que rien ne se serait produit si, depuis 1978, la politique appliquée aux Comores avait conçu et conduit des objectifs réels de développement au lieu d'œuvrer pour les intérêts des seuls acteurs politiques.

LA PAROLE ET LA COLERE

Il y a de cela une semaine, dans une soirée d'aide aux victimes du choléra à Anjouan, j'ai eu l'occasion de parler à un ami. Le bruit de la musique assourdissait nos paroles mais nous sommes parvenus malgré tout à nous comprendre sur l'essentiel.

Il faut d'abord que je vous dise la joie que j'au eu de pouvoir lui parler sans arrière pensée avec seulement le désir de comprendre sa douleur, notre douleur.

Dans cette soirée ou s'était mélanges par une belle alchimie tous les Comoriens de toutes les îles, dans ce brouhaha qui résonnait comme une belle musique, de celles que l'on joue lors de retrouvailles, ou tous les  accents  se mélangent sans se perdre, j'ai retrouve cet ami qui  au lycée était souvent assis a mes cotes.

Nous avons parlé d'Anjouan, des gens qui meurent, de ceux qu souffrent, de ceux qui tuent, de ceux qui ont semé le trouble dans les âmes et qui amènent aujourd'hui le frère à se dresser contre le frère.

Nous avons parle de nos différences, de la force que ces différences peuvent représenter pour nous tous , grands petits, pauvres, riches.

Nous avons ri aussi, heureux de pouvoir nous dire certaines vérités.

Nous avons compris que nous ne pouvions pas être  l'un sans l'autre. Voyez-vous, j'ai reçu une part de mon éducation de mon éducation à Anjouan. J'en ai gardé des souvenirs qui sont encore enfouis au fond de mon être.

Nous avons pu juger à grands traits de la nécessite de nous parler, de mettre au grand jour nos divergences.

Nous avons même je crois, cite l'exemple des palestiniens et des juifs  d'Israël qui ont compris qu'il n'y avait pas d'autre solution que la parole pour panser les blessures des insultes, des trahisons et des colères.

Nous avons compris qu'il fallait que cesse la colère.

Nous avons compris que nous étions tous les fils d'une même mère.

Un jour proche nous nous parlerons pour que les enfants d'Anjouan et ceux des autres îles retrouvent le chemin de la Paix... Et de l'amour

Soilihi Zilé.- Habari –

LU DANS LA PRESSE:

 "JE NE JETTERAI PAS LE POUVOIR DANS LA RUE"

Après son allocution en français, le colonel a prononcé un discours en comorien dont la version diffère sensiblement. Notre commentaire.

Le colonel Azali n'a pas surpris. Logique avec lui même il ne cédera donc pas le pouvoir "à ceux qui doivent songer à prendre enfin leur retraite". Pour mieux cerner la pensée du colonel, il fallait suivre son allocution en langue nationale.

Et là, une seul expression suffit pour résumer son discours: "rifwakuwa, ngarendeleyawo" (nous avons arraché le pouvoir et nous continuons). Pour ceux qui doutaient encore des intentions de l'armée, le temps est venu d'éclairer l'opinion sur les nouveaux enjeux des Comores. Autant le colonel a raison de dire que nous sommes arrivés là à cause des échecs cumulés des 25 ans d'indépendance, on se demande si en tant que chef d'état-major des armées, il est mieux placé pour donner des leçons de patriotisme et d'intégrité.

Les Comores ont traversé des situations de crise plus ou moins complexes et même parfois inextricables. Mais personne et encore moins l'armée ne peut s'absoudre, ni se laver de tout soupçon, dans le bilan des régimes passés.

En choisissant de marcher sur les pieds des hommes politiques qui ont gouverné le pays, il n'a pas forcément convaincu. L'opinion publique devra aussi chercher à comprendre pourquoi entre le discours prononcé en français et l'allocution en langue nationale, le message du locataire de Beit Salam fut contradictoire. En comorien, le colonel Azali adopte un ton visiblement provocateur et pas toujours bien placé pour une telle circonstance: "il n'est point de métier sans retraite, alors pourquoi n'y aurait-t-il pas de retraite pour nos hommes politiques?".

Il faut peut-être rappeler qu'aucun mandat électif, en pays démocratique s'entend, ne prescrit de limite d'âge au-delà de laquelle un citoyen ne peut l'exercer? Le problème de ce pays, en réalité, ne se situe pas sur le terrain d'un conflit de génération. La preuve: une grande partie de l'entourage du colonel est sorti du moule de ces personnalités politiques indexés comme des malpropres que "le peuple ne veut plus voir" aux affaires.

Le droit d'ingérence de l'armée

Mais là où le message du colonel déroute c'est lorsqu'il nie ce qu'il avait lui-même affirmé au lendemain de son putsch: "je n'avais jamais dit que le 14 avril 2000 j'allais remettre le pouvoir aux civils (…) J'ai promis de le remettre à celui qui sera élu, or il n'y a pas eu d'élections". Et c'est là, justement où "la manipulation" et "la démagogie" (selon les propres termes du colonel), qu'on a si souvent reproché à la classe politique, deviennent aussi pour le régime militaire l'instrument idéologique par excellence, visant à justifier cette volonté du chef d'Etat-major d'institutionnaliser le droit d'ingérence de l'armée dans le fonctionnement des institutions de la République, même s'il reconnaît, par ailleurs, que l'armée n'a pas pour vocation de gouverner. En guise de conclusion, le colonel s'écrit: "je ne jetterai pas le pouvoir dans la rue".

Aurait-il déjà oublié qu'à la veille d'un certain 30 avril 1999, il tenait ses prérogatives d'un Président de la République par intérim, d'un Premier Ministre, d'une Assemblée Fédérale et d'une Haute Cour de la République, qui émanaient d'une constitution et d'une volonté consensuelle? En démocratie cela s'appelle tout simplement le respect de l'Etat de droit. Chacun est libre de choisir sa voie. Seul le peuple est souverain.

La Gazette des Comores N°42 du 27/04/ 2000

LITTERATURE

LE  "CHASSEUR DE NOIRS" REEDITE.

Auteur péi toujours inspiré, Daniel Vaxelaire sort aux éditions Orphie la troisième réédition de son premier roman "Chasseur de noir", écrit en 1982, il y a 18 ans déjà... Il est vrai que l'ouvrage était devenu introuvable.

Décidément très courtisé, Daniel Vaxelaire présente également son "Chasseur de noirs" chez Flammarion (collection Gulliver), dans une présentation différente et à un prix légèrement supérieur à celui des éditions Orphie. De quoi, en tout cas, ravir les fans et les collectionneurs ! Pour cette édition Orphie 2000 très soignée, Daniel Vaxelaire a un peu retravaillé le texte original et ajouté, à la fin du livre, une rubrique "En savoir plus" qui présente l'histoire de l'esclavage à la Réunion, qu'il n'est d'ailleurs pas plus bête de lire avant le roman.

L'histoire ? "Chasseur de noirs" évoque bien évidemment "le plus sanglant épisode de l'histoire de la Réunion" selon l'auteur, à savoir "la sauvage traque aux esclaves fugitifs" qui s'étaient réfugiés dans les montagnes de l'île, bien avant que l'ONF n'y trace des sentiers !

Il suffit, justement, d'essayer de sortir de ces sentiers pour se faire une idée du véritable enfer vécus par les esclaves pour échapper à leurs bourreaux. Salué par la critique française ("Lire", "Le Monde" ou "Libé" ont été séduits), "Chasseur de noirs" aborde sans fard ce que fut jadis la Réunion, à une époque pas si lointaine que ça...

Dans la foulée et du même auteur, ne vous privez pas des "Naufragés du ciel", qui vient de sortir en librairie. Cet ouvrage, qui raconte l'histoire extraordinaire des trois premiers aviateurs à avoir tenté de rallier la métropole à la Réunion, se base sur le carnet de bord écrit par l'un des aventuriers. Pour les fous volants.

Premier ouvrage de Daniel Vaxelaire

JIR - vendredi 28 avril 2000

 

NOS BREVES

Etudiants comoriens abandonnés par les autorités du pays

L’association des comoriens de St-Pierre (A.C.S.P) présidé par Saïd Larifou a reçu l’appel de détresse d’une jeune fille comorienne venue à la Réunion il y a deux ans pour poursuivre ses études supérieures. Cette jeune fille pleine de bonne volonté se retrouve sans ressources et sans domicile fixe. L’A.C.S.P. a pris le cas de cette jeune fille à bras le corps en dégageant une première aide d'urgence destinée à permettre à cette jeune étudiante de payer son logement à la résidence universitaire pour le prochain trimestre. La rédaction de Comores-Infos voudrait à travers ce cas qui n’est pas unique attirer l’attention des autorités comoriennes sur la situation difficile que rencontre de nombreux étudiants comoriens à l'étranger.

La démission totale de l’Etat comorien dépasse l’imaginable. Pendant ce temps, c’est toute une génération qui subit les aléas de la politique comorienne. Ce n’est pas le rôle d’une association de prendre en charge les frais de scolarité des étudiants mais plutôt à un Etat qui se doit de répondre aux besoins de nos jeunes en pleine détresse en Afrique, en Europe et ailleurs. L’avenir des Comores dépend de la formation de ces futurs cadres qui doivent apporter leur contribution au développement de leur pays.

Les promesses non tenues du colonel Azali

Le colonel Azali avait déclaré le 30 avril 1999 après la réussite de son putsch: " L'Armée Nationale de Développement assume ainsi son rôle de dernier rempart pour la survie de notre nation et de notre Etat. A l'instant, l'Etat-major se charge de restaurer la paix civile dans le pays, l'entente cordiale et fraternelle de tous les comoriens sur toute l'étendue du territoire."

Ces belles promesses du chef putschiste sont restées lettre morte. En effet, les chefs séparatistes continuent à maintenir l'île d'Anjouan dans le chaos et l'anarchie et à défier la communauté internationale. Une armée qui n'est pas capable de faire respecter l'autorité de l'Etat dans l'ensemble du territoire comorien mérite t-elle le respect?

Mayotte limite les marchandises vers Anjouan

Les autorités préfectorales ont confirmé mardi, la limitation des transbordements de marchandises entre Mayotte et l’île d’Anjouan aux " seules nécessités humanitaires ". Selon Pascal Marco, directeur de cabinet du préfet, cette mesure traduit la position prise depuis longtemps par la France de soutenir les efforts de l’OUA et de la communauté internationale dans la recherche d’une solution à la crise comorienne, notamment l’embargo instauré en février dernier contre l’île sécessionniste.

Ces restrictions portent également sur les produits pétroliers dont l’acheminement par jerricane a été interdit, a indiqué le directeur du service des Douanes, ajoutant ce dernier produit, représentait un danger pour la sécurité des passagers des navires qui desservent la ligne Dzaoudzi-Mutsamudu.

Il faut cependant souligner que pour l’heure, les restrictions françaises ne concernent pas le mouvement des passagers entre les deux îles. " Mayotte a besoin de cette liaison pour les reconduites aux frontières des ressortissants comoriens en situation irrégulières sur l’île " a précisé Pascal Marco.

Feu vert du conseil constitutionel pour une consultation à Mayotte

Le Conseil a validé la loi sur l'organisation d'ici au 31 juillet d'une consultation des Mahorais, tout en insistant sur le caractère "purement consultatif" du scrutin. Les Mahorais seront invités à donner leur avis sur un accord, conclu en janvier dernier entre le gouvernement et une majorité des représentants politiques de l'île.

Cet accord prévoit pour Mayotte un statut de "collectivité départementale" pour les dix prochaines années, un délai qui devrait permettre à cette petite île musulmanne de l'océan Indien de rattraper ses retards dans les domaines économiques et sociaux, et de se rapprocher du droit métropolitain. Un statut définitif sera proposé en 2010.

Après 25 ans de statut provisoire, l'accord avait été conclu entre le gouvernement et la plupart des forces politiques de Mayotte, dont le RPR, le PS, et le Mouvement populaire mahorais (MPM, proche de l'UDF). Mais les deux parlementaires de l'île, le sénateur (union centriste) Marcel Henry et le député UDF Henry Jean-Baptiste s'y étaient farouchement opposés, et avaient alors quitté le MPM.

Ils reprochent au texte de ne pas prévoir expressément la possibilité pour Mayotte de choisir dans dix ans le statut de département, comme le faisaient les lois de 1976 et 1979 donnant un statut provisoire à Mayotte. Après l'adoption par le parlement du projet de loi organisant la constitution, 67 députés UDF avait déféré le projet au Conseil constitutionnel en invoquant notamment les "principes d'indivisibilité de la République et d'unicité du peuple français".

Georges-Marie prêt à se porter candidat contre Queyranne

Georges-Marie LEPINAY, le porte-parole du mouvement pour l'égalité du RMI à la Réunion se déclare prêt à se porter candidat contre Jean-Jack Queyranne lors des prochaines élections. Il a déclaré: " Je prends l'engagement, si cette question de l'égalité du RMI et de l'API n'est pas réglée avant la fin de cette année 2000, de m'y employer, de faire appel à toutes les aides et de trouver les moyens les plus appropriés pour que cela se sache chez vous, dans votre région, dans votre circonscription et jusque dans votre commune. Et, si besoin était, de me présenter à vous dans votre circonscription électorale de la région lyonnaise".

 

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