EDITORIAL : LAFFRONTEMENT
Par Aboubacar MCHANGAMA
Les hostilités sont désormais ouvertes entre le pouvoir du colonel Azali Assoumani et lopposition, plus précisément les responsables et les forces politiques jugés irrécupérables par le pouvoir des putschistes.
Le 9 janvier dernier, à loccasion de lIde-el-Fitr, le colonel Azali est revenu longuement sur les circonstances qui, selon lui, lont conduit à prendre le pouvoir par la force des armes le 30 avril 1999. Loccasion pour lui de régler quelques comptes avec ses adversaires politiques. " Le Gouvernement dalors avait fait la preuve de son incapacité politique et stratégique. Cétait de surcroît un gouvernement sans légitimité, ni populaire, ni parlementaire( ) déchiré par des divisions internes qui le paralysaient de plus en plus dans la prise des grandes décisions ".
L opposition de lépoque ne bénéficie pas elle aussi daucune sorte dindulgence de la part du colonel Azali, accusée, à juste titre dailleurs, davoir " insidieusement lancé [une] honteuse campagne de haine contre les Anjouanais ", compromettant ainsi " toute chance sérieuse dapparaître comme les véritables et authentiques défenseurs de lunité nationale ". Aucun mot par contre sur la passivité de larmée durant les deux jours de manifestations anti-anjouanaises pour pouvoir justifier plus tard le putsch du 30 avril.
En fait, cest laction de toute la classe politique civile depuis lindépendance que dénonce le nouveau homme fort de Moroni. " En plus de vingt ans de règne le bilan nest pas brillant " a-t-il dit. Et de conclure que " dans ces conditions il ny avait pas dautres choix que celui de sappuyer sur larmée, la seule institution véritablement nationale qui pouvait encore( )faire face à la situation ".
Ce jugement tranché était émaillé dattaques virulentes, de menaces et de mises en garde " à prendre très au sérieux " a-t-il tenu à préciser.
Il semble quaprès huit mois au pouvoir, le colonel Azali ait déjà fait le tri entre les " bons " politiciens -comprendre ceux qui le soutiennent même si parmi eux figurent quelques-uns de ceux quil appelle lui-même les fossoyeurs des Comores, et les autres. Une vision manichéenne plane désormais sur le paysage politique. Alors que tout le discours politique actuel tourne autour dune hypothétique réconciliation nationale, deux camps antagonistes se font face dans une lutte sans concession, reléguant au second plan la question cruciale du séparatisme.
Comme on devait sy attendre, cette offensive du chef de lEtat, interprétée comme une perte de sang froid, a provoqué à son tour une riposte immédiate de lopposition. Le 11 janvier, réagissant à la conférence de presse tenue la veille par le chef de lEtat, la radio libre Tropic Fm proche de lancien Premier ministre renversé M. Abbas Djoussouf avait vertement ridiculisé le colonel Azali. Le lendemain cétait au tour du leader du PCDP, M. Ali Mroudjaé dironiser sur la " vaillante " armée du colonel, laquelle sest cassée les dents (6/6 septembre 1997 lors de lopération Goro) sur une bande de jeunes embargos " à Mutsamudu. Hier jeudi, lancien député El Bak rappela en termes acerbes et peu protocolaires une page peu glorieuse du colonel Azali qui, en septembre 1995, sétait réfugié à lambassade de France à Moroni lors du dernier coup dEtat de Bob Denard et dune poignée de mercenaires, contre le président Said Mohamed Djohar en abandonnant ses hommes.
Ces premiers échanges peu amènes laissent présager une lutte âpre dans les jours et les semaines à venir. Dautant que le colonel Azali qui avait promis de rendre le pouvoir aux civils le 14 avril prochain laisse comprendre quil pourrait rallonger quelque peu son séjour à Beit-Salam.
POUR UN BOYCOTT ACTIF DU REFERENDUM SEPARATISTE
Les séparatistes anjouannais se préparent à organiser pour le 23 janvier 2000 un référendum-bidon destiné à leur servir d'alibi dans leur opposition farouche à signer l'Accord d'Antananarivo.
A l'heure où nous écrivons ces lignes, nous savons de sources sûres que la préparation de ces élections se déroule dans un cafouillage total. Le soit disant campagne électorale n'est même pas ouverte. La question n'est même pas encore arrêtée à 9 jours du prétendu référendum.
Le pouvoir séparatiste continue à bafouer allègrement les libertés démocratiques afin d'imposer son diktat. C'est ainsi que le journaliste Boudouri qui n'a fait qu'exercer son métier avec sérieux et dévouement subit le bâton du Colonel ABEID et de ses nervis. Ce journaliste qui mérite notre respect et notre considération est exposé à une répression aveugle car le pouvoir séparatiste, comme tout régime dictatorial, veut étouffer la voix de la presse. Les dictateurs partout dans le monde n'hésitent pas à s'attaquer aux journalistes car ils constituent à leurs yeux des témoins gênants.
Toutes les organisations internationales qui ont été contactées par les séparatistes ont, en toute logique, refusé de cautionner cette manuvre politicienne. Le résultat de la mascarade électorale est connu d'avance avant que le scrutin-bidon n'ait eu lieu. La radio Ndzouani contrôlée par les séparatistes relaie quotidiennement leur propagande mensongère. Nous rappelons que les radios USHABABI et DZIALANDZE qui permettaient l'expression dopinions contraires à la ligne extrémiste adoptée par les chefs séparatistes ont été fermées manu militari par la milice du Colonel ABEID. Nous assistons donc à une élection sans débat, sans enjeu et donc n'ayant aucune portée politique ou juridique.
L'AUDEC demande à toutes les forces politiques et démocratiques de se réunir dans les différentes localités afin d'étudier les voies et moyens d'engager un boycott actif de cette mascarade électorale. Il conviendra dimpulser un vaste travail de mobilisation afin de convaincre la population à ne pas cautionner cette comédie électorale. Tout doit être mis en uvre afin de tourner en dérision cette nouvelle provocation des séparatistes.
Elle demande à l'OUA de maintenir le dispositif des sanctions qui a été arrêté à Pretoria. Les chefs séparatistes ont continué à narguer la communauté internationale en foulant aux pieds les résolutions prises dans les Conférences d'Addis-Abéba et d'Antananarivo. Aucune sanction n'a été, jusqu'à ce jour, prise à leur encontre. L'organisation panafricaine doit lier la parole à l'acte en imposant des sanctions effectives à l'encontre des chefs séparatistes qui continuent à se comporter comme des hors la loi. Son autorité et sa crédibilité sortiront immanquablement renforcées.
Savez-vous pourquoi les séparatistes ne veulent pas signer l'Accord d'Antananarivo? La raison est toute simple. Dans une lettre conjointe adressée récemment au Secrétariat Général de l'OUA, M. Salim Ahmed Salim, les syndicats anjouannais des instituteurs et des professeurs ainsi que la Fondation anjouanaise des Droits de l'Homme ont accusé les dirigeants indépendantistes de "s'enrichir sans vergogne". La population doit prendre conscience que si les chefs séparatistes ne veulent pas signer l'Accord, c'est parce qu'ils veulent avant tout défendre leur propre portefeuille. Que l'île d'Anjouan soit privée de tous les projets de coopération internationale, que les conditions de vie des habitants ne cessent de se dégrader, que la population continue de mourir de faim et de maladie, cela constitue le dernier souci des chefs séparatistes.
Il ne faut pas qu'une poignée de gens continue de s'arroger le droit de parler au nom de la population anjouanaise. Ne laissons pas au DR ZAIDOU, au Colonel ABEID et autre Abdallah MOHAMED le loisir de décider du sort des 250 000 habitants de cette île comorienne. La population doit prendre en main son destin en s'opposant fermement à la voie suicidaire empruntée par ces chefs séparatistes.
Comme disait Saint Exupéry: " Il faut vaincre les fatalités pour forger son avenir". Face à la tragédie qui secoue notre pays depuis deux ans et demi, nous devons unir toutes nos forces pour vaincre la fatalité du séparatisme, de la haine et de l'intolérance. Nous devons construire des Comores unies, fraternelles, solidaires et démocratiques.
LA REDACTION
REVERS
Par Aboubacar MCHANGAMA
A mi-parcours de la transition le métronome du pouvoir militaire sest détraqué.
Le colonel, AZALI ASSOUMANI vient denregistrer une série de revers dont on a du mal à voir comment il pourrait-sen sortir en respectant ses propres engagements. Il y a dabord léchéancier de la transition établi par le chef de lEtat lui-même et qui a pris un sacré mauvais coup dans laile. Après plus de six mois de pouvoir, soit la moitié de la transition, strictement rien na été fait. Le 18 septembre dernier, à Mitsamiouli, le colonel AZALI reconnaissait publiquement que deux (des trois) commissions quil avait mis en place pour préparer la transition " nont pas bien fonctionné ". Elles ont été dissoutes.
Quant aux chances de résolution de la crise séparatiste (version Abeid-Azali), elles se sont littéralement évanouies. " Nous réussirons la réconciliation et la transition " avait pourtant assuré le colonel Azali avec une assurance quelque peu exaltée. Le seul résultat tangible de linitiative engagée à Fomboni le 1er juillet est que Abeid sest complètement foutu de la tête du colonel Azali en lui faisant miroiter un possible arrangement en dehors de lAccord dAntananarivo ; alors que le lieutenant-colonel Abeid ne cherchait rien dautre quà gagner du temps pour asseoir son pouvoir.
Durant ces six derniers mois, le colonel Azali a multiplié les propos les plus contradictoires sur la crise séparatiste anjouanaise et lAccord dAntananarivo. Un jour il qualifie lAccord de " mauvais accord " et salue la vigilance de anjouanais qui ont refusé de le signer ; un autre jour il assure que son principal souci est de faire aboutir cet accord, et que " même si la signature (anjouanaise) nest pas apposée au bas du document( ), celle-ci ne peut quintervenir incessamment " avait-il précisé. Cétait le 18 septembre dernier. La veille de cette déclaration rassurante du colonel Azali, le lieutenant-colonel Abeid avait pourtant déjà annoncé quAnjouan rejetait catégoriquement lAccord dAntananarivo, estimant qu "il ne répond pas aux aspirations de la population dont la volonté est de prendre en mains son destin ". Pour Abeid, Anjouan " a fait le choix délibéré de se retirer de la République Fédérale Islamique de Comores ", et que " lindépendance dAnjouan est irréversible ". Et comme pour en finir avec cette question, Abeid affirme qu " Anjouan dispose aujourdhui de sa propre organisation politique, administrative, militaire et judiciaire, et toute solution à la crise comorienne doit en tenir compte ". Finis donc les faux-fuyants. Les séparatistes anjouanais affichent désormais leur objectif avec assurance. Et une bonne partie de cette assurance ils la puisent dans la candeur matamore et lamateurisme politique du pouvoir militaire dont lautorité pagaille use ne dépasse guère Mohéli.
La pratique du pouvoir militaire déroute. Malgré tous les camouflets des séparatistes, on ne sait toujours pas sur quel registre Azali traite Abeid, sil le considère comme un rebelle séparatiste ou un interlocuteur dans la crise séparatiste. Car Abeid continue à parler dAnjouan comme dun " Etat indépendant " et présente les Comores comme " un pays étranger ". Azali nose pas le dire clairement, mais lon sait quil ne porte pas la médiation de lOUA dans son cur. Il dit préférer " le dialogue entre comoriens " et " sans ingérence ". Mais tout en préconisant ce dialogue entre comoriens, non seulement il jette lanathème sur les partis politiques, mais en plus il se dit opposé à toute idée de " recours au consensus " qui représente pour lui " une fiction, lexpression dune réflexion et dune pratique politiques défaillantes ".
Léchec le plus patent du pouvoir Azali réside dailleurs dans la rupture du dialogue avec la classe politique, laquelle, et malgré toutes les critiques que lon peut formuler à son endroit, dispose toujours de solides appuis et relais dans lopinion. Des partis et des responsables politiques qui avaient plus ou moins approuvé le putsch dans la mesure où il écartait ce qu ils appelaient " le pouvoir illégal " Tadjidine-Abbas, ont fini par couper les ponts même si certains dentre eux maintenant ont une attitude ambiguë à légard du pouvoir militaire.
Lhôte de Beit-Salam a déclaré il y a quelques semaines que " beaucoup a été fait " depuis que larmée avait pris le pouvoir. Peut-être. Mais peut-être pas ce quil avait promis de faire ou ce dont il avait du faire. Son métronome sest détraqué à mi-parcours du temps quil sétait fixé pour " sauver le pays du chaos ". Le pouvoir militaire sest progressivement enfermé dans une logique insensée faite dautosuffisance et de postulats primaires. Rien de tout ce qui avait pu être dit pour justifier le putsch na reçu aucun début de solution. On en est toujours aux rodomontades. On se donne en spectacle sur les lieux publics.
Mais les incertitudes demeurent.
MENSONGES DES SEPARATISTES
Vous avez dit séparatiste? Nous vous répondons mensonge.
On dit souvent que les paroles s'envolent mais les écrits restent. Nous allons vous apporter une preuve édifiante. Nous vous proposons de prendre connaissance du discours prononcé par DR ZAIDOU, le vrai patron du mouvement séparatiste, lors de la conférence d'Antananarivo. Il a précisé que " Nous avons librement discuté, avec une facilitation sans égale des organisateurs, autant de l'OUA que du Gouvernement malgache, c'est un point parmi les points positifs que nous avons relevé ici à Antananarivo". Faisant le bilan de la Conférence, il a indiqué qu' " une telle Conférence, Mesdames et Messieurs, laisse toujours des empreintes, et nous à Anjouan, nous sommes convaincus et nous sommes sûrs, et nous vous le disons sans ambages que les empreintes de cette Conférence, de cette rencontre sont des empreintes positives."
Aujourd'hui, les séparatistes téléguidés par leur chef idéologique, le même DR ZAIDOU, ont décidé d'organiser une mascarade électorale afin de justifier leur refus obstiné de signer l'Accord d'Antanarivo.
Comment peut-on qualifier des personnes qui disent une chose la veille et le contraire le lendemain ? Tout simplement des menteurs. Le discours mensonger des séparatistes doit faire l'objet d'un rejet massif de la part de la population.
.DECLARATION DE LA DELEGATION ANJOUANAISE
Après la signature de l'Accord d'Antananarivo en date du 23 avril 1999
Monsieur le Secrétaire Général de l'OUA
Monsieur le Premier Ministre
Madame le Ministre
Messieurs les Ambassadeurs
Mesdames et Messieurs les Délégués
Mesdames et Messieurs
C'est à moi qu'échoit la lourde et honorable tâche de parler au nom de la Délégation anjouanaise.
Nous n'avons pas pris part à la signature, mais tout d'abord je voudrais à mon nom personnel et au nom de la délégation ici présente, présenter mes remerciements, nos remerciements à Monsieur le Président de la République malgache, à l'OUA, au peuple malgache, à la présidence de la Conférence, aux participants de toutes les îles, ainsi qu'à la population d'Anjouan pour nous avoir permis, dans tout son ensemble, de venir ici, placer les bases d'une discussion.
Avant d'aller plus loin, mesdames et messieurs, Monsieur le Président de la République malgache, même s'il n'est pas là, Monsieur le secrétaire général de l'OUA, Madame le Ministre, je voudrais tout d'abord louer l'esprit dans lequel s'est déroulé cette rencontre, un esprit tranquille, où était absent toute participation coercitive. Nous avons librement discuté, avec une facilitation sans égale des organisateurs, autant de l'OUA que du Gouvernement malgache, c'est un point parmi les points positifs que nous avons relevé ici à Antananarivo. La tâche était difficile, Monsieur le Secrétaire général, je tiens à vous féliciter ici pour l'organisation d'une telle conférence. Si on fait référence à l'esprit qui prévalait pendant les Négociations d'Addis Abeba, on mesure Monsieur le Secrétaire Général, l'énorme pas, me permettez-vous de dire le pas de géant, qui a été accompli entre Addis Abeba et Antananarivo, nous sommes tous conscients à Anjouan qu'une page de l'histoire des Comores est tournée et qu'une page de l'histoire des Comores est en train d'être écrite. Une telle Conférence Mesdames et Messieurs, laisse toujours des empreintes, et nous à Anjouan, nous sommes convaincus et nous sommes sûrs, et nous vous le disons sans ambages que les empreintes de cette Conférence, de cette rencontre sont des empreintes positives,
Il y a eu beaucoup d'acquis, pour nous Anjouanais, il y a eu beaucoup d'acquis pour nous Comoriens, le premier des acquis c'est le dialogue qu'il y a eu entre nous, entre nous comoriens d'abord, ensuite entre nous comoriens et la population malgache, ensuite entre nous comoriens et les instances internationales. De tels acquis ne laissent pas indifférents, de tels acquis doivent être cultivés, aussi, nous anjouanais présents ici, et présents à Anjouan, parce que parmi les acquis et parmi les points positifs, les facilitations que nous avons pu avoir pour les communications que nous avons pu établir avec Anjouan, pour qu'ici nous vous reflétions exactement l'esprit qui prévaut dans notre prise de décisions. Bien entendu nul n'est parfait, nous avons constaté dans la rédaction du document, seulement dans la rédaction du document, quelques points de divergence, ces points de divergence font que nous avons émis une réserve, dans la mesure où nous considérons le document trop sérieux, et nous avons compris que ce document est d'une importance capitale. Ne pas confondre urgence et précipitation. Pour cela, nous avons pensé qu'il était sage pour éviter tout échec, pour partir d'ici avec des acquis positifs, qu'il était nécessaire d'expliquer ce document aux anjouanais a Anjouan pour qu'ils comprennent sans détour en quoi ils vont s'engager en acceptant les points qui sont ici dans ce document.
Monsieur le Secrétaire Général, nous ne pouvions pas prendre le risque de parapher un document qui aurait pu non seulement poser des problèmes d'explication à Anjouan, mais qui aurait pu être rejeté pour des raisons purement pédagogiques, parce que la population n'aurait pas été informée du contenu, n'aurait pas été préparée parce que, il n'est de secret pour personne qu'un pas encore énorme a été fait par la population anjouanaise, c'est pour çà qu'au début de mon intervention j'ai tenu à remercier la population anjouanaise, parce que nul n'ignore les revendications des anjouanais, l'indépendance rien que l'Indépendance, pendant tous nos travaux, on n'a pas fait mention d'Indépendance, ça veut dire que nous voulions placer les discussions sur une base de sérénité, mais tout de même on ne pouvait pas parapher ce document qui pourrait porter préjudice à tant de sacrifices, à tant de combats, à tant de souffrances, qu'on n'oublierait tout d'un coup d'un geste de signature sans que la population directement concernée ait été consultée, sans qu'on leur ait expliqué le contenu d'un tel document. Aussi, Mesdames et Messieurs, je demande votre indulgence, si vous voyez qu'il y a une absence sur le document, à savoir la signature de la délégation anjouanaise, nous avons voulu privilégier la sérénité par rapport à la précipitation. Aussi, pour ne pas être trop long et pour ne pas avoir à me répéter, je vous demande Monsieur le Secrétaire Général de considérer que la signature des anjouanais est seulement reportée, c'est un report de signature avant l'explication aux anjouanais. Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre indulgence, de votre patience, et nous supposons à Anjouan et nous sommes convaincus à Anjouan que le dialogue n'est pas rompu entre nous, les instances internationales et nos frères comoriens.
Dr AHMED ZAIDOU Porte-parole
COMMUNIQUE DU GIRMA
Nous sommes surpris quaprès neuf mois depuis la réunion dAntananarivo, la Délégation anjouanaise na pas voulu signer les Accords qui représentent pourtant lespoir de la population. Elle a eu pour prétexte : " consulter la population ". Cette même population qui est à tout moment traumatisée et malmenée. Une population qui na jamais était informée jusquà nos jours ni de lexistence, ni du contenu dun document cadre qui savère poser un début des jalons qui donneront à notre Ile un nouvel élan. Dés que les autorités anjouanais ont été mises au courant des mesures prises à leur encontre par la réunion des Ministres de lOUA, ils ont improvisé à leur manière une consultation par voie référendaire prévue le 23 janvier 2000 sans le moindre scrupule, ignorant complètement une population déjà lasse de manuvres dolosives de ses dirigeants.
Nous membres du GIRMA dénonçons énergiquement cette consultation illégitime et entachée de vice de toute forme.
- Condamnons haut et fort les allégations du chef anjouanais par les ondes de Radio-Ndzouani ose prendre position en appelant la population à voter NON. Un nom qui sans nul doute sera et est imposé à la population depuis larrivée au pouvoir de léquipe actuelle.
- Le GIRMA lance un appel à tous les anjouanais de ne pas se rendre aux urnes et déviter de se quereller pour une consultation insensée, sans valeur et qui ne sera reconnue nulle part.
- Le GIRMA lance un vibrant appel à lOUA et à la Communauté Internationale dappeler les séparatistes intègres de se ressaisir et de sapitoyer à cette population en détresse.
- Demandons à lOUA de faire de son mieux pour que cesse dorénavant les agissements injustifiés des autorités en place.
Mutsamudu, le 13 janvier 2000
Le Président du GIRMA
ILS ONT DIT :
POINT DE PRESSE DU 6 MARS 1998
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la république française à propos de la situation aux Comores :
" De la même façon que nous avions désapprouvé le referendum dit d'indépendance du 26 octobre, nous voyons dans la consultation du 25 février sur l'adoption d'une Constitution de l'Etat d'Anjouan un signe négatif adressé par les dirigeants séparatistes d'Anjouan à la communauté internationale et l'accentuation d'une attitude peu réaliste qui ne fait que compliquer la recherche d'une solution à la crise que connaît la République fédérale islamique des Comores.
Nous avions salué la participation de représentants d'Anjouan aux conférences d'Addis-Abeba et de Mohéli qui concrétisaient les efforts entrepris par l'OUA pour renouer les fils du dialogue et amener un apaisement des tensions. Les consultations du 25 février représentent un pas en arrière que nous déplorons.
Nous restons en effet persuadés que c'est sous l'égide de l'OUA qu'une solution consensuelle et pacifique doit être élaborée par les Comoriens eux-mêmes. C'est pourquoi nous réaffirmons - comme viennent de le faire l'Union européenne et les chefs d'Etat de la SADC - notre soutien à l'action de l'OUA et aux médiations en cours et appelons les parties concernées à faire prévaloir la sagesse et la modération. "
Messieurs les séparatistes anjouanais ne perdez pas votre temps à organiser des scrutins qui sont nuls et non avenu.
EPIDEMIE DE CHOLERA AUX COMORES
L'île d'Anjouan connaît actuellement une épidémie de choléra. Le dernier bilan officiel fait état de 229 cas et de 22 décès.
La population d'Anjouan une des trois îles de l'archipel des Comores est en état d'alerte. Les districts les plus touchés sont Domoni et Tsembehou.
L'épidémie proviendrait de Madagascar, où la maladie est présente depuis près de deux ans. Comme nous l'explique le docteur Philippe Jeu de Médecins du Monde, parmi les personnes contaminées par le virus, seules 10% d'entre elles sont susceptibles de le développer. La période d'incubation(développement du virus dans le sang)est de trois jours. Suivi ce délai, les malades n'ont plus que 48 heures devant eux. La prise en charge du patient doit donc se faire dans les plus brefs délais. D'où la difficulté pour les équipes médicales.
Les festivités prévues pour la fin du ramadan accentuent les risques d'épidémie, du fait des nombreux déplacements de populations.
Sur place, la résistance s'organise. Plusieurs organisations humanitaires se partagent le travail. Médecins du Monde travaille depuis quinze jours dans le district de Mutsamudu, capitale de l'île. Leur mission est avant tout préventive. Il s'agit de " sensibiliser la population aux risques et aux techniques de prévention de la maladie " . Des efforts sont également consentis dans la formation du personnel médical. Enfin, l'organisation s'attache à sécuriser le système d'addiction d'eau, principale cause de contamination. Cela représente un lourd investissement, si bien en temps qu'en argent.
Un travail de longue haleine, donc, qui peut paraître paradoxal lorsque l'on sait les conditions sanitaires dramatiques et l'urgence de la situation. Mais le choléra est un fléau qui menace sur le long terme, et les habitants d'Anjouan doivent apprendre à y faire face.
Mieux vaut prévenir que guérir...
JIR le lundi 10 janvier 2000
Suivi du choléra à Anjouan entre le 11/11/99 et 17/12/99.
Malheureusement, le nombre de malades et de décès est en hausse, il convient de nous mobiliser pour faire arrêter cette épidémie. Lattitude irresponsable des dirigeants séparatistes ne facilite pas la tache des ONG qui interviennent à Anjouan dans des conditions difficiles. Par ailleurs les militaires aux pouvoirs à Moroni ont pris leur temps avant de réagir. LAUDEC continuera à vous informer sur la situation difficile qui prévaut à Anjouan.
Population
Date 1er cas
Nbre de malades
Nbre de décès
District de Ouani
36.103
11/11/99
43
2
District de Tsembehu
20.329
05/12/99
15
2
District de Domoni
41.357
08/12/99
65
10
District de Nyumakélé
52.451
08/12/99
6
District de Mutsamudu
48.652
11/12/99
3
District de Pomoni
19.625
1
District de Sima
20.843
TOTAL GENERAL
239.380
133
14
REFERENDUM BIDON DU 23/1/2000
Les autorités de l'île séparatiste d'Anjouan ont annoncé la tenue, le 23 janvier, d'un référendum sur l'accord d'Antananarivo, destiné à mettre fin à la crise que traversent les Comores depuis août 1997.
Le 21 décembre, l'Organisation de l'unité africaine (OUA) et une dizaine de pays africains réunis à Pretoria avaient sommé les autorités séparatistes anjouanaises de signer, d'ici le 1er février 2000, l'accord élaboré en avril dernier à Madagascar.
Ce texte, déjà paraphé par la Grande Comore et Mohéli, prévoit une Union des îles Comores et ménage une large autonomie à chacune des îles constituant la République fédérale islamique des Comores (RFIC).
Dans ses vux de fin d'année, l'homme fort d'Anjouan, le lieutenant-colonel Saïd Abeid Abderamane, a vivement critiqué cet accord, qui risque, celon lui, de faire revenir Anjouan "sous l'autorité de Moroni et des Grands Comoriens".
"Cet accord ne répond pas à notre aspiration", a-t-il déclaré sur Radio-Anjouan, "nous voulons une indépendance totale".
A douze jours du scrutin, la campagne n'a toujours pas été officiellement ouverte et la question posée lors du référendum n'a pas été rendue publique, ont indiqué des habitants contactés mardi depuis Moroni.
Lors de la réunion de Pretoria, l'OUA et les pays de la région avaient menacé de prendre des mesures conduisant à "isoler" les séparatistes d'Anjouan si l'accord d'Antananarivo n'était pas signé.
L'île d'Anjouan a proclamé unilatéralement son indépendance, en août 1997, plongeant la RFIC dans une crise qu'aucun effort diplomatique n'a pour l'instant réussi à régler.
Depuis cette déclaration d'indépendance, Anjouan a été à plusieurs reprises le théâtre d'affrontements armés entre milices séparatistes rivales.
LU DANS LA PRESSE : ANJOUAN : REFERENDUM SUR LACCORD DANTANANARIVO
Décidément, la fièvre politique est en train de monter ici à mesure que la date butoir du 1er février fixée aux indépendantistes anjouanais pour signer l'Accord d'Antananarivo approche en grandes enjambées.
Des indépendantistes qui ont appelé les Anjouanais à se rendre aux urnes le 23 courant pour se prononcer sur cet accord élaboré en avril dernier dans la capitale malgache sous les auspices de l'OUA. Il fut signé par l'essentiel des protagonistes de la crise comorienne, à l'exception des indépendantistes anjouanais. Un accord qui enterre la République Fédérale Islamique des Comores au profit d'une Union des îles Comores. Et ce, tout en accordant une large autonomie aux îles et en instituant aussi une présidence tournante. Des réformes institutionnelles qui ne sont pas du goût des indépendantistes anjouanais qui les considèrent comme étant "insuffisantes".
En effet, ce sera la quatrième fois que les Anjouanais se rendront aux urnes en moins de trois ans de séparation de facto du reste de la République Fédérale Islamique des Comores. "Dans une question aussi cruciale que cet accord, nous devons préalablement avoir le consentement de notre population. D'autant que cet accord divise plus les Anjouanais qu'il ne les unit", a confié au Journal de l'Ile Abdallah Mohamed, l'éminence grise du mouvement indépendantiste anjouanais pour qui "mieux vaut les sanctions de l'OUA, plutôt qu'une guerre civile à Anjouan".
Comme les précédentes consultations, ce référendum a toutes les chances de se dérouler sans observateurs internationaux crédibles, malgré les appels de pied du leadership indépendantiste en direction de nombreux organismes internationaux et pays, y compris la France. Dans une lettre adressée hier lundi au secrétaire général de l'OUA, Salim Ahmed Salim, le leader indépendantiste, colonel Saïd Abderemane qui a accusé l'organisation panafricaine de préparer une "tragédie" pour Anjouan a demandé l'envoi d'observateurs pour superviser ce référendum. Une demande qui risque de rester lettre morte, selon des diplomates en poste à Moroni. En raison du rejet de cet Accord par le leadership indépendantiste qui contrôle de bout en bout le processus électoral, l'issue de ce scrutin ne fait aucun doute, aux yeux de nombreux observateurs. Quant aux autorités comoriennes qui étaient jusqu'à tout récemment en pourparlers directs avec les indépendantistes anjouanais, ce référendum risque de "compliquer davantage" la situation.
Et de son côté, fort de la bonne opinion exprimée récemment par la Banque Mondiale sur ses réformes économiques, le colonel Azaly Assoumani est en train de hausser le ton à l'égard de ses opposants qui les somment sans relâche de quitter le pouvoir. Pour lui, pas question de quitter le pouvoir sans élections. "A qui dois-je confier le pouvoir sans élections préalables? Sur la base de quoi dis-je le remettre à Abdou ou à Mohamed?", s'exclame-t-il. Va-t-il quitter le pouvoir avant le prochain sommet de l'OUA (en juillet au Togo), comme le lui demande l'organisation panafricaine? Absolument pas, aussi longtemps que des élections ne seraient pas organisées. "Si je ne suis pas invité à ce sommet, je ne m'y rendrais pas. Comme je l'ai fait au sujet de la COI", a-t-il averti.
K.M.
JIR Mardi 11 janvier 2000
BOUDOURI DANS LES GEOLES DU COLONEL ABEID
Titre en page d'intérieur de l'hebdomadaire Al-watwany dans son dernier numéro (du 7 au 13 janvier 2000). A la question que reproche-t-on au pauvre journaliste que s'est posé le rédacteur de l'article, il s'est répondu: rien, mais vraiment rien avant d'ajouter: "il s'est simplement rendu "coupable" d'avoir écrit un article sur le choléra qui sévit dans l'île d'Anjouan".
"Aggravant sa peine, Boudouri fera publier dans notre dernière édition un article où il rapporte les durs propos du colonel Abeid contre les dirigeants syndicaux qu'il menace d'exil pour avoir réclamé leur dû à savoir leurs salaires.
Quel sort est réservé à l'effronté Boudouri? Rien moins que l'exil ou trois ans de prison ferme, apprend-on de source bien informée à Anjouan".
Le journaliste continue en précisant: "Suite à la décision issue de la réunion ministérielle de Pretoria le 21/12 dernier (...) exigeant des séparatistes la signature de l'accord d'Antananarivo avant le 1/02/2000, les leaders séparatistes ne savent plus où donner de la tête. Ils tirent à vue sur tout ce qui bouge.
(...) Face à la menace, la FADH lance un appel pressant à la communauté internationale pour faire plus de pressions sur les dirigeants séparatistes "pour qu'ils cessent de bafouer...les libertés de la personne humaine".
Commentaire: de notre ami Farid IPVESI HABARI-
D'ordinaire les séparatistes de habari s'empressent de prendre la parole pour dénoncer les "mensonges" de l'AUDEC ou de toute autre personne qui essaie de nous informer. Pourtant ils sont restés silencieux devant l'affaire BOUDOURI. Ont-ils peur de dénoncer le dérapage du maître pour ne pas subir, à leur tour, ce châtiment? Que pensent-ils de ces malheureux syndicalistes qui n'ont demandé que leurs droits? Que pensent-ils de ces inscriptions murales? (A moins que ce soient des Grands-comoriens qui, de nuit, sont partis les graver sur ces murs anjouanais ...An Vallée!).
Que pensent-ils de ces jeunes jetés en prison pour avoir soutenu leurs camarades?
Il y a matière à prendre la parole! Pourquoi vous taisez-vous? Avez-vous peur de ne pas avoir raison? Où sont les Vallée et les Anjouan 2000 (à moins que ce dernier ait disparu avec l'arrivée de son homonyme).
Franchement, je suis stupéfait de votre mauvaise foi.
Il faut que vous soyez responsables et être responsable c'est être capable d'assumer.
Et si vous assumez, dites-nous pourquoi un syndicaliste qui fait son travail doit s'exiler, pourquoi un journaliste qui écrit un article doit croupir en prison? Pourquoi un jeune qui soutient son camarade doit être pris pour coupable?
A DEFAUT DUNE PRESSE LIBRE A ANJOUAN : LES TRACTS INONDENT LES RUES
" LICENCIEMENTS ET ARRESTATIONS :
En juillet 1998, les tentatives de réconciliation des partisans de Chamasse et dAbdallah Ibrahim, diamétralement opposés en ce qui concerne le choix entre le 14 août pour la célébration de lanniversaire du mouvement séparatiste rattachiste, ne furent quun coup dépée dans leau et les deux tendances transformées en chien et chat vont guetter sans relâche. Depuis juillet 1998 les signes déchec du mouvement séparatiste nont cessé de voir le jour et le 5 décembre 1998 éclata la guerre Mirontsy Mutsamudu( )
Foundi Abdallah Ibrahim nest plus aux Comores. Chamasse sest installé à Mayotte avec toute sa famille. Kokignon pour avoir défendu un jeune accusé davoir écrit des slogans sur la façade de la préfecture est expulsé( )
Les fameuses questions que nous posons aujourdhui sont les suivantes :
( )
Toi Abeid as-tu lAccord dAntananarivo pour le signer ou bien il est entre les mains dAbdallah Mohamed ?
Peux-tu expliquer cela à la population qui est dégoûtée surtout quil paraît que lOUA veut débarquer ?
Les 30 jeunes en garde à vue depuis 3 jours dans les camps militaires et les chefs des syndicats menacés de mort( ) "
Autre tract
" QUAND LE BOKASSA ANJOUANAIS SE MET EN COLERE "
Savez-vous qui est le Bokassa anjouanais ?
( )
Voici que le 27 décembre 1999 est apparu dans les rues de Mutsamudu, un " manifeste " dun pseudo-mouvement des jeunes cadres anjouanais.
ABERRATION, ABERRATION, ABERATION,
Vous êtes entrain de divaguer. Une réunion des cadres ? Plutôt des ivrognes et des drogués de votre espèce( ).
Quelle folie ! Messieurs nous vous disons que votre mesquinerie est assez vieux et tous les anjouanais en sont conscients.
- Messieurs, vous commencez à perdre les pédales, vous le savez comme nous que vous êtes rejetés par la population dAnjouan et quen conséquence votre fin est proche.
- Maintenant pris de panique, vous vous en prenez à tous.
- Aujourdhui emprisonnement des jeunes innocents, dissolution arbitraire de toutes les organisations syndicales et demain ? Peut-être que Mr le colonel BOKASSA va ordonner la fermeture des mosquées rien détonnant( ) Il faut être dupe pour ne pas comprendre que ce torchon de manifeste nest que le reflet, limage du diabolique Abdallah Mohamed spécialiste des bêtises et des machineries qui ont conduit Anjouan dans le gouffre où il se trouve. Mr Abdallah Mohamed assez( )la jeunesse dAnjouan se plairait de continuer à soutenir des fantômes de votre acabit, quel cadre est prêt à partager des opinions aussi dingues que les vôtres. Nous autres savons que même le colonel Said Abeid, le Président du sang du 5 décembre 1998, Mr BOKASSA commence à désenchanter depuis son retour de Pretoria.( ) Un régime qui demande un soutien est un régime vomi par la masse. Rien à faire( )
Les anjouanais veulent enfin respirer
A BAS LES MAINS DES VAUTOURS. "
Fin de citation
Position de la rédaction :
Nous avons beaucoup réfléchi avant de prendre la décision de publier certains passages des tracts diffusés récemment à Anjouan.
Cest volontairement que nous avons sauté les passages durs - qui mettaient en cause certains chefs séparatistes. Ces tracts dénotent bien du climat actuel à Anjouan. Dans un pays où la liberté dexpression est confisquée, les citoyens nont pas dautres moyens pour sexprimer à Anjouan que par le biais des tracts. Ca nous fait penser à lépoque de Bob Denard avec La voix du peuple.
Du courage camarades, la fin du séparatisme approche.
MARSEILLE, PLUS GRANDE VILLE COMORIENNE DU MONDE
Avec une communauté estimée à près de 50.000 âmes, Marseille se présente aujourdhui comme la plus grande ville comorienne du monde. Loin devant Moroni, la capitale des Comores quelque 30.000 habitants. A telle enseigne que, dans la cité phocéenne, il est quasiment difficile de faire deux mètres sans croiser un comorien. On le reconnaît à leurs vêtements : les hommes, boubou, bonnet et veste pour les plus âgés. Les femmes, elles, portent un châle couvrant la tête, et plus rarement un shiromani le voile coloré dorigine indienne qui signifie " couronne dorée " en sanscrit malgré son grand nombre, la communauté est bien intégrée à la cité, et, en général, bien acceptée par les autres communautés de la ville. On les perçoit comme des gens " tranquilles, polis et discret ". " Mon père, qui a eu à traiter avec eux régulièrement, les qualifiait toujours de grands travailleurs, honnêtes ", se souvient Françoise Delrue, qui tient un magasin du côté de la Cannebière. Opinion partagée par le réceptionniste de lhôtel Beaulieu Glaris : " ils sont discrets. Ils ne demandent quà travailler pour gagner leur vie. Il semblerait que le poids de leurs aînés y soit pour quelque chose ", confie-t-il.
Les parents, pour la plupart analphabète, étaient livreurs, maçons, éboueurs Les enfants dits de la deuxième génération, eux, cherchent plutôt à se frayer un autre chemin. Certains se sont déjà lancés dans les affaires : restauration, commerce de détail, salon de beauté, alimentation, etc. Mais la plus grande entreprise comorienne de Marseille est une société de gardiennage, Agence Eddine PSP qui emploie une cinquantaine de personnes. Eddine Soilihi, son propriétaire, na pas quarante ans. Il est arrivé en France en 1976 pour y poursuivre des études secondaires, quil abandonnera par la suite pour devenir CRS à Marseille. Puis il montera sa propre société. Cet optimiste naturel, aux allures de catcheur, fait partie de ces rares anjouanais qui se battent ouvertement pour lunité des Comores.
Si de timides tentatives dentrée dans les affaires sont perceptibles, cest néanmoins dans le domaines sportif et musical que les marseillais des Comores se font le plus remarquer. Football, dabord : à linstar de Hamada Jambay, ancien défenseur de lOlymique de Marseille (OM), certains jeunes sentraînent actuellement dans les centres de formation de lAssociation sportive Cannes et de lOM, clubs de première division. Musique ensuite, où, de lavis des puristes du hip hop, les jeunes comoriens de Marseille sont incontournables. B-Vice, MB Force, Uptown et BTF autant de noms devenus familiers pour les adeptes du genre. Tout le monde se souvient aussi dIbrahim Ali, ce jeune rappeur de dix sept ans fauché, en février 1995, par les balles des colleurs daffiches du Front national, un parti dextrême droite. " Cétait un jeune sans histoire qui aimait tout simplement séclater ", entend-on encore chez les Marseillais des Comores. Personne ne veut oublier Ibrahim Ali. Cette année, pour entretenir la " flamme du souvenir ", les associations Archipel décritures et Sound Musical School ont décidé de créer trois prix annuels-littéraire, musical et arts visuels-portant le nom de celui que ses amis avaient affectueusement surnommé " Chibaco "( )
Virus indépendantiste :
( ) La communauté comorienne de Marseille dont lécrasante majorité est composée de grands comoriens, reste profondément ébranlé par la crise indépendantiste qui frappe actuellement leur pays dorigine. " Cest un véritable drame qui sabat sur les Comores, à cause de la cupidité de certains politiciens ", raconte Aïcha, trente ans. Pour elle, il ny a quune seule issue : "Le retour aux valeurs de tolérance, de stabilité et de fraternité dantan ". Mais, comme sur larchipel, les choses ne sont plus comme avant à Marseille. Le virus indépendantiste y est de plus en plus présent. La confiance semble avoir cédé la place à la méfiance. " Cette crise a empoisonné latmosphère dans la communauté. Un mur est en train de sétablir entre nous, grands comoriens et anjouanais ", reconnaît Ahmed Abdou. " Malgré nos différents appels, nos frères anjouanais continuent à sisoler ", ajoute Ismael. Réplique cinglante dun jeune étudiant en économie à luniversité dAix-Marseille, dorigine anjouanaise : " Les mêmes causes qui ont abouti à la séparation de Mayotte et aujourdhui dAnjouan se sont malheureusement perpétuées ici. Comment peut-on comprendre que tous les salariés de la Fecom soient tous grands comoriens ? Jetez un coup dil dans Comores Mag, la publication des comoriens de Marseille. On ne parle jamais de mohéliens ni danjouanais mais toujours de grands comoriens. Comme sils étaient les seuls à faire lactualité ici. Mais ce que nous voulons, ce sont des actes, et non des paroles pour restaurer la confiance ébranlée ".
MK
LAutre Afrique N°104 du 23 décembre 1999 au 12 janvier 2000.
PLATE-FORME DE LASSOCIATION "ATTAC"
La mondialisation financière aggrave l'insécurité économique et les inégalités sociales. Elle contourne et rabaisse les choix des peuples, les institutions démocratiques et les Etats souverains en charge de l'intérêt général. Elle leur substitue des logiques strictement spéculatives exprimant les seuls intérêts des entreprises transnationales et des marchés financiers.
Au nom d'une transformation du monde présentée comme une fatalité, les citoyens et leurs représentants se voient disputer le pouvoir de décider de leur destin. Un tel abaissement, une telle impuissance nourrissent la progression des partis antidémocratiques. Il est urgent d'enrayer ce processus en créant de nouveaux instruments de régulation et de contrôle, aux plans national, européen et international. L'expérience indique assez que les gouvernements ne le feront pas sans qu'on les y encourage. Relever le double défi d'une implosion sociale et d'une désespérance politique exige donc un sursaut civique et militant.
La liberté totale de circulation des capitaux, les paradis fiscaux et l'explosion du volume des transactions spéculatives acculent les Etats à une course éperdue aux faveurs des gros investisseurs. Au nom de la modernité, 1500 milliards de dollars vont et viennent chaque jour sur les marchés des changes à la recherche d'un profit instantané, sans rapport avec l'état de la production et du commerce des biens et services. Une telle évolution a pour conséquences l'accroissement permanent des revenus du capital au détriment de ceux du travail, la généralisation de la précarité et l'extension de la pauvreté.
Désormais, sous couvert de sécurité, les salariés sont invités à troquer leurs systèmes de retraite contre un mécanisme de fonds de pension qui aboutit à soumettre un peu plus leurs propres entreprises aux seuls impératifs de la profitabilité immédiate, à y aggraver les conditions de travail, à étendre la zone d'influence de la sphère financière et à persuader les citoyens de l'obsolescence de constructions solidaires entre nations, peuples et générations.
Au prétexte du développement économique et de l'emploi, les pays membres de l'OCDE n'ont pas renoncé à signer un Accord multilatéral sur les investissements (AMI) qui donnerait tous les droits aux investisseurs et imposerait tous les devoirs aux Etats. Dans le même temps, la Commission européenne et certains gouvernements entendent poursuivre leur croisade libre-échangiste par la mise en place d'un Nouveau marché transatlantique (NTM) visant ouvertement à asseoir l'hégémonie des États-Unis dans l'audiovisuel et à démanteler la politique agricole commune.
La plupart des engrenages de cette machine inégalitaire, entre Nord et Sud comme au cur des pays développés eux-mêmes, peuvent encore être enrayés. Trop souvent, l'argument de la fatalité se nourrit de la censure de l'information sur les alternatives. C'est ainsi que les institutions financières internationales et les grands médias (dont les bénéficiaires de la mondialisation sont souvent propriétaires) ont fait le silence sur la proposition de l'économiste américain James Tobin, prix Nobel d'économie, de taxer les transactions spéculatives sur les marchés des devises. Même fixée à un taux particulièrement bas de 0,05%, la taxe Tobin rapporterait près de 100 milliards de dollars par an. Collectée, pour l'essentiel, par les pays industrialisés, où sont localisées les grandes places financières, cette somme pourrait être reversée aux organisations internationales pour des actions de lutte contre les inégalités, pour la promotion de l'éducation et de la santé publique dans les pays pauvres, pour la sécurité alimentaire et le développement durable. Un tel dispositif mettrait du sable dans les rouages de la spéculation. Il alimenterait des logiques de résistance, redonnerait des marges de manuvre aux citoyens et aux Etats et, surtout, signifierait que le politique reprend le dessus.
A cette fin, les signataires se proposent de créer l'association, ATTAC (Action pour une taxe Tobin d'aide aux citoyens) qui leur permettra de produire et de diffuser de l'information pour agir en commun, tant dans leurs pays respectifs qu'aux niveaux européen et international. En vue d'entraver la spéculation internationale, de taxer les revenus du capital, de sanctionner les paradis fiscaux, d'empêcher la généralisation des fonds de pension et, d'une manière générale, de reconquérir les espaces perdus par la démocratie au profit de la sphère financière et de s'opposer à tout nouvel abandon de souveraineté des Etats au prétexte du " droit " des investisseurs et des marchands. Il s'agit tout simplement de se réapproprier ensemble l'avenir de notre monde.
Plate forme adoptée par lassemblée constitutive de lATTAC DU 3 JUIN 1998.
LEID UL FITR
L'Eid-ul-Fitr, jour d'allégresse, est aussi considéré comme "le jour de la rétribution", où les fidèles sont invités par Dieu à recevoir leur récompense pour avoir jeûné, prié et donc interdits de jeûner. C'est l'occasion pour eux de faire acte de piété et d'exprimer leur reconnaissance et leur générosité envers les défavorisés en distribuant l'aumône aux pauvres, en se souhaitant un "Eid Mubarak !" En ce jour de Eid, les hommes et enfants de sexe masculin revêtent leurs plus beaux habits, se parfument, pour se rendre - autant que possible à pied - à Saint-Denis et à Saint-Pierre vers l'idegah (un terrain à ciel ouvert) et dans d'autres villes vers la mosquée, pour un office solennel spécial, qui s'ajoute aux cinq prières obligatoires habituelles. La prière à l'idegah, c'est-à-dire hors de la mosquée, à chaque fois qu'elle est possible, fut recommandée par le prophète Muhammad : lui-même quittait toujours la mosquée de Nabawi, où les prières qui y sont accomplies ont pourtant 50 000 fois plus de valeur que celles qui ont lieu ailleurs, et s'en allait accomplir la prière d'Eid dans un endroit hors de l'agglomération.
Avec l'Eid-ul-Fitr débute aussi le dixième mois du calendrier islamique, celui de Shawwal. Dès le demain, certains fidèles, qui connaissent la valeur du Ramadan au point de désirer qu'il dure toute l'année, observeront six nouveaux jours de jeûne. A ce sujet, le prophète Muhammad a dit : "Quiconque aura jeûné tout le long du mois de Ramadan, puis l'aura fait suivre de six jours de jeûne de Shawwal, est comme celui qui aura jeûné pendant toute une année..."
LA MEDECINE AU SECOURS DE PINOCHET
Les anti-Pinochet de par le monde cherchaient désespérément jeudi d'hypothétiques parades légales dans l'espoir d'empêcher la libération par Londres de l'ancien dictateur, et son rapatriement au Chili pour raisons de santé physique et mentale.Pour ceux qui souhaitent encore voir Pinochet répondre de ses crimes devant un tribunal, la marge de manoeuvre s'avère étroite et le temps compté.
Ils n'ont que jusqu'à mardi 18 janvier 17H00 pour trouver des arguments susceptibles de faire changer d'avis un ministre britannique qui s'est dit disposé à faire usage de son pouvoir discrétionnaire d'accorder la grâce médicale.
Sur le fond, concédaient les opposants à Pinochet, l'argument est presque imparable. "Nous ne disons pas que Pinochet doit être jugé quelque soit son état", disait Amnesty International.
Surtout si, comme l'a laissé entendre M. Straw aux Communes, l'ancien dictateur chilien est non seulement physiquement mais aussi mentalement incapable de se défendre lors d'un procès.
Reste la question formelle de la confidentialité du rapport médical sur lequel M. Straw s'est basé. Certains accusateurs de Pinochet, dont des députés de l'aile gauche du Labour au pouvoir en Grande-Bretagne, estiment qu'il devrait être rendu public.
Mais l'argument ne faisait pas l'unanimité parmi les organisations de défense des droits de l'Homme, qui abordaient la bataille en ordre dispersé.
A Londres, trois d'entre elles consultaient jeudi leurs experts légaux pour déterminer s'il valait la peine de se lancer dans un coûteux et peut-être vain appel devant la Haute Cour de justice.
Il s'agirait pour Amnesty International, Redress Trust et la Medical Fondation for the care of victims of torture, de "mettre en question le bien-fondé" de la décision d'élargissement "dans la mesure où (M. Straw) ne rend pas publics les éléments" qui la fondent, a indiqué Sherman Carol, porte-parole de la Fondation.
Une autre organisation impliquée dans le combat contre Pinochet, Human Rights Watch, estimait pour sa part que "la question du droit de Pinochet à la vie privée était délicate". Son directeur, Reed Broody, traitait implicitement la partie comme perdue en se disant "désolé que le général n'aille pas en prison".
Dossier fragile, a estimé le professeur Michael Zanders, spécialiste en droit international à la London School of Economics, qui note le caractère "discrétionnaire" de la décision de M. Straw, appuyé sur un rapport médical qui n'est en aucun cas "un élément de preuve" discutable devant les tribunaux.
Tel n'est pas l'avis des parties civiles espagnoles, pour qui la non-communication du dossier médical à la justice espagnole viole la Convention internationale contre la torture de 1984.
La confidentialité du rapport "empêche toute évaluation", a estimé l'avocat des parties civiles Juan Garcés dans ses conclusions remises jeudi au juge Baltasar Garzon aux fins de recours devant M. Straw.
Le parquet de l'Audience nationale, opposé comme le gouvernement espagnol aux poursuites contre Pinochet, s'est par ailleurs bien gardé de communiquer le moindre élément au juge Garzon.
En France, où une procédure est également engagée, le ministère des Affaires étrangères a indiqué qu'il allait transmettre à Londres une nouvelle demande d'audition de Pinochet émanant du juge d'instruction Roger Le Loire.
Au Chili, le ministre de la Justice a assuré jeudi qu'il "n'existait pas de raisons humanitaires ou autres qui empêcherait le déroulement d'un procès dans ce pays".
COTE DIVOIRE : ENSEIGNEMENTS DUN PUTSCH
"Ce n'est pas un coup d'Etat, mais une révolution, soutenue par tout le peuple ". L'admonestation de l'ancien Premier ministre, Alassane Ouattara, à propos du coup de force couronné de succès en Côte d'Ivoire, est singulière, mais elle n'a rien d'isolé. Il y avait longtemps en Afrique qu'on n'avait entendu autant de commentaires ouvertement favorables sur une intervention, ici il est vrai en douceur, des militaires dans la vie politique. Un précédent toutefois : celui du Mali lors de la déposition de Moussa Traoré, en 1991, qui avait inauguré une transition vers le pluralisme sous un régime civil.
Après plusieurs expériences peu réjouissantes, ces dernières années sur le continent, de coups d'Etat militaires, les Ivoiriens vont peut-être refaire la démonstration que l'armée peut, sous certaines conditions, se comporter en arbitre du jeu démocratique, lorsque celui-ci est dévoyé. Or le consensus aura été général pour considérer que la décomposition menaçait un pays en proie aux manuvres politiciennes du régime déchu. Analyse si bien partagée que même la France, érigée au long des années Houphouët en protectrice vigilante de la stabilité de la Côte d'Ivoire, n'a pu envisager sérieusement d'intervenir en faveur de Henri Konan Bédié, même s'il y a eu, ici ou là, quelques états d'âme sans vrai lendemain. Reste à savoir si les militaires ivoiriens tiendront leurs engagements. Et si l'exemple ivoirien -dans ce qui restait l'un des seuls pays africains à n'avoir pas connu de coup d'Etat depuis son indépendance- fera école, sur un continent où demeurent quelques "caciques" en mal de légitimité démocratique.
Thierry Perret -RFI-
POURQUOI LA FRANCE A LACHE BEDIE
De décembre 1998 à décembre 1999, la dégradation progressive des relations bilatérales, sur fond de mauvaise gestion, est envenimée par l'affaire Ouattara. Dès l'été 1999, Paris envoie des signaux clairs à Henri Konan Bédié, qui n'en tient aucun compte.
- Paris redéfinit sa coopération
En décembre 1998, Charles Josselin, ministre délégué français à la Coopération et à la Francophonie s'était rendu à Abidjan, à la tête d'une imposante délégation pour participer à la grande Commission Mixte franco-ivoirienne, la première depuis 1988, qui devait remettre à plat l'ensemble de la coopération bilatérale et définir les grandes lignes d'un nouveau type de relations entre les deux pays, plus conforme aux exigences de la nouvelle politique mise en uvre à Paris à l'égard de l'Afrique. Le ministre français et son collègue ivoirien Essy Amara avaient alors signé un document cadre de Partenariat au Développement, texte à la fois solennel et symbolique qui définissait le "nouveau partenariat au développement" en phase avec la réforme de la coopération française. Recentrage des interventions françaises sur certains secteurs sociaux essentiels (éducation, formation, santé), et sur le développement de l'Etat de droit et l'ouverture à la société civile : telles étaient les nouvelles orientations affichées. On tenait à Paris, en appliquant cette nouvelle politique à la Côte d'Ivoire, premier partenaire de la France en Afrique francophone, à bien montrer que la réforme de la Coopération française allait sérieusement commencer à changer les relations avec les partenaires traditionnels sur le continent, les fameux pays "du champ".
Message de Paris : attention aux dérapages économiques La situation en cette fin 1998 n'était pas trop défavorable. Abidjan venait enfin de signer un nouvel accord avec le FMI en octobre et s'était fermement engagé à lutter contre la fraude, à mettre un terme aux dérapages préoccupants de sa gestion publique et à accélérer les réformes de structures, en particulier les privatisations et la libéralisation des filières café et cacao. A l'issue de cet accord, on espérait pouvoir accélérer le processus de désendettement dès 2001. Même si les experts du FMI manifestaient clairement leur scepticisme, en dénonçant par exemple une perte de recettes douanières de 50 milliards de F CFA, qui ne pouvaient résulter que d'une augmentation des fraudes. Du côté français, discrètement, on insistait sur les efforts à accomplir et sur les résultats espérés en matière de fraude et de corruption.
Si la France reste le premier bailleur bilatéral de la Côte d'Ivoire, elle n'est plus depuis la dévaluation du CFA de 1994 en tête de la liste des fournisseurs d'aide. Entre 1994 et 1997, Abidjan a reçu pas moins de 13,7 milliards de FF d'aides de toutes sortes et en espérait 12 milliards pour la période 1998-2000. "Les responsables ivoiriens se montrent euphoriques et trop optimistes", notait-on alors à Paris. Une vision qui n'était déjà en effet pas vraiment partagée par les Français, qui s'inquiétaient à propos du calendrier politique intérieur ivoirien et savaient que Henri Konan Bédié et son entourage allaient faire monter la pression contre la candidature d'Alassane Ouattara aux présidentielles et contre son parti, le RDR.
Rupture avec le FMI Pour cette grande commission mixte de décembre 1998, une évaluation rétrospective de l'aide française à la Côte d'Ivoire avait été réalisée qui montrait que de 1980 à 1996 le total de l'aide de Paris à Abidjan atteignait 28,5 milliards de FF soit 51 % du total des aides reçues par la Côte d'Ivoire. Pourtant, depuis 1994 et la montée en puissance de l'aide multilatérale à l'occasion de la dévaluation, cette aide française a vite évolué. De 8,8 milliards de FF en 1994, elle est retombée à 976 millions en 1997, avec une forte partie affectée à l'annulation de la dette, alors que les crédits de soutien à l'ajustement structurel et l'aide projet ont été en diminution. Encore plus significatif : le désengagement de l'assistance technique : plus de 2 000 coopérants en 1996, et un peu plus de 200 en 1999. Une France en retrait et déjà méfiante. A partir du mois de février, le processus de dégradation des relations entre Abidjan et Paris d'une part, les bailleurs de fonds multilatéraux d'autre part va s'accélérer.
En février, une mission du FMI se rend à Abidjan et constate qu'aucun progrès n'est réalisé sur les points sensibles. Pire, début mars on se déchaîne dans les milieux officiels ivoiriens contre le FMI en accusant celui-ci ouvertement de faire le jeu d'Alassane Ouattara.
Les crédits du fonds et de la Banque mondiale restent gelés. A Paris, on réagit en expliquant que ces mauvaises relations avec les bailleurs et l'absence d'efforts ivoiriens ne sont pas acceptables. En avril, Charles Josselin inaugure l'Ecole de maintien de la Paix de Zambakro. Il rencontre Bédié qui lui fait un numéro agressif contre Ouattara. L'entretien est tendu. En juin, éclate le scandale des 18 milliards de F CFA de crédits de l'Union européenne détournés par le ministère de la Santé. Bruxelles va suspendre aussi son aide.
La pression française s'accentue Mi-juillet, la tension monte à Abidjan. A la veille du retour d'Alassane Ouattara, le FMI dénonce publiquement une nouvelle fois "les résultats mitigés"... "les sérieuses faiblesses"... "les retards". Dans l'entourage de Bédié, on a choisi : d'abord la politique et le traitement du "cas Ouattara". L'économie, on verra plus tard. Une stratégie qui ne plaît pas du tout à Paris, y compris à l'Elysée qui le fait savoir clairement au président ivoirien. Bien sûr, on prépare pour le mois d'août l'annonce de la libéralisation de la filière cacao et l'audit indépendant de la Caistab demandé par le FMI et qui va être confié à Arthur Andersen. Mais on s'occupe surtout de l'offensive anti-RDR et du dossier sur la nationalité de Ouattara. A partir de cette période, explique-t-on dans les milieux autorisés à Paris "on ne pouvait plus parler à Bédié, il ne voulait plus rien comprendre". En septembre et octobre, se succèdent les poursuites contre Ouattara, l'arrestation puis les condamnations des dirigeants du RDR. Les effets pervers du débat sur l'Ivoirité commencent à secouer l'ensemble du pays.
Début novembre, Hubert Védrine, le ministre des Affaires étrangères rencontre Henri Konan Bédié en marge du cinquantenaire de l'Institut français des relations internationales. Le message français est clair : le régime ivoirien est sur la mauvaise voie et Paris en tirera les conséquences. Le 17 novembre, quelques jours après la condamnation des dirigeants RDR emprisonnés, le même message sera formulé publiquement pour la première fois par Charles Josselin à l'Assemblée nationale : "Notre préoccupation est très grande, nous le faisons savoir au président de Côte d'Ivoire et à ses responsables. Ils savent qu'une persistance de cette tension ne manquerait pas d'avoir des conséquences sur notre coopération avec eux". En parallèle, de nouvelles missions du FMI et de la Banque séjournent en Côte d'Ivoire début novembre. Elles posent des conditions strictes sur le limogeage de la Direction des Douanes, le dossier de la Caistab et les dépenses budgétaires non ordonnancées. Si des mesures sont prises, on envisage une éventuelle reprise en Avril 2000. Sur l'année 1999, la Côte d'Ivoire n'aura touché que moins de 10 % des aides prévues. La situation financière du pays est absolument catastrophique.
Dès la fin novembre, on s'efforçait à Paris d'obtenir de Konan Bédié un geste significatif vis-à-vis d'Henriette Diabaté et des prisonniers RDR : interventions de l'ambassadeur Francis Lott, messages discrets mais fermes, émissaires secrets. On espérait qu'à la veille de Noël, dans son discours à l'assemblée, le Président ivoirien ferait ce geste. La déception fut immense en Côte d'Ivoire, mais aussi à Paris. A l'issue d'une année si négative, au cours de laquelle les relations franco-ivoiriennes avaient atteint un seuil si critique, on peut penser que militaires et opposants ivoiriens avaient eux-mêmes fait le constat de l'isolement du régime et de ses mauvaises relations avec ses partenaires, dont la France.
HUGO SADA RFI-
SUSPENSIONS DE LAIDE : POURQUOI ?
Dès lannonce d'un coup d'Etat ou d'irrégularités sérieuses dans un pays bénéficiaire de crédits ou d'aide internationale, la réaction quasiment immédiate des bailleurs de fonds est de suspendre laide au pays concerné, selon des procédures plus ou moins automatiques
Les institutions financières internationales, les créanciers publics ou les pays fournisseurs d'aide publique n'aiment pas les pays en guerre avec leurs voisins; ceux qui ne trouvent d'autres moyens de régler les problèmes intérieurs que la guerre civile; ceux où les militaires s'emparent du pouvoir, comme en Côte d'Ivoire ni, plus généralement, les régimes qui bafouent les normes universellement acceptées de bonne gestion des affaires publiques et les pays où la corruption règne.
Ainsi, dès lannonce d'un coup d'Etat ou d'irrégularités sérieuses dans un pays bénéficiaire de crédits ou d'aide internationale, la réaction quasiment immédiate des bailleurs de fonds est de suspendre laide au pays concerné, selon des procédures plus ou moins automatiques, propres à chacun d'entre eux. Ainsi, côté français, l'Agence française de Développement (AFD) a pour le moment "gelé" tout nouveau financement de projet ivoirien. Les autorités américaines ont fait de même et ont signifié leur intention de bloquer un prêt de la Banque mondiale à Abidjan. La Commission de l'Union Européenne va entamer des consultations pouvant, théoriquement, aboutir à un résultat similaire.
La raison de cette réaction est relativement simple: des institutions comme le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale ou les banques régionales comme la Banque Africaine de Développement (BAD) sont financés par les pays membres. Elles sont tenues par leurs statuts à éviter tout gaspillage de leurs ressources, qui sont publiques ou assimilables à "l'argent des contribuables". De même, les pays donneurs d'aide bilatérale ne peuvent pas se permettre de maintenir leur soutien à des régimes qui ne répondent pas aux normes acceptées. Leurs opinions publiques et leurs parlements seront là pour les rappeler à l'ordre.
Les 25 principaux donateurs, réunis au sein du Comité d'Aide au Développement de l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), se sont mis d'accord sur des règles communes notamment pour éviter une "concurrence déloyale" entre donateurs à une époque où le volume de l'aide s'est rétréci en raison de restrictions budgétaires. En général, toute aide internationale, sauf l'aide humanitaire et certains types d'aide d'urgence, s'arrête dès que le FMI suspend ses relations avec un pays.
Cela a été le cas pour l'ex-Zaire sous le régime de Mobutu; les efforts pour renouer avec ce pays sous son successeur Laurent Désiré Kabila ont été bloqués par le conflit congolais. Tout comme les guerres civiles au Congo-Brazzaville et en Angola ont gelé les relations entre ces deux pays et la communauté financière internationale. L'Ethiopie, quant à elle, ne bénéficiera pas de l'initiative de réduction de la dette pour les Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) tant que durera son conflit frontalier avec l'Erythrée.
Trois "cas spéciaux" sont à signaler dans la même région: la Somalie, où l'Etat n'existe plus, le Soudan, où sévit une guerre civile de longue durée, et qui a accumulé des arriérés importants auprès du FMI, et la Libye, qui a longtemps subi un embargo de l'ONU pour cause de soutien présumé au terrorisme international.
Enfin le Kenya, boudé par les donneurs bilatéraux en raison d'une corruption à haut niveau, figure par ailleurs en bonne place parmi quelques rares pays qui se sont vus interdire périodiquement l'accès aux prêts de la Banque Mondiale au cours des années 1990, pour manquements aux règles de la "bonne gouvernance".
JAN KRISTIANSEN RFI-
INFOS BREVES
Une délégation de la Commission des Lois du Sénat
est arrivée à la Réunion le 12 Janvier 2000 après avoir séjourné à Mayotte. S'agissant de Mayotte, cette mission parlementaire du sénat entre dans le cadre du dispositif gouvernemental concernant la préparation du prochain référendum. Rappelons qu'elle avait été précédée au mois de Septembre 1999 par une mission composée de députés conduite par Mme Catherine TASCA, la Présidente de la Commission des Lois de l'Assemblée Nationale. S'agissant de la Réunion, cette mission parlementaire a pour objectif de recueillir les avis des élus locaux et des partenaires socio-économiques dans le cadre du projet de loi d'orientation du gouvernement concernant les DOM.Visite du colonel Assoumani au Gabon : Le chef de l'Etat comorien le colonel Azali Assoumani doit se rendre jeudi à Libreville pour participer à une conférence de trois jours sur la faim en Afrique, a-t-on appris de source officielle à Moroni.Le colonel Azali a pris le pouvoir lors d'un putsch le 30 avril 1999.Sa légitimité n'a pas été reconnue par les instances internationales.
Une première: Une délégation de la communauté musulmane a été reçue par le Président CHIRAC. Cette réception a fait l'objet de critiques violentes de la part de M. Bruno MEGRET, l'un des chefs de l'extrême droite. M. MEGRET doit sûrement avoir la mémoire courte. Il devrait savoir que l'Islam est la 2ème religion en France. Cette réception marque une reconnaissance même tardive de la place de l'Islam en France. Mieux vaux tard que jamais.
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