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EDITORIAL: L'OPPOSITION REFUSE DE CAUTIONNER LA MISE EN UVRE DE L'ACCORD DE MOHELI Le chef de la junte militaire au pouvoir
aux Comores, le colonel Azali Assoumani, lors d'un discours d'inauguration des travaux de
la commission tripartite chargée de mettre en place une nouvelle constitution a souhaité
jeudi 9 novembre que celle-ci "donne une liberté totale à chaque île dans la
manière d'organiser et de gérer ses domaines exclusifs de compétence". Prévue par l'accord de réconciliation de Fomboni, signé le 28 août 2000 entre le régime militaire de Moroni et le pouvoir séparatiste anjouanais, cette commission tripartite, dont le début des travaux a été reporté à plusieurs reprises, est déjà contestée, en Grande Comore comme à Anjouan. Les leaders de l'opposition à d'Anjouan ont assuré que les représentants censés les représenter et désignés par le pouvoir séparatiste n'étaient pas issus de ses rangs. L'opposition comorienne a une nouvelle fois récusé l'option confédérale de la déclaration de Fomboni signée entre les 2 colonels et qui porte les germes de la balkanisation des Comores. Elle refuse toujours de participer à la commission tripartite (Anjouan, Grande Comore et Mohéli) chargée de rédiger la constitution du Nouvel ensemble Comorien dont la mise en place est prévue par l'accord de Fomboni. Au cours d'une conférence de presse tenue à Moroni le mardi 7 novembre, des leaders de l'opposition ont justifié leur position par le fait que la démarche adoptée est une "régression" pour le pays qui est ainsi placée dans une logique devant aboutir à une confédération d'Etats indépendants Selon l'opposition, le Colonel Said Abeid
n'est peut-être plus représentatif d'Anjouan. Depuis la signature de l'accord de Fomboni
en août dernier, beaucoup de données ont changé sur l'île séparatiste, affirment les
leaders de l'opposition. C'est ainsi qu'au vu de l'éclatement du mouvement séparatiste,
on est en droit de se demander qui est habilité aujourd'hui à parler au nom des
Anjouanais, ont-ils dit. "En tout état de cause, les Colonels Abeid et Azali ne sont
pas investis du pouvoir de décider seuls de l'avenir institutionnel de ce pays, a
déclaré l'ancien Premier ministre, M. Said Ali Mohamed, membre de l'opposition. Malgré
les vives critiques de l'opposition et des organisations de la société civile du pays
comme celles de la diaspora concernant l'Accord de Mohéli, les 2 colonels persévèrent
dans leur démarche solitaire et hasardeuse. "L'échec est inacceptable" a
déclaré le colonel Azali aux membres de la commission. "Je ne vois aucun inconvénient à ce
que chaque île conçoive, au mieux de ses intérêts, la forme de pouvoir politique qui
lui convient", a ajouté le colonel Azali, en invitant les membres de la commission
tripartite "à faire preuve d'audace" et à "construire (...) un Etat en
rupture totale avec le passé". L'autorité de la commission tripartite se
trouve donc affaiblie dès le départ. En effet, elle ne regroupe que des représentants
désignés par les colonels Abeid et Azali. Les 2 colonels ne représentent qu'une petite
frange de l'opinion publique comorienne. Il serait paradoxal qu'ils s'octroient le
privilège de décider en petit comité de l'avenir politique et institutionnel du pays. Il convient de relever que le chef
séparatiste de l'île d'Anjouan, le lieutenant-colonel Said Abeid Abdérémane, très
affaibli politiquement suite aux dissensions internes du mouvement séparatiste, n'a pas
fait le déplacement de Moroni. Les séparatistes ont multiplié comme à l'accoutumée
leurs exigences. L'ouverture des travaux de la commission a
été précédée par une cérémonie militaire à laquelle les délégués des îles de
Mohéli et d'Anjouan ont refusé d'assister. Les représentants des séparatistes
anjouannais ont demandé et obtenu de ne pas entendre l'hymne national comorien et qu'on
enlève le drapeau de l'actuelle République fédérale Islamique des Comores (RFIC). Le
drapeau qui ornait la tribune officielle a été vite recouvert d'un drap blanc pour
éviter tout incident de nature à perturber la cérémonie. Le lieu aussi a changé. Le choix initial
de tenir ces assises au palais du peuple, siège du parlement comorien, a été rejeté
par les séparatistes anjouanais qui auraient préféré qu'elles se déroulent à
Mohéli. Le compromis trouvé c'est le Palais présidentiel de Beit Salam, a confirmé à
la PANA un membre du comité de suivi de l'accord de Fomboni . "En réalité, les Anjouanais veulent
réduire cette cérémonie à une simple réunion technique, alors que le gouvernement
veut la présenter comme un symbole politique fort de retrouvailles. " La
contradiction est là ", explique un journaliste comorien. Ils ont également marqué leur opposition
à l'organisation de cette cérémonie en Grande Comore, arguant que l'île de Mohéli
était la plus indiquée pour l'abriter. Les exigences des séparatistes ont semé le
doute et le scepticisme auprès de certains partisans du pouvoir. En effet, des
personnalités impliquées dans ces négociations du côté de Moroni, n'excluent plus
l'éventualité d'un échec si "nos frères anjouanais campent sur certaines de leur
positions, nous aurons pris la nation à témoin". "Nous aurons démontré toute
notre bonne volonté dans la voie de la recherche du dialogue" a déclaré une
personnalité proche du pouvoir du colonel Azali. L'attitude intransigeante des chefs
séparatistes qui n'a pas varié depuis le début de cette crise vient contredire
les affirmations optimistes de la junte militaire selon lesquelles les séparatistes
anjouannais auraient renoncé à leurs idées sécessionnistes. Que reste t-il
honnêtement à négocier quand les séparatistes rejettent en bloc tous les
symboles de l'Etat comorien? Les négociations qui viennent de s'ouvrir
à Moroni ressemblent donc à un jeu de poker. Les séparatistes font semblant de
négocier alors qu'au fond, ils n'ont pas renoncé à leur projet originel de construire
un Etat indépendant. Dans ces conditions, ces négociations ne semblent pas présenter
une garantie sérieuse et solide permettant de parvenir à un règlement définitif de la
double crise séparatiste et institutionnelle qui a énormément affaibli les Comores
depuis 3 ans et réduisent ses chances de pouvoir , comme Maurice ou les Seychelles ,
opérer leur décollage économique. Le processus initié par l'Accord de
Mohéli, compte tenu de son fort rejet populaire, de l'attitude jusqu'au-boutiste des
séparatistes et des ambiguïtés de ces négociations engagées dans un contexte
politique confus, risque de plonger le pays vers une nouvelle impasse . La Rédaction
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