DEBUT DES TRAVAUX DE LA COMMISSION TRIPARTITE SANS LA PARTICIPATION DE L'OPPOSITION

Des représentants des îles de la Grande Comore, de Mohéli et d'Anjouan se rencontreront jeudi à Moroni pour ouvrir les travaux d'une "Commission tripartite" chargée de définir leurs futures relations, malgré de nombreuses oppositions. Prévue dans l'accord de réconciliation signé le 28 août entre le régime militaire de Moroni et le pouvoir séparatiste anjouanais, cette commission tripartite, dont l'ouverture a été reportée à plusieurs reprises, est déjà contestée, en Grande Comore comme à Anjouan.

La cérémonie d'ouverture se déroulera dans la capitale fédérale jeudi 3 novembre et non mercredi comme prévu, a annoncé mardi une source proche de la présidence à Moroni, sans donner d'explication à cet ultime report.La suite des négociations se tiendront à Fomboni, sur l'île de Mohéli, selon la radio de "l'Etat d'Anjouan", captée à la Grande-Comore. L'élaboration d'une nouvelle Constitution devrait mettre fin à trois ans de crise séparatiste, déclenchée par l'indépendance unilatérale de l'île d'Anjouan en août 1997.

Chaque île doit être représentée par 25 personnes "afin d'assurer une meilleure représentation de l'ensemble des opinions existantes," précise le décret signé le 4 novembre par le chef d'Etat comorien, le colonel Azali Assoumani. Toutefois, jusqu'à ce jour, la délégation de la Grande-Comore ne compte que les 14 représentants du pouvoir militaire, l'opposition ayant refusé d'y prendre part malgré les appels du colonel Azali pour l'y associer. A Anjouan, deux places ont été réservées à l'opposition, mais celle-ci a récusé les personnalités nommées pour la représenter.

Dans un communiqué, le GIRMA (Groupe d'Initiatives pour le Redressement du Mouvement Anjouanais), le principal mouvement d'opposition au pouvoir du lieutenant-colonel Said Abeid Abdérémane a démenti "formellement toute participation à la commission tripartite".

De son côté, l'ancien Premier ministre séparatiste Said Omar Chamasse, qui vit à présent à Mayotte, a demandé "l'ouverture immédiate d'une enquête internationale" sur tous les affrontements survenus sur l'île depuis décembre 1998 et dénoncé "la corruption et le détournement de biens publics qui s'amplifient." Demandant "le départ des deux colonels" Azali et Abeid, M. Chamasse, initialement partisan du rattachement d'Anjouan à la France, se dit prêt à reprendre les négociations avec Moroni sur la base de l'Accord d'Antananarivo, signé en avril 1999 sous l'égide de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) mais rejeté par les Anjouanais. Il se déclare favorable de la mise en place d'un Comité National de Salut Public et "d'un gouvernement de transition dirigé par le dépositaire constitutionnel du pouvoir, Tadjidine Ben Said Massounde", le président par intérim renversé par le coup d'Etat du colonel Azali du 3O avril 1999.

Au sein même du pouvoir séparatiste, l'opposition au lieutenant-colonel Abeid a été renforcée depuis qu'il a dissout l'assemblée nationale, le 10 octobre. Le "président de l'assemblée" dissoute Saindou Chei a dénoncé à plusieurs reprises "les tendances jusqu'alors cachées de dictateur" du dirigeant séparatiste. Jusqu'à sa destitution le 1O octobre, Saindou Chei avait participé à toutes les négociations entre le pouvoir séparatiste anjouanais et la junte militaire de Moroni.

Depuis dimanche, le directeur de cabinet du colonel Azali Assoumani, M. Ahamada Madi Boléro s'est rendu à trois reprises à Anjouan pour tenter de réconcilier les frères séparatistes ennemis, a-t-on appris de source bien informée à Moroni.

L'accord de réconciliation signé le 28 août à Fomboni prévoit la création d'un "nouvel ensemble" comorien respectant les frontières internationales de la République fédérale islamique des Comores (RFIC) mais octroyant une large autonomie aux trois îles.

Conformément à ce texte, la commission tripartite doit rédiger un "acte fondamental" ou constitution, qui sera soumis à référendum.

L'OUA a rejeté l'accord de Fomboni, signé par deux régimes qui n'ont pas été reconnus par la communauté internationale. L'organisation panafricaine considère que ce texte va à l'encontre de l'Accord d'Antanarivo et ne permettra pas de préserver l'unité des Comores.

 

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   Dernière modification : 19 décembre 2000