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LA
PLUPART DES ENSEIGNANTS COMORIENS SONT DeMOTIVeS
La rentrée
scolaire aux Comores, initialement prévue pour le lundi 2 octobre dernier, n'était
toujours pas effective à la fin du mois d'octobre, seules les écoles privées
fonctionnant. La raison en est que les enseignants instituteurs et professeurs refusaient
en bloc de reprendre le travail tant que les salaires dus, soit l'équivalent de cinq mois
d'arriérés, ne seraient pas intégralement payés. Une autre
revendication sur laquelle les enseignants entendaient rester intraitables est la
titularisation de certains d'entre eux en position de stagiaires parfois depuis 6 à 7
ans. Mais une
nouvelle doléance est venue se greffer à ces deux autres revendications depuis la hausse
des prix du carburant qui a provoqué le renchérissement de tous les produits de
première nécessité: une augmentation des salaires. En décidant de
boycotter la rentrée, les syndicats concernés se referaient à un récent protocole
d'accord que leurs représentants avaient négocié et signé avec les pouvoirs publics.
Au terme de cet accord, le gouvernement s'engageait à ne plus laisser s'accumuler de
nouveaux arriérées de salaires en plus des 18 mois dus au titre des quatre dernières
années. Si dans la
deuxième moitié du mois d'octobre, le gouvernement a versé deux mois de salaires (juin
et juillet) sur la base d'un plan d'apurement proposé par le Premier ministre Bianrifi
Tarmidi, les syndicats ne semblaient pas disposés à débrayer. Ces grèves
d'enseignants reviennent presque chaque année avec parfois des effets graves comme les
années blanches ou semi- blanches. Au fil des années, ces perturbations ont créé chez
les parents, comme chez les élèves, une sorte de ras-le-bol à l'égard du système
public. Elles affectent également le moral des enseignants comoriens, comme l'indique un
récent rapport du ministère de l'Education nationale consacrée à l'Education pour Tous
(EPT). "Déjà,
les revenus de l'enseignant comorien sont modiques, puisque un instituteur gagne juste
l'équivalent du prix de 40 KG de viande. Et si en plus, on ne les paie pas à temps, je
ne vois pas en quoi on continue de prétendre que l'éducation des enfants comoriens est
une priorité pour nos gouvernants", regrette M. Ibouroi Ali Toibibou, un dirigeant
syndical. Autant de
nombreux ménages se tournent maintenant vers les établissements privés, autant la
plupart des enseignants du public cherchent de nouvelles issues professionnelles pour
pouvoir subvenir à leurs besoins de base. Pour avoir un peu d'argent, la plupart des
enseignants du public vont dispenser des cours de vacation dans le secteur privé. Les
tentatives menées jusqu'ici par les autorités pour les en dissuader n'ont pas donné de
résultat, d'autant plus qu'une partie du personnel d'encadrement, conseillers
pédagogiques et autres inspecteurs, enseignent parallèlement dans ces établissements
privés pour les mêmes raisons. D'où un taux d'absentéisme jugé alarmant avec les
conséquences que l'on imagine sur la qualité d'un enseignement déjà en chute libre. Selon M.
Toibibou, cette question des salaires est à l'origine des déséquilibres actuels des
effectifs du personnel enseignant entre les milieux urbains et l'arrière pays. La plupart
des enseignants préfèrent rester en milieu urbain où ils espèrent pouvoir travailler
dans le privé, sachant qu'à la campagne, ces opportunités sont plutôt limitées.
"Vous ne pouvez pas imaginer le calvaire d'un professeur affecté dans une ville
secondaire et qui n'a aucune possibilité d'autres ressources que son salaire de la
fonction publique: il ne pourra ni se nourrir, ni payer le taxi, ni s'acquitter de son
loyer", se justifie un enseignant expérimenté. L'une des
conséquences perverses de cette situation est le "Mkarakara", terme local
désignant magouille et fraude. Les familles et les élèves savent qu'ils peuvent
monnayer auprès de certains enseignants des bulletins de notes "toilettés"
pour éviter les redoublements par exemple. Et cela, à la grande désolation de ceux qui
sont arrivés à ce métier avec de plus nobles idéaux. Mais tous
admettent que ni les professions de foi, ni les sanctions disciplinaires (plutôt rares),
ni les séminaires ne peuvent venir à bout du fléau, tant que la question des salaires
ne sera pas réglée définitivement. "On semble
oublier que c'est un métier prenant qui demande beaucoup de motivation. La régularité
des salaires est essentielle. C'est ainsi qu'on pourra produire de la qualité",
explique le DR Mbaraka Abdallah Charif, qui exerce dans un institut d'enseignement
supérieur. En attendant,
on reste enseignant aux Comores faute de mieux. C'est rarement un choix, tant il est vrai
que ce métier respecté jadis est aujourd'hui dévalorisé. D'anciens professeurs de
lycée n'hésitent pas se reconvertir en restaurateur, en petits marchands informels pour
échapper à cette carrière ingrate. Devant tant de
difficultés économiques, les questions pédagogiques soulevées lors des Etats
généraux de l'éducation organisés en juillet 1994, comme par exemple la formation,
sont en réalité reléguées au rang de préoccupations lointaines. En même temps,
certaines communautés villageoises s'efforcent de suppléer l'Etat en construisant,
elles-mêmes, leurs écoles avec souvent l'aide de la diaspora comorienne en France et en
assurant les autres frais de fonctionnement. Mais ces initiatives s'essoufflent vite,
comme l'explique encore M. Ibouroi Ali Toibibou, qui a appris à s'en méfier:
"Certains villages, qui ont construit leur école ne veulent pas entendre parler
d'enseignants venus d'autres localités. Ils recrutent des jeunes originaires de la
localité, même si, par ailleurs, ceux-ci n'ont pas le profil requis pour
enseigner". On estime, sur
la base ses expertises réalisées sur le secteur que sans en être la seule cause,
l'irrégularité des salaires des enseignants est pour beaucoup dans l'inquiétante baisse
actuelle du niveau d'enseignement des élèves. ( Source PANA) |
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