POSITION
DU FD SUR L'AVENIR STATUTAIRE DE MAYOTTE
Nous avons reçu de la Fédération du
Front Démocratique de Mayotte une copie d'un document adressé au Préfet de Mayotte
concernant l'avenir statutaire de cette 4ème île de l'archipel des Comores.
Nous publions de larges extraits. FRONT DEMOCRATIQUE. FEDERATION DE
MAYOTTE BP 100. 97615 PAMANDZI. A Monsieur le Préfet Représentant du
Gouvernement Français à Mayotte A l'attention du Comité de Suivi et du
Comité de Rédaction AVENIR INSTITUTIONNEL DE MAYOTTE PROJET DE LOI STATUTAIRE OBSERVATIONS ET CONTRE-PROPOSITIONS DU
FRONT DEMOCRATIQUE Depuis juillet 2000, les autorités
françaises associées aux élus maorais semblent lancées dans un véritable marathon
afin de finaliser le nouveau statut de Mayotte. Il s'agit actuellement pour le comité de
suivi se réunissant à Paris, mais aussi pour le comité de rédaction basé à Mayotte,
de mettre au point le projet de loi qui sera soumis au gouvernement au début décembre
puis au parlement dans la foulée. Cette loi prévoit ainsi de faire basculer
l'île comorienne de Mayotte dans le développement et la modernité conçus sur le
modèle de la République française à savoir sur la base du droit commun français. Même si l'on veut donner le sentiment
contraire, les problématiques soulevées et des choix en cours associés aux mutations
déjà avancées sur le terrain donnent l'impression que, dans cette affaire, il s'agit
bien plus d'un immense pari sur l'avenir que d'une réelle réflexion fondées sur des
données maîtrisées et froidement analysées. Pour nous qui ne saurions à aucun moment
souscrire au projet de Mayotte française et partant qui n'avons aucun amendement à
proposer ou à formuler, il est de notre devoir d'attirer l'attention de toutes les
autorités concernées et prétendument habilitées à représenter les Maorais sur
deux erreurs d'approche qui à terme ne manqueront pas de plonger Mayotte dans
d'insurmontables problèmes d'équilibre. L'observation de la genèse de ce projet
aussi bien que de sa mise en uvre actuelle, révèle que la pensée de l'avenir de
Mayotte se fonde sur l'image d'une île coupée de ses racines et de son environnement
régional, sur le mythe du respect d'une volonté démocratique et de la possibilité de
transformer des fonctionnements ancestraux millénaires. Pour nous cette approche ne
saurait qu'être fatale à terme à ceux-là mêmes qu'elle prétend prendre en compte,
tout en causant préjudice à toute une région. Loin des sirènes du développement et de
ses nécessaires bienfaits, loin de l'appel que constituent les différents budgets
perçus comme une manne inespérée dans un espace où, il y a vingt ans, il était
difficile de percevoir les effets d'une colonisation de plus de 140 ans, il convient de
rester lucide et de montrer que nous sommes actuellement et plus que jamais face à un
mirage dangereux pour qui cherche réellement à défendre les intérêts de la
population. Les concepteurs du projet sentent bien
eux-mêmes les risques de l'opération lorsqu'ils éprouvent le besoin de poser la
question de l'insertion régionale ou de la coopération régionale suivant les
expressions choisies, lorsqu'ils pressentent les problèmes et difficultés générés par
le passage accéléré au droit commun. Nous sommes malheureusement loin de penser que les
uns et les autres sont réellement en mesure d'expliquer clairement et sans contradiction
ce qu'ils veulent à terme faire de Mayotte. Pour nous, nous récusons clairement le
procédé qui consiste à faire des choix pour Mayotte hors du droit international et du
contexte régional ; nous refusons tout aussi nettement la marche forcée vers le droit
commun : Mayotte a une Histoire différente de toutes les autres possessions françaises
outre-mer, l'oublier c'est la condamner. Il est par conséquent impératif de faire
d'autres choix. MISE EN CAUSE DES CONDITIONS DE
L'ELABORATION DU PROJET. Une décision arbitraire et unilatérale
de la France. Il est évident aujourd'hui qu'un certain
nombre de circonstances favorables ont permis à la France d'engager un processus faisant
fi du droit international, ce qui semblait inconcevable il y a quelques années. Dans un contexte international marqué par
la mondialisation et l'affaiblissement de la voix de l'Afrique, alors que la RFIC est en
proie aux convulsions d'un éclatement qui vient à point nommé, il n'existe plus de
forces pour s'opposer au projet français qui reste pourtant quoi qu'on en dise un projet
illégal. Les autorités françaises ont eu beau jeu de relever au cours de leurs
différentes interventions, M. Queyranne notamment, le silence des pays de la région et
de la communauté internationale et de prétendre répondre enfin aux attentes des Maorais
en défendant leurs intérêts. (
) Dans le même temps, ce qui ne se
veut qu'une affaire franco- française ne cesse de faire peser sur la région la
menace de l'instabilité et de l'éclatement. Reconnaître Mayotte comme une
entité, c'est ouvrir la porte à l'émergence d'autres entités aussi bien sur la grande
île de Madagascar que dans l'espace mauricien ou même tanzanien. L'exemple actuel de la
crise séparatiste aux Comores est là pour le prouver. Chacun peut mesurer ce risque,
mais s'empresse de l'oublier en mettant en avant la volonté de 160 000 habitants
(beaucoup moins si l'on se réfère aux électeurs de 1974 et même de juillet 2000) au
détriment de toute une région. L'alibi du respect de la volonté
populaire maoraise Ainsi tout ce qui se déroulerait à
Mayotte serait, si l'on en croit les poncifs des discours officiels, le fruit d'une
volonté populaire qu'il faudrait bien satisfaire au prix de certains risques. Pour notre
part, nous nous permettons de dénoncer fortement ce mythe du respect de l'expression
démocratique à Mayotte : l'Histoire et les plus récents événements sont là pour le
prouver. Est-il encore nécessaire de rappeler que
Mayotte française est le résultat d'une lutte d'influences et d'une politique
systématique de répression dont nombre de familles conservent encore douloureusement le
souvenir ? Les mieux informés savent que certains acteurs musclés de cette politique se
sont livrés à des confidences qui rappellent à ceux qui voudraient l'oublier que de
véritables commandos paramilitaires ont uvré aux pires heures de ce que l'on
présente aujourd'hui comme un vaste mouvement d'adhésion populaire à la République .
Il n'est un secret pour personne que ces commandos ont violé, torturé, agressé et que
ceux-ci étaient encadrés et entraînés par la Légion Etrangère française présente
à Mayotte. Il conviendrait donc de respecter l'Histoire et de convenir que si Mayotte se
prétend française aujourd'hui, cette situation n'a pas grand chose à devoir à la
démocratie telle que nous la concevons. En ce qui concerne, l'expression actuelle
de la volonté populaire, largement mise en avant par les autorités, particulièrement
depuis la consultation de juillet, nous nous permettons aussi de nous montrer plus que
sceptiques. Le spectacle de la campagne pour la consultation de juillet et les échos des
propos tenus par les politiques, particulièrement en langue comorienne, ont clairement
révélé, si besoin était, le déficit démocratique dont souffre Mayotte. En réalité
les électeurs ne se sont pas prononcés sur un texte dont la majorité ignore jusqu'à ce
jour le contenu exact, ils ne se sont pas exprimés sur l'essentiel, ils ont tout
simplement dit oui à l'assistanat et chacun au fond le sait bien. On peut d'ailleurs
ajouter que les hommes politiques eux-mêmes ont fonctionné sur le même principe : ils
ont fait campagne pour des perspectives à court terme en vendant par exemple la
possibilité pour leurs surs de "faire femme seule à Mayotte évitant alors le
départ à la Réunion" persuadés de travailler ainsi à s'assurer des postes pour
leur propre compte. Tout le danger de la démarche politique cautionnée par la France est
bien là : en voulant laisser croire à toute une population que l'on ne travaille
qu'à satisfaire ses désirs, il devient difficile de gérer les revendications qui
surgissent des malentendus créés à l'occasion ; les insatisfactions se développent et
les barrages routiers, par exemple, se multiplient . Si les politiques n'ont pas joué leur
rôle d'éclaireurs, il faut bien admettre que l'Etat français lui-même s'est montré
fort loin du respect de l'expression démocratique et de la prise en compte de toutes les
composantes d'une société lorsqu'il a mis en place les différents groupes de
réflexion, prétendument habilités à imaginer l'avenir institutionnel et partant à
fonder des choix de société.
(
) Dans ces conditions,
il est clair que tout ce qui entoure la question de l'avenir institutionnel de Mayotte
repose sur une pure et simple illusion. C'est au vu de toutes ces carences en
matière de réelle démocratie que nous sommes obligés de constater avec amertume et
angoisse que, sous prétexte de respecter la démocratie à Mayotte, la France s'appuie
sur les dysfonctionnements de la société maoraise, les encourage et les érige en
système politique. Une observation honnête de la réalité montre clairement que la
transformation accélérée des fonctionnements traditionnels pour leur substituer de
nouvelles formes "occidentales" "démocratiques" conduit bien souvent
à la production de coquilles vides : le monde associatif, syndical et politique en sont
de bons exemples où l'on voit que ce sont quelques "têtes" qui assurent le
fonctionnement de structures désertées. Dans ces conditions, il est évident que le plus
grave danger réside dans le fait que la population n'a jusqu'alors aucune idée claire de
ce qui l'attend ; en conséquence c'est dans l'ignorance totale des réactions possibles
à terme que se mettent en place les processus lourds de transformation de la société. Conclusion : rejet et mise en garde. Il nous apparaît donc nettement que
le projet de loi en cours d'élaboration ne pourra en aucun cas répondre aux attentes de
la population de Mayotte, il repose en fait sur une imposture qu'il convient de dénoncer
et contre laquelle il faut mettre en garde. En conséquence, le Front Démocratique
rejette l'approche faite par la France de la question de Mayotte. Il dénie à l'Etat français le droit de
décider de façon unilatérale du sort de Mayotte et partant des Comores. Il met en garde les autorités françaises
sur l'incapacité de la société maoraise à supporter les bouleversements engendrés par
la marche accélérée vers la modernité et sur les conséquences à prévoir pour la
population et au delà pour la région. Il dénonce le processus en cours qui vend
une illusion et prépare ainsi sa propre faillite ; l'exemple des DOM et singulièrement
de la Réunion est là pour le prouver. Deux points attirent plus particulièrement
peut-être les mises en garde : la question de l'insertion régionale et celle de la
marche forcée vers le droit commun. L'INSERTION REGIONALE OU "COUPURE
DU CORDON OMBILICAL" : PARLONS CLAIR ! De toute évidence l'insertion régionale
ne se décrète pas et ne peut se réaliser contre les autres, particulièrement contre
ceux que l'on souhaite prendre pour partenaires. Mayotte et les Etats voisins S'il faut entendre par région, les pays de
la zone Océan Indien dans leur ensemble, il convient de rappeler que, pour les Etats
voisins, Mayotte, à ce jour, n'est toujours pas reconnue comme une île française. De ce
fait, Mayotte constituant un problème et un contentieux dans la politique régionale, la
volonté française affichée autour de cette île et réitérée dans l'article 10 de
l'Accord de janvier peut être perçue comme une menace. Cette menace concerne non
seulement, comme nous l'avons déjà fait remarquer, la cohésion de ces Etats mais aussi
la diplomatie et la vie économique. En effet, le potentiel économique, géographique ou
humain de ces Etats n'a rien à attendre de Mayotte en tant que telle et il est clair
alors que derrière cette fiction c'est la France qui s'introduit dans un marché et une
région où elle tient une place déjà non négligeable avec la Réunion. A cet égard, il est fondamental de
dénoncer l'imposture que constitue le discours officiel concernant ce que Mayotte
pourrait apporter à ses voisins . Depuis quelques années on fait ainsi croire aux jeunes
Maorais qu'ils pourraient avoir une mission de développement à assurer à l'égard de
Madagascar par exemple . L'honnête spectateur de la réalité économique reconnaîtra
facilement que ce sont en fait les Malgaches qui ont des compétences à monnayer sur la
place économique maoraise . (
) Pour qu'il y ait partenariat, il
faudrait sans doute des points communs entre les partenaires, or Mayotte l'artificielle
n'est de toute évidence pas en mesure de répondre à ce critère tant au niveau
des coûts de main-d'uvre que des compétences ou de la motivation de sa population
déjà engagée sur la voie de l'assistanat. La situation n'est pas sans rappeler celle de
la Réunion, île des records du chômage et de la consommation face à des pays qui
s'assument comme Les Seychelles ou Maurice. On peut penser d'ailleurs que la fragilité de
la Commission de l'Océan Indien tient en partie à ce déséquilibre régional imputable
à une politique française plus que discutable. A cet égard, Mayotte constitue
forcément pour ces pays une menace de déséquilibre supplémentaire qui ne sera
envisagée d'un il complaisant que si la France s'appuie sur son statut de grande
puissance pour imposer l'ordre régional qui lui convient. On est bien loin alors de
l'idée d'un partenariat serein et porteur d'espoir de réel développement. (
) La tendance générale à voir
Mayotte comme une entité qui se bat pour faire sa place dans le concert régional
encourage cette approche . Mais c'est en fait oublier un aspect fondamental du problème
de Mayotte dans la région, c'est oublier que Mayotte a été, est et restera une
île comorienne et que c'est aussi et principalement pour cette raison que les pays
voisins sont hostiles à Mayotte française. Mayotte une île comorienne Aujourd'hui, le discours sur l'insertion
régionale laisse entendre qu'il est possible, comme si de rien n'était, de donner à
Mayotte française la place qu'on lui aurait refusé jusqu'alors. Mayotte française
aurait ainsi une mission à assurer, un rôle à jouer auprès de ses voisines, les trois
autres Comores, en matière d'aide au développement, d'opérations humanitaires par
exemple. Des actions ponctuelles sont lancées pour rétablir les relations avec les îles
voisines : déplacement des sportifs vers la Grande Comore par exemple, contacts
associatifs. On oublie que jusqu'à une période très récente, c'était Mayotte qui
refusait de recevoir les troupes théâtrales ou les groupes musicaux en provenance
d'Anjouan ou de la Grande Comore , on oublie aussi que les artistes ou sportifs qui sont
aujourd'hui reçus à Mayotte doivent obtenir un visa préalable, alors que la réciproque
n'est pas vraie évidemment. Au fond, il est clair qu'après vingt cinq années de
discours orientés, de réécriture de l'Histoire et de déstabilisation permanente de la
RFIC, les îles surs constituent pour les Maorais un espace sans intérêt et même
repoussoir tandis que leurs regards se tournent vers la Réunion et la métropole. Quant
aux actes politiques posés ces dernières années, ils invitent au contraire les Maorais
au repli sur eux-mêmes. En effet, après cinq années d'application
du visa préalable, le ressortissant de la RFIC est devenu un frère "étranger"
que l'on reçoit, que l'on exploite, que l'on rejette, au gré des circonstances dans un
fonctionnement de plus en plus schizophrène. L'insertion régionale aujourd'hui, ce sont
les 8000 reconduites aux frontières, les chasses à l'homme, la mise à la rue de
plusieurs centaines de personnes à Sada, les vexations quotidiennes et la xénophobie
ouverte. L'insertion régionale ce sont plusieurs centaines de morts en mer depuis la mise
en place du visa. L'insertion régionale c'est une vision à sens unique des échanges et
la fin de la libre circulation des biens et des personnes entre des espaces communs depuis
les origines du peuplement des Comores. Les perspectives dressées dans l'Accord du 27
janvier sont celles de la répression de ce mouvement naturel et l'ordonnance applicable
en mai 2001 vient confirmer la tentation de la fermeture des frontières. En effet, même
si certaines mesures prévoient les conditions d'entrée des étrangers, il est peu
probable lorsqu'elles s'exerceront en direction des ressortissants de la RFIC, qu'elles
répondront aux attentes d'hommes et de femmes dont les liens avec Mayotte sont
multiformes et inscrits dans la conscience historique. En réalité, Mayotte veut être reconnue
mais elle se perçoit comme une citadelle assiégée qui conçoit son développement
contre les autres et non en harmonie avec son espace naturel. Dans ces conditions,
l'insertion régionale n'est perçue qu'à sens unique ; l'échange est impossible
puisqu'il faut sauvegarder jalousement les acquis de la présence française. On a appris
au Maorais à mépriser ses frères voisins mais à les craindre aussi ; toujours marqué
par l'ancestral complexe d'infériorité, il ne sait plus comment gérer sa relation avec
les îles surs d'autant qu'il est conscient que ses frères voisins n'ont pas
forcément à envier ses compétences. Faute d'être une aventure humaine sereine
et respectueuse des libertés de circuler, l'insertion régionale se limite alors à la
possibilité pour les entreprises d'étendre leurs marchés sans que ceci n'apporte quoi
que ce soit aux Maorais eux-mêmes et encore moins aux habitants des îles voisines. En conclusion, il est plus que probable que
l'insertion régionale ne servira qu'une cause : celle de l'économie artificielle en
pleine expansion à Mayotte aujourd'hui mais qui sait déjà qu'elle aura très bientôt
besoin d'autres débouchés. Il est alors certains que les Maorais seront les
premiers perdants dans cette opération sans parler des risques pour les équilibres
fragiles de la région. LA MARCHE FORCEE VERS LE DROIT COMMUN :
UN PARI HASARDEUX. "Il faut bien apprécier l'ampleur
et les conséquences de l'application immédiate du droit français dans tous les
domaines, qui entraînerait des ruptures et pas forcément les conséquences attendues.
" (Louis Lepensec. Dzaoudzi. 18 décembre 1988) Juillet 2000 a vu une grande majorité de
la population en âge de voter à Mayotte opter pour un accord qui engage l'île dans une
évolution résolument marquée par un modèle et une législation issus de la culture
française . Il existe certes d'autres organisations sociales dans le monde et la
société traditionnelle comorienne connaît ses propres règles de fonctionnement mais
sous prétexte d'appartenance de Mayotte à la France depuis 1841 et d'un choix sur lequel
nous sommes déjà revenus précédemment, la société traditionnelle est invitée à
évoluer vers les normes françaises, seules voies de salut. Aujourd'hui le processus d'assimilation
législative est en route, disqualifiant les usages en cours et ancrés dans les
mentalités. A cet égard, la question de l'état civil est révélatrice. Loin de mettre
en cause les seuls dysfonctionnements de la gestion de l'Etat civil, l'analyse actuelle
tend à montrer que le système traditionnel est nécessairement inefficace et
incompatible avec la modernité. Il faudrait reconnaître tout simplement que le système
français exige l'assimilation et impose le reniement de soi or, on a longtemps maintenu
le flou sur cette question en invitant à croire à l'illusion possible de la
spécificité... Maintenant que les Maorais se sont prononcés sur le futur statut de leur
île, il est tentant pour les autorités de penser qu'il n'existe plus d'obstacle à la
mise en place du droit commun et qu'il suffit de poser les actes assortis de quelques
vux pieux en manière d'accompagnement. Pourtant, il faut bien rappeler que les
textes sont ignorés de la population. A cet égard il faut souligner l'absence totale de
transparence des autorités et des élus maorais aussi bien dans les discours que dans les
actes. A titre d'exemple, la réforme foncière en cours ne manquera pas d'avoir des
répercussions graves sur la vie quotidienne des Maorais. Le processus de régularisation
de la propriété foncière risque de déposséder de leur bien un grand nombre
d'habitants incapables de fournir l'apport financier exigé. Dans un deuxième temps,
l'instauration d'une fiscalité de droit commun engendrera l'exclusion de tous ceux qui ne
pourront pas faire face à leurs nouvelles obligations. Cette vaste réforme engagée
depuis 1993 avec l'accord des élus mais à l'insu de la population, nécessiterait au
moins une campagne d'information ; nous constatons tout au contraire une volonté de
cacher les aspects délicats de cette réforme aux principaux intéressés. Il est à
craindre alors que les Maorais mis devant le fait accompli ne réagissent de manière
imprévisible. L'accélération des mutations sociales
donne l'illusion d'une acceptation passive des Maorais. Les autorités relèvent ainsi
l'extrême bonne volonté des Maorais qui acceptent volontiers de choisir un nom au moment
de l'établissement de leurs papiers, comme s'il était possible de se dresser ouvertement
contre l'Administration. En conséquence, l'Etat français, soutenu par les politiques
maorais prêts à la compromission pour des choix de court terme, s'autorise à lever tous
les obstacles d'ordre religieux ou traditionnels afin d'ouvrir le champ à des
dispositions qui enfermeront Mayotte dans son nouveau statut, la séparant encore
davantage de ses surs voisines et de sa mère l'Afrique. Il est clair qu'au cours
des évolutions, des conséquences imprévisibles vont surgir dont nul ne sait comment
elles seront gérées par la population. Il conviendrait de prendre garde à l'apparente
apathie des Maorais devant ces bouleversements. (
) Par rapport à cet aspect très
particulier du futur statut de Mayotte se pose la difficile question du droit des hommes
et du respect de leurs libertés car le changement de civilisation et la transformation
des mentalités ne se décrètent pas. Il nous semble donc que les autorités
françaises et les responsables politiques maorais se voilent la face et s'engagent sur
une voie unique extrêmement périlleuse. Au risque de nous répéter, nous considérons
qu'il convient de changer radicalement l'angle de vision et de chercher, honnêtement
cette fois, à répondre à la question : "que veut-on faire de Mayotte ?" Le
diagnostic concernant les handicaps de la situation de Mayotte a déjà été largement
établi (rapport du XIIe Plan) il reste à envisager des mesures réalistes, pragmatiques
et respectueuses de Mayotte et de la région. Ce serait là l'expression d'un vrai courage
politique qui pourrait être salutaire. POUR UNE AUTRE CONCEPTION DE L'AVENIR DE
MAYOTTE Le refus de la voie unique Il serait illusoire et démagogique de
laisser croire que les Maorais auront, dans dix ans, le choix de revenir sur les options
prises aujourd'hui. Si la France décidait de se désengager à cette date, elle le ferait
dans des conditions dramatiques pour la population de Mayotte qui aura été entre temps
déstructurée et coupée de ses origines. Il est donc clair que dans dix ans, la
France n'aura d'autre choix que d'assumer encore davantage le développement incontrôlé
d'une île où la démographie galopante n'aura pas encore trouvé de solution tandis que
les îles surs voisines, en proie au même mal exerceront une pression encore plus
grande sur Mayotte. Inutile de prôner des actions de coopération avec les pays voisins,
chacun sait bien que rien ne permettra jamais de rétablir l'équilibre entre ces espaces,
si la France poursuit sur la voie qu'elle vient de se tracer. Corriger en urgence une erreur
historique Il conviendrait donc de travailler
résolument à réintégrer Mayotte dans son environnement naturel en prenant des mesures
concrètes immédiates et en annonçant clairement à la population ce retour programmé
de Mayotte avec les Comores. Compte tenu de l'écart qui s'est déjà
creusé, il est nécessaire d'annoncer cette perspective, même si elle se dessine à long
terme, afin que chacun sache enfin dans cette île et dans la région ce que l'on veut
faire de Mayotte. L'exemple de Hongkong reste dans les esprits ; l'honnêteté
politique et le respect des différents acteurs socio-économiques impliquent une telle
démarche. Quelques mesures indispensables Une première mesure immédiate s'impose : le
rétablissement de la libre circulation des personnes et des biens entre Mayotte et
la RFIC. Il s'agit d'une mesure urgente si l'on veut arrêter l'hémorragie en
vies humaines et éviter les dérives dommageables en matière de droits de l'homme sur le
sol maorais. Le visa préalable d'entrée pour les ressortissants de la RFIC complique
davantage le problème qu'il ne le règle , sa suppression permettrait de débloquer la
situation en redonnant aux déplacements humains dans l'archipel une fluidité
indispensable. Il est certain que cette suppression favorisera la mobilité des personnes
: les gens entreront à Mayotte et en repartiront au gré de leurs besoins qui sont, quoi
qu'on en dise, très souvent familiaux ou relationnels au lieu de s'enfermer dans une
"clandestinité" obligée tant les risques encourus pour entrer sont grands. En second lieu, il importe de cesser
immédiatement la déstabilisation des îles voisines en mettant fin aux manuvres de
coulisses qui déterminent plus que jamais ces dernières années la vie politique
comorienne. Il est regrettable de constater que la France est toujours partie prenante, à
des niveaux divers (réseaux, Renseignements Généraux, DGSE notamment) dans ces
opérations. La crise anjouanaise comme le putsch du Colonel Azali sont là pour le
prouver. Les Comores, Mayotte comprise, ne sont pas un champ d'expériences pour une
géopolitique d'aventuriers rêveurs et arrogants. Il est urgent de changer radicalement
de cap. Si la France veut se montrer respectueuse
de ses partenaires dans la région, il lui faudra le montrer en envisageant un véritable
processus de règlement de la question de Mayotte. Ce processus se construira en
négociation avec l'Etat comorien et établira clairement les échéances et les mesures
d'accompagnement à prendre afin de permettre le retour de Mayotte dans des conditions
optimales. Dès cet instant, les choix concernant
Mayotte s'inscriront dans une perspective affichée, claire et nette, les esprits pourront
se préparer et les options retenues ne viendront en aucun cas obérer les perspectives de
ce retour. C'est à l'échelle de l'Archipel et dans le cadre des relations avec les pays
de la région que les choix économiques et sociaux seront faits. Il est évident alors
qu'il faudra bannir toute forme de développement artificiel, tout alignement sur le
modèle français qui reste un modèle étranger pour les consciences comoriennes, qu'il
faudra donner le temps au temps afin de rétablir peu à peu les équilibres largement
compromis par la frénésie de ces dernières années. Mayotte aura alors un rôle phare
à jouer dans bien des domaines, elle trouvera à s'exprimer réellement dans une relation
sans ambiguïté et sans doute le peuple comorien dans son ensemble retrouvera-t-il sa
sérénité et sa capacité d'initiative. Est-ce à dire qu'à terme la France aura
à s'effacer totalement de l'espace comorien ? Rien de tel ne serait envisageable
évidemment, mais la France aura à se contenter d'un rôle de partenaire au même titre
que d'autres pays de la région ; il lui faudra cesser de s'imposer comme une puissance .
Le nouvel ordre mondial semble vouloir donner la part belle à ces jeux de grandes
puissances, la foi en la dignité humaine nous empêche de l'accepter : nous aimerions que
dans ce domaine, la France s'illustre en donnant l'exemple et la question de Mayotte en
est une bonne occasion. Dzaoudzi, le 02/11/00 Le Président du Conseil Politique
National du FRONT DEMOCRATIQUE .
M. YOUSSOUF MOUSSA |
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