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LA GROGNE SOCIALE MONTE A MORONI.
Pénurie de
carburant, flambée des prix du riz, grève des enseignants : la grogne monte à Moroni
où la situation sociale se dégrade depuis plus d'un mois. Vendredi 6 octobre
dans laprès-midi, quelques centaines de jeunes ont brûlé des pneus en travers de
la route du bord de mer, après avoir manifesté à la sortie de la prière du vendredi,
pour soutenir les Palestiniens. Une cinquantaine d'enfants et d'adolescents ont jeté
quelques pierres sur l'enceinte de l'ambassade de France, sans faire de dégâts. Non loin
de la manifestation, trois jeunes brandissaient une pancarte proclamant "d'accord
pour les Palestiniens, mais du riz et de l'essence pour la rentrée". Dès 10 heures,
vendredi matin, des dizaines de voitures étaient garées devant les stations service de
Moroni dans l'espoir d'obtenir quelques litres d'essence. Mais malgré
l'arrivée, jeudi 5 octobre, d'une cargaison de 200.000 litres de carburant en provenance
de Zanzibar, les pompes étaient toujours à sec dans l'après-midi, de même que
les distributeurs du pétrole lampant utilisé dans la plupart des foyers pour faire la
cuisine. L'île de la
Grande Comore, qui compte 280.000 habitants et environ 7.000 véhicules privés, connaît
depuis près d'un mois l'une des pires pénuries de carburant de ces récentes années. Le directeur de la
société nationale des hydrocarbures a récemment justifié la pénurie par la hausse du
prix du pétrole mais, selon un homme d'affaires comorien et un observateur européen,
elle s'explique avant tout par une mauvaise gestion de la société. Mercredi 4
octobre, c'est une boutre en provenance de l'île d'Anjouan qui a apporté à Moroni du
carburant pour une journée, environ 20.000 litres d'essence. Monopole d'Etat,
l'importation du riz bon marché, aliment favori des Comoriens, a également été
retardée et les prix ont doublé, explique un marchand. Quant aux écoles
du secteur public, elles sont fermées depuis la rentrée, initialement prévue le 2
octobre, car les enseignants réclament le paiement d'au moins deux mois de salaires en
retard. "Chaque
régime successif accumule les arriérés dans les salaires de fonctionnaires. Depuis
l'arrivée du régime actuel, les enseignants ont cumulé six mois de retard",
explique un syndicaliste au lycée de Moroni. "Le gouvernement propose la reprise des
cours et le paiement de deux mois fin octobre mais les professeurs veulent être payés
d'abord", explique-t-il. Les autres
fonctionnaires ne sont pas mieux lotis, indique l'un d'entre eux. "Depuis novembre,
j'ai été payé quatre fois", confie-t-il, en souhaitant conserver l'anonymat. Les employés de
la Banque industrielle des Comores (BIC) se sont mis à leur tour en grève illimitée, à
partir du 10 octobre, pour protester contre le calcul de l'impôt sur le revenu, qu'ils
jugent injuste. Ces mouvements de
protestation sociale surviennent dans un contexte politique bloqué. L'accord de
réconciliation de Fomboni, dénoncé par de nombreux secteurs économiques et sociaux, a
permis une certaine reprise des échanges entre les îles mais n'a pas pour l'instant
été suivi d'un progrès significatif dans le règlement de la double crise séparatiste
et institutionnelle qui secoue l'archipel ni dans la reprise des aides de la communauté
internationale. |
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