AZALI ESSAIE DE ROMPRE SON ISOLEMENT: IL LANCE UN APPEL A L'OPPOSITION

Le chef de la junte militaire comorienne, le colonel AZALI, a lancé  un appel le vendredi 13 octobre à l'opposition et à la société civile comoriennes à participer au processus de réconciliation avec les séparatistes anjouanais.

Dans un entretien jeudi 12 octobre avec l'AFP à Moroni, le colonel Assoumani, a annoncé son intention d'obtenir « un maximum de participation au sein de la commission tripartite » qui doit élaborer un « acte fondamental » régissant les relations entre les îles de la Grande Comore, Mohéli et Anjouan, dans le cadre d'un « nouvel ensemble comorien ».

"J'ai fait plusieurs appels pour un gouvernement d'union nationale, mais l'opposition ne m'a pas répondu. J'espère obtenir un maximum de participation à la commission tripartite", a précisé le chef de la junte militaire.

Le colonel Azali et le « chef de l'Etat » auto-proclamé d'Anjouan, le lieutenant-colonel Said Abeid Abderemane, ont signé le 26 août la "déclaration commune de Fomboni", destinée à mettre fin à la crise séparatiste, ouverte par la sécession anjouanaise en août 1997. Il convient cependant de relever que l'Accord de Mohéli a été vivement critiqué par la quasi-totalité des partis politiques d'opposition tant à la Grande Comore qu'à Anjouan ainsi que par les différentes organisations de la société civile. Fait rare dans la vie politique comorienne, les notables se sont mobilisés massivement pour exprimer leur rejet de l'Accord de Mohéli estimant qu'il ne permet pas de sauvegarder l'unité et l'intégrité territoriale des Comores.

Selon le calendrier de la déclaration de Fomboni, l'acte fondamental doit être établi par une commission regroupant des représentants des trois îles, avec l'aide d'experts internationaux. Ce document doit être adopté et ratifié par référendum dans un délai d'un an, lors d'un scrutin supervisé par la communauté internationale.

« J'espère que ce processus débouchera au plus vite sur une légalité constitutionnelle », a précisé le colonel Azali. « Aidez-moi à organiser des élections », a-t-il déclaré à l'attention de la communauté internationale, en précisant : « Je ne serai pas candidat ». Avec Anjouan, « les discussions avancent, très lentement, mais c'est encourageant ». « Les Anjouanais sont sincères, ils y croient, c'est irréversible », a-t-il ajouté.

L'OUA, qui avait soutenu un précédent accord signé à Antananarivo par la Grande Comore et Mohéli mais rejeté par Anjouan, a été « très sévère » avec l'accord de Fomboni. « La situation était bloquée, j'ai essayé d'ouvrir une autre brèche », a-t-il expliqué.

Il a estimé que la position officielle de la France, ancienne puissance coloniale, avait « beaucoup joué dans l'évolution de la situation ». La France n'a pas donné sa reconnaissance au régime, mais a affirmé nous considérer comme un pays ami à aider ».

« L'ambassadeur de France a participé à une réunion à Mohéli avec les séparatistes et l'OUA. Il a expliqué aux séparatistes dans un langage clair que la France soutenait l'unité et l'intégrité aux Comores », a-t-il précisé.

Cette prise de position du chef de la junte intervient à un moment où l'accord de Mohéli est rejeté massivement par la population et où la grogne sociale monte à Moroni. Cherche-t-il une porte de sortie à la crise politique et sociale sans précédent qui frappe durement les Comores ?

Reste à savoir, quelle va être la réaction des partis politiques comoriens et de la société civile ? Il n'est pas inutile de rappeler que le colonel Azali avait décidé de manière délibérée de les écarter de l'initiative de Mohéli. Confronté à une impopularité grandissante, le colonel Azali essaie de les associer à la mise en œuvre de l'Accord de Mohéli. Son appel a très peu de chances d'être entendu. Cette prise de position du colonel Azali intervient à un moment où l’autre colonel Said Abeid rencontre des difficultés pour prolonger son mandat suite au refus des "députés" séparatistes de cautionner cette manœuvre politicienne. Les deux colonels sont ainsi pris dans leur propre piège d'avoir conclu un accord solitaire destiné avant tout à assurer leur maintien au pouvoir.

 

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   Dernière modification : 26 octobre 2000