RATIONNEMENT DE L’ESSENCE A MORONI.

Le rationnement de l'essence se poursuivait cette semaine, à Moroni, où de longues files d'automobilistes avaient assailli les stations d'essence. Certains automobilistes ont dû patienter des journées et des nuits entières dans leur véhicule pour espérer obtenir 20 litres du précieux carburant.

Des trafiquants n'ont pas voulu rater cette aubaine. Ils ont ainsi largement profité de la pénurie pour faire grimper les prix de l'essence au marché noir.

Vendredi 6 octobre, des automobilistes affirmaient avoir acheté 5 litres à 5000 francs comoriens soit plus du double du prix normal.

Si le petit bateau de dépannage arrivé de Zanzibar il y a quelques jours a permis d'éviter de justesse une rupture totale de stock, il n'a pas pu enrayer, loin de là, la pénurie.

L'assurance affichée alors par la direction de la Société Nationale des Hydrocarbures, a été prise en défaut cette semaine puisque la péniche dénommée "Le Shungui", a quitté Moroni mercredi pour un pays voisin avec mission de ramener au plus vite un autre stock de dépannage.

Pour certains observateurs, cela peut vouloir dire que, contrairement aux précédentes affirmations de la direction de la société, il n'est pas certain que la quantité livrée par le petit bateau zanzibarien puisse tenir jusqu'à l'arrivée de l'approvisionnement normal en provenance de Dubai entre le 2 et le 10 octobre.

Durant l'embargo contre Anjouan, un trafic intense de fuel a eu lieu entre cette île et les deux autres, à savoir Ngazidja (Grande Comore) et Mwali (Mohéli).

La pénurie d'hydrocarbures qui y sévissait alors donnait aux trafiquants une occasion rêvée de réaliser des bénéfices exorbitants.

La seconde raison est que la société a longtemps différé la commande de la nouvelle cargaison, dans l'espoir de voir la tendance du prix sur le marché international s'inverser.

Le journal indépendant l'"Archipel", attribue cette pénurie au fait que pendant et après les négociations de Fomboni, les autorités de Moroni avaient cédé une partie du stock à l'île séparatiste d'Anjouan alors au bord de l'asphyxie.

Les pêcheurs hésitent à aller en mer de peur d'être victimes de panne sèche et une des fâcheuses conséquences de cette situation est la raréfaction du poisson alors que les automobilistes ont limité au maximum leurs courses, donnant aux habitants de la capitale l'impression d'être continuellement en week-end.

"J'ai mis 10 litres d'essence depuis avant-hier. J'effectue deux courses par jour, pour mes enfants qui vont à l'école, confie Chéha, un employé de la Comorienne de l'Eau et de l'Electricité.

Par ailleurs, certains propriétaires de station d'essence se plaignent de subir une certaine discrimination dans le rationnement quotidien en cours. "Ceux qui ont pris une part active dans notre récente grève ne reçoivent pas parfois leur part fixée à 2000 litres par jour, indique un propriétaire de station.

"C'est peut-être une forme de représailles, suite à notre grève, estime M. Choudjam Bamaba, propriétaire de la station "Itsandra", précisant que si la pénurie doit durer, il sera obligé de mettre son personnel au chômage technique.

L'île de Mohéli et celle de la Grande Comore étaient totalement paralysées mercredi par une pénurie de carburant qui s'est aggravée cette semaine. A Moroni par exemple, le boulevard Kathala, une des plus grandes artères de la ville, avait des allures d'une route piétonne, les véhicules étant rares.

A la gare routière de Volo-Volo, des centaines de personnes se battaient pour obtenir une place dans les rares taxi-brousse, alors que les maîtresses de maison se rendaient, d'une station à une autre, le jerricane à la main, en espérant obtenir un peu de pétrole lampant.

En fin de matinée, un petit bateau venu d'Anjouan, le Mlédjélé, avait ramené à Moroni 50 M3 d'essence distribuée aussitôt dans les stations de la capitale, provoquant une hystérie générale entre porteurs de jerricanes et automobilistes en attente depuis plusieurs jours.

En fin d'après-midi, ces stations avaient vidé leurs citernes, mais les files d'attente des véhicules étaient encore là.

Certains pêcheurs font venir d'Anjouan, à bord de pirogue Kwassa Kwassa, des jerricanes d'essence qu'ils écoulent au double du prix normal.

Le bateau "qui doit ramener un stock de dépannage de Zanzibar n'était pas encore arrivé à Moroni mercredi soir.

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   Dernière modification : 26 octobre 2000