BILAN MITIGE DES DEUX ANNEES DINTERNET AUX
COMORES
Les abonnés comoriens et les cadres de la
Société nationale des postes et télécommunications (SNPT) dressent un bilan mitigé de
la connexion du pays à l'Internet deux ans après. Les quelque 400 abonnés se plaignent
notamment des lenteurs de l'accès au réseau des réseaux. A ce propos, de l'avis d'un ingénieur
comorien de la SNPT, la borne d'accès réalisée par France Cable Radio, une filiale de
France Télécom, serait "juste l'équivalent du support qu'on met à la disposition
d'un seul ménage français". Selon lui, la liaison actuelle se limite à
64 KBPS, d'où la "queue" quotidienne des internautes pour accéder au réseau. Ces lenteurs ont non seulement pour effet
de dissuader les internautes comoriens de surfer, mais présentent l'inconvénient
d'alourdir la facture téléphonique. Ainsi, la SNPT a-t-elle dû parfois
dégrever des factures individuelles jugeés trop élevées par rapport au service rendu. Pour y remédier, la société, dont les
activités de télécommunications vont être privatisées, a décidé d'entreprendre des
extensions susceptibles d'améliorer les capacités de la bande passante. "Nous avons commandé le matériel,
mais je ne peux pas vous préciser quand il arrivera aux Comores, ni quand ces extensions
seront opérationnelles", a indiqué le chef du service Internet de la SNPT. Il reste que pour la plupart des
professionnels de l'informatique, toute solution qui ne s'inscrirait pas dans le processus
de privatisation ne serait que du replâtrage, la société d'état ne pouvant s'offrir ni
les ressources humaines ni financières nécessaires pour assurer les gros investissements
qu'impose le développement des services. Par ailleurs, la SNPT ne dispose toujours
pas de statistiques fiables et d'études de marchés détaillées donnant une idée
suffisamment claire des attentes de la population. Cette carence serait à l'origine des
estimations inexactes sur le marché de l'Internet, nettement sous-évalué. Le plus grand obstacle au développement du
secteur à long terme est cependant le niveau économique et culturel du pays, selon M.
Idrisse Mohamed, gérant d'une société d'informatique. "Combien de gens ont un ordinateur aux
Comores et combien en font usage ?", s'interroge-t-il. Même si aucune étude n'a été réalisée
pour l'instant sur le sujet, on peut estimer que les personnes possédant un ordinateur et
les entreprises informatisées constituent une infime minorité. En fait, l'ordinateur demeure encore un
produit de luxe dans l'archipel où il n'existe pour l'instant aucune politique incitative
en la matière. "Les hauts dirigeants et les hauts
fonctionnaires n'ont pas encore intégré combien l'ordinateur et l'Internet sont devenus
un outil indispensable aujourd'hui", constate un cadre de la SNPT, qui préconise
avant tout une campagne de sensibilisation ciblant au premier chef les décideurs
eux-mêmes.. Aujourd'hui, par exemple, le passage à
quelques encablures des Comores du célèbre cable "SAFE", qui relie l'Europe à
l'Asie, en passant par Maurice et l'île de la Réunion, ne suscite aucune réaction
particulière de la part des décideurs comoriens, qui laissent passer à leur porte une
opportunité révolutionnaire susceptible de multiplier par 1.000, voire plus, les
capacités d'accès actuel de l'île Maurice. D'autre part, l'absence de certains
services bancaires, comme les cartes de crédit et les problèmes de logistique
constituent un lourd handicap pour un éventuel développement du commerce électronique
avec le reste du monde. En ce qui concerne les compétences
disponibles, il existerait quelques personnes formées, mais "elles ne sont pas
toujours bien utilisées. C'est là, l'un des effets pervers du monopole d'Etat sur les
télécommunications", croit savoir un cadre du service Internet de la SNPT, qui
déplore l'absence de politique claire en matière de développement du secteur. Selon lui, une telle politique aurait
déterminé maintenant le profil des personnes à former. "Il faut pourtant déterminer une
politique, préciser les objectifs et les stratégies pour y parvenir, si nous voulons
vraiment tirer profit de ces nouvelles technologies", estime-t-on dans les milieux
avertis. L'avis de nombreux professionnels comoriens
est que les responsables nationaux ne prennent pas toujours le temps "d'examiner
l'opportunité d'adopter une technologie donnée avant de se lancer". Pour M. Idrisse Mohamed, il faut éviter le
piège de croire que l'Internet est un outil magique qui permettra de lever d'un tour de
main les barrières entre les îles de l'archipel. Contrairement à la radio, souligne-t-il,
l'Internet demeurera pour longtemps encore une affaire d'élite dans ces îles. Une grande
partie de la population comorienne, y compris des cadres et des lycéens, n'ont, en effet,
aucune idée des services élémentaires qu'offre l'Internet, la SNPT n'ayant jamais fait
l'effort de mener une véritable campagne d'information sur le Web. Sources
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