PAS DE GOUVERNEMENT PLUS DE DIX JOURS APRES UN NOUVEAU
PREMIER MINISTRE
Les Comores
n'avaient toujours pas de gouvernement vendredi, 10 jours après la nomination d'un
nouveau Premier ministre par le chef de la junte militaire au pouvoir depuis le coup
d'Etat du 30 avril 1999. Radio Comores -
la radio nationale - a annoncé cependant jeudi qu « un nouveau gouvernement devrait
être mis en place dans les 72 heures ». Hamada Madi
"Boléro" a été nommé Premier ministre le 29 novembre par le colonel Azali
Assoumani, dont il était jusqu'alors le directeur de cabinet. La radio nationale avait
annoncé que le nouveau gouvernement devait être annoncé le même jour dans la soirée. Dix jours
après, la passation des pouvoirs entre M. Madi et son prédécesseur, Bianrifi Tarmidi,
initialement prévue le 4 décembre, n'a toujours pas eu lieu et le nouveau chef du
gouvernement éprouve les pires difficultés à former son équipe, ont confirmé à l'AFP
des sources proches du pouvoir. L'une d'entre
elles proviendrait du fait que Boléro n'est pas considéré comme véritablement issu de
l'île de Mohéli à qui, selon les règles traditionnelles du partage du pouvoir, doit
revenir la primature depuis que la troisième île des Comores, Anjouan, a proclamé
unilatéralement son indépendance en août 1997. La mère de
Boléro est mohélienne mais son père est natif de la Grande-Comore. Le chef de
l'Etat auto-proclamé, le colonel Azali, s'est rendu jeudi et vendredi à Mohéli en
compagnie de M. Madi pour tenter de l'imposer aux responsables politiques de l'île.
Arriveront-ils à convaincre les amis de Monsieur Bianrifi Tarmidi ? Cest la
grande question que posent les observateurs de la vie politiques comoriennes. Des critiques
fusent partout pour critiquer le choix du colonel Azali de nommer Monsieur Boléro comme
nouveau Premier Ministre. Ce dernier na pas le soutien daucune formation
politique nationale à part les petites formations politique qui courtisent les militaires
en poste à Moroni. Des voix même
sélèvent au sein des proches du cabinet du colonel Azali pour critiquer
ouvertement son initiative. Nos confrères de la Gazette des Comores dans leur dernière
édition rapportent que des proches dAzali considèrent quau moment où la
junte recherche à créer le dialogue avec lopposition, le colonel aurait pu choisir
un homme denvergure pouvant rassurer les leaders politiques de lOpposition.
Sultan Chouzour aurait même menacé de démissionner. Il semble que M Madi aurait fait
croire à Azali quil était en mesure de faire rentrer certains membres de
lOpposition dans le gouvernement. Il convient de constater que plus dune
semaine après sa nomination il na toujours pas constitué son gouvernement. Et certains
observateurs dajouter, que léchec de M Madi risque de mettre en difficulté
sérieusement le colonel Azali. Va t-il demander à Monsieur Bianrifi de continuer sa
mission ou nommer un autre Premier ministre consensuel ? Le changement de
gouvernement était-il lurgence du moment ? La question de
la participation de l'opposition à la junte freine également la formation du
gouvernement, estime une source proche du pouvoir. Le colonel
Azali et M. Madi doivent attendre l'issue des négociations engagées depuis une dizaine
de jours par une mission de médiation de la Francophonie conduite par le Nigérien André
Salifou, pour tenter de rapprocher les positions entre le pouvoir et l'opposition. De source
proche du pouvoir, on estime que ces négociations pourraient aboutir à une participation
de l'opposition dans le processus de transition. « Nous
sommes confrontés à un problème, entre repli ou ouverture » estime un officier
membre du Conseil d'Etat, l'institution qui a remplacé l'Assemblée Fédérale dissoute
au lendemain du coup d'Etat du colonel Azali. Ce qui est
nouveau à Moroni, cest la multiplication des prises de position critique de
certains officiers qui nhésitent plus à mettre en cause la ligne suivie par
lancien chef détat major comorien, aujourdhui chef de la junte
militaire. La CSN
(Coordination de Salut National), la coalition de petits mouvements politiques qui
soutient le pouvoir du colonel Azali, n'apprécie guère cette ouverture en direction de
l'opposition considérée pourtant comme décisive par une partie des officiers. La CSN
estime que l'essentiel des portefeuilles ministériels devrait lui revenir. "Nous
avons préparé le dîner et ce sont nos adversaires qu'on voudrait inviter à la table
des convives", ironise un membre de la CSN. Les partisans
de l'ouverture vers l'opposition estiment pour leur part qu'elle constituerait une
condition nécessaire pour à une sortie honorable de l'armée dans la crise
institutionnelle. Selon eux, un échec des négociations en cours ne pourrait que conduire
à un "durcissement" du pouvoir militaire". Ces
difficultés pour s'accorder sur un gouvernement interviennent alors que les travaux
piétinent entre représentants des trois îles au sein d'une commission tripartite
chargée d'élaborer une nouvelle constitution pour un nouvel ensemble comorien qui
demeure flou en vertu d'un accord signé le 28 août dernier entre les pouvoirs militaires
de Moroni et d'Anjouan. Nous rappelons
que cet accord a fait l'objet de vives critiques tant des partis politiques de
l'opposition, des syndicats, des notables ainsi que des organisations de la diaspora. |
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