LU DANS LA PRESSE

DROITS DE L'HOMME A ANJOUAN: LE DRAME AU QUOTIDIEN

Malgré leurs sollicitations, les éléments qui militent pour l'unité et l'indépendance attendent encore un soutien financier ou moral de la part de la République ou de la communauté internationale.

 

Ahmed Mohamed Allaoui, enseignant et président de l'association des droits de l'homme à Anjouan, et Soilih Houmadi, professeur et secrétaire général de la section anjouannaise du syndicat des professeurs comoriens ont volontairement quitté l'île sécessionniste, pour préserver leur sécurité, mais surtout pour témoigner. Ils ont commis le crime de lèse majesté, celui de se déclarer ouvertement pour l'unité et l'intégrité territoriale de leur pays.

Tous deux parlent comme un seul homme, "il faut beaucoup de courage pour oser élever une voix discordante", s'opposer aux pratiques des dirigeants séparatistes ou dénoncer leurs visées machiavéliques.  

Dans l'île sécessionniste, la liberté d'expression et d'opinion n'est plus tolérée. Seules les organisations qui marchent au pas des séparatistes peuvent librement se manifester.

Tout citoyen de l'île qui se bat pour l'unité et pour la signature de l'accord d'Antanarivo est incarcéré, et subit les exactions les plus humiliantes. Il s'agit ici de saper le moral de toute personne qui tente d'entraver la marche vers la séparation complète d'Anjouan avec l'archipel des Comores. Avant que l'OUA n'impose son embargo, les libertés de circulation des biens et des personnes étaient soumises à une autorisation préalable, délivrée aux compte-gouttes.

L'information est soumise à la censure systématique. D'ailleurs, tout organe qui diffuse des bulletins d'information a été depuis longtemps prié de ne diffuser que de la musique ou de fermer.

 

Jetés en prison purement et simplement

 

"Radio Nova" qui avait l'habitude de relayer la radio nationale et "Radio Ushababi" connue pour ses bulletins d'information sans influence ni manipulations n'ont pas plu et ont été de ce fait fermées. Des descentes manu militari sont le lot quotidien des anjouannais. Elles visent à intimider toute personne tentée d'opposer une résistance. Les organisations syndicales, notamment les sections anjouannaises des syndicats nationaux desinstituteurs et des professeurs sont purement et simplement interdites après avoir été signifiées par le "ministère de l'éducation" de quitter le local servant de siège octroyé avant la sécession par l'Etat. Les partisans de l'unité du pays, soupçonnés d'avoir une liaison avec les autorités de l'Etat à Moroni sont menacés, s'ils ne sont quasiment mis en prison.

Kamardine Abdou, Kadi Amene sont actuellement en prison parce qu'ils sont suspectés d'avoir eu des contacts avec le colonel Azali à Mohéli. D'autres personnalités dont Soulaymane Combo et Abdérémane Allaoui subissent le même sort parce qu'un ami a eu le malheur de leur envoyer, pour information, un communiqué de l'OUA et une déclaration du Front démocratique.

Ces derniers moments, les milices font du porte à porte pour intimider les partisans de la signature de l'Accord de Tana. Elles sont conscientes qu'avec le temps, la population finira par découvrir les véritables intentions des chefs du mouvement, qui poursuivent d'autres objectifs que défendre l'île  et les intérêts de sa population. Les syndicalistes notamment les chefs du Syndicat des instituteurs et du syndicat des professeurs sont licenciés et ne perçoivent plus leurs salaires depuis janvier 2000. A Mutsamudu , quatre personnes qui ont bravé la répression et hissé le drapeau national sur la place Mroni, et parmi lesquelles figure le chef de village de Pagé sont expulsées de l'île. Autre fait majeur, les représentants des partis politiques, qui ont essayé d'organiser des réunions pour infléchir les positions des séparatistes et pousser les anjouannais à contraindre les séparatistes à la signature font l'objet de harcèlement.

 

Abeid et Abdallah: seuls interlocuteurs   

 

Les partis ne sont pas reconnus par Abeid et consorts et c'est dans la clandestinité que certains d'entre eux s'expriment par voie de tract ou d'inscription murale. De cette répression sauvage personne n'en parle, ni les autorités actuelles, ni les partis politiques. Abeid et Abdallah Mohamed continuent à demeurer les seuls interlocuteurs de l'île parce qu'ils se sont maintenus par la force des armes et font autorité en instituant la dictature la plus féroce qu'ait connue les Comores depuis son indépendance.

Les éléments qui militent pour l'unité et l'indépendance n'ont curieusement pas encore bénéficié du soutien financier ou moral de la République ni obtenu les égards de la communauté internationale auxquelles ils continuent pourtant à s'adresser.

A destination de l'île de Mayotte, trois Japawas (petites embarcations motorisées de pêche) partent chaque jour, avec trente à quarante personnes pour fuir l'île d'Anjouan.

 

Spéculation grandissante

 

Surviennent parfois des drames, des boutres n'arrivent pas à destination et ni les autorités de Mayotte, ni les responsables d'Anjouan ne sont en mesure aujourd'hui de fixer avec exactitude le nombre de victimes en mer. Pendant ce temps, les commerçants de la place spéculent sur les produits de première nécessité, notamment le riz qui est devenu la seule source de recette du mouvement séparatiste. Les cinq dernières cargaisons ont permis au colonel Abeid de payer les agents de l'Etat comorien en exercice dans l'île séparatiste.

Les deux responsables, qui ont accepté de témoigner, Ahmed Mohamed Allaoui, enseignant, et Soilih Houmadi, professeur n'ont pas manqué de lancer "un appel pour la signature de l'accord d'Antanarivo pour enfin trouver le cadre propice à un dialogue sincère et fructueux à la résolution de la crise mais aussi pour s'entendre sur le nouveau type de relations qui relieront les îles Comores dans leur unité et leur intégrité".

 

Ahmed Ali Amir

La Gazette des Comores N° 45 du jeudi  18 mai 2000 .