POLITIQUE.

ECHEC DE NEGOCIATIONS SECRETES ENTRE GOUVERNEMENT ET LOYALISTES

Le lieutenant-colonel Saïd Abeid, l’actuel homme fort de l’île séparatiste d’Anjouan et sa délégation, ont écourté mercredi – 28 juin – à Fomboni (Mohéli) des discussions préparées dans le plus grand secret pour trouver une solution à la crise institutionnelle que traverse l’archipel des Comores depuis, l’éclatement de la rébellion.

La PANA a appris de bonne source vendredi dans la capitale comorienne, que cette rencontre avait été initiée sur l’initiative de l’ambassadeur de France et non par l’actuelle mission de l’organisation de l’unité africaine (OUA) comme l’avait annoncé une radio émettant à Paris.

M Saïd Abeid y était convié aux côtés de l’ambassadeur de France M Jean Pierre Lajaunie, du représentant résident de la banque mondiale dans l’océan indien M Hafeez Ghanem, d’un fonctionnaire du bureau de l’Union Européenne et de représentants du gouvernement fédéral comorien dont ni la fonction, ni l’identité n’ont été précisées.

M Abeid et sa suite auraient quitté précipitamment l’île de Mohéli, après avoir rompu les pourparlers sans prendre part du dîner offert à cette occasion, par M Jean-Pierre Lajaunie.

Des contacts de la PANA à Fomboni et des informations recueillies à la présidence de la république comorienne établissent que cette rencontre, avec les chefs séparatistes avait été simplement proposée à la délégation de l’OUA comme une occasion d’obtenir l’adhésion des séparatistes à l’accord d’Antananarivo.

Mais M. Abeid et sa délégation ont une fois encore refusé de signer l’accord parrainé par l’OUA posant comme préalable, l’élaboration d’un document annexe reprenant explicitement l’ensemble de leurs réserves.

D’anciens parlementaires comoriens qui sortaient jeudi d’un entretien avec M. Francisco C. Madeira, l’envoyer spécial de l’OUA aux Comores, ont confirmé que les discussions de Fomboni ont achoppé sur la volonté de M. Abeid de reconsidérer le contenu de l’accord d’Antananarivo.

Que ces réserves pourraient effectivement être examinées, mais seulement, après leur adhésion à l’accord d’Antananarivo et dans le cadre des activités du comité de suivi prévu par la conférence comorienne inter-îles tenue en avril 1999 dans la capitale – malgache -.

L’éventualité, pour le gouvernement comorien de payer, avec l’aide de la Banque Mondiale, les arriérées de salaires des fonctionnaires anjouanais a été également évoquée pendant les discussions selon des sources proches du commissariat de police de Mohéli.

Mais ces dernières n’ont pu dire s’il s’agit là d’une condition émise par le lieutenant-colonel Abeid ou si, au contraire, c’est une offre faite par le gouvernement fédéral dans le cadre des concessions qu’il pourrait accorder aux séparatistes.

Des officiels comoriens interrogés par la PANA confirment par ailleurs que le chef de l’Etat comorien le colonel Azali se trouvait à Mohéli, au même moment, sans participer pour autant aux discussions.

Des témoins ajoutent qu’il était resté dans sa résidence officielle de Bonovo pendant que la rencontre se déroulait au singanium hôtel situé à l’écart de Fomboni.

Un haut fonctionnaire de la présidence comorienne a confié vendredi 30 juin à la PANA, que « cette nouvelle initiative d’espoir ayant encore une fois échoué, il appartient maintenant à l’ambassadeur de France d’en tirer toutes les leçons en coopérant pleinement et plus sincèrement avec l’OUA ».

M. Moustoifa Said Cheikh, chef du Front Démocratique (opposition) condamne pour sa part « latitude de l’ancienne puissance coloniale » qui chercherait selon lui, « à contrôler l’accord d’Antananarivo et ses modalités d’application dans la perspective d’une éventuelle confédération des îles de l’archipel ».

L’opposant comorien dénonce ce qu’il a appelé « une machination » estimant que « le pays ne pourra pas attendre plus longtemps les effets de l’embargo et que l’heure est plutôt venue d’entamer une nouvelle phase afin de libérer l’île d’Anjouan de cette poignée d’individus qui l’ont prise en otage et y rétablir enfin l’ordre républicain ».

Le même avis est partagé par le secrétaire général du parti républicain des Comores (PRC). M. Jean Youssouf a déclaré, peu après un entretien jeudi, avec l’envoyé spécial de l’OUA qu’il ne reste plus que l’option militaire », seule solution à son avis, devant être soumise au prochain sommet de l’OUA à Lomé au Togo.

Enfin, un mouvement de Grande Comore appelée « CONGAZI » a rendu public un communiqué dépendant à l’OUA « d’aider à libérer l’île par les armes et sans démagogie.

 

Par Ali Moindjié, correspondant de la