LU DANS LA PRESSE

L’EVENEMENT COMORES : DEJA DANS LES STARTING-BLOCKS

B

ien que le président Assoumani Azzali s'accroche au pouvoir à Moroni malgré les pressions diplomatiques le sommant de passer la main, plusieurs candidats à sa succession fourbissent déjà leurs armes en vue d'un hypothétique scrutin présidentiel. Le puissant colonel Mahamoud Mradabi est en embuscade à Moroni où il est le mieux placé pour flairer tout mouvement de mauvaise humeur au sein de l'armée comorienne contre Azzali. Dans les starting-blocks depuis un moment, Saïd Ali Kemal a des appuis en France auprès de l'avocat Sylvain Garant, de l'inspecteur divisionnaire de la police nationale française en retraite Jean Pierre Pellissier, et bizarrement de certains membres des Verts. L'ex-ministre comorien des Finances, Saïd Saïd Hamadi, qui s'est donné le titre de président par intérim du gouvernement en exil des Comores, s'échine à contacter le chef des séparatistes anjouanais, le colonel Saïd Abeid. Aux dernières nouvelles, celui-ci aurait accepté de discuter avec lui d'une issue à la crise actuelle. En attendant, Said Saïd, qui a sa base arrière à Mayotte, où il est cornaqué par le Français Philippe Divay, est récemment parti à la recherche de fonds à Nairobi où il a de la famille, puis à Madagascar. Dans ces deux pays, il a  rencontré d'importants responsables politiques. Et de retour à Mayotte cette semaine, il a déposé un gros chèque dans une banque de la place. Pour sa part, l'ex-ambassadeur comorien à Paris, Said Hassan Saïd Hachim, fait campagne sur le Web.

Last but not least, certains réseaux politiques à Paris préparent un autre candidat à la présidence comorienne : Mohamed Zeïna, un fonctionnaire français bientôt à la retraite, président de la Coordination nationale des musulmans de France (CNMF) et du Rassemblement pour le changement (RDC) aux Comores, Membre en France du Rassemblement pour la République (RPR, opposition), et disposant de la double nationalité française et comorienne, Zeïna est proche du maire de Suresnes (près de Paris), Christian Dupuis, et de certains membres des ex-réseaux de l'ancien ministre de l'intérieur Charles Pasqua. Il a été reçu à la mi-juin par Frédéric Clavier, un chargé de mission pour les questions africaines auprès du président Jacques Chirac, puis a été invité air Mont-Valérien le 18 juin pour la cérémonie traditionnelle en l'honneur du défunt président Charles De Gaulle. À cette occasion, il s'est entretenu avec Pasqua et Bernard Pons (RPR), mais il a aussi pris contact avec un militaire américain présent qui lui a ensuite obtenu un rendez-vous à l'ambassade des Etats-Unis à Paris. Toujours grâce à ses amis français, Zeïna a été cornaqué par le sénateur maire de Marrakech (Maroc), Omar el Jazouli, lors d'un déjeuner en présence d'hommes d'affaires français à Paris, puis invité au Maroc où il pourrait se rendre prochainement La même invitation lui a été adressée par le président de la communauté urbaine de Niamey (Niger), Amadou Salifou. Zeïna prévoit de se rendre à Moroni en juillet pour tenir un congrès de son parti auquel il a invité plusieurs personnalités politiques françaises (Alain Madelin et François Bayrou auraient donné un accord de principe pour envoyer un représentant) avant d'effectuer une tournée dans plusieurs pays de la région.

Tout cela a un coût. Le budget élaboré par ses amis s'établit à plus de 12 millions FF: 4 millions FF iront aux frais de transport et de fret (envoi de 8 tonnes de matériel et de 200 tonnes de riz depuis Madagascar), 3 millions FF à l'organisation du Congrès du RPC, 200 000 FF aux frais de ce parti à Paris, 2 Millions FF à la réalisation du matériel électoral pour le futur scrutin présidentiel, 300 000 FF aux voyages de Zeïna et de deux conseillers dans plusieurs pays de l'Océan Indien, etc. Pour financer ces dépenses, Zeïna et ses amis ont contacté quelques grosses sociétés françaises, comme Colas (routes), Bouygues (BTP) et Air France, en leur réclamant des contributions financières en contrepartie de promesses de contrats pour le jour où il sera aux commandes à Moroni.

 

La lettre de l’Océan Indien n°911 – 8 juillet 00