L'opposition comorienne a accepté pour la première fois le samedi 23 décembre de participer au pouvoir lors d'une période de transition dirigée par le colonel Azali Assoumani, tout en réclamant l'organisation d'"assises nationales" pour régler la crise qui secoue l'archipel. Dans un document intitulé "propositions de sortie de crise", issu de plusieurs semaines de négociations avec le régime, l'opposition réclame des "assises nationales bipartites, paritaires et souveraines" auxquelles seraient conviées "toutes les parties comoriennes (...) sous l'égide de la communauté internationale, sous la coordination de l'Organisation de l'Unité Africaine(OUA)".Au schéma tripartite proposée par le pouvoir militaire où chacune des trois îles serait représentée de façon distincte, l'opposition propose une approche bipartite nationale entre d'un côté l'opposition nationale, et de l'autre le pouvoir militaire et ses partisans, à savoir les autorités séparatistes des îles d'Anjouan et de Mohéli. Pour la première fois, l'opposition - qui regroupe une alliance de plusieurs partis politiques - n'exige plus comme préalable à toute discussion le départ du colonel Azali à la tête de l'Etat et le rétablissement de l'ordre constitutionnel. Implicitement, il est dit que durant la période transitoire d'"une durée maximum de 8 mois", le chef de l'Etat actuel en place continue d'assurer ses fonctions mais qu'"il ne pourra pas se présenter aux élections prévues dans le cadre de la mise en place des nouvelles institutions."
L'opposition exige le poste de Premier ministre et d'être représentée à parité au sein de la Commission chargée d'élaborer la future Constitution des Comores. Elle demande enfin que l'Organisation de l'Unité Africaine(OUA), la Ligue des Etats arabes, les Nations-Unies, l'Union Européenne, l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIIF)"se portent garantes"de l'accord en question, et veillent à la mise en oeuvre des décisions prises par les Assises nationales. Les Comores sont plongées dans une crise séparatiste provoquée par l'indépendance unilatérale d'Anjouan en août 1997. Cette crise séparatiste a été aggravée par une crise institutionnelle provoquée par le coup d'Etat du colonel Azali d' avril 1999.
Cette décision surprise de l'opposition ne manquera pas d'alimenter les débats politiques aux Comores comme au sein de la diaspora. Les Comores traversent une grave crise politique qui est en train de miner les fondements même de la nation comorienne. Si l'opposition a accepté de conclure un compromis avec le colonel Azali afin d'arriver à une sortie honorable de la crise, cela n'a rien à priori de choquant. La politique c'est l'art de gouverner mais aussi de prévoir. Mais cette décision comporte également des risques.
La question la plus immédiate qui se pose concerne l'explication de cette démarche auprès de l'opinion publique. L'opposition doit faire un travail pédagogique auprès de la population afin que son éventuelle entrée au gouvernement ne soit pas assimilée à une simple manœuvre politicienne destinée à récupérer des fauteuils ministériels.
L'autre question qui se pose concerne le sort qui sera réservé à l'Accord de Mohéli. Il convient de rappeler que l'opposition avait critiqué vigoureusement ce document car elle estimait qu'elle portait les germes de la balkanisation des Comores. Va t-on assister à un enterrement pur et simple de l'Accord de Mohéli?
La 3ème question qui se pose concerne la tenue des assises bi-partites proposées par l'opposition. Elle souhaiterait que les organisations internationales se portent garantes des conclusions qui seront prises. Il n'est pas inutile de rappeler que la Conférence d'Antananarivo s'était tenue avec la caution des organisations internationales. Tout le monde connaît la suite: les chefs séparatistes ont fait volte-face, ce qui a bloqué la mise en œuvre des décisions de la Conférence. Si les séparatistes rejouent la même scène, quelles sanctions ces organisations vont-elles prendre pour les obliger à respecter enfin l'œuvre de réconciliation nationale?
La dernière question qui se pose concerne le rôle éventuel joué par la France dans le règlement en cours de la crise comorienne. L'ambassadeur de France à Moroni, M. LAJAUNIE, a tenu une conférence de presse le 21 décembre à Moroni. Il a appelé à la poursuite du dialogue entre le pouvoir et l'opposition et entre les îles. L'appel de l'ambassadeur a t-il joué un rôle dans le rapprochement entre le pouvoir et l'opposition? Comores-Infos reviendra sur cette importante nouvelle qui est à même de changer la donne politique de la crise dans sa prochaine édition.
LA REDACTION