LA UNE: MOBILISATION DE LA DIASPORA POUR UN REGLEMENT DE LA CRISE COMORIENNE

DIASCOM                   Paris  le 6 janvier 2001

(Coordination des Associations de la Diaspora

Comorienne)

3, rue du Ponant

94800 Villejuif, France

Tel:++ 0619361971

e-mail: diascom@hotmail.com

 

Lettre adressée à M. Salim Ahmed Salim

Secrétaire Général de l'OUA

 

« Objet : Transmission d'une pétition concernant le règlement de la crise comorienne.

 

Excellence,

Nous avons l'honneur de rendre un vibrant et solennel hommage aux efforts inlassables déployés par votre organisation en vue de parvenir à un règlement pacifique de la crise comorienne.

Nous continuons à penser que l'Accord d'Antananarivo reste la base minimale de règlement de la crise comorienne. Suite à la réunion de Pretoria du 21 décembre 1999, votre organisation avait fixé au 1er Février 2000 la date limite pour la signature du dit accord. Au lieu de parrainer l'accord de paix et de réconciliation nationale signé dans la capitale malgache, les séparatistes anjouannais ont continué leur fuite en avant en organisant une mascarade électorale le 23 Janvier 2000.

Les colonels Azali et Abeid ont signé en catimini le 26 Août 2000 l'Accord de Mohéli. Cet accord qui a été négocié dans le plus grand secret entre les deux pouvoirs putschistes a été vivement critiqué par la quasi totalité des partis politiques, les syndicats, les notables ainsi que les différentes organisations de la diaspora. Non seulement cet accord remet fondamentalement en cause le texte d'Antananarivo qui avait fait l'objet d'un consensus de la classe politique mais porte également les germes de la balkanisation des Comores.

Après la conclusion de cet accord, une répression d'une rare violence a été déclenchée par le colonel Abeid pour faire taire la voix des opposants à Anjouan. Les opposants à l'Accord de Mohéli à Anjouan ont fait l'objet d'arrestations musclées, tortures, viols,  assignations à résidence, jugements expéditifs sans respect des droits de la défense ainsi que des expulsions arbitraires. Les violations des droits de l'homme se sont également multipliées à la Grande Comore. C'est ainsi que M. Cheikh Ali, ancien député et Directeur d'une radio libre est séquestré depuis plusieurs mois sans aucune raison valable. Par ailleurs, des jeunes qui ont manifesté le 13 Octobre 2000 pour réclamer une baisse du prix de l'essence et des denrées de première nécessité ont été sévèrement réprimés par l'armée.

Permettez-nous de vous rappeler que le gouvernement français a déclaré à maintes reprises soutenir les mesures prises par votre organisation en vue de parvenir à un règlement rapide de la crise comorienne. L'île comorienne de Mayotte reste cependant la principale base arrière des séparatistes anjouannais. Tant que les autorités françaises refuseront de collaborer de manière franche et loyale avec l'OUA, les chefs séparatistes parviendront toujours à contourner les mesures que vous avez prises. Nous tenons à attirer votre attention sur les nombreux naufrages  survenus depuis plusieurs mois au niveau de la traversée maritime entre Mayotte et ses îles sœurs et plus particulièrement Anjouan. L'OUA et l'ONU ont voté plusieurs résolutions réitérant que Mayotte fait partie intégrante du territoire comorien. Nous vous demandons, Monsieur le Secrétaire Général, d'intervenir auprès du gouvernement français afin qu'il respecte la souveraineté de l'Etat comorien sur cette île et abroge immédiatement le visa instauré en 1995 qui est la source de toutes ces tragédies.

Nous venons de prendre connaissance des propositions faites par l'opposition comorienne pour un règlement de la crise qui secoue l'archipel depuis 3ans et demi . Elle a proposé la tenue de nouvelles assises nationales dont les décisions devraient être cautionnées par l'OUA, l'ONU, la Ligue des Etats arabes, l'Organisation Internationale de la Francophonie et l'Union Européenne. Comme ces nouvelles assises nationales vont impérativement  aller à l'encontre de l'accord de Fomboni rejeté par une immense majorité de la population comorienne, il est certain  que les séparatistes ne vont pas respecter les décisions qui y serons prises. En effet, la situation à Anjouan devient de plus en plus intolérable. Le colonel Abeid continue à bafouer les droits fondamentaux des citoyens comoriens vivant dans cette île et ne tolère aucune forme d'opposition. Cet ancien officier de réserve de l'armée française continue de se comporter comme un Chef d'Etat souverain ( Cf sa dernière visite en France ).

Compte tenu du non respect des engagements pris par les séparatistes lors des Conférences précédentes et notamment celle d'Antananarivo, nous pensons qu' il convient, quelque soit la suite qui sera réservée à l' initiative proposée par l'opposition, d'envisager dès maintenant l'envoi d'une force de maintien de la paix dans l'île d'Anjouan. Elle aura comme missions de rétablir la paix et la sécurité dans cette île comorienne, assurer le respect des libertés individuelles et collectives, permettre une participation de toutes les forces politiques au débat concernant la réconciliation nationale et favoriser ainsi une transition démocratique débouchant vers la mise en place des nouvelles institutions du pays.

Nous continuons à penser, Monsieur le Secrétaire Général, que votre organisation ne doit pas reculer devant l'adversité. Elle doit faire preuve de courage, d'opiniâtreté et de persévérance en vue de parvenir à mettre fin à cette prise d'otages injustifiable et injustifiée de la population d'une partie du territoire d'un Etat africain souverain. En allant jusqu'au bout de sa démarche, votre organisation apportera la preuve qu'elle sait défendre bec et ongles l'un de ses principes fondateurs à savoir l'intangibilité des frontières héritées de la période coloniale. Défendre l'unité et l'intégrité territoriale d'un pays africain, quand il s'agit d'un des plus petits et donc des plus vulnérables, devient une tâche noble et exaltante.

Nous osons espérer que votre organisation mettra tout son poids dans la balance en vue de parvenir rapidement au règlement de la crise actuelle.

En nous adressant à vous, nous fondons beaucoup d'espoir afin que vous interveniez pour débloquer une situation qui laisse planer de graves menaces pour l'avenir des Comores ainsi que la stabilité de la zone de l'Océan Indien.

En vous remerciant d'avance pour l'attention que vous accorderez à la pétition ci-jointe qui circule depuis le 7 septembre dernier et signée par plus de 300 personnes et 13 organisations de la société civile, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l'assurance de nos hommages respectueux. »

Cette lettre a été également adressée au Secrétaire Général de l'ONU, de la Ligue des Etats Arabes, de la Conférence des Pays Islamiques, de l'Union Européenne, de l'Organisation Internationale de la Phrancophonie, de la COI, des pays de la zone de l'océan Indien , des autorités et des dirigeants politiques français ainsi que de la presse régionale, africaine et française.

 

APPEL POUR SAUVER LES COMORES

« Les Comores traversent une phase décisive de leur histoire en tant que Nation. En effet, la décision unilatérale prise par les colonels Abeid et Azali, deux militaires qui se sont auto-proclamés "Président", visant à résoudre la crise sécessionniste sur l’île d’Anjouan est plus qu’inquiétante. Ils ont concocté, suite à des négociations secrètes, un accord qui brade l'unité nationale et l'intégrité territoriale des Comores. L'action de ces deux militaires pousse les Comores vers la désintégration totale avec les risques de déstabilisation pour toute la région de l'Océan Indien.

 L'OUA a déjà critiqué vivement cet accord . La communauté internationale doit se joindre à elle pour s'opposer avec vigueur à un accord conclu entre deux pouvoirs illégaux le 26 août 2000 et qui va sceller la balkanisation d'un Etat membre des Nations Unies.

 En effet, cet accord secret, négocié dans l’opacité totale et contre la volonté de la population des îles Comores va à l’encontre des efforts inlassables de la communauté internationale à travers la médiation de l’Organisation de l’Unité Africaine à trouver une solution juste et équitable à la crise comorienne. En outre, le rôle de la France dont l’appui logistique et politique dans la finalisation de "l’Accord de Fomboni" a, selon plusieurs sources, été capital, est plus que troublant. Et pourtant, les autorités françaises ont réaffirmé à maintes reprises leur soutien à la médiation menée par l'OUA pour régler la crise actuelle ainsi que leur attachement à l'Accord d'Antananarivo.

 Cet accord vise à un enterrement pur et simple de l'Accord d'Antananarivo. Et pourtant, cet accord est soutenu par la communauté internationale. Il est considéré, par ailleurs, par la quasi totalité des partis politiques comoriens comme étant le seul cadre de règlement de la crise comorienne car il permet de sauvegarder l'unité des Comores tout en octroyant une autonomie de gestion à chaque île. Si l’accord des deux militaires venait à être imposé par la force au peuple comorien, comme les derniers événements tendent à le démontrer, des conséquences humanitaires sans précédent sont à craindre dans nos îles historiquement pacifiques.

 Nous, signataires de la présente pétition, tenons à alerter les grandes puissances de ce monde et notamment la France qui est directement impliquée dans ce conflit par sa présence dans l'ensemble des 4 îles de l'archipel, sur l'accroissement des tensions engendré par l'enlisement de la crise et la mise en œuvre forcée d'un accord rejeté par une nette majorité des comoriens. Elles ne pourront pas dire qu'elles ne savaient pas ce qui est train de se tramer. Nous préférons qu'elles agissent maintenant au lieu d'adresser par la suite une aide humanitaire. Vaux mieux prévenir que guérir.

 Nous, signataires de la présente pétition, avons l’obligation morale et politique de prévenir qu’un désastre d'une grande ampleur risque de s’abattre sur notre pays . Le peuple des Comores subit depuis trois ans des souffrances insupportables par l’absence des libertés politiques et des droits de l’homme, pendant qu’elle endure une instabilité politique et sociale hors du commun, ainsi qu'une situation économique catastrophique. Il devient extrêmement urgent de mettre fin à cette situation intolérable .

 Nous, signataires de la présente pétition, avons l’obligation morale et politique de joindre nos efforts à ceux de la communauté internationale afin de rétablir dans les meilleurs délais la souveraineté de l’Etat comorien sur l'ensemble de son territoire internationalement reconnu et le rétablissement de l'ordre constitutionnel et de la démocratie aux Comores et préserver, ainsi, l’intégrité de la Nation Comorienne. Ces objectifs ne seront nullement atteints par le récent accord des militaires qui prône une "Confédération d’Etats"assez ambiguë qui va conduire très vite à la dislocation de la nation comorienne. C’est plutôt par la participation active de tous les acteurs à la mise en œuvre de l'Accord d’Antananarivo que chaque île pourra acquérir une large autonomie mais dans le respect de l'unité de la République qui est une et indivisible.

 Nous, signataires de la présente, condamnons énergiquement cet "Accord de Fomboni", accord qui, s’il est appliqué, va compromettre l’avenir de toute une nation. Pour cette raison, nous exhortons l’organisation que vous représentez à utiliser tous les moyens en sa disposition pour permettre une implication plus forte et plus résolue de la communauté internationale dans sa recherche pour une solution juste, équitable et durable de la crise comorienne. Une solution rapide à cette crise permettra d'asseoir une stabilité politique et sociale dans l'archipel des Comores et d'assurer son développement économique ainsi que son intégration dans la coopération régionale. Cela y va de la préservation de la paix et de la stabilité dans toute la zone de l'Océan indien.

 En vous remerciant d'avance de l'attention que vous accorderez à notre présente requête, nous vous prions d'agréer l'expression de nos hommages les plus respectueux. »

 

A la date du 2 janvier 2001, la pétition a été signée par 323 personnes et 13 organisations de la société civile