INTERVIEW DE MR CHARIKANE AHMED, LE PRESIDENT DU GIRMA.

Comores Info: Vous avez été au départ l'un des chefs du mouvement séparatiste. Trois ans et demi après, le séparatisme a plongé les Comores, et plus particulièrement l'Ile d'Anjouan, dans une crise politique, économique et sociale sans précédent. Pensez – vous que la voie suivie était une erreur ?

 

M. Charikane:  En effet, les faits et les résultats sont là pour le constater. Il n'y a rien à dire. En réalité durant toute cette période il n'y a eu qu'incompréhension et maladresse entre dirigeants du Mouvement Anjouanais. Ceci est dû du fait qu'aucune politique de développement politico-socio-économique n'a été adoptée et mise en œuvre par ces dirigeants. Il n'y a eu aucune réflexion véritable sur le devenir d'Anjouan. La politique se limitait à des actes d'intimidation et à des slogans démagogiques et sans fondement. C'était l'avenue totale. Ce n'est qu'à partir des accords de Tana que moi personnellement, j'ai décidé de prendre une position claire, accords répondant sans équivoque à mes aspirations.

Le mouvement anjouanais a apporté au pays certes, des conséquences fâcheuses mais, a stimulé chez le Comorien le désir et la volonté de s'organiser et de se prendre en charge pour le développement de son pays. En effet, ce désir et cette volonté doivent se concrétiser par la restauration d'un dialogue véritable entre Comoriens pour la recherche des solutions à leur problème. Comme tous les autres pays, les Comores font également leur histoire. Elles subissent les transformations sociales et culturelles que tous les pays du monde ont connues, jadis et connaissent encore aujourd'hui en raison des crises économique ou crises de société.

 

Comores Info:  Lors de la guerre civile de décembre 1998, vous avez perdu comme beaucoup d'autres personnes l'essentiel de vos biens personnels. Pensez – vous qu'une réconciliation véritable est possible si les responsables de cette tragédie ne sont pas arrêtés et traduits devant la Justice Comorienne ?

 

M. Charikane:  Comme je viens de le dire, une réconciliation véritable aux Comores doit passer d'abord par l'établissement d'un dialogue sincère entre les pouvoirs politiques et les oppositions du pays dans le but d'aboutir à un état de droit capable d'assurer efficacement les libertés individuelles, la sécurité des personnes et des biens individuels et collectifs.

Dans ces conditions, la Justice pourra exercer, sans entrave, ses prérogatives, dans le respect des lois et règlements.

 

Comores Info:  Une délégation de l'O.U.A vient de séjourner à Anjouan, M. José Francisco, C. Madeira a déclaré suite à sa rencontre avec le Colonel Abeid qu'il était "heureux de constater que le principe de la réconciliation nationale est engagé. Nous nous en réjouissons". Partagez – vous son opinion ?

 

M. Charikane:  Certes, le principe de la réconciliation nationale est engagé; mais tant que le Colonel Abeid ne se décide pas d'inviter l'opposition anjouanaise, hostile à sa politique à débattre sur les questions fondamentales du pays, autour d'une même table, d'une manière sincère et loyale, afin de trouver les solutions adéquates aux questions politico-socio-économiques du moment, je peux vous assurer que le principe de la réconciliation nationale est très mal engagé.

 

Comores Info:  Le Colonel Abeid a assuré au Chef de la Délégation de l'O.U.A de "son engagement à préserver l'unit' et l'intégrité territoriale des Comores". Croyez-vous en la sincérité du Colonel Abeid et pensez – vous qu'il va respecter ses engagements ?

 

M. Charikane:  Préserver l'unité et l'intégrité territoriale des Comores, c'est un fait qui dépasse le Colonel Abeid et qui ne peut en aucun cas relever de lui. C'est l'affaire du peuple comorien à commencer par toute la classe politique en passant par la société civile et les militaires.

 

Comores Info:  Quelles sont les doléances que vous avez présentées à la délégation de l'O.U.A et quelles réponses vous ont été apportées ?

 

M. Charikane:  Les doléances présentées se résument comme suit:

-          Oeuvrer pour aboutir à une réconciliation durable et fiable des anjouanais et des comoriens.

-          Veiller à la sécurité des personnes et de leurs biens en donnant leur appui pour la récupération des armes et des munitions qui sont détenues par plusieurs personnes.

-          Œuvrer pour une mise en place démocratique des institutions qui seront adoptées aussi bien au niveau de l'Ile qu'au niveau de l'ensemble des îles.

-          La délégation de l'O.U.A est disposée à œuvrer dans ce sens.

 

Comores Info:  Selon les dires d'un journaliste qui s'est rendu récemment à Anjouan, le Colonel Abeid contrôle grâce à sa milice SIR (Section d'Intervention Rapide) une bonne partie de l'Ile d'Anjouan à l'exception de la région de Nioumakélé. Confirmez – vous ces affirmations ?

 

M. Charikane:  Les Anjouanais sont très fatigués, ils veulent la paix, ils veulent du travail pour améliorer leurs conditions de vie.

Personne ne contrôle rien à Anjouan, Anjouan c'est la pauvreté, c'est l'anarchie, le désespoir.

 

Comores Info:  Le Colonel Abeid avait engagé au mois d'août une vaste répression envers ses opposants. Vous – même avez été durement torturé. Quelle est la situation à l'heure actuelle à Anjouan en matière de respect des libertés démocratiques ?

 

M. Charikane:  Je vous réponds par ces cas précis. En "Conseil des ministres" du jeudi 4 janvier 2001, le Colonel Abeid a décidé que Antoy ABDOU (G.I.R.M.A) ne peut pas regagner Anjouan pour l'instant, suite à un fax qu'il lui avait envoyé l'invitant à convoquer une réunion avec « l'opposition anjouanaise afin de trouver ensemble les voies et moyens susceptibles de résorber la crise anjouanaise ».

Mais je suis persuadé que les efforts que déploient les organisations internationales et certains pays amis des Comores et ceux fournis acharnement par l’opposition anjouanaise pour le respect des libertés démocratiques seront couronnés de succès.

 

Comores Info:  Entretenez – vous des relations avec d’autres partis ou mouvements d’opposition présents à Anjouan et dans le reste des Comores ?

 

M. Charikane:  Le Collectif  à travers le CPRN qui travaille avec l’opposition en Grande Comore et toutes les formations politiques présentes à Anjouan ainsi que certains groupements de la Société Civile.

 

Comores Info:  Plusieurs centaines de comoriens ont trouvé la mort en essayant de joindre l’Ile de Mayotte par voie maritime. Que faut – il faire à votre avis pour arrêter cette hécatombe ?

 

M. Charikane:  Le système de visa instauré pour les Comoriens mérite d’être banni. La politique renforcée d’expulsion de Mayotte des Comoriens des Iles d’Anjouan, de Mohéli et de la Grande Comore ne peut en aucun cas gonfler inutilement les effectifs chargés des opérations d’expulsion des Comoriens de Mayotte.

La circulation des personnes et ces biens entre Mayotte et les autres îles mérite d’être réinstaller.

 

Comores Info:  Le gouvernement français a engagé un processus de départementalisation progressive de l’île de Mayotte. Quelle est la position du G.I.R.M.A  sur l’avenir statutaire de Mayotte ?

 

M. Charikane:  Le G.I.R.M.A n’a pas adopté une position sur cette question. Mais je pense que Mayotte, compte tenu de sa situation géopolitique, de son niveau de développement social et culturel et des évolutions et perspectives de la politique française dans la région de l’Océan Indien, Mayotte ne peu pas être dotée d’un statut de département français.

De même, il est difficile de croire et d’admettre que Mayotte, compte tenu du niveau de développement de la R.F.I.C. et des difficultés de tout ordre que connaît la R.F.I.C, intègre ses îles sœurs.

Je crois qu’il incombera aux Comoriens de différentes îles de trouver dans un avenir plus ou moins proche, les voies et les moyens pour vivre ensemble en paix et en harmonie, en d’autres termes de trouver le statut qui sera acceptable par tous.

 

Nous vous remercions, Monsieur Le Président, d’avoir bien voulu répondre à nos questions.