DEBATS ET OPINIONS LIBRES

Comoretel en quete d’UNE LEGITIMITE

A

près avoir fait apparition en territoire comorien dans le début des années 90, les grandes manœuvres sur le “SAGA” en sont malheureusement à la vitesse de croisière.

Les quelques sociétés d’Etat estimées constituer les poumons de l’économie nationale demeurent aujourd’hui “ les casinos” des assoiffés

A commencer par l’affaire Ashley dont le passage n’a laissé aucune trace de la société nationale des transports aériens  (la faillite d’Air comores), suivie de la fameuse  affaire “Inter Trade” avec la société maritime “ SOCOPOTRAM” qui a secoué le pays en l’impliquant dans le SAGA Italien, pour ne citer que les grands dossiers. C’est autour de la Société Nationale des Postes et Télécommunications (SNPT) de sombrer à son tour dans un mouvement de “SEGA”, en signant un contrat de joint venture le 28 Oct 1998 avec une société américaine dénommée ERJ aux termes duquel, la SNPT attribue à ComoreTel l’usage exclusif du code pays “269”.

Au regard de toutes ces affaires, on s’aperçoit que les responsables politiques qui se succèdent encouragent la descente aux enfers.

Dans les milieux de la Diaspora en France comme dans le reste du monde, le débat est beaucoup plus vif, plus dense et mieux nourri. Parfois jusqu’à la bêtise, il est vrai. Mais, comme il implique en partie les travailleurs immigrés, moteur de l’économie nationale et pour l’essentiel des étudiants, futurs responsables du pays, il est mieux qu’ils soient éclairés.

A l’éclatement du dossier ComorTel tenu ultra sécret jusqu’à la mort du feu Président Mohamed Taki Abdoulkarim, le personnel de la SNPT, qui s’est toujours montré attentif quant à l’avenir de cette société qui les emploie et qui est en voie de privatisation, s’est dressé le premier pour crier au scandale à travers une lettre ouverte adressée au gouvernement demandant la suspension pure et simple de ce contrat.

Compte tenu de l’inefficacité juridique et  financier du dossier, le gouvernement de Mr Abbas Djoussouf, jugé dans le temps illégitime, a agi dans la sagesse en refusant de valider ce contrat illicite.

Aujourd’hui, ce dossier litigieux vient d’être confirmé par les extra terrestres venus sauver le pays après plusieurs hésitations ou stratégies que sais-je? comme nous venons de l’apprendre à travers les médias.

Face à la presse comorienne, Le Premier ministre Mr Hamada Madi Boléro,  l’homme de confiance aux commandes, se déclare satisfait d’avoir gagné une bataille qui n’en est pas une, en modifiant deux amendements sur le contrat 269. En vertu de quelle Loi est-il emmené à valider un tel contrat? Ce qui est encore grave dans ce nouveau contrat, ComoreTel vient de s’approprier une fois de plus du code km utilisé pour l’Internet. Ceci vient confirmer la main mise de ComoreTel sur toutes les activités internationales de la SNPT comme il l’avait annoncé, ce qui réduit celui ci à son marché locale. Quel sacandale?

Est-il utile de continuer à tromper le peuple? Non, celui-ci est conscient que nous sommes dans une période de crise institutionnelle. Et ce type de contrat, pour qu’il soit valide, doit être assis sur des bases juridiquement saines. Or, dans le cas qui nous concerne, il y a absence totale non seulement d’une législation mais aussi d’une constitution. Par conséquent, tout contrat passé durant cette période est considéré nul et non avenu.

Notre grande surprise est que la SNPT n’est pas dans une situation catastrophique financièrement, jusqu’à vouloir à tout prix sauver le navire. Sur ce sujet et jusqu’à ce jour, elle a toujours été la meilleure parmi les sociétés sœurs.

Au sujet des deux amendements en question, il a été mentionné une quinzaine voire plus dans les rapports des différentes commissions qui se sont succédées et chargées de réexaminer ce contrat. Plusieurs aspects ont été abordés: politique, financier, technique et juridique. Ce dernier est la partie la plus flagrante: violation de Loi, non respect sur la procédure légale, zones d’ombres, dossier top secret etc… Pire encore, ce contrat prévoit qu’en cas de privatisation de la SNPT, ERJ aura un droit de préemption, ce qui est une entorse du droit de la concurrence.

Toutes ces considérations ont permis de conclure le nul et non avenu du contrat tout en recommandant sa dénonciation.

Selon le point de vue d’un expert appartenant à une institution des Nations Unies chargée de la réglementation des télécommunications, “cette affaire est un scandale dans le monde des télécoms et en totale infraction avec la Loi. Le code d’un pays fait partie de son patrimoine; il ne se prête pas, il ne se loue pas et il ne se vend pas”, a-t-il poursuivi.

Ce genre de partenariat existe dans les pays industriels à forte concurrence. Global One en est un exemple, pour ne citer que celui là. C’est aussi un joint venture entre Deutsch Télécom, France télécom et Sprint avec son siège à Reston en Virginie aux USA. Il fournit partout dans le monde les mêmes prestations de services que celles proposées par ComoreTel. Par contre, il ne se sert pas d’un code pays pour accéder à ses services. Soit, c’est l’utilisation d’un numéro vert (0800xxxx…), soit un numéro spécial à 4 chiffres(xxxx), soit un numéro d’abonné attribué par un opérateur local (voir les différentes cartes prepaid existantes sur le marché).   

Certes, le pays est très pauvre et enregistre de nombreux problèmes à résoudre comme tous les PVD (pays en voie de développement). Mais pas jusqu’à brader le patrimoine  national pour quelques millions.

 

La page n’est pas encore tournée.

J’ai pris cette initiative, en tant qu’ancien responsable ayant pris part aux différentes commissions chargées de réexaminer ce contrat pour tirer la sonnette d’alarme.

L’aggravation de ce dossier nous inquiète au plus haut point. A mon avis, elle est suffisament alarmante pour devenir une préoccupation majeure nationale.Devant cette crise, beaucoup se replient sur eux-mêmes, exactement le contraire de ce qu’il faut faire à un moment où il faut évidemment chercher à sauver ce qui reste du pays.

 

Alors que faire?

Tout le monde se pose la vieille question “que faire?” Que faire si un retour en arrière n’est pas possible, si le syndicat de la SNPT est affaibli à tel point qu’il est désormais une voie sans issue, parcequ’il n’a plus les moyens de modifier les rapports de force en sa faveur.  Est-il imaginable de s’en sortir par le haut en globalisant la lutte?

Il n’y a pas d’autre issue et nous n’avons pas le choix. Il est grand temps que la société civile émerge, que les consommateurs se mobilisent pour la construction d’un mouvement national différent du modèle traditionnel, qui répondrait aux intérêts de l’ensemble de la société. Le moment est venu d’arrêter ces pratiques criminelles pour barrer la route à jamais aux Corbeaux et aux Renards

Affaire à suivre…Un Cadre de la SNPT