INTERVIEW DE Mahmoud IBRAHIME, L'AUTEUR DE "LA NAISSANCE DE L'ELITE POLITIQUE COMORIENNE"

PRESENTATION DU LIVRE "LA NAISSANCE DE L'ELITE POLITIQUE COMORIENNE" (1945-1975)

L'auteur du livre traite de la naissance de l'élite politique comorienne de 1945 à 1975.

La 1ère partie traite des notables en politique. Elle concerne la période 1945 à 1956. Ce sont les notables ou leurs enfants qui à partir de 1945 s'engouffrent dans la brèche ouverte par le colonisateur. Avec la mise en place des nouveaux cadres institutionnels, on y apprend qu'une grande majorité des comoriens et notamment les paysans n'est pas représentée dans cette élite politique. Les responsables politiques de l'époque ne s'intéressent qu'aux questions économiques et sociales. C'est ainsi que la génération de Said Mohamed Cheikh ne parle qu'en terme d'économie et de développement. En fait, le colonisateur ne leur laisse pas le choix.

La 2ème partie ( 1956-1968 ) parle du consensus des notables. L'auteur relève qu'à partir de 1956, les élus comoriens font l'apprentissage d'une culture politique contraire à la démocratie. Le pouvoir colonial a favorisé la réconciliation des deux adversaires politiques de l'époque: Said Mohamed Cheikh et Said Ibrahim. Cette union des dirigeants politiques arrange le colonisateur, en ce sens qu'il n'a qu'un seul interlocuteur mais elle freine la formation d'une véritable élite politique se basant sur la démocratie. On y apprend également que la décision de transférer la capitale à Moroni a été prise par l'autorité coloniale qui la soumet aux représentants de l'archipel. Ce transfert de la capitale a été exploité à fond par le MPM ( Mouvement Populaire Mahorais) pour séparer Mayotte de ses îles sœurs. Sous l'influence de Said Mohamed Cheikh, la loi du 22 décembre 1961 va accorder l'autonomie interne aux Comores.

La nécessité de l'union empêche un développement du combat politique. L'auteur constate que la France renie peu à peu son idéal, si du moins il était réel, de former des cadres politiques capables de reprendre le pays après son départ.      

La 3ème partie (1968-1975) est consacré à l'affrontement des générations. L'année 1968 a été marquée par l'entrée sur la scène politique de la jeunesse instruite. La grève et les manifestations des lycéens qui se déroulent du 27 janvier en mars 1968 accélèrent l'émergence d'une nouvelle génération politique. L'auteur relève que l'action des étudiants va permettre l'intensification du combat contre le colonisateur qui était engagé notamment par le MOLINACO ( Mouvement de Libération Nationale des Comores).

L'apport essentiel de la nouvelle génération est l'organisation de partis politiques modernes.

L'année 1972 est une année capitale pour les Comores. L'auteur précise que la manière dont les élites ont appréhendé les évènements révèle leur impuissance.

Dès 1972, M. MESSMER, le secrétaire d'ETAT chargé des DOM-TOM, brandit la menace d'une séparation des îles. Les différents responsables politiques de l'époque minimisent le danger de la partition.

Ahmed Abdallah va apparaître après l'éviction de Said Mohamed Jaffar comme celui qui a été choisi par la France pour diriger le pays après l'indépendance.

L'Exécutif en France était d'accord pour accorder l'indépendance à l'ensemble de l'archipel reconnaissant l'unité de l'archipel. Mais les parlementaires français vont se saisir des critiques contre la personnalité d'Ahmed Abdallah pour bloquer tout le processus et conduire à la partition des Comores. Il s'agit d'une première dans l'histoire de la décolonisation française en Afrique.

Un quart de siècle après, on constate que la séparation de Mayotte avec ses îles sœurs a été une erreur monumentale. Cette séparation a entraîné une instabilité chronique de la partie indépendante des Comores. Et l'image de la France  n'est pas sortie grandie de cette balkanisation car elle a violé le droit international et notamment le principe de l'intangibilité héritée des frontières coloniales. Le maintien de la présence de la France à Mayotte a été condamnée à multiples reprises  par les instances internationales.

L'auteur du livre, Mahmoud IBRAHIME, est Professeur de Français et d'Histoire-géo au Lycée Professionnel Jean-Moulin à Vincennes. C'est l'un des animateurs du Journal des Comores imprimé en France .  

Ce livre qui permet de comprendre l'histoire contemporaine des Comores mérite d'être lu. Il est publié aux Editions L'Harmattan. Il contient  204 pages et coûte  105 Francs.

 

Après ce résumé succint du livre de M. Mahmoud Ibrahime consacré à "La naissance de l'élite politique comorienne" (1945-1975), nous avons interrogé l'auteur sur certains points qui permettent de mieux comprendre la situation actuelle des Comores dont l'une des principales origines concerne l'échec du processus de décolonisation en 1975.

 

COMORES INFOS: M. Messmer, Secrétaire d'Etat chargé des DOM-TOM, déclare à la Chambre des députés des Comores en Janvier 1972 : "Je dois vous prévenir que rien ne saurait être fait s'il s'agissait de modifications profondes sans un référendum où chaque île serait appelé à décider de son propre avenir." Vous relevez que les différentes élites qui se partagent le pouvoir minimisent ce danger de la partition. Comment expliquez vous leur réaction face à un danger bien réel?

M. Mahmoud IBRAHIME: Je pense qu’ils ont essayé de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ; c’est-à-dire que les jeunes se battaient pour empêcher la première génération politique et la deuxième (représentées par le Parti Vert ) de conserver le pouvoir. Et Ahmed Abdallah n’avait pas l’intention de laisser le pouvoir aux jeunes. Troisième héritier du pouvoir (après Saïd Mohamed Cheikh et Saïd Ibrahim), il n’avait pas l’intention de le céder après l’indépendance. Les deux camps ont agi comme si la France allait leur donner l’indépendance sur un plateau. Or la phrase de Messmer est claire. C’est une menace : si jamais, vous réclamez votre indépendance maintenant, nous détruirons l’unité de votre pays. Curieusement, c’est sans doute aussi cette phrase qui a poussé les jeunes du PSDC, puis du RDPC à voter une motion pour l’indépendance, puis à imposer l’idée à la Chambre des députés. Par contre une grande partie de la première génération, à l’image du président du Conseil de l’époque, le prince Saïd Ibrahim reste attachée à une vieille idée : pas d’indépendance avant le développement économique. La nouvelle mouvance renverse donc Saïd Ibrahim (qui est en plus lâché par le pouvoir colonial) en juin, et Ahmed Abdallah est élu avec pour mission de négocier « l’indépendance dans la coopération et l’amitié avec la France ».

 

COMORES-INFOS: Vous avez précisé que "les actions de l'opposition à Ahmed Abdallah et celles du MPM  jouent le même rôle auprès des parlementaires français, et donc que les deux groupes portent les mêmes responsabilités quand à la partition des Comores". En mettant la responsabilité de l'opposition ainsi que celle du MPM sur un pied d'égalité, votre jugement ne pêche t-il pas par un excès de sévérité envers les responsables de l'opposition de l'époque  ?

M. Mahmoud IBRAHIME: Peut-être. Mais je notre qu’à chaque fois que je me trouve devant des gens pour parler de l’histoire politique des Comores, je suis obligé  de calmer leur sévérité en leur disant qu’on ne peut pas juger ceux qui ont vécu les événements en utilisant les connaissances que nous avons aujourd’hui. Par ailleurs, je ne parle pas en termes de « responsabilités », car si Mayotte s’est séparée  du reste des Comores, c’est d’abord par l’action de l’ancienne puissance colonisatrice, puis des élus mahorais. Je dis uniquement que les actions de l’opposition comorienne ont eu les mêmes effets auprès des parlementaires français. Ceux-ci voyant qu’il n’y avait pas que les Mahorais qui craignaient une dictature d’Abdallah, se sont méfiés de lui, et ont voulu aller trop loin dans les garanties à accorder aux Mahorais. Leurs exigences sont devenues inacceptables pour Abdallah, mais aussi pour l’ensemble de la classe politique comorienne de l’époque.

 

COMORES-INFOS: Le gouvernement français voulait préserver l'unité des Comores mais il n'a pas été suivi par le Parlement et plus particulièrement le Sénat qui a repris les thèses du MPM. Pourquoi le gouvernement français n'a pas utilisé l'arsenal juridique à sa disposition notamment la procédure du vote bloqué qui permet de rejeter toute ou partie des amendements des parlementaires?

M. Mahmoud IBRAHIME: Je ne sais pas. Il faut savoir que l’utilisation de cette procédure comporte un risque soit de blocage des institutions, soit de dépôt d’une motion de censure, avec possibilité de renversement du gouvernement. Il se trouve que le gouvernement français n’a pas voulu aller à l’encontre de sa majorité, et engager un bras de faire contre les élus des deux assemblées.

 

COMORES INFOS: Ahmed Abdallah est un personnage énigmatique. Au début, il apparaissait comme celui qui a été choisi par la France pour diriger le pays après l'indépendance. Mais vous soutenez que ce n'est tant la question mahoraise qui bloque les choses, du moins pour les députés de gauche, mais la personnalité d'Ahmed Abdallah avec son image de capitaliste monopoliste et de probable dictateur dénoncée par les partis de la dernière génération politique. Si Ahmed Abdallah avait accepté de s'effacer au profit d'un autre leader moins contesté comme le Prince Said Ibrahim ou le Prince Saïd Mohamed Djaffar, est ce que cela aurait permis de sauver l'unité des Comores?

M. Mahmoud IBRAHIME: Je ne sais pas. C’est une question pour un politologue. En tant qu’historien, je regarde les faits tels qu’ils se sont déroulés. Et je constate qu’en juin 1972, Saïd Ibrahim a été évincé du pouvoir parce qu’il refusait la solution de l’indépendance ; que peu d’hommes politiques souhaitent son retour au pouvoir et que même le Haut-Commissaire de l’époque dit les comprendre. Mohamed Jaffar a assuré l’intérim sans briller, sans prendre de véritables initiatives qui auraient pu montrer qu’il avait la carrure d’un homme d’Etat. A l’inverse, Abdallah  qui n’a pas été très loin à l’école est un véritable homme politique. Là où Saïd Ibrahim et Saïd Mohamed Jaffar vont chercher à tout prix le consensus, Abdallah tient fermement, au risque de provoquer une rupture.

Mais attention, loin de moi l’idée de vouloir réhabiliter Ahmed Abdallah. Ce n’est pas du Abdallah de Bob Denard dont je parle, mais de celui qui a compris qu’il fallait suivre les jeunes pour la dignité de son peuple. Par ailleurs dans le livre, je dis bien qu’on exagère en l’appelant « le père de l’indépendance », car ceux qui ont vraiment contribué à placer le pays dans une perspective d’indépendance sont connus : Abdou Bakar Boina, Salim Himidi, et à leur façon les jeunes du RDPC (Mouzaoir Abdallah, Abbas Djoussouf, Mohamed Jaffar, Ali Mroudjaé,…) et des gens moins connus comme Youssouf Al Wahti.

 

COMORES-INFOS: Ahmed Abdallah a engagé un bras de fer avec la France en déclarant de manière unilatérale l'indépendance des Comores.   La déclaration unilatérale est intervenue 3 jours après l'adoption de la loi du 3 juillet 1975 qui exigeait l'élaboration préalable d'une constitution. Cette importante décision n'a t-elle pas été prise en fin de compte dans la précipitation ? Une analyse froide n'aurait elle pas permis d'examiner d'autres scénarios comme par exemple saisir l'OUA ou le Comité de décolonisation de l'ONU?

M. Mahmoud IBRAHIME: La décision de la déclaration d’indépendance a été prise assez rapidement un week-end, Abdallah revenait d’un voyage en Europe, avait été reçu par J.Chirac qui n’a pas voulu prendre au sérieux ses menaces. Abdallah a tout de même pris le temps de consulter les responsables politiques. Les choses se sont précipitées dans les derniers jours, par contre la réflexion sur l’indépendance a été sérieusement engagée depuis 1973. Le meilleur scénario semblait être celui élaboré entre Abdallah et le parti vert d’une part, et l’Exécutif français de l’autre avec les Accords de juin 1973. En 1975, le Parlement français décide d’un coup de changer ce scénario. Les politiciens comoriens réagissent en conséquence.

Encore une fois, en histoire, on ne peut laisser de côté le fait que ceux qui ont vécu les événements ne connaissent pas ce que nous savons : ce qui s’est passé après. En 1975, malgré ce qu’on peut nous dire aujourd’hui, personne n’imagine que l’État français va se maintenir si longtemps à Mayotte, malgré les lois internationales, les décisions de l’ONU et de l’OUA. Les Comoriens ont dû réagir assez rapidement à  ce qu’ils considéraient comme un acte humiliant pour le peuple comorien.

Avec la crise actuelle, les actes humiliants ont été multipliés par dix. Quel homme politique prend la décision de dénoncer (par un acte ou des actes symboliques, et non par la parole uniquement) l’humiliation que les réseaux plus ou moins officieux font subir à tout un peuple et à l’État comorien ? La plupart des Comoriens passent leur temps à critiquer ceux qui nous ont précédés, mais oublient d’agir pour le futur. Ma formation historique m’empêche de tomber dans ce piège. Si quelque fois je me permets d’être sévère avec tel ou tel homme politique du passé, c’est aussi que je me trouve souvent dans les combats politiques d’aujourd’hui, et que je vis en quelque sorte ce qu’ils ont vécu. Les professeurs que j’ai eus en histoire m’ont enseigné que l’histoire ne se fait pas dans des cabinets ou des laboratoires, mais au contact des gens avec lesquels on vit.

Les Comores sont actuellement dans une situation pire qu’en 1975. À l’époque, on parlait de la naissance de l’Etat comorien, aujourd’hui on n’a peur de sa mort. Quelle est la réaction des jeunes d’aujourd’hui ? La plupart sont spectateurs de ce qu’Azali, Abeid, Abdallah Mohamed, Bolero et autres Ba Goulam font, alors qu’il faudrait un autre sursaut d’orgueil.

La déclaration unilatérale est peut-être un acte irréflechi et rapide, mais c’est aussi un acte d’orgueil qui redonne une certaine fierté à tout un peuple. Enfin, en 1975, les hommes politiques comoriens refusaient la soumission sans condition. C’est tout de même un acte courageux dans une situation de colonisation, dans une situation où l’Etat colonial a toutes les cartes en mains.

 

COMORES-INFOS: Les Accords du 15 Juin 1973 avaient prévu qu'une consultation devrait intervenir dans un délai de 5 ans. En cas de réponse positive, la Chambre des députés devenait Assemblée constituante et le président du conseil de gouvernement chef de l'Etat.  Pourquoi expliquez vous que ces accords qui auraient dû permettre une transition sans heurts vers l'indépendance des 4 îles n'ont pas été appliqués ?   

M. Mahmoud IBRAHIME : Ces Accords n’ont pas été appliquées car elles n’avaient aucun caratère juridique. C’était une entente entre Abdallah et l’Exécutif français. Il faut rappeler que selon Mitterrand, Abdallah a négocié les voix des Comoriens, et qu’il a assuré à Giscard que les Comoriens lui donneraient leurs voix pendant les élections présidentielles de 1974.

Or dans toute décolonisation, le Parlement français doit être consulté, puisque c’est une loi qui décide de l’indépendance d’une colonie française. L’erreur des Comoriens est d’avoir cru qu’il suffisait d’avoir la signature de l’Exécutif français.

 

COMORES-INFOS: Vous pensiez en 1997 que l'indépendance avait été prise beaucoup trop tôt. Vous soutenez dans votre livre qu'elle a été prise trop tard . Pourriez vous nous expliquer pourquoi avez vous changé d'avis sur la question de l'opportunité de l'indépendance? 

M. Mahmoud IBRAHIME : D’abord, je pense avoir mûri. J’ai aussi vu de nombreux documents sur l’histoire des Comores, et ce qu’il en ressort c’est que à plusieurs moment (1945, 1958, 1961, 1968) la France a dit (par la voix de l’Exécutif, et notamment du Général de Gaulle) aux Comoriens : ne prenaient pas encore votre indépendance, attendez, nous allons faire des Comores « la perle de l’océan Indien » et après vous aurez les moyens de votre indépendance. Or, plusieurs historiens et responsables politiques comoriens et français l’ont noté, les Comores ont été la colonie française la moins bien traitée, même après les indépendances africaines, il y a comme une sorte de mépris de la part des responsables français pour l’archipel.

Si après plus de cent ans de colonisation, les Comores n’avaient rien eu, ce n’était pas en 1975 que la France coloniale allait se mettre à se préoccuper du développement économique des Comores.

On a un élément de comparaison : Mayotte où la colonisation a été maintenue. Tous les jours ont dit qu’enfin on va aider au développement économique de Mayotte. Et vous savez que c’est une île qui ne tient que par la transfusion de l’argent des contribuables métropolitains. Sur place, il y a eu très peu de formation de cadres et de réel  développement économique.

 

COMORES-INFOS: Nous allons terminer cette interview par une question d'actualité. Un accord de réconciliation a été signé le 17 Février à Mohéli. Quel est votre sentiment face à ce dénouement de la crise comorienne ?

M. Mahmoud IBRAHIME: Je ne sais pas si on peut déjà parler de dénouement. A plusieurs reprises nous avons eu l’impression d’en finir avec le séparatisme, ce ne fut pas le cas. Par ailleurs, je remarque que certains séparatistes de l’extérieur commencent à s’agiter contre cet Accord et contre l’OUA. À l’intérieur, le camp de Ba Goulam et Abdallah Mohamed n’a pas renoncé à la guerre civile.

Je reste donc sceptique, d’autant qu’à la crise sécessionniste est venue s’ajouter une crise institutionnel avec le coup d’état du colonel Azali à Moroni.

J’ai plutôt l’impression que les deux militaires ne sont pas prêts à quitter le pouvoir et font tout pour pouvoir se maintenir.

Pourtant, les Comoriens, surtout ceux d’Anjouan ont suffisamment payé (même de leur sang) à cause de la folie séparatiste. Il serait temps de penser à nos familles, et renoncer à l’état de guerre. Il y a tellement de haine, entre les îles, et même à l’intérieur de l’île d’Anjouan, que je m’interroge sur notre capacité en tant que peuple à refermer les blessures et à nous orienter vers le développement de notre pays.

 

COMORES-INFOS:Nous vous remercions, Monsieur Mahmoud IBRAHIME, d'avoir bien voulu répondre à nos questions .

M. Mahmoud IBRAHIME:C’est moi qui vous remercie. Bon courage car le  pays a besoin de journaux indépendants comme le vôtre.