LES PREDATEURS DE
LA LIBERTE DE LA PRESSE
Votre journal Comores-infos est partenaire du
réseau électronique africain pour la liberté de la presse. Elle participe
depuis le 3 mai – journée internationale pour la liberté de la presse – à
l’initiative de Reporters Sans Frontières dans la compagne contre les
prédateurs de la liberté de la presse. Nous vous proposons le message de cette campagne
contre les prédateurs de la liberté de la presse.
Nous profitons de l’occasion pour vous présenter
une chronologie des violations de la liberté de la presse durant ces deux
dernières années – tirée des rapports 2000 et 2001 de nos partenaires de Reporters
Sans Frontières-.
Notre confrère Cheikh Ali Cassim, ancien député
et directeur de la radio Tropic FM est aujourd’hui le seul journaliste en
prison dans les pays membres de la Commission de l’Océan Indien. Le colonel
Azali peut continuer à parler du respect par son gouvernement de la liberté de
la presse tout en continuant à singulariser notre pays qui est indexé comme
étant le seul dans notre région à bafouer la liberté de la presse. Nous restons
solidaire de notre confrère et réclamons avec force sa libération.
« Les violations de la liberté de la presse ont des
responsables et des commanditaires. Qu’ils soient Président, ministre,
procureur général, chef d’état-major, Guide de la Révolution ou simplement
leader d’un groupe armé, ces prédateurs de la liberté de la presse ont le
pouvoir de faire emprisonner, enlever, torturer et, dans les pires des cas, de
faire assassiner des journalistes. Parce que ces prédateurs ont des visages, il
faut les connaître pour mieux les dénoncer. Aussi, Reporters sans frontières a
décidé d’en dresser les portraits. Aujourd’hui, ils sont trente. Mais cette
liste n’est pas définitive et sera mise à jour chaque fois que la situation
l’imposera, au gré des exactions de ces ennemis de la liberté d’expression.
Ces prédateurs ne sont pas tous des représentants officiels
d’un Etat. De plus en plus souvent, ils appartiennent ou dirigent des groupes
armés qui combattent ou soutiennent un régime. Cette violence privatisée doit
également être dénoncée : de trop nombreux journalistes tombent sous les
coups d’organisations indépendantistes, de mouvements intégristes religieux, de
bandes criminelles ou de narcotrafiquants.
L’impunité des assassins de journalistes est le défi que les
organisations de défense de la liberté de la presse doivent désormais relever.
C’est pourquoi Reporters sans frontières a mis en place le réseau Presse et
Démocratie. Cette structure va permettre de lutter pour que les prédateurs
d’hier et d’aujourd’hui ne puissent plus vivre en toute tranquillité dans leur
pays ou à l’étranger. Les dictateurs et chefs de guerre en tout genre doivent
répondre de leurs crimes devant la justice internationale. Il est temps d’en
finir avec l’impunité. »
Le 30 avril, à l’issue d’un coup d’Etat,
le colonel Azali Assoumani s’autoproclame président de la République fédérale
islamique des Comores. Dès lors, la liberté de la presse a trouvé ses limites.
Il est devenu impossible de parler de l’armée sans risquer des représailles
sévères. La détention pendant une semaine, au mois d’octobre, de l’un des plus
influents journalistes du pays en est l’illustration. Sur l’île d’Anjouan, qui
a proclamé son indépendance en 1997, mais qui n’est toujours pas reconnue par
la communauté internationale, l’expression, dans les médias, de toute idée
séparatiste se heurte à l’intransigeance du régime militaire.
Au mois d’août, à Anjouan, une
station privée, animée par des jeunes journalistes, Radio Ushababi, est victime
de tracasseries administratives et policières (convocations et
interpellations). Le 9, sous la pression des autorités, les responsables de la
radio décident de suspendre les émissions et quittent les locaux. Les menaces
physiques de la part de groupes de miliciens séparatistes s’étaient faites plus
fortes à l’approche des élections législatives.
En 1997, la même équipe avait
créé le journal Ushababi, qui avait dû interrompre sa publication suite à des
menaces similaires.
Le 27 août, deux journalistes
de la Gazette des Comores — un journal privé de Moroni créé en juillet — sont
refoulés dès leur arrivée à l’aéroport d’Ouani (Anjouan).
Le 14 octobre, Aboubacar
Mchangama, directeur de publication de l’hebdomadaire L’Archipel, correspondant
de l’Agence France Presse et de Reporters sans frontières, est arrêté.
Le 16 octobre, il est inculpé
de « diffusion de fausses nouvelles » et placé en détention provisoire à la
prison centrale de Moroni. Il a refusé de révéler le nom d’un officier cité
dans un article de son journal qui évoquait un malaise dans l’armée entre les
partisans et les adversaires du colonel Azali Assoumani. L’officier affirmait
ne pas « être prêt à prendre une balle dans le dos pour le colonel Azali ».
Le 21 octobre, le journaliste
est remis en liberté. Aboubacar Mchangama n’a pas le droit de quitter l’île de
la Grande Comore dans l’attente de son procès ou d’une nouvelle convocation par
le juge d’instruction
Année 2000
Le 3 janvier, Mohamed
Boudouri, correspondant du journal Al-Watwan à Anjouan, est arrêté par les
autorités sécessionnistes anjouanaises. Ils lui reprochent d'avoir dénoncé les
menaces proférées par le responsable séparatiste Saïd Abeïd à l'encontre des
organisations syndicales qui ont signé un préavis de grève pour le 19 janvier.
Le journaliste a également écrit un article relatant l'aggravation de
l'épidémie de choléra à Anjouan. Mohamed Boudouri est libéré le 7 janvier.
Le 17 janvier, Mohamed
Hassani, rédacteur en chef du journal Al-Watwan, est interpellé par la
gendarmerie, à Anjouan. Quelques jours plus tôt, questionnant le colonel Azali
Assoumani -le chef de l'Etat- lors d'une conférence de presse, il s'était
publiquement interrogé sur le sérieux de la justice comorienne dans le
traitement des dossiers de corruption. Le journaliste est relâché quelques
heures plus tard.
Le 20 mai, Abderemane Allaoui
et Mohamed Abdoulhousseine, journalistes de la station Ushababi, une radio
destinée à la jeunesse, sont arrêtés par les autorités anjouanaises. Les deux
journalistes sont accusés de "correspondance avec une puissance
étrangère", en l'occurrence l'Organisation de l'unité africaine (OUA). Ils
sont libérés cinq jours plus tard.
Le 15 août, Cheikh Ali Cassim,
ancien député et directeur de la radio Tropic FM, est arrêté à son domicile de
Moroni par des militaires, et conduit au camp de sécurité de Mdé. Cheikh Ali
Cassim dirige la seule radio privée diffusant des bulletins d'information aux
Comores. Il est accusé d'"atteinte à la sécurité de l'Etat pour détention
illégale d'armes à feu", bien qu'aucune arme n'ait été trouvée à son
domicile, ni dans les maisons de son quartier, également perquisitionnées.
Cheikh Ali Cassim est aussi accusé d'avoir fomenté une tentative d'assassinat
contre le colonel Azali Assoumani, président de la République. Le directeur de
Tropic FM n'a pu rencontrer son avocat qu'à partir de la mi-septembre et a été
détenu pendant un mois dans des conditions dégradantes.
Le 11 novembre, le parquet
refuse la demande de mise en liberté provisoire déposée par Cheikh Ali Cassim.
Tropic FM continue d'émettre et de diffuser des bulletins d'information. A la
date d’aujourd’hui, Cheikh Ali Cassim est toujours détenu à Moroni.
L’équipe de Comores-infos est solidaire de notre confrère arbitrairement incarcéré et exige sa libération immédiate. Le colonel Azali pourra toujours continuer à dire à qui veut l’entendre que la liberté de la presse est respectée aux Comores. Nous n’avons pas oublié la dernière en date : l’affaire Mrdabi – La gazette des Comores. La victoire de nos confrères de la Gazette montre bien dans quelles conditions les journalistes indépendants travaillent dans les Comores d’Abeid et d’Azali. Il est vrai que les opposants au colonel Azali ont été très silencieux pour ne pas dire compréhensif – du moins pour certaines formations politiques en poste à Moroni – à la démarche de Mr Mradabi. Pour nous journalistes comoriens, nous savons que ce combat reste le nôtre et nous le menons pour le respect de nos lecteurs qui doivent être informés. Et nous reprenons cette formule de Voltaire qui convient à la situation actuelle de notre pays : « plus les hommes sont éclairés et plus ils sont libres ». L’absence de liberté nous mène à l’obscurantisme.