NOTRE DOSSIER CONSACRE A LA VISITE DE CHIRAC A MAYOTTE.

 

Mayotte vient de recevoir la 1ère visite d'un Président de la République Française. M. Chirac a plaidé pour l'ouverture d'une desserte aérienne directe entre Paris et Mayotte. Il a déclaré que l'égalité sociale entre la France et les DOM-TOM est en marche et touchera Mayotte. Il a menacé de suspendre le financement des prochains jeux par la France si les sportifs mahorais n'étaient pas admis. Cette partie de son discours a provoqué de nombreuses réactions défavorables des pays de la zone.

Le départ de M. Chirac a marqué la fin du consensus politique à Mayotte. Son déplacement a été diversement apprécié par les différents partis politiques de l'île.

Le Collectif pour l'Unité des Comores basé à la Réunion a écrit à M. Chirac pour lui demander d'intervenir afin de régler le contentieux franco-comorien concernant cette île de l'Archipel des Comores.

 

La Rédaction

 

JACQUES CHIRAC A menace de retirer le financement de la France aux prochains jeux DES ILES

A l'aéroport de Pamandzi-Dzaoudzi sur la Petite Terre, puis sur la Place du Marché de Mamoudzou sur la Grande Terre, le chef de l'Etat français a reçu un accueil enthousiaste de plusieurs milliers de personnes. A l'aéroport, il ne manquait pas un chef religieux, un élu, un officiel ou un responsable d'association pour accueillir Jacques Chirac.

 

"Caribou Chirac" (bienvenue en mahorais), "Nous voulons rester français pour être libres", proclamaient des banderoles, tandis qu'une foule nombreuse acclamait le président, sous un chaud soleil. Des femmes mahoraises lui ont passé autour du cou un collier odorant de fleurs de jasmin, tandis que d'autres chantaient en battant lythme sur des morceaux de bois, les M'bwis.

 

Sur la place de Mamoudzou, en bordure de mer, des femmes en costume traditionnel, le visage parfois couvert d'un masque de beauté en bois de santal et corail, le m'zinzano, cotoyaient des jeunes vêtus de T-shirts imprimés au nom de Jacques Chirac. Certains étaient perchés sur les balcons et sur les toits des maisons bordant la place.

 

Points sensibles Dans son discours, Jacques Chirac a répondu sur deux points sensibles aux attentes des Mahorais.

 

Il a affirmé que "la réalisation d'une desserte aérienne directe" Mayotte-Paris était "désormais une ardente obligation". "Il faut aujourd'hui franchir une nouvelle étape en engageant sans tarder les études pour doter votre île des infrastructures aéroportuaires permettant d'accueillir les gros porteurs nécessaires au développement touristique", a-t-il déclaré, sans toutefois trancher entre l'allongement de la piste actuelle ou la construction d'une nouvelle.

 

"Dans l'intervalle, une liaison aérienne directe avec escale doit être mise en place entre Mayotte et la métropole", a-t-il ajouté en apportant son appui au projet de la compagnie Air Austral, soutenu par les élus mahorais et réunionnais.

 

Actuellement, les liaisons Paris-Mayotte passent par la Réunion, ce qui allonge le voyage de plusieurs heures et en augmente le coût.

 

Premier président de la République à se rendre à Mayotte, Jacques Chirac a rappelé que lorsqu'il était Premier ministre, en 1986, il avait lancé la construction "d'une première piste pour des avions de moyenne capacité" sur la Petite Terre.

 

"Il faut aujourd'hui franchir une nouvelle étape en engageant sans tarder les études pour doter votre île des infrastructures aéroportuaires permettant d'accueillir les gros porteurs nécessaires au développement touristique", a déclaré le chef de l'Etat, dans un discours prononcé devant une foule très nombreuse rassemblée sur la place du marché à Mamoudzou. Jacques Chirac n'a pas tranché entre les deux possibilités d'infrastructure: allongement de la piste actuelle ou construction d'une nouvelle piste.

Selon Jacques Chirac, ce projet n'est pas seulement "la clé du développement du tourisme" à Mayotte, il est aussi "la manifestation tangible du lien qui unit Mayotte à la métropole" et "le moyen d'assurer la mobilité des Mahorais".

 

Sur la place, avait été déployée une banderole sur laquelle on pouvait lire "ligne directe Mayotte Paris, gage de développement".

 

Jacques Chirac a également fermement menacé de retirer la contribution de la France au financement des Jeux de l'Océan Indien si les sportifs mahorais n'étaient pas autorisés à y participer. "La participation des sportifs mahorais aux Jeux de l'Océan indien" est "un symbole auquel la France est très sensible", a déclaré le chef de l'Etat au premier jour de sa visite dans l'archipel. "Avec toute l'amitié mais aussi la fermeté nécessaires, nous devons faire comprendre à nos partenaires que l'éthique du sport ne peut s'accommoder d'aucune discrimination", a-t-il dit dans un discours sur la Place du Marché à Mamoudzou. "Je tiens à être clair sur ce point: la France ne saurait garantir sa contribution au financement d'événements sportifs auxquels les jeunes Mahorais se verraient encore refuser la possibilité de participer", a-t-il prévenu. Le financement de ces jeux est très largement assuré par la France, au titre de la coopération.

 

Les Comores, qui n'ont jamais accepté que Mayotte reste française lorsqu'elles ont opté pour l'indépendance en 1976, s'opposent à la participation des Mahorais à ces Jeux.

 

Cet avertissement s'adressait aux Comores, avec "toute l'amitié mais aussi la fermeté nécessaires".

 

Jacques Chirac a apporté son soutien au projet de loi, actuellement examiné par le Parlement, qui doit faire de Mayotte une collectivité départementale. Ce nouveau statut "tourne définitivement la page de la précarité statutaire", donne à l'archipel "la certitude de son ancrage dans la République" et "ouvre aussi la voie à une harmonisation rapide des législations locale et nationale", a-t-il dit.

 

Christian Paul, qui depuis jeudi accompagne le président à La Réunion et à Mayotte, a souligné devant quelques journalistes, qu'il voyait dans les propos du chef de l'Etat "un hommage à l'action du gouvernement" à Mayotte. "Quand le candidat perce, je reste spectateur", a confié le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer.

A Paris, son prédécesseur, Jean-Jack Queyranne, a lui aussi voulu considérer les discours de Jacques Chirac comme "un coup de chapeau" à la politique du gouvernement Jospin.