LU DANS LA PRESSE 

Les menaces de Jacques Chirac

A prendre avec le plus grand sérieux, malgré tout

La tension est montée d'un cran le week-end dernier au sein du mouvement sportif de la région après la déclaration du président de la République Française, Jacques Chirac, à l'effet que la France allait retirer son aide financière à l'organisation des JIOI de 2003 si la participation des athlètes Mahorais n'est pas acceptée. Si à chaud la déclaration du Président français a enflammé la classe politique mauricienne avec des déclarations pour le moins sévères des ministres Anil Gayan (Affaires étrangères) et Ravi Yerrigadoo (Jeunesse et Sports), les choses se sont calmées ces derniers jours, vu que cette déclaration était celle d'un président en campagne pour les élections de 2002. S'il est certes vrai que même les politiques - surtout ceux animés d'une sensibilité de gauche - à l'île soeur n'ont pas hésité à appuyer cette thèse de même que Ravi Yerrigadoo qui, vendredi lors d'un point de presse après la réunion du Comité d'Organisation des Jeux des Iles (COJI), n'a pas hésité à qualifier la démarche du président Chirac «d'électoraliste";. Par contre, les tractations qui sont actuellement en cours entre le mouvement sportif, les politiques et le mouvement sportif de Mayotte, le CNOSF et le gouvernement français, par le biais de son ministère des Affaires étrangères, qui contrôle aujourd'hui le ministère de la Coopération française, tentent de démontrer que les menaces de Jacques Chirac sont à prendre, malgré tout, au sérieux.

Selon les informations de Week-End, la déclaration de Jacques Chirac se cadre dans ce que l'on appelle dans la politique française la réponse du berger à la bergère. A savoir que c'est une réponse directe à son adversaire principal pour les élections présidentielles en 2002 qui n'est autre que Lionel Jospin, actuel Premier ministre et chef de file de la gauche plurielle en France. En effet, il nous revient que sur le dossier de la participation de Mayotte aux Jeux des Iles de 2003, c'est la guerre des nerfs entre les deux leaders politiques français. Si Jacques Chirac a choisi, lui, de mettre sur la place publique sa démarche en menaçant de retirer les aides financières de la France à l'organisation des Jeux, sans préciser dans la foulée de quel type d'aide il est question, par contre, le Premier ministre Français a, pour sa part, opté pour la voie diplomatique pour faire avancer la cause mahoraise.

Lionel Jospin à Mayotte deux mois avant Jacques Chirac

En effet, deux mois avant la visite du Président français à Grande Terre, le PM Français était déjà en visite à Mayotte avec, en toile de fond, l'application du nouveau statut légal de l'archipel dont le projet de loi avait été voté par l'assemblée nationale française en avril dernier. Selon les informations en provenance de l'île au Parfum, le Premier ministre Français a eu une rencontre qualifiée «de la plus haute importance"; avec le mouvement sportif de Mayotte mené par le président du CROS (Mayotte) Blaise Henry. Les discussions ont surtout tourné autour de la présence mahoraise au JIOI comme mentionné dans l'accord signé entre le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Jean Jack Queyranne, et les principaux partis politiques de l'île. Un accord qui spécifie clairement que «La France proposera l'adhésion de Mayotte à la Charte des Jeux de l'Océan Indien et à la Commission de l'océan Indien ainsi qu'aux autres organisations de coopération régionale.";

Comme conclusion à la rencontre Jospin-CROS Mayotte, le premier nommé aurait promis de tout faire pour faire bouger le dossier dans le bon sens. C'est ainsi que nous apprenons qu'à Paris, le dossier Mayotte aux JIOI a été dépoussiéré et confié aux bons soins du ministère des Affaires Étrangères où se trouvent désormais les bureaux de la Coopération Française, qui est le cordon de la bourse de la France à travers le monde, mais surtout en Afrique. Si les déclarations de Jacques Chirac sont venues quelque peu «perturber";, la démarche des Socialistes, cependant, ce n'est pas pour autant que le gouvernement français va lâcher prise sur cette question.

Car c'est effectivement à travers la Coopération française que tout va être joué. Depuis des années, les sportifs mauriciens, comme les Seychellois et les Malgaches bénéficient, à travers les confédérations africaines ou par des aides directes, du soutien de la Coopération française pour des stages en France ou pour les déplacements dans des compétitions importantes. A Maurice, c'est l'athlétisme, la boxe, le judo et tout récemment la lutte qui tirent profit de cette politique française, qui est un programme d'aide sur 4 ans. Un programme qui n'a cessé d'augmenter et qui est basé sur quatre ans de préparation.

Chirac-Jospin: même position

Est-ce à travers ces aides que la France va faire pression sur Maurice, Madagascar et Seychelles? C'est la question que nous nous posons, surtout que la dépêche de l'Agence France Presse (AFP) du 23 mai a été plus qu'explicite sur la question. «En visite à Mayotte le 19 mai, le président Jacques Chirac a menacé de retirer le financement de la France aux Jeux de l'océan Indien, accordé au titre de la COOPÉRATION, si les Mahorais n'étaient pas autorisés à y participer";, peut-on lire à la fin de la dépêche. Autant dire que l'épisode Chirac est loin d'être terminé et que les élections présidentielles sont pour l'an prochain. Ce qui veut dire qu'il y aura des suites.

Déjà le Comité National Sportif et Olympique Français (CNOSF) a profité de cette nouvelle occasion pour relancer sa machine par un communiqué. Un communiqué dans lequel, Henri Sérandour, président, réclame une solution concertée. «Suite à la déclaration du président de la république prononcée à l'occasion de son voyage à Mayotte concernant la participation des Mahorais aux Jeux de l'océan Indien, le président du CNOSF rappelle son souhait de voir les différents acteurs de ce dossier faire preuve de bonne volonté. […] Il est en effet temps de trouver une solution concertée afin que la délégation mahoraise puisse participer de façon convenable aux Jeux de l'Océan Indien. Le mouvement olympique et sportif français sera un allié attentif et permanent dans cette démarche constructive";, a indiqué Henri Sérandour.


LA DÉCLARATION DE JACQUES CHIRAC

«La participation des sportifs mahorais aux Jeux de l'Océan Indien (…) est un symbole auquel la France est très sensible. Avec toute l'amitié mais aussi la fermeté nécessaire, nous devons faire comprendre à nos partenaires que l'éthique du sport ne peut s'accommoder d'aucune discrimination. Je tiens à être clair sur ce point: la France ne saurait garantir sa contribution au financement d'événements sportifs auxquels les jeunes Mahorais se verraient encore refuser la possibilité de participer.";

Le Mauricien 27 mai 2001