TRIBUNE ET
OPINIONS LIBRES
Cette contribution du GRDC rédigée le 2 Juillet 2000 a été publiée
par la revue Mwandzich en 2000. Mais les analyses faites dans cet article
conservent leur actualité. Nous publions la 1ère partie de
l'article. La 2ème partie sera publiée lors de notre prochain
Numéro.
La Rédaction
Les Comores existent-elles ? En ces moments plus que troublés, la réponse à cette question s'impose comme une urgence incontournable tant les discours des uns et des autres semblent jeter le trouble et distiller des poisons mortels pour les habitants de cet archipel. Tordre le cou une bonne fois à cette interrogation, en allant jusqu'au fond de tous les aspects de cette notion pourrait peut-être aider les Comores à sortir de l'impasse où elles sont placées, où on les a placées aussi. Mais la tâche n'est pas mince ! Aussi cet essai d'analyse n'est-il qu'un appel à poursuivre la réflexion.
Quatre îles avaient beaucoup pour réussir : elles sont en proie aux convulsions d'une discorde qui leur fait gâcher leurs principaux atouts. Ainsi les Comores n'existeraient plus, n'auraient même jamais existé aux dires de certains . Bien évidemment, le questionnement sur l'unité des Comores n'est pas anodin ni lié au hasard ; certains traits incontournables de la réalité comorienne semblent le rendre possible, mais il faut bien reconnaître qu'il a été orchestré dans l'histoire récente et maintenant dans l'actualité immédiate, à la faveur du conditionnement de la pensée par les modèles extérieurs, particulièrement par le modèle français pour ne pas le nommer. Il satisfait ainsi tous ceux qui ont intérêt à se poser en casseurs d'une unité qui ne permettrait pas le même exercice du pouvoir ou la même mainmise sur un espace convoité.
Aussi aujourd'hui, le langage s'offre-t-il de nouveaux concepts et de nouvelles dérives : pendant vingt-cinq ans à force de harcèlement politique et médiatique les Comoriens de Mayotte ont pris coutume de penser "Mayotte et les Comores" et de voir la Réunion comme "l'île sœur" . Depuis trois ans bientôt une nouvelle tendance s'impose qui présente "Mayotte, Anjouan et les Comores" (entendons principalement la Grande Comore puisque Mohéli reste indubitablement la petite oubliée).
Alors, les Comoriens se laissant définir par le regard et les catégories de l'extérieur se font les complices et les victimes consentantes de leur propre anéantissement. L'unité politique peut réconcilier les diversités humaines : le monde n'est pas avare de tels exemples, mais nous assistons aujourd'hui aux Comores, quel paradoxe ! au sacrifice de l'unité humaine, à sa désintégration, au profit d'une diversité politique qui déferle comme une vague irrésistible. Pourtant, l'unité comorienne demeure une réalité indubitable même après 25 années de séparatisme mahorais . L'examen de ce qui fonde les vrais clivages aux Comores révèle clairement les strates qui soudent les îles les unes aux autres et appelle à abandonner définitivement l'approche insulaire si l'on veut réellement poser les problèmes et changer la vie des Comoriens.
Il est clair qu'actuellement l'unité comorienne est ouvertement remise en cause à la faveur de nombreux événements et de divers discours. On peut s'interroger sur l'origine de cette faiblesse qui est indéniable du point de vue des faits. Ainsi pour qui veut voir les Comores comme un ensemble sans unité, l'émergence des divers séparatismes constitue évidemment une faille significative..
En 1958, une part de la classe politique mahoraise choisit de défendre l'ancrage dans la France avec la revendication d'une départementalisation. En 1975, cette même classe politique, forte du pouvoir qu'elle a su prendre sur les consciences populaires, empêche l'accession de l'Archipel des Comores à une indépendance dans le respect des frontières héritées de la colonisation certes mais surtout forgées à travers l'histoire du peuple comorien. Depuis cette date, Mayotte se maintient sous administration française en brandissant sans cesse le retour dans l'ensemble naturel comme un spectre terrifiant. Une bonne part des Comoriens se laissent aller à penser que l'affaire est classée et qu'il convient de penser l'avenir des Comores en dehors de Mayotte. Exit Mayotte : premier acte.
A plusieurs reprises Mohéli prétend sortir de l'ensemble comorien, afin de montrer qu'elle existe et d'appeler à plus de considération et d'attention. En 1997, elle fait ouvertement sécession avant de modérer ses ambitions. Il reste dans les consciences l'idée qu'une île dans son ensemble ne se reconnaît pas non plus comme partie intégrée de la RFIC.
En 1997, Anjouan proclame son "indépendance" dénonçant une hégémonie de la Grande Comore au sein de la RFIC et prétendant qu'en 25 ans d'indépendance dans la République comorienne elle n'a rien eu . Les positions se radicalisent autour des notions de peuple anjouanais et de rattachement à la France . Comme dans le cas de Mayotte, le côté populiste et manipulateur de la pensée séparatiste laisse entendre que c'est une île à l'unanimité qui prend cette position et rejette ses sœurs. La tentation du repli sur soi triomphe : les Anjouanais vont s'auto-administrer et entre Anjouanais tout devrait bien se passer . L'illusion s'impose en convulsions terribles, très vite la déception s'annonce mais les leaders ne sauraient revenir en arrière et renverser radicalement la tendance imposée. L'"Etat d' Anjouan" s'arc-boute sur son désir d'exister et déclenche l'implosion de la RFIC : deuxième acte.
En 1999, la Grande Comore voit naître des formations qui souscrivent finalement à l'idée que, puisque les autres ne sont pas satisfaits, il n'existe aucune raison de s'embarrasser d'eux . La politique du chacun pour soi se dessine et les Anjouanais qui vivent dans la grande île se sentent victime d'un ostracisme nouveau au point, par ricochet, d'être tentés à posteriori de trouver fondées les doléances séparatistes de leurs frères d' Anjouan. La vaste machine de l'éclatement poursuit sa marche.
Dans ce mouvement de déstructuration il faut des slogans, une parole pour canaliser les mécontentements et leur donner corps. La démagogie des discours servis aux foules n'est pas à reprendre ici mais il convient plutôt de rappeler qu'au cours de ces épisodes destructeurs pour l'ensemble comorien, certains et non des moindres ont su distiller des idées préjudiciables à la pensée des Comores unitaires.
Il faut noter bien sûr cette dérive, passée inaperçue en 1973, lorsque Mohamed Ahmed à la tête d'une délégation défend l'idée que "la possibilité d'une indépendance sans consultation des populations est irréaliste"[c'est nous qui soulignons] et ouvre ainsi le champ à la perspective d'une consultation île par île.
Il faut
reprendre les analyses vendues par le "comité de soutien à
l'autodétermination du peuple mahorais" créé par Vallery-Radot avocat de
Younoussa Bamana : " Alors que la population des autres îles est en
réalité musulmane et que les Arabes y constituent le groupe ethnique le plus
important, à Mayotte prédomine une population d'origine malgache et pour une
large part catholique." (C.
Magaud, ANF, 17/10/74)
La liste est longue et ceci n'est qu'un aperçu mais l'on doit admettre que ces discours ont la vie dure puisque cette idée d'une majorité de catholiques à Mayotte réapparaîtra en juillet 1997 dans un article du très sérieux quotidien Le Monde (31/07/97) .
Les discours reprennent sur le même modèle en 1997 avec l'analyse de M. l'ambassadeur de France aux Comores présentée par M. Pierre Yéré à l'attention de M.Salim Ahmed Salim (10 août 1997) : "Ils [l'Ambassadeur et le Premier Conseiller de l'Ambassade] ont relevé les différences d'origine entre les habitants de la Grande Comore et ceux d'Anjouan, les premiers viennent de l'Afrique de l'Est alors que les seconds sont d'origine perse et arabe, il en résulte forcément un certain particularisme ." Puis c'est une intervention prêtée à M. le Préfet de Mayotte représentant du Gouvernement par l'hebdomadaire Kwezi dans un article du 23/12/97 : " L'unité des Comores est une construction artificielle de l'histoire coloniale. Il n'y a pas de race comorienne. C'est une vue de l'esprit."
Enfin le 10.05.2000, c'est Mansour Kamardine, conseiller général de Mayotte, leader du RPR,signataire
avec le gouvernement français, le MPM et le PS des Accords de Paris, faisant
évoluer le statut de Mayotte vers une «collectivité départementale», qui
déclare :
«Le problème d'Anjouan, celui des Comores en général, est la conséquence
directe des erreurs commises par la France en 1946 et 1975. Il n'y a jamais eu
de peuple comorien, tout au plus une circonscription administrative et
coloniale voulue par la France à des fins de meilleure gestion. La RFIC
n'existe pas, c'est une fiction politique que les Comoriens n'ont jamais
acceptée et les Mahorais ont été les premiers à le signifier.[…]» Journal de l'Ile de La Réunion
Au delà de l'écart de
langage, maladroit sans doute, du député Mohamed Ahmed, il faut rappeler la
mauvaise appréciation des enjeux du moment par les politiques comoriens. Sûrs
de leur implantation dans un espace de quatre îles, ils ne mesurent pas la
nécessité de se garder de l'éclatement,
surtout pas Mohamed Ahmed dont la vie personnelle est intimement liée
aux quatre îles de l'Archipel.
Faute de
sentir le danger, les politiques comoriens défenseurs d'une république de
quatre îles, laissent le champ libre à d'autres qui, animés d'un grand désir de
pouvoir et associés aux nostalgiques de l'empire colonial, distillent des
analyses mensongères sans rencontrer de réelle résistance. L'Action française
en la personne de Pierre Pujo se met au service des séparatistes mahorais ;
elle prend le contrôle de l'information sur les Comores au niveau de la
métropole et impose des analyses qui laissent pantois le Comorien le moins bien
informé .
L'histoire se répète en 1997 avec l'île d'Anjouan
et les propos prennent d'autant plus de force qu'ils bénéficient du soutien
d'une presse active : Action française
hebdo et Via pour ne citer
qu'eux. La qualité des intervenants, très hauts responsables administratifs
français ou hommes politiques, accentue l'impact de ces déclarations qui
servent finalement parfaitement la politique menée par la France depuis 1973
dans la région.
De plus, les historiens français au cours de leurs recherches très sérieuses et très
pointues ont tendance à relayer, mais sans le vouloir sans doute, l'idée d'un ensemble comorien par définition
éclaté ou en conflits permanents ( Martin : Quatre
îles entre pirates et planteurs,
Faurec : L'Archipel aux sultans
batailleurs ). D'autres tels Maurice, professeur émérite à la Réunion,
intervenant lors du 150e anniversaire du rattachement de Mayotte à la France et
depuis membre du groupe de réflexion parisien sur l'avenir institutionnel de Mayotte,
professent la légitimité de l'éclatement de la RFIC et d'une décolonisation à
la carte sous prétexte que les populations doivent être libres de leur choix,
au nom d'une redéfinition de la démocratie sans doute valable dans les seuls
espaces coloniaux susceptibles, de fait, de désirer le maintien dans la France.
Au cœur du vaste système des réseaux et des luttes d'influences de telles
productions, libellées universitaires qui plus est, prennent une force
singulière.
On constate alors, que
les énergies et les paroles écrites et diffusées s'exercent toutes dans la même
direction et émanent toutes des mêmes sources : il s'agit d'une pensée
étrangère aux Comores elles-mêmes d'une véritable réécriture de l'histoire par
ceux - là mêmes qui n'en sont pas les acteurs naturels mais qui vont finalement
entrer dans l'histoire des Comores comme les vrais manipulateurs des
consciences en servant de caution à la puissance française.
Face à cette débauche de discours pernicieux (nous n'avons repris ici que
quelques exemples), il semble que, pendant longtemps, les Comoriens n'ont pas
éprouvé le désir de fonder nettement un contre discours.
Il faut alors se demander d'où provient cette
faiblesse, tenter de comprendre pour quelle raison les Comoriens ont ainsi
laissé le champ libre à des propos mensongers ou à des discours qui ne viennent
pas d'eux et qui, de plus, détruisent finalement l'espace même dans lequel ils
vivent.
En fait il apparaît clairement qu'au delà des
discours mensongers tenus sur les Comores, la définition de l'unité comorienne
tend à se fonder sur un système de référence inadapté au contexte et
partant incapable de rendre compte de
la réalité de cette unité. Les Comoriens se taisent ou sont eux-mêmes victimes
de ce système de référence.
On est
obligé de noter comme un élément déterminant l'incapacité des Comoriens à se
dire comme tels ou plus exactement le fait que pour un comorien il semble
inutile de se dire comorien. Pour que le sentiment unitaire puisse prendre
corps au niveau du discours il convient qu'un certain nombre de facteurs
invitent à cette verbalisation et on a le sentiment que ces facteurs ont
jusqu'alors fait défaut aux Comores. Ainsi l'unité se vivrait mais ne se dirait
pas.
Il faut observer peut-être l'absence de recul du
Comorien face à son espace naturel. Vivant dans l'Archipel, le commun des
mortels ne dispose pas de représentation forte de son environnement et même de
son positionnement dans la région. Les difficultés du système éducatif actuel
ne favorisent pas cette prise de conscience . Ainsi dans le langage quotidien
comme dans la vie il semble qu'il manque une référence globale. Je vis à
Anjouan, ma sœur est à Mayotte, j'achète les cocos de Mohéli et j'envoie mon
cresson à Moroni, cet espace est mien mais rien ne m'invite à le verbaliser
comme tel. C'est d'ailleurs lorsque les Comoriens se trouvent à l'extérieur que
soudain, l'angle de vision se modifiant, l'Archipel se dessine et prend corps
au point de permettre à ceux qui ont à se situer par rapport à l'autre de se déclarer
comoriens et de dire qu'ils parlent une langue qui est le comorien[1].
Il est évident alors qu'un manque se dessine,
celui d'une unité conceptualisée et verbalisée au sein même du pays à l'échelle
de chacun de ses habitants.
Par
ailleurs, un certain nombre d'événements ou de circonstances liées à l'histoire
particulière des Comores semblent avoir mis en échec l'émergence même de cette
conceptualisation.
Il faut désigner en premier lieu la colonisation,
non par facilité mais bien parce que c'est elle qui ,d'une certaine manière, a
obéré durablement la production d'un discours qui aurait été le signe de
l'entrée dans la modernité. Avec l'administration française, les Comores sont
un découpage administratif peu reconnu puisqu'il reste longtemps une excroissance
de la possession malgache avant de devenir le Territoire des Comores pour
quelques trente ans seulement. Lorsqu'il s'agit d'être français, d'apprendre
l'histoire de la France et de parler français, il existe peu de place pour le
sentiment d'être Comorien[2].
La connaissance du passé et des efforts de construction politique d'un espace
unitaire par les différents sultans moins batailleurs qu'il n'y paraît cette
fois, la langue commune malgré ses particularité locales, rien de ceci ne
trouve l'occasion de se fonder dans les discours . Les Comoriens formés par
l'institution française vont garder les traces de ce vide et de cette
dépossession pendant longtemps.
Dans l'histoire récente, l'absence de
confrontation avec les pays voisins, ne permet pas aux Comoriens de se
percevoir comme une nation. On peut considérer que ce sentiment d'une identité
comorienne s'est exprimé à plusieurs
reprises pourtant dans le passé avec les invasions malgaches et les réactions
des femmes comoriennes qui se noyaient pour échapper à la capture, mais là
encore rien n'a été construit autour de ces événements pour leur accorder une
valeur fondatrice du sentiment national.
Lorsque la colonisation "s'achève" et
que l'unité vécue au sein des quatre îles doit trouver son expression dans un état unitaire donnant corps au
peuple comorien, c'est l'échec d'une réelle décolonisation avec la perte de
Mayotte. Une faiblesse indélébile s'inscrit dans la conscience unitaire et
l'échec de la reconquête de Mayotte empêche l'émergence d'une nation comorienne
sûre d'elle-même. Les Comores ont ainsi été privées du dynamisme qui a marqué
toutes les jeunes nations africaines au moment des indépendances.
Si les
circonstances sont défavorables à la conceptualisation et à la verbalisation de
l'unité comorienne, c'est en second lieu parce que la construction de l'unité
d'un pays en termes politiques et dans les pensées, autrement dit au delà des
simples comportements unitaires de vie quotidienne ne se réalise pas en
quelques années. C'est un travail qui exige une constante volonté et un
engagement dans la durée qui ont fait défaut aux Comores du fait de
l'instabilité chronique qui s'est installée dans le pays après l'indépendance.
Les trois années d'administration sous le règne
d'Ali Soilihi, ne pouvaient suffire à l'implantation durable d'une réelle
conscience comorienne . Pourtant on peut dire, sans exagérer, que les Comores
ont bien connu là un vrai penseur de l'unité comorienne. Ceci s'est marqué dans
les discours du Président et dans les pratiques de l'Etat lui-même.
Malheureusement ayant mal apprécié la question de Mayotte, Ali Soilihi est
condamné à travailler sur un espace amputé, premier signe d'une faiblesse qui
va se concrétiser avec la brièveté de son règne.
Après lui, Ahmed Abdallah, pourtant fort de son
appellation de "père de l'indépendance" et de son coup de force
réalisé lors de la déclaration unilatérale du 6 juillet 1975, n'a pas su
concrétiser son avantage par un réel travail sur les consciences de ses
concitoyens. Il continue à fonder son pouvoir sur des pratiques féodales qui,
comme par le passé, tendent à enfermer les habitants de l'Archipel dans des
logiques étriquées de clan et de luttes de pouvoir. Il coupe court à une réelle
application du fédéralisme et entretient le népotisme. Cette approche à court
terme et démagogique de la vie politique et sociale comorienne détruit sans
coup férir l'avantage issu de l'indépendance. Ahmed Abdallah est bien implanté
dans toutes les îles de l'Archipel, y compris Mayotte avant la sécession, mais
faute d'un caractère visionnaire, il ne voit pas la nécessité et surtout
l'intérêt de jeter les bases d'une vraie structure étatique unitaire en
profitant de la réelle unité de l'Archipel autour de sa personne. Il est en
fait habité par les réflexes claniques dès que son pouvoir est mis en cause, ce
qui se vérifie en 1975 lors de la mini sécession d'Anjouan suite au coup d'Etat
d'Ali Soilihi. Autant dire, pour être bref, qu'Ahmed Abdallah, exclusivement
soucieux de la préservation de son pouvoir personnel, n'a pas su être l'artisan
de la nation.
Dans le même temps il faut noter l'espoir qu'a constitué le travail de l'ASEC à l'échelle des intellectuels des Comores. Portés par leur passage obligé au lycée Saïd Mohamed Cheikh, les étudiants de la période précédant l'indépendance ont trouvé l'occasion, en partageant un destin commun au sein du lycée puis à l'extérieur, de se percevoir vraiment comme semblables et de se dire clairement Comoriens. Un discours sur la conscience comorienne émerge alors au cours des réunions et à travers la propagande qui s'alimente aussi du vaste courant d'émancipation lié aux indépendances africaines . Il semble qu'enfin, l'unité comorienne puisse se dire et se revendiquer . Malheureusement, cette conscience ne peut être répercutée sur les masses populaires. De retour au pays, les intellectuels forts du chemin parcouru se retrouvent laminés par la dictature d'Abdallah qui a bien compris le danger que constituent ces forces nouvelles. Après la prison et les pressions, nombreux sont ceux qui reviennent à des ambitions de pouvoir plus personnel et retombent dans la démagogie des logiques de clocher. Le concept unitaire et constructeur dans le discours d'une entité comorienne ne trouve aucun lieu d'où s'exprimer pour atteindre les masses et leur permettre de se voir et de se dire. Une grande occasion est perdue.
Mamoudzou, le 02/07/00[3]MOHAMED
pour le GRDC.
[1] La rédaction de cet essai se termine malheureusement, en ce jour terrible de consultation des Mahorais. Ils viennent de confirmer pour dix ans encore leur appartenance à la France . Comoriens de cœur, même sans le vouloir, ils ont choisi l'aliénation destructrice, qu'on leur pardonne : les mêmes processus sont toujours en cours . Mais il y a urgence à réagir . Qui le fera ?
[1] Il est intéressant d'observer l'attitude du Comorien moyen à l'étranger, en France par exemple. Lorsqu'il parle de sa langue en sa langue, il dit "shimaore" [le mahorais], "shindzuwani" [l'anjouanais], "shimwali" [le mohélien], "shingazidja"[le grand -comorien]. Alors que lorsqu'il parle de sa langue en français, il dit le "comorien".
[2] Ils sont encore nombreux à être en vie, les Comoriens qui ont véritablement chanté dans les écoles de la colonisation "Nos ancêtres les Gaulois" !
[3] La rédaction de cet essai se termine malheureusement, en ce jour terrible de consultation des Mahorais. Ils viennent de confirmer pour dix ans encore leur appartenance à la France . Comoriens de cœur, même sans le vouloir, ils ont choisi l'aliénation destructrice, qu'on leur pardonne : les mêmes processus sont toujours en cours . Mais il y a urgence à réagir . Qui le fera ?