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L'universitaire et agronome René Dumont, qui est décédé le 18 juin 2001 à l'âge de 97 ans, était un spécialiste des problèmes agricoles du Tiers-Monde, un apôtre de la cause africaine et un expert international en matière d'alimentation.
En France, il était considéré comme le "père" de l'écologie politique depuis sa candidature à l'élections présidentielle de 1974, la première se réclamant de la défense de la nature, où il obtint 1,32% des voix.
Surnommé "l'agronome de la faim", il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages dont deux ont été des best-sellers: "L'Afrique noire est mal partie" (1962) et "L'Utopie ou la mort" (1973).
Né le 13 mars 1904 à Cambrai (Nord), petit-fils de paysan ardennais, marqué dans son enfance par la Première guerre mondiale, René Dumont est affecté au Vietnam en 1929 à sa sortie de l'Institut national agronomique. Révolté par les méthodes coloniales, il rentre à Paris en 1933 pour retrouver "l'Agro" comme professeur jusqu'en 1974.
René Dumont, qui a publié en 1935 son premier ouvrage "La Culture du riz dans le delta du Tonkin", se penche très tôt sur la malnutrition et se consacre aux problèmes de développement rural dans les pays socialistes et du Tiers Monde. Il multiplie les voyages d'études dont il tirera des rapports très critiques sur la politique agricole des pays visités, le brouillant parfois avec les régimes issus de la décolonisation.
Après "L'Afrique étranglée" (1980), l'infatigable professeur récidive en publiant "Pour l'Afrique, j'accuse" (1986) et "Démocratie pour l'Afrique" (1991).
Converti à l'écologie, il dénonce inlassablement le gaspillage des ressources de la planète et prophétise que la croissance est un mythe suicidaire.
René Dumont aura été considéré tour à tour comme un "illuminé", un "empêcheur de tourner en rond" et un expert lucide dont la plupart de ses diagnostics se sont vérifiés.
René Dumont avait deux bêtes noires: la famine et la "bagnole" .
L'agronome René Dumont, écologiste au pull-over rouge, avait deux bêtes noires: la famine dans le Tiers Monde et la "bagnole".
Contre la famine, René Dumont s'est battu toute sa vie. Véritable baroudeur de l'agronomie, ce tiers-mondiste passionné a parcouru plus de 80 pays, invité par Fidel Castro, Léopold Sédar Senghor ou Nehru mais rencontrant, surtout, le peuple pauvre des paysans auxquels, inlassablement, il expliquait les règles et les techniques d'une saine gestion agricole.
Contre la "bagnole", René Dumont fulminait: "elle tue le Tiers Monde avec ses gaz d'échappement qui fabriquent l'effet de serre. Chez nous les conducteurs de grosses cylindrées sont des criminels", s'indignait-il.
Partisan d'un "socialisme humanitaire", René Dumont sera aussi dès ses premiers voyages dans les années 30 en Indochine, en Algérie et au Maroc un anticolonialiste convaincu. Il comprend vite que ces pays auront un jour leur indépendance, et quand celle-ci arrive il se précipite plein d'espoirs pour les conseiller. Mais "les nouveaux dirigeants exploitent encore plus leur peuple que les colons", constate-t-il, désabusé.
Premier porte-drapeau de l'écologie L'agronome ne baisse pourtant pas les bras: il dénonce. Dès l'indépendance, en 1962, il comprend que le continent noir court à sa perte et l'annonce dans son best-seller: "L'Afrique noire est mal partie". En 1966, en plein boom euphorique des trente glorieuses, il prédit, solitaire: "Nous allons tous à la famine" et il alerte avant tout le monde sur les conséquences inéluctables de "la bombe démographique".
Le catastrophisme répété de René Dumont lasse et énerve l'administration et les dirigeants du Tiers Monde. On ne l'écoute pas. Pourtant, les prévisions de l'agronome s'avèrent souvent d'une justesse dramatique.
René Dumont répète inlassablement son message. Ses derniers livres (il en a écrit 40), "L'utopie ou la Mort (1973), "La Croissance de la famine" (1975), "Paysans écrasés, terres massacrées" (1978), "L'Afrique étranglée" (1980), "Pour l'Afrique j'accuse" (1986), décrivent tous la croissance infernale de la pauvreté, le bouleversement des fonctions de la terre et l'absurdité des systèmes humains qui aggravent le phénomène.
"L'infatigable agronome de la planète a arrêté son voyage", a écrit le Premier ministre français dans un communiqué, ajoutant que c'est "une grande figure de la lutte contre la pauvreté et l'injustice sociale, un défenseur du développement durable écouté dans le monde entier qui disparaît".
La disparition de René Dumont constitue une grande perte pour le Tiers-monde en général et l'Afrique en particulier.